COCO

 

 
Le 8 juin 1962, il est né dans le cœur de Pointe-Saint-Charles.
Montréal n’a plus jamais été la même depuis ce doux matin. C’est comme si un nuage d’étoiles était en permanence au-dessus du logis de la famille de Coco.

 

Ce fut la meilleure nouvelle cette année-là, car plus tôt dans l’année, son papa était parti à Bordeaux. Pas la jolie campagne située en France, mais plutôt le »Pen » à Ahuntsic. Partout où Coco passait, une poussière d’étoiles le suivait. Le Bon Dieu lui-même faisait son »shift de nuitte » à Pointe-Saint-Charles pour surveiller Coco. C’est dire toute la magie qui entourait cet enfant! J’irais jusqu’à dire l’enfant prodige, mais là, certains d’entre vous diront que j’exagère.


Il était celui qui donnait des raclées au bully de l’école. Aucun bully n’a régné en terreur dans la même cour d’école que Coco! Se faire casser le nez à -20 degrés en janvier, c’est au-delà de la douleur soutenable. Personne ne voulait être attendu par Coco à 4 h au rack à bicycles.
Il a grandi ainsi jusqu’au milieu de l’adolescence, et par la suite il a débuté sa vie de »bum ». C’est ainsi qu’il a commencé à faire pleurer le p’tit Jésus, celui que sa grosse maman priait tous les soirs que le Bon Dieu amenait.

Ainsi, en 1981, il est devenu videur de club de danseuses à l’âge de 19 ans. Un beau grand gars aux cheveux longs en boudins noirs, qui était ceinture noire Kyokushin, qui ne portait jamais de tuque même à -25, qui portait des p’tits gants de cuir pour conduire sa Trans Am de l’année. Il portait toujours ses p’tites bottes de cuirette beige à la hauteur des chevilles, hiver comme été! 
On pouvait l’entendre arriver de loin, au rythme de son moteur V8 qui se mélangeait au son de Kiss qui jouait »à pine à planche ».D’ailleurs, Coco m’a déjà dit que »Rock n’ Roll All Night » est une chanson que Gene Simmons aurait écrite pour lui! Coco était un beau menteur, mais pour nous, ti-culs de la rue Fillion, il était extraordinaire.

Avec Coco, tout était possible, même l’impossible.

Tous les dimanches, il venait voir son grand frère qui habitait à Lachute. Tous les dimanches, nous avions droit à des rumeurs de Pointe-Saint-Charles.

 

Il avait toujours plein d’anecdotes de la grande ville, des histoires à dormir »deboutte », et souvent, il était déguisé d’un œil au beurre noir. Car, en plus d’être videur, il était batailleur de rue à temps partiel. Pour 500 piasses, il prenait n’importe qui n’importe quand.

 

Après quelques petites Molson, il aimait bien épater la galerie avec son grand classique, c’est-à-dire sauter dans les airs et frapper le haut du cadrage de porte avec la pointe de son orteil. Nous étions sans mot.


Son autre classique : prendre son frère Jean-Guy, de 300 livres proche, à bras le corps, et en faire un foulard pour son cou. En tant que p’tits bonhommes, mon frère et moi pouvions en parler pendant des semaines tellement nous étions émerveillés. Encore aujourd’hui, je suis persuadé que mon p’tit frère de 40 ans s’en souvient.

Coco aimait faire plaisir aux enfants comme ça, juste pour faire plaisir! Et dans mon temps, dans mon quartier, c’était plutôt rare de faire plaisir juste pour le plaisir!

 

Coco: Ok, fa’moé 15 push-up pis j’te fly 5 piasses.


Coco: Hey l’morveux, embarque dans l’Pontiac de Coco, on s’en va chez Perrette pis on va s’bourrer la face.

Le 23 décembre 1984…
Arrive dans une immense tempête de neige un camion de boucherie dans notre stationnement!

 

Coco: Hey Mado, viens choisir de la viande dans le truck pis amène ton gros sans-cœur pour nous aider.

 

Le gros sans-cœur, c’était mon père, qui n’était pas là mais aux danseuses à dépenser sa paye et les chèques d’allocations familiales.

 

Coco: Ok d’abord, amène ton plus vieux, y va nous aider.

