La merveille Johnny

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La naissance d’une merveille
Jean Beauséjour est né au printemps, celui de 1929. Il est né entre deux guerres mondiales. Il est arrivé dans le comté d’Argenteuil le temps d’une paix! Il est apparu dans ce bas-monde dans la tourmente, dans la tourmente de sa mère Rose-Alma qui l’accoucha à l’âge de 14 ans. Pendant ce temps, son père Ti-Louis bâtissait à la mitaine la maison familiale. Il est arrivé au monde dans une tente de fortune, plantée sur le terrain des Beauséjour, directement dans le quartier le plus pauvre de Lachute, celui de la côte de sable. Le dernier quartier à avoir reçu des lampadaires à Lachute, et c’est à l’automne 1970 que la lumière fût la nuit sur la côte de sable!


Ce matin-là, il faisait cru pour accoucher presque dehors! Il n’y avait ni infirmière, ni sage-femme, ni personne d’autre pour aider la p’tite Rose-Alma. Elle était seule au monde avec le p’tit Jean prêt à sortir de son ventre chaud. Ti-Louis, lui, se dépêchait à terminer la maison pour accueillir la famille.

Comme le destin ne laisse jamais rien au hasard, Rose-Alma allait ce matin de printemps-là accoucher seule comme l’a fait sa propre mère Iroquoise  »Kachina ». Elle aussi a accouché à l’âge de 14 ans!

Ce soir-là, le plus que petit Jean a dormi au chaud entre son père pis sa mère.

Une vieille tradition iroquoise dit que :  »Le fruit ne tombe jamais très loin de l’arbre ». Comme sa mère, Rose-Alma avait la  »couenne » dure et la tête aussi!

C’était l’époque où Adolf Hitler tenait la planète au creux de sa main.

Et la planète semblait bien petite dans la main du presque maître de l’univers!


Tout était rationné dans la Belle Province comme partout ailleurs dans le monde. En temps de guerre, il faut que les pauvres se serrent encore un peu plus la ceinture! À l’époque, le peuple faisait la file pour avoir à manger. C’était l’époque des coupons. Un coupon pour les pétaques, un coupon pour les tomates et ainsi de suite… des coupons pour tout ce qui se retrouvait sur la table le soir!


C’est donc dire que le p’tit Jean a passé son enfance à marcher et faire la file avec sa mère… Pour lui, c’était du quotidien!

Certains jours, ceux qu’on met dans la catégorie « journée à oublier », Jean et Rose-Alma pouvaient attendre 5 heures en file pour un sac de patates, et se faire dire rendus à leur tour que pour aujourd’hui, le truck de patates était vide!

Ces soirs-là, chez les Beauséjour, on mangeait de la misère!

Il a donné et reçu beaucoup de  »claques s’a yeule » aux quatre coins de la côte de sable. Il a grandi à coups de tabarnak, de câlisse, de ciboire, de saint-sacrement et à grands coups de pied dans l’cul. Avec le temps et les coups, le petit Jean est devenu Johnny dans la cour d’école. À 8 ans, il commençait déjà à établir sa légende dans les rues de la côte de sable.

Johnny est tombé en amour pour la première fois en 1937. Il avait 8 ans et il était sur les épaules de son père à la foire agricole de Lachute, la fameuse foire, celle qui existe encore aujourd’hui. Celle qui a vu son père battre cinq Anglais (les Mackenzie) en même temps, au tir à la corde.
Il était sur les épaules de Ti-Louis et il est tombé en amour pour la vie avec la lutte! Ce soir-là, le grand Yvon Robert était l’attraction spéciale! Johnny avait les yeux gros comme des trente sous! Les saltimbanques du ring avaient opéré leur magie.
Johnny répétait à son père que c’était merveilleux, merveilleux de voir Yvon Robert, merveilleux la ceinture de champion du monde, merveilleux la foule qui applaudit les bons, merveilleux les bottes cirées de lutteur, merveilleux! Et il avait dit à son père :

Johnny: Moi aussi papa, je veux être merveilleux.


Ti-Louis: Jean, dis pas de niaiseries câlisse, c’est pas du monde comme nous autres! Si t’es pour te mettre à rêver, j’t’amènerai pus à lutte! »


Johnny:Moé un jour j’vas lutter comme Yvon Robert… pis moé un jour j’vas être le champion du monde. Pis moé un jour j’vas avoir cette ceinture-là!


