Washington D.C

Juillet 2015


Je roulais tranquillement pendant que ma p’tite famille ronflait paisiblement.
Je n’étais pas seul, j’étais accompagné de Cayouche, enfin sa musique.

(Roule, roule, roule dans l’chemin. Roule, roule, roule on est ben…)

Si cétait permis, j’aurais bu une p’tite « Alpine » en chemin mais bon je suis de mon temps.
J’ai traversé les Adirondacks sans faire un pipi stop, dans mon cas, ça relève de l’exploit.
Que du bonheur, rouler à travers mon Amérique à vitesse grand V.

Avant qu’un membre de ma p’tite famille n’ouvre un oeil, j’ai eu le temps de passer devant Lake George et son Adirondack Pub, Saratoga Springs et ses courses de chevaux, Albany et son club de la ligue américaine, Wildwood et son magnifique boardwalk. Même qu’aux abords de la New Jersey Turnpike j’avais l’impression de sentir l’eau salée et le trop plein de crème à bronzer de la Ocean Boulevard.

Quand ma charmante blonde s‘est réveillée, j’ai décidé de bifurquer vers Jersey City pour une pause cafépipiétirement.
Mon GPS de marde m’a lâché pour une première fois à Jersey City. Il est bipolaire, j’en suis convaincu.
Mais bon, rien ne va m’empêcher de boire un bon café trop cher de chez Starbucks. Je ne sais pas pourquoi,c’est un phénomène inexpliqué, mais à chaque fois que je me retrouve dans un Starbucks, je mets de la cannelle dans mon verre? Pourquoi?

Je rembarque sur l’autoroute avec Karine, les p’tits qui ronflent doucement et la musique de Stephen Faulkner

(Si j’avais un char, ça changerait ma vie. J‘irais me promener su l’bord d’la Gaspésie…)

J’ai 18 heures de route à faire mais la vérité je pourrais en faire le triple sans me tanner. La route c’est comme la maison. Je suis ultra zen, feng shui à la limite de rendre nerveux le maître Bouddha. Je découvre à travers ce voyage que j’aurais pu pratiquer le métier de trucker. Comme on dit, ma vie n’est pas encore finie, j’ai seulement 43 ans

En route vers Myrtle Beach (South Carolina). « Ma » GPS ne veut rien savoir. Elle me laisse tomber en Pennsylvanie, plus précisément en entrant à Philadelphie. 
Je garde le focus sur l’autoroute 95.

J’ai chemin faisant frôlé l’état du Delaware. Je voudrais vous en écrire plus mais c’est pas mal ça.
Je pourrais rajouter que ma fille Mathilde s’est réveillée dans le fameux Delaware. Voilà, nous avons fait le tour du Delaware.


Arrivés en plein coeur du trafic du matin à Baltimore dans l’état du Maryland c’est magique, c’est surprenant… l’autoroute est immense, elle s’ouvre comme la caverne d’Ali Baba. J‘avais la bouche grande ouverte. J’avais l’impression d’être au coeur de l’Amérique.  Je disais aux enfants de regarder partout. Dans un prochain voyage, j’aimerais voir Baltimore en profondeur. Son magnifique parc de balle le Camden Yards qui a été bâti sur le dos d’une immense usine en brique, son port, sa gastronomie presque inconnue, son centre-ville, l‘un des plus beaux des États-Unis. 
Je vais revenir au pays de Cal Ripken. Et la musique de Willie Lamothe résonne dans notre char…

(Mille après mille je suis triste, puis mille après mille je m’ennuie…)

Je vois apparaître une immense pancarte devant moielle indique Route 195!
Tiens que je me dis dans ma tête de Sherlock Holmes, la 95 change pour la 195! Ah ben!
Moi, Watson, Mathilde et Théo qui ses réveillé en plein coeur de Baltimore après 11 heures de sommeil, oui, oui, 11heures sur 18 heures de routeBonne moyenne comme on dit!

FAIL! Et REFAIL! La fameuse 195 se rend à Washington et non ce n’est pas la continuité de la 95. J’ai compris que j’étais perdu et que ma GPS n’était d’aucune aide. Conne que je me dis, une fois le voyage terminé, je la jette au poubelle et je fais une danse de joie autour d’elle.
Je suis un peu intense mais c’est pas moi qui a commencé c’est elle.
J’ai une relation d’amour-haine avec ma GPS, la petite Garmin.

Ma blonde de me dire: Es-tu perdu?

Moi de mentir: Ben non.

Et en disant ça, à environ 4 rues, je vois le toit de la Maison-Blanche. Ouioui, celle de Lincoln, Nixon, Franklin, Reagan, Bush père et fils, Clinton, Obama. Rien de moins.

Ma blonde de dire: On est où là?

Moi: Washington

Ma blonde: Comment ça tu sais ça toi, le génie?
Ça te prend un GPS pour te rendre à Montréal.