 

Je me lève, je mets mes bottes, mon manteau par-dessus mon pyjama des Canadiens usé à la corde, et je découvre la caverne d’Ali Baba sous la forme d’un immense camion de boucherie (un cube réfrigéré). Le camion est plein jusqu’au bouchon. Filets mignons, T-bones, charcuteries, lard, bacon en boîte, rôtis, pis encore… C’est comme si y’avait un troupeau de bœufs là-dedans. Cette nuit-là, j’ai compris que Robin des Bois ne venait pas de Nottingham, mais de Pointe-Saint-Charles. J’ai compris aussi que le mot impossible n’existait pas dans le livre de Coco.

 

En janvier 1985…
La police de Montréal retrouva le corps d’une jeune femme dans un conteneur à vidanges. On lui avait coupé les deux seins avec un vulgaire couteau. Une job qui n’avait pas été faite par un chirurgien. Elle avait aussi le trou du cul défoncé! À peine 20 ans, la vie devant elle. Belle comme ces princesses dans les contes de petites filles. Une soie avec laquelle on s’était torché. Montréal, c’est petit en criss. Les ruelles ont des oreilles et des yeux. La rumeur a couru partout comme un chien fou. La rumeur a couru jusqu’à la porte du chum de la jeune femme, c’est-à-dire Coco.
 
La rumeur qui a couru pendant trois jours, de Sainte-Catherine en passant par Saint-Laurent pis Dorchester, c’était que la serveuse avait refusé les avances d’un gars dans »gammick ». Le gars lui aurait offert 5000 piasses cash pour coucher avec, pis elle aurait dit devant tout le monde que même avec tout l’argent du monde, elle coucherait pas avec lui. Pis que même s’il restait juste lui su’ a terre, elle coucherait pas avec.

Le genre de gars qui se fait jamais dire non, pis surtout pas devant ses boys! Le genre qui ne se torche pas avec des pelures d’ognon.

Quelques jours plus tard…
Le gars dans »gammick » fut retrouvé dans son magnifique penthouse en haut d’une tour. Il n’était plus le même. Même ses parents ne l’auraient pas reconnu. Il était brisé, de la poudre d’os. Les blessures ont toutes été infligées à coups de poing ou de pied, aucun autre objet, aucun! Les traces montrent qu’une seule personne a donné des coups.

 

Le 26 janvier 1986…
Coco est assis dans son char. Sa tête a éclaté un peu partout, jusque sur le banc d’en arrière. Des petits morceaux du beau »bum » se retrouvent partout sur le banc de cuir. Le sang rouge fait contraste avec les nouveaux bancs blancs du bolide. La »gammick » est plus forte que l’amour, que la police, et surtout, plus forte qu’un videur de club.

 

Il fait très froid et, dans sa radio, il y a une cassette 8 tracks »Dressed to Kill » de Kiss.


Salut Coco! Veille sur nous!

Cool Papa Bell

 

 
Par un beau matin ensoleillé de mai 1903 est né dans le petit village de Starkville au Mississippi l’homme le plus rapide de tous les temps, le mythique James »Cool Papa » Bell! 

Il ne faut pas oublier qu’en 1903, les Noirs avait leurs toilettes car ils ne pouvaient aller dans la toilette du Blanc, leurs abreuvoirs car ils ne pouvaient déposer leurs lèvres sur le même abreuvoir que le Blanc, ils avaient les bancs arrières des autobus et le devant de l’autobus était réservé à la race supérieure. Les Noirs étaient libres mais il devaient être dociles comme un bon chien. Et le Noir ne pouvait pas jouer dans le baseball majeur, le sport préféré des Américains.
Le passe-temps national était réservé à la suprématie blanche et lui le pauvre petit nègre n’était juste qu’un nègre après tout. Nous n’étions que 38 ans après la fin de l’esclavage. Nous n’étions que 38 ans après que le grand Abraham Lincoln ait mis son pied à terre.
Qui aurait dit qu’un nègre, un simple nègre de son état allait révolutionner la façon de voler les buts. Petit-fils d’un esclave qui ramassait du coton à la journée longue, il allait se sauver des champs avec ses jambes sculptées par le Bon Dieu lui-même.

Malgré qu’il soit né dans un monde de Blancs, malgré qu’il soit né à côté de l’état qui mettait au monde le Klu Klux Klan, soit le Tennessee, rien n’allait empêcher Cool Papa Bell de devenir une légende malgré qu’il n’ait joué aucun match dans les ligues majeures! 
Quand même ironique, quand on pense que le Klu Klux Klan est né l’année qu’a fini l’esclavage, soit en 1865! 

