Heureux qui comme Robbie



Robbie aime le silence, la Michelob Ultra, les Phillies, sa femme Marlyne, Hank Williams et le silence.

Robbie a 60 ans cette année, il compte les dodos qui lui restent avant la retraite. Il était mon voisin de chambre de motel à Wildwood lors de notre semaine de vacances en famille. À chaque matin, nous nous retrouvions au  Coffee Shop. Moi j’allais chercher du café pour moi et ma blonde et lui de même.
Robbie: Good morning Pat!
Patrick: Good morning Sir!
Robbie: Life is good with you?
Patrick: Yep! What about you old man?
Robbie: Nice and easy.
C’était notre conversation vers 8:30 en avant-midi chaque matin! Après, Robbie allait s’enfermait dans son silence.
L’après-midi, il écoutait ses Phillies sur une petite radio transistor avec sa femme. Un après-midi,  je me suis assis avec lui pour écouter ses Phillies contre les Mets. Nous avons échangé quelques silences durant la partie. À la 7e manche, le gros Duda des Mets a assommé les Phillies et Robbie avec un circuit.
Robbie: Fuck! Fuck! Fuck! Damn Phillies! Enough!
Il ferma la radio d’un coup sec. Puis il s’ensuivit un long silence. Pendant ce temps là Marlyne fumait une ixième Marlboro en jouant au poker sur son iPad!
Moi: Hey Robbie, si tu avais la chance, avec qui tu aimerais lancer la balle chez les Phillies?
Robbie: …
Moi: Tu as le droit de choisir dans les joueurs du passé aussi! Pis tu peux pas prendre Mike Schmidt, c’est un 3e but…
Robbie: Aucun. Je choisirais de lancer avec mon père. J’ai pas assez lancé avec mon père.
Marlyne a arrêté de fixer son iPad. Le silence envahit soudainement le nord de Wildwood et embaume le ciel au-dessus de nos têtes. Le silence s’est étendu jusqu’en Pennsylvanie et peut-être même dans tout l’état du Maryland. Robbie a les yeux plein d’eau et prend une bonne gorgée de Michelob Ultra! Notre malaise mutuel était à couper au couteau!
Robbie: Mon père adorait les Phillies. J’ai été voir deux games avec lui avant qu’il meurt, j’avais 6 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Mon père est mort au Vietnam. La vie est fragile Pat! Life is a bitch! J’ai jamais oublié, jamais.
Moi: Désolé pour la question!
Robbie: Désolé pour la réponse.
Qu’il dit en riant. Nous rions à gorge déployée pour ne pas pleurer, j’imagine. Nos rires sont aussi jaunes que le soleil de Wildwood et aussi faux que les seins de mon autre voisine de palier et ce n’est pas peu dire.
Nos chemins ont continué de se croiser le matin au Coffee Shop! Et pour une dernière fois le matin de mon départ…
Robbie: Hey Pat! Bonne route! J’voulais te dire, je t’ai regardé toute la semaine agir avec tes deux enfants pis tu es un fucking good father, fucking good. Damn good. OK? 

Dit-il en mettant son gros doigt d’électricien dans le creux  de mon épaule.
Moi: Quand je vais retourner chez-nous pis que je vais lancer la balle avec mes enfants, je vais avoir une pensée pour toi old man! Thanks Robbie.

Et à mon tour, j’écrase mon petit doigt de presque fée dans son épaule de vieux électricien.
Robbie: Mon autre choix ç’aurait été de lancer avec toi, Pat!
Nous nous sommes regardés. Nous avons couru comme des enfants dans nos chars respectifs et sorti nos mites pour se lancer quelques hardballs au beau milieu de la Ocean Avenue comme deux enfants de 6 ans. Et tout ça 10 minutes avant notre départ.
Le ciel de North Wildwood était d’un bleu carte postale, il faisait contraste avec le bonheur d’un partisan des Phillies et des Expos.
Nice and easy old man!

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