Johnny reçut une claque magistrale qui allait résonner en arrière de sa tête tout le long de sa vie. Le genre de claque qu’on n’oublie pas. Le genre de claque qui vous écrase à jamais ou vous motive jusqu’au dernier souffle! Le genre de claque que vous racontez plusieurs années plus tard, les yeux dans l’eau, à la mort de votre mère!


Parfois, Johnny pouvait passer une journée entière à l’école sans rien se mettre dans le ventre. C’était bien avant le club des p’tits déjeuners. C’était l’époque de la vraie grosse misère noire, celle avant l’aide sociale, celle du secours direct! Certaines fois, dans son lunch, il y avait du pain avec du beurre, de la graisse de rôti (de la bonne minouche), des pétaques crues, de la soupe aux pois, mais la plupart du temps un p’tit rien dans un sac vide!

Tanné de manger de la marde, Johnny s’est retroussé ses manches de p’tit gars de 9 ans et est allé offrir ses services à M. Champlain, le boss du magasin général sur la grande rue. De chez eux, on parle d’une bonne demi-heure de marche.

**Note de l’auteur dans le texte :Le chemin du nouveau travail de Johnny, je l’ai fait des milliers de fois quand j’étais petit et qu’on allait s’a côte de sable à tous les dimanches. C’est une bonne demi-heure en beau temps… en hiver, on parle de 45 minutes!**

Donc, Johnny rentra dans le magasin général comme il rentra partout dans sa vie, par la grande porte!

Johnny:Bonjour M’ssieu Champlain! Avez-vous besoin d’un homme travaillant? Si oui, j’suis votre homme!


M’ssieu Champlain:Hahahahahaha… mon homme!!! Tu sembles avoir du coeur toé mon garçon! T’es un p’tit qui?


Johnny: Chu un Beauséjour de la côte de sable. J’ai été baptisé Jean, mais asteure j’suis Johnny! Pis je travaille avec mon coeur m’ssieu, avec mon coeur!


M’ssieu Champlain: La famille de miséreux s’a côte de sable? Ok mon gars, t’é mon homme pis fais pas de niaiseries, tu vas toujours avoir de la job avec M. Champlain!

Johnny: J’vas avertir ma maîtresse d’école qu’aujourd’hui c’était ma dernière journée à l’école! À demain, boss.

Et jusqu’à temps qu’il quitte la ville de Lachute à 17 ans, Johnny a travaillé pour le bonhomme Champlain. Il était l’homme de confiance du magasin général. Il livrait en bicycle été comme hiver, beau temps comme mauvais temps, au soleil comme à la pluie. Il m’a dit lui-même que le meilleur boss qu’il a eu dans sa vie fut M’ssieu Champlain!


Et pourquoi Johnny voulait absolument avoir un emploi à 9 ans?

La journée où il est allé au magasin général, il était allé à l’école de rang nus pieds, car ses souliers étaient complètement finis. Il avait tellement fait rire de lui qu’il s’était dit que c’était la dernière fois qu’il agirait en Beauséjour (lire ici être né pour un p’tit pain).


M’ssieu Champlain avait était très ému de voir un p’tit bonhomme tout crotté et nus pieds lui demander une job!


À 10 ans, c’était le temps du sacrement du pardon, grande cérémonie religieuse. Une bondieuserie très à la mode dans les années Duplessis, et Johnny n’allait pas y échapper.
Le voisin de la troisième maison à gauche des Beauséjour aimait beaucoup les enfants Beauséjour, peut-être trop même! Hector de son prénom était un vieux célibataire, chose rarissime à l’époque et plutôt bizarre. Le bonhomme Hector avait convoqué Johnny chez eux un mardi soir, après la tombée du soleil. C’est comme si un loup rôdait autour de la p’tite maison des Beauséjour!

Hector: J’t’ai acheté un bel habit pour ton sacrement du pardon. Viens plus proche qu’on l’essaye!

Hector a pris Johnny par le bras et l’a  »squeezé » le plus fort qu’il pouvait.

Hector: Penche-toi pis r’merci mononcle Hector…

Awaye!