Il a quitté sa petite communauté de Starkville en 1920, il avait 17 ans. Il est allé rejoindre ses quatre frères plus vieux au nord à St-Louis dans le Missouri! Et avec eux, il allait jouer pour un club semi-pro, The Compton Hill Club.

Il n’était encore que James Bell! Il faut savoir qu’à l’époque cétait le Far West au baseball, ça jouait très dur!
On peut même dire que cétait un sport extrême à la limite! Il n’était pas rare que des gars aiguisaient leurs crampons de métal avant les games comme le faisait ce vieux raciste notoire,Ty Cobb!
Aiguiser ses crampons pour les rentrer dans les chevilles de ses adversaires cétait pratique commune en 1920! James Bell n’était pas ce genre de joueur, il vous battait plutôt avec sa vitesse. Et c’est ainsi qu’à travers les parcs de balle de St-Louis commençait le mythique parcours de James Bell.

Après avoir passé, deux saisons avec le Compton Hills Club, il a signé chez les professionnels dans la Negro League avec les Stars de St-Louis pour 90$ par mois. C’est avec les Stars qu’il a fabriqué son fameux surnom. À noter qu’il était au départ un lanceur de balle papillon. Oui, oui, lanceur! Un lanceur qui frappe autour de .400 c’est au-delà de l’imagination… mais comme on parle de Cool Papa Bell l’impossible est toujours possible. En fait le mot impossible n’était tout simplement pas dans le vocabulaire de James Bell!!

Pour les non initiés, faut savoir que la Negro League était à l’époque la ligue professionnelle des Noirs. 
James était rapide sur les sentiers mais partout ailleurs, il était relaxe. Aujourd’hui on dirait qu’il est chill. Avant un match l’un de ses coéquipiers, Oscar Charleston (membre du Temple de la renommée) l‘a rebaptisé Cool en raison de son attitude posée. Et après quelques matchs l’entraîneur de l’équipe trouvait que Cool Bell était comme un père avec tout le monde, il avait cette attitude de prendre soin des autres, de tous les autres comme si vous étiez son enfant. C’est alors qu’il eu reçu le surnom de Cool Papa Bell!

On raconte que le grand coureur olympique Jesse Owens a refusé une course un contre un contre Cool Papa Bell. Lui qui avait déjà remporté des médailles d’or devant Adolphe Hitler pendant les Olympiques!!! Le légendaire Satchel Paige clamait à qui voulait l’entendre qu’il avait entendu Owens refuser la course. Les journalistes de l’époque sont unanimes pour dire que Cool Papa Bell aurait pulvérisé à un contre un Jesse Owens. 
Lui, Cool Papa Bell disait que Owens était une idole et contrairement à lui il n’aurait pas eu la bravoure de courir devant le diable faisant référence à Adolphe Hitler. 
Pour fin historique, Jesse Owens en 1936 a parcouru tous les parcs de balle de la Negro League et courait contre un cheval autour des buts entre les manches. Cétait l’attraction spéciale cette annéelà. Il a croisé à plusieurs reprises Cool Papa Bell pendant ses événements mais il a toujours refusé de courir contre lui.

Il faut savoir que dans les années 20, les statistiques n’étaient pas prises au sérieux comme aujourd’hui. Je m’explique,  Cool Papa Bell lui-même a déclaré dans une entrevue en 1981 donné au Hall of Fame, qu’un soir il avait frappé 5 coups sûrs et volé 5 buts mais comme le marqueur avait oublié de noter la partie, alors le lendemain dans le journal vous n’aviez que le score d’ajouté au stats… cétait les années 20! En tant qu’amateur de balle, j’ai pas mémoire d’avoir vu ou lu qu’un joueur avait volé 5 fois et frapper 5 coups sûrs dans la même maudite partie! 

Question d’un journaliste: Étiez-vous fâché de l’oubli du marqueur?

Cool Papa Bell: Non, le lendemain au même parc, j’ai frappé 5 coups sûrs et j’ai volé 5 buts… fin de la discussion!

Cette même année en 1933, il avait volé 175 buts en 200 parties…
La Negro League avait de grands joueurs dans ses rangs mais disons qu’elle était plutôt folklorique pour le reste. 