Moi: Regarde bien en face de toi.

Et la Maison-Blanche nous saute dans face littéralement.
J’ai dans la tête une toune des Beatles, parce que oui, même perdu, je pense à 1001 choses à la fois, c’est pour ça que je suis lunatique, c’est pour ça qu’il ne faudrait pas me laisser seul avec le  bouton rouge de la bombe nucléaire. Un soir, je finirais par me dire j’pèses-tu sur le piton ou pas? Je me souviendrais pu quoi faire. Et moi dans le doute, je m’abstiens pas, c’est une de mes marques de commerce.

(Baby you can drive my car, yes i’m gonna be a starBaby you can drive my car…)

Au lieu de paniquer, Karine rit de moi et de bon coeur. Je ris avec elle de bon coeur de la voir rire de moi. Je donne un bon show, je donne une très bonne prestation. Je mériterais une ovation debout. Nous sommes les BeauséjourBlair le bon vieux classique du tourisme. Une auto rouge avec une plaque du Québec et un burger sur le toit de ladite auto, nous étions le nec plus ultra du touriste perdu.

Roulement de tambour… Je suis en face de la Maison-Blanche , contraire au trafic, dans un sens unique du mauvais bord. Je répète… Je suis en face de la Maison-Blanche , contraire au trafic, dans un sens unique du mauvais bord.

Ma blonde: Tu fais quoi là?

Moi: Bah, j’viens dire bonjour à mon chum Barach.

Ma blonde éclate de rire et moi aussi!

Entretemps, je dis aux enfants de bien regarder partout, nous allons faire une visite éclair et historique de WashingtonOk gang on cligne pas des yeux

Je leur montre le  Lincoln Memorial et dis aux enfants que c’est ici que Martin Luther King a dit son fameux « I have a dream ». Ils ont vu aussi Abraham Lincoln Statue, U.S. Capitol, U.S. Botanic Garden, etc. 

Je réussis à me sortir de mon labyrinthe de peine et de misère mais je suis toujours perdu.
Je bifurque vers une petite ruelleje m’arrête pour demander le chemin. Devant moi un gros black (avec camisole blanche) devant son auto qui a deux crevaisons.

Moi: Hey Bro! Wassup? (Hey mon frère! Qu’ossé que tu fais?)

The black man: Yo!

Moi: Do you know where i can take the higway 95(Pouvez-vous me dire comment je peux reprendre la route 95?)

The black man: No problem, Bro! Turn right and right. (Pas de problème mon frère! Tourne à droite et encore à droite)

Moi: Need some help with your tire? (Vous avez besoin d’aide pour vos pneus?)

The black manNo, but if you can spare a dime! (Non mais as-tu du change pour moi?)

Je donne 5$ à mon bon samaritain et j’écoute son conseil. Je tourne à droite et je retourne encore à droite. Je vois apparaître devant moi la grosse pancarte de la highway 95! Je respire. J’ai retrouvé mon chemin vers la Caroline du sud et ma GPS me dit de continuer tout droit pour 325km. Elle est de retour aussi.

Je suis Jacques Cartier mais en mieux. L’Amérique m’appartient. Direction Myrtle Beach.
On reprend la routemoi, ma blonde, Mathilde, Théo et ma GPS sous le son de Tom Cochrane.

(Life is a highway, I want to ride it all night long. If you’re going my way, I want to drive it all night long…)

Je me souviens de Malartic

Je me souviens de Malartic

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J’suis au A&W pendant mon heure de lunch. Je suis heureux de manger un Teen Burger et de boire un bock immensément immense de liqueur.

Arrive dans le resto un vieux monsieur frêle comme dans passé 90 ans, et sa femme très vielle aussi, mais solide sur ses deux pieds comme bien enracinés.

Elle s’excuse et me demande :

Vieille madame: Désolée du dérangement, mais pourriez-vous surveiller mon mari pendant que je commande?

Moi: Pas de problème madame, ça me fait plaisir. Votre Mari me rappelle mon grand-père Ti-Louis!

Je suis en face d’une vieille âme. Il me regarde avec des yeux tristes à mourir. Je suis gêné, mais je veux faire la conversation entre chaque bouchée de mon burger.

Moi: Moi c’est Patrick, et vous?

Il sort son portefeuille de ses poches et regarde le nom sur sa carte Soleil.

Vieux monsieur: Moi c’est Réhaume? J’pense.

Je suis gêné de lui avoir demandé son nom. Je me trouve stupide. Je lui rappelle qu’il ne se rappelle plus.

Moi: J’suis désolé, M. Réhaume. Vraiment.

Réhaume pleure doucement dans son manteau. Je suis encore plus gêné, mais j’arrête de penser à mon petit malaise de rien du tout et je mets ma main sur son épaule, même si j’ai le goût d’être partout sauf là!