Le bonhomme Hector reçut un coup de poing s’a yeule qui le fait encore trembler dans sa tombe au moment où j’écris ces lignes…
Le bonhomme est tombé par terre les quatre fers en l’air, les yeux lui roulant par en arrière. Voyant ça, Johnny lui a  »crissé » un coup de pied s’a tête. Une pour la luck, vieux calvaire!


Quelques années plus tard, l’un des p’tits frères de Johnny allait se faire violer brutalement dans un  »pit de sable » par le même Hector, et ça au tendre âge de 7 ans. Mais une chance qu’Hector lui avait acheté un bel habit pour sa première communion. André était beau en criss dans son habit pour avaler sa première hostie de travers! Johnny n’était déjà plus à Lachute lors de cet évènement et il n’a jamais su l’existence de celui-ci.

Demain matin, Montréal m’attend

Un matin, Johnny s’est levé en se disant que s’il ne bougeait pas, il finirait sa vie au magasin général. Il a donné sa démission à son boss, a embrassé sa mère, ses soeurs et ses frères, puis est parti avec son baluchon sur l’épaule vers la grande ville!


Johnny n’avait jamais dépassé les limites de St-Hermas et, ce matin de juin 1946, il allait à la conquête de sa propre légende. Il avait dans son baluchon des souliers de course, deux ou trois t-shirts et des bobettes.

Il n’avait pas une cenne dans son portefeuille, ayant laissé son dû à sa mère qui en aurait bien plus besoin que lui!


Il alla sur un chantier de construction avec tout son vouloir d’homme de 17 ans! Du haut de ses 5’11 et 205 livres, rien ni personne ne pouvait arrêter Johnny, même pas l’évolution. La vie n’était pas amanchée ce jour-là pour jouer au bras avec Johnny!

Il se présenta à quelqu’un sur le chantier :

Johnny: J’pourrais-tu parler au foreman?


Le quelqu’un: Qu’ossé qu’tu veux au foreman (dit-il avec un accent d’Italien de St-Léonard)


Johnny: J’veux travailler pis j’ai une bonne paire de bras.


Le quelqu’un: Tu peux commencer quand, m’ssieu les bras?


Johnny: Là.


Le quelqu’un: C’est moé l’foreman… Prends la pelle pis va jeter les vidanges. Mon nom c’est Borsellina, Tony Borsellina. Toé tu vas être au pic pis à pelle.

C’est comme ça que Johnny est devenu pelleteur d’asphalte à semaine. Ses bras de Beauséjour grossissaient à vue d’oeil! Le p’tit gars de la côte de sable est devenu bâti comme un homme à coups de pic pis de pelle. En presque pas de temps, il a perdu son gras de bébé. Il est devenu un fabriqueur d’huile de bras à la chaîne.


Mais, pendant sa première semaine à Montréal, pas d’argent et trop gêné pour demander à ses chums de job de coucher chez eux, Johnny dormit dehors, à une rue du chantier! Il a dormi dehors jusqu’au vendredi.


Aussitôt sa paye reçue, il est allé se chercher une chambre dans une maison de pension. Il dit lui-même qu’une fois qu’il a ouvert la porte de la chambre, il s’est garroché dans son lit et il n’a jamais été aussi heureux de sa vie! Il a pleuré aussi, mais un Johnny ça pleure pas souvent et longtemps. C’était plutôt une énorme poussière dans son oeil qu’autre chose! Après 14 heures d’ouvrage sur un chantier à faire toutes les jobs de marde que les autres veulent pas faire, ce n’est pas très invitant pour le beau Morphée, un banc de parc en bois!

Dormir à la belle étoile, c’est juste poétique dans les livres.


Johnny s’est établi comme bon pelleteur. Il était le  »pretty boy » des  »pretty boy »! Il a connu Montréal sous toutes ses coutures, et aussi les Montréalaises.

Son charisme étouffait tout l’espace autour de lui! Il avait fait sa place auprès des Borsellina, il pouvait donc se concentrer sur son rêve ultime, soit devenir lutteur!


De la côte de sable au forum de Montréal

1949, c’est l’année de la douleur. L’année où il comprend que devenir lutteur, ce n’est pas l’histoire d’une fin de semaine!