Satchel Paige a dit: Une fois quand il jouait pour St-Louis et moi je lançais pour Pittsburgh, il a frappé une flèche qui a sifflé à coté de mes oreilles. Je me suis retourné et je jure de mes yeux vu avoir vu la balle le frapper quand il a glissé au deuxième but. 

Mythe, légende ou réalité? 

L’histoire la plus colorée concernant Cool Papa Bell vient de son ancien co-chambreur sur la route; probablement le plus grand joueur de balle que le baseball aura jamais connu d’après moi et plusieurs autres »le black Babe Ruth » Josh Gibson!

Josh Gibson: Cool Papa était tellement rapide qu’il pouvait fermer la switch de la lumière et être dans les couvertures de son lit avant que la chambre devienne noire!

Mythe, légende ou réalité?

Au final il aura joué chez les pros de 1922 à 1950 et l’hiver il a joué 21 saisons au Mexique, Cuba et dans l’état de la Californie!
De plus, il a gagné trois championnats avec
St-Louis, trois avec Pittsburgh et trois avec Homestead!
En 1950, les ligues majeures lui ont offert un contrat maintenant que les Noirs pouvaient jouer sur le même terrain que les Blancs mais Cool Papa a refusé l’offre des Browns de St-Louis disant qu’il était tout simplement trop tard.

Puis de 1954 à 1970, il est devenu gardien de sécurité de nuit au City Hall de St-Louis. Il a pris sa retraite à l’âge de 67ans.
Il a été le cinquième joueur de la Negro League à être élu au Temple de la renommé du baseball, et cétait en 1974!
Il est mort d’une crise de cœur en 1991 trois semaines après sa femme et complice de toujours Clara. Il avait 87 ans.

Un jour, un journaliste lui demanda s’il était né trop tôt pour sa carrière, faisant référence au fait que les ligues majeures ont accepté les Noirs dans leurs rangs seulement en 1947.

Cool Papa Bell de répondre: C’est pas vrai.  Les ligues majeures ont ouvert les portes beaucoup trop tard.

Statue  de bronze de Cool Papa Bell au abord du Busch Stadium de St-Louis érigé en 2002 (Parc des Cardinals de St-Louis)

Shoeless Jean-Paul

»Shoeless » Jean-Paul était un indien parmi les cowboys. Il est né d’un père Iroquois et d’une mère Iroquoise. Il est arrivé parmi nous en 1986 comme un cadeau mal enveloppé. 

Lui et sa famille avaient quitté la côte-Nord et Schefferville que le gouvernement venait de fermer. Le bon gouvernement avait mis la clé dans la porte, un point c’est toute. Ils ont été arrachés à leur territoire, leurs souvenirs, leur monde, leur vie, tout comme le village de Gagnon à la même époque. Shoeless est arrivé en plein cœur de février. Il a atterri dans le quartier le plus dur de Lachute. Il était maintenant un enfant du Bronx plus précisément le secteur Ayersville à Lachute. Il faisait -10 dehors et lui se promenait en 
t-shirt comme si on était rendus au printemps! Il habitait dans le bloc 36. 

Sa famille avait le chien le plus dangereux que j’ai jamais vu de ma vie. J’ai vu de mes yeux vu, son chien manger littéralement un pauvre p’tit caniche. Il venait du vrai froid, du vent qui vous brûle les yeux, un genre de vent qu’il est impossible de regarder dans les yeux! C’est comme s’ils étaient nés pour vivre avec nous. Ils avaient gagné la 6/49 à l’envers! 

J’ai tout de suite tissé des liens serrés avec Shoeless, tissé à l’amérindienne. Nous avons bu ensemble. Nous avons été malades ensemble. Il m’a fait découvrir la bagosse avec pelures de pétaques. Un genre d’alcool que son père buvait quand il était en vacances. Nous avions beaucoup de points en commun donc le même genre de père. 

J’ai vu grimper Shoeless à des places que même Tarzan lui-même n’aurait pas grimpé. Ce n’est pas qu’il aimait l’aventure, il était lui-même l’aventure. On aurait dit que le mot avait été inventé pour lui. Étrangement, il dormait avec des dreamcatchers mais il n’avait pas de rêve. C’est vous dire l’étendue de son désarroi. J’ai souvent l’image d’un Indien aux bras croisés déplumé quand je pense à Shoeless. 