(Moi) : Voulez-vous un peu de liqueur? La liqueur, ça règle plein de problèmes.

Je vois apparaître dans son visage le sourire d’un enfant de cinq ans. Je pogne une paille en arrière de moi et nous buvons un gros bock de liqueur ensemble, avec chacun notre paille. La scène est chaotique : un vieux monsieur de 90 ans passé et un gars de 40 ans qui boivent dans le même verre et qui rient aux éclats!!!!

Moi: Réhaume, j’ai rencontré mon homme. Vous buvez de la liqueur plus vite que moi.

Il sourit.

Sa femme revient avec un plateau de burgers, de frites et de liqueur. Il l’a regarde et, le plus sérieusement du monde, il lui demande :

Le vieux monsieur: Vous êtes qui, vous???

La vielle dame: Je suis ta femme depuis les 70 dernières années.

Elle lui donne un bec comme s’ils étaient de jeunes amoureux. J’ai devant mes yeux une vraie histoire d’amour! Roméo pis Juliette, y peuvent ben manger de la marde.

L’amour qui devient indestructible, qui passe à travers le temps malgré la vie. C’est simplement fascinant de voir ça devant ses yeux de gars qui n’a rien vu. Mes mots ne sont pas assez puissants pour leur dire mon admiration, mon respect à l’infini.

Moi: Vous êtes de Boisbriand

La vielle dame: Non, nous sommes de Malartic en Abitibi. Nous sommes déménagés dans la région de Montréal à cause de la maladie de mon mari. Pas beaucoup de spécialistes de L’Alzheimer en Abitibi, et mes enfants habitent la région de Montréal. Nous allons retourner vivre à Malartic d’ici un mois. Nos enfants vont venir nous visiter à la place, ils sont tous à la retraite eux aussi. Malartic, c’est bon pour Réhaume!

Réhaume: Malartic, c’est notre chalet. J’aime passer du temps là-bas avec mes enfants.

La vieille dame: Mon mari était en congé de juin à septembre… Nous avons donc passé tous nos étés là-bas. Les enfants ont grandi, vieilli et même connu leurs premiers amours à Malartic. Ironiquement, la seule chose dont mon beau Rhéaume se rappelle, ce sont nos deux enfants au chalet. Rien d’autre. Et chaque fois qu’on les voit, il n’oublie pas. C’est très touchant. Lui qui passait son temps dans son bureau, sauf à Malartic. C’était un papa d’été, tout un papa d’été. Je n’ai rien à r’dire.

Réhaume: Malartic, c’est chez nous ça? Hein? C’est quand qu’on r’tourne chez nous m’an?

Dit-il en pleurant doucement.

Dans ma tête, dans mon idée, je voudrais le prendre dans mes bras, le bercer doucement, lui conter des belles menteries pis lui dire que toute va ben aller comme dans le temps de Malartic! Réhaume, c’est comme si je l’avais tricoté, j’ai une connexion directe avec sa peine et sa douleur. Le genre de peine inconsolable, un genre de trou sans fond. (En passant, ne perd pas du temps à remplir ton trou, c’est un trou à l’infini…) que j’me dis en arrière-plan!!!!

Réhaume: Vous êtes qui, vous?

Moi: Bonne question! J’le sais pas, j’le sais pus, j’suis un humain après tout. Et vous?

Réhaume: Je suis de Malartic.

Et il refouille dans son portefeuille… pour me dire qu’il s’appelle Réhaume. Nous avons refait l’exercice 4 fois! Il a pleuré 4 fois et j’ai mis ma main sur son épaule 4 fois. Nous avons bu de la liqueur à la paille 4 fois ensemble…

Réhaume doit partir, car sa femme a un rendez-vous de fixé pour lui chez un chiropraticien de Boisbriand. Je donne la main à Réhaume comme si on était de vieux chums.

Il me dit :

Réhaume: Tu me fais penser à mon plus vieux.

Moi: Merci.

Et on se fait une belle accolade. J’ai beaucoup trop d’émotions pour un p’tit jeudi de paye. J’ai le goût de pleurer ma rencontre. J’ai les yeux plein de larmes… beaucoup trop de poussière dans ce câlice de A&W, que je me dis!!!!

La vieille dame: Tu es émotif, toi???

Moi: Non, pourquoi? Vous, vous avez vu neiger?

Que je dis avec un sourire fendu jusqu’au bonheur!

La vieille dame: Oui un peu, 89 hivers…

Moi: Bahhh…Vous êtes comme neuve comme encore dans le papier.

La vielle dame rit de bon coeur, enfin je crois.

Juste avant qu’elle quitte, je lui demande ce que son mari faisait comme travail pour avoir l’été de congé à Malartic.

La vieille dame: Il a travaillé toute sa vie à l’université. Il faisait des recherches sur l’Alzheimer.