Le coq de St-Côme

*Le conte rural se situe entre la vérité et mensonge*
C’est ce jour là que l’intemporel Éric a failli 
perdre un œil!
L’automne à St-Côme dans la magnifique région de Lanaudière, c’est comme si un géant avait échappé une immense boîte de Smarties par terre. Il y a plein de couleur partout. Et les soirs de pleine lune on dit que c’est la lune des loups! Au début d’octobre, le froid s’installe pour la nuit. Les loups ne sont pas garous ici. Certains soirs, il fait noir comme dans le cul d’un ours. À St-Côme, la vie est belle malgré tout.
Il y a depuis un certain temps une rumeur qui court dans le village. À la limite de devenir une légende. Elle est en train de se répandre dans toute les chaumières du coin.
La rumeur court que dans la vieille grange du bonhomme Gilles Roussel se pavane un gros coq à la crête gargantuesque. Une crête rouge qui reluit au soleil. Un gros maudit coq fier tellement qu’on dirait qu’il vient peut-être d’Italie. Il se bombe le torse à la vue d’un mâle de n’importe quelle espèce.
Il est le seul maître dans la vieille grange, dans le bas comme dans le haut coté. Le ratio est assez spectaculaire, entre 12 et 15 poulettes pour un coq mais tout un coq. Le genre qui pourrait fourrer toutes les poules de toutes les basses-cours du monde. Je vous dis entre 12 et 15 poules car Gilles est jamais sûr du décompte. Certains badauds dans le village vous diraient que c’est parce que Gilles fait son décompte avec un p’tit verre dans l’nez! Il n’y a pas que des loups dans Lanaudière, il y a des vieilles pies aussi.
Deux grandes théories s’entrechoquent ici, car voyez-vous, le bon vieux Gilles se retrouve souvent avec trop d’œufs!
Première théorie qui pourrait devenir une grande étude scientifique dans n’importe quelle université digne de ce nom. Les 12 ou 15 poules sont vieilles et oublient parfois qu’elles ont pondu un œuf dans la journée alors elles en pondent un deuxième. Théorie avancée par le bonhomme et le fils Roussel.
Deuxième théorie plus simple, le coq fourre les poules à plein cul! Il serait le Ron Jeremy des coqs! Ici si vous voyez un jeux de mots entre les lignes, ça veut tout simplement dire que vous êtes trop souvent sur  »porn hub » ou que vous êtes le genre à  »pornifier » votre ordi, tablette ou laptop!
Par une belle fin d’après-midi d’octobre, le fils unique, et ça dans toutes les lettres du mot, le héros de notre histoire, l’intemporel Éric, allait chercher quelques œufs pour sa consommation personnelle.
Le plan était simple. Entrer dans la grange, lever le popotin de quelques poules, prendre une demi-douzaine d’œufs et repartir vers Laval. Naaaaaan, c’est pas comme ça qu’allait se poursuivre le reste de ce conte rural! Ici entre en jeu la fameuse théorie du pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué.
L’intemporel ouvre la porte de la grange et le grincement de porte est digne d’Hollywood!
Les poules sont bien emmitouflées dans leurs certitudes et leur nid douillet! Il y a dans le quasi poulailler entre 12 et 15 poulettes, Gilles n’était pas sûr du décompte encore aujourd’hui.
Au beau milieu de la place, le seul coq de la grange, le king de la wing, le boss des bécosses, celui qui invite les autres au rack à bicycle à 4 heures est en tabarnak, en tous cas j’imagine. Il aperçoit un mécréant lever les foufounes de ses poulettes pour prendre des œufs et ce n’est pas Ti-Gilles!
Notre coq se bombe le torse et regarde l’intemporel  »drette » dans les yeux, il fulmine, la boucane lui sort par tous les orifices possibles! Il est le prédateur et le fils de Gilles est la proie. Dans la grange comme dans la jungle c’est la loi du plus fort. Il piétine comme le ferait un taureau pendant que notre sbire lui, cueille des œufs comme on cueille des pâquerettes par un bel après-midi d’été. Il siffle un air connu en tapotant le popotin des poules.
Le coq rebombe son torse gargantuesque. Il est prêt. Il est en transe et lâche un genre de cri de mise à mort vers le cueilleur de pâquerettes.
L’intemporel n’a pas le temps de se lever la tête que le coq est grimpé dans sa face. À grand coup de bec, il picosse l’intemporel comme s’il était un picbois. Tra-tra-tra! Et tra-tra-tra!
Éric pogne le coq par le chignon et le lance le plus loin possible. Il lance une prise au deuxième but comme dans ses belles années de catcheur.
Le coq tombe sur l’un des poteaux de la grange. Il est ébranlé. Il secoue sa belle tête de coq et il marche comme Gilles après un décompte bien arrosé.
L’intemporel catcheur est de retour comme dans le temps des loisirs de Duvernay nord. He’s  back the man behind the mask.
Il regarde le coq « drette » dans les yeux. Il fulmine. On peut apercevoir de la boucane sortir de son nez comme ces taureaux dans les corridas. On se serait cru en Espagne. Il se bombe le torse, il n’est pas gargantuesque mais il est bombé en saint-simonaque. Il est maintenant le prédateur et notre coq est la proie. Éric fonce vers le coq, le coq fonce vers Éric. Un face à face est imminent.
Ici, intermède dans le texte.  Faut savoir qu’Éric est l’ami des animaux de toutes sortes. Il a eu des labradors, des lapins et toutes sortes de bébittes. Présentement, il a un petit chien tout mignon qui peut entrer dans le creux de votre main et il a un gros chat domestique qui perd son poil et profite, un joli bibelot qui chie. Pour la suite des choses…
Éric saigne sous l’œil. 3/4 de pouce plus haut et mon texte aurait été dramatique. Comme quoi la vie ne tient qu’à un coup de bec. Éric ramasse un coup de pied dans le torse du boss des bécosses qui roule jusqu’au poteau de tantôt.
Il branle de la tête. Il marche encore comme Ti-Gilles ou comme Éric Lindros après une mise en échec de Scott Stevens au milieu de la glace. Le coq fait une commotion cérébrale. À la fin de sa vie, faudra remettre son cerveau de volaille au scientifique. Pour les langues sales, je ne parle pas de mon ami l’intemporel ici mais du coq!
Il fonce à nouveau sur Éric et le picosse ardemment aux chevilles et aux genoux et remonte sur son torse en picossant. Le chaos est partout dans la grange. Les poules crient, les œufs bouillent, le coq a un goût de sang dans le bec, les lapins font des petits cacas nerveux et soudain le ciel à travers la porte de grange devient noir et quand je dis noir, je dis noir. Le corbeau vient regarder le combat de coq, il veut voir la mort en direct comme quoi le corbeau est pas loin de l’humain. Wézo noir, wézo noir, wézo noir qui annonce le malheur. Wézo noir aux couleurs du deuil.
Soudain, le coq se retrouve encore sur le derrière. Il vient de manger un coup de 2×4. Il est ébranlé et cette fois il ne reviendra pas à la charge! Il se demande même s’il est un coq ou une poule. Éric ramasse sa demi-douzaine d’œufs et son petit bonheur. Il retourne dans la maison du paternel et de maman Marie. Il est littéralement en sang. Pendant ce temps-là, le wézo noir rit aux éclats et se frappe les ailes sur les pattes.
Gilles: Pis tu l’as-tu tué?

Si vous passez par St-Côme et cherchez le trouble demandez au père Roussel de vous faire visiter la grange au coq!

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