Ses premières vacances d’été aux abords
d’Ayersville furent épiques! Et quand j’utilise le mot vacances c’est la portion sarcastique du texte. Il a passé tout l’été nus pieds, c’est comme ça que je l’ai rebaptisé Shoeless! Pus personne par la suite l’a appelé par son vrai prénom. L’histoire des pieds nus est simple, simple comme Shoeless. Il a perdu ses »snicks » entre l’école et la maison lors de sa dernière journée en classe de juin 1986. Nous étions les deux en 7ième année. Comme ses parents n’avaient jamais une cenne et les priorités à la mauvaise place, l’Indien qui venait du Grand Nord a passé l’été nus pieds. 

Cet été-là, il a découvert le baseball! Shoeless pieds nus dans le champ centre, les cheveux au vent’ c’était de la poésie glauque. J’ai encore l’image dans ma tête de Shoeless qui vole le deuxième but sous l’étonnement de ceux qui venaient jouer contre nous dans Ayersville. Il était un loup parmi la meute. Il avait le dessous des pieds tellement noir, c’était incroyable. Ça dépasse toute logique, on était pas en 1886… 

Cet été-là, Shoeless s’est battu une seule fois mais toute une fois… contre votre humble serviteur! Nous nous sommes chicanés pour une fille. J’ai reçu deux ou trois bons coups de poing sur la gueule, il a reçu un coup de pied sur un tibia et par
la suite il m’a lancé une brique sur la tête! J’ai fais ma première commotion cérébrale. J’ai vomi, j’ai pleuré, j’ai pissé dans mes culottes. Je me souvenais pus où j’habitais! Quand j’ai retrouvé la mémoire, je me suis dirigé vers l’appartement des Nadowa. 

*J’allais déterrer la hache de guerre dans la nuit du pardon. 

Il m’a vu arriver. J’avais une planche dans les mains avec un clou rouillé au bout. Le clou rouillé est rentré dans son pied comme un couteau dans du beurre chaud et par la suite dans le sol. Il n’a pas crié, il n’a pas pleuré. Au total : une commotion, des points de soudure et une piqûre de tétanos. Nous avons conclu que nous étions faits pour nous entendre, qu’on ne pouvait pas être des ennemis, que l’été aurait été moins drôle et long. Fin de la chicane. 

Nous avons gagné des games de balle ensemble autant que nous en avons perdu. Nous avons joué au moins une game par jour pendant toutes les vacances. Nous avons fait honneur à ce bon vieux Doubleday! 

Juillet 86 
Je suis assis sur la galerie chez-nous en plein cœur de la paroisse de St-Julien sur la rue Princesse.
Quand tout à coup arrive en Cadillac, Shoeless lui-même. Il a 13 ans. Oui oui je le jure. 

Shoeless: Embarque! 

Moi: Yes!!! 

Ce fut court mais mémorable… J’ai tellement eu peur! J’ai compris cette fois que j’étais pas fait pour la vie de bum, pas Shoeless. Nous avons roulé sur le trottoir jusqu’au Bronx… le monde dans le bloc 36 était euphorique, beaucoup moins la police qui nous a croisé. Nous avons fait des beignets avec le char jusqu’à ce que la police arrive. Je suis retourné à la maison avec les agents, à 43 ans je sens encore la main de mon père dans le derrière de ma tête. 

Il n’était pas rare de retrouver Shoeless dans un coin sombre la face emmitouflée dans un sac de papier brun. En rond de chien, été comme hiver, il collait des avions dans sa tête. Pour la suite des choses…. Jean-Paul est devenu p’tit vendeur de »dope ». Il s’est acheté des »snicks », des maudits beaux »snicks ». Nous nous sommes perdus de vue. 

J’ai lâché l’école. Je suis parti faire mon rat de bibliothèque. J’ai passé l’année complète de mes 16 ans enfermé chez-nous, j’étais agoraphobe et je le savais pas. J’ai tellement lu, tellement. Un an à pas sentir le vent, le soleil, le froid. 

Et un soir, un soir de l’été 1989…
J’étais enfermé chez-nous dans mes peurs, dans mes doutes, emmitouflé dans les quatre murs de ma chambre! Ma mère m’a donné le journal l’Argenteuil à la page nécrologique. C’était écrit noir sur blanc: Jean-Paul Nadowa dit Shoeless est décédé… 

Par un beau soir d’été, Shoeless a joué au bonhomme pendu et il a perdu.

*Citation de Denis Vanier