Malgré 60 heures de pelletage dans le corps, Johnny allait s’entraîner pour devenir lutteur 4 fois semaine. Il allait à la célèbre Palestre nationale sur la rue Cherrier à Montréal!
Il allait se faire bardasser par les Johnny Rougeau, Eddie Auger, le grand Yvon Robert, MAD dog Vachon, Tarzan  »la bottine » Taylor, Don Leo Jonathan, le jeune Killer Kowalski, Bob  »Leg » Langevin, Hans Schmidt et plusieurs autres. C’était du sérieux à l’époque, la lutte! C’était considéré comme un grand sport, au même titre que le hockey. Au niveau popularité, la lutte était l’égale du Canadien de Montréal!


Toutes les vedettes québécoises de l’époque voulaient se faire voir aux galas du samedi soir, ceux présentés au bon vieux forum de Montréal. Les Manda Parent, Dominique Michel, Michel Louvain, Maurice Richard, Olivier Guimond, Paul Desmarteaux, Jean-Pierre Masson, Denis Filiatrault, la Poune, Gilles Latulipe, Charles Trenet, Édith  »la môme » Piaf, Aznavour et plusieurs autres. Tout le monde voulait être autour du monde de la lutte! Aller au gala du samedi, c’était bon chic bon genre!


Johnny a mangé mille et une claques, atémis, savates, coups de coude, de corde à linge! Devenir lutteur, c’était pas comme aujourd’hui l’histoire de deux fins de semaine pis on se proclame champion de papier!

À l’époque, comme dans la police, il fallait au minimum mesurer 6 pieds et peser 200 livres, sinon vous étiez destiné à devenir arbitre, gérant ou spectateur. De 1949 à 1954, Johnny a gagné son dû! Et en 1955, il a fait son premier combat au forum de Montréal. Pour l’occasion, son petit frère André, grand amateur de lutte, était sur place. André avait 12 ans et les yeux grands comme des trente sous. Pour la première fois où il sortait de Lachute, il allait voir son grand frère se battre au forum de Montréal, le forum! Et en plus, le combat allait être présenté à la tivi de Radio-Canada!

Michel Normandin au micro présente les lutteurs…

Michel Normandin: Dans le coin gauche, dirrrrrrectement de la côte de sable, une bonne main d’applaudissements pour la merrrrrveille Johnny!

Johnny arrive en maillot blanc de style  »speedo », des belles bottes blanches  »shinées » et des cheveux teints en blond. Il détonne des autres lutteurs, il flashe, mais c’est correct, car le kodak aime Johnny et Johnny aime le kodak! La foule l’applaudit.


Johnny a la larme à l’œil en regardant en arrière de lui et voyant tout le travail accompli!

Il met les deux pieds sur le tapis du ring, il met ses 225 livres sur 5’11 dans le milieu du ring et salue avec respect l’annonceur Michel Normandin. Les bonnes femmes sont en émoi tant il est beau et musclé, le lutteur de la côte de sable! Ça crie comme au spectacle de la toute nouvelle vedette des jeunes, Elvis Presley!

Les bonnes femmes: JOHNNY-JOHNNY-JOHNNY, ES-TU MARIÉ?


Ce soir-là, Johnny a gagné plus qu’un combat. Il a gagné le coeur de sa future femme Jackie, femme avec laquelle il vit encore aujourd’hui à 82 ans, à l’ombre de Lachute.

À l’époque, il y avait un rituel très important pour les lutteurs, celui de recevoir leur robe de chambre avec leur nom brodé dans le dos.


Seules les vedettes et les futures vedettes de la lutte avaient droit à ce privilège!

Johnny reçut sa robe de chambre un an après ses débuts, lors d’une cérémonie, des mains du propriétaire de la Fédération à la Palestre nationale, devant ses pairs!

Une belle robe de chambre blanche avec son nom brodé en noir.


Au même moment, il était devenu chauffeur de  »boule » pour les Borsellina. Dans les couloirs du ring, on le surnommait le prince de l’asphalte!

Buddy Rogers

1956, le champion du monde  »The Nature Boy » Buddy Rogers était en ville et il brillait de tous ses feux!

Il luttait depuis 1939. Il n’avait aucune défaite à son dossier! On le surnommait aussi Mr Perfect. Il mesurait 6’4 et pesait 260 livres de muscles, un géant pour l’époque. Il était le champion de la NWA, AWA et de la WWWF.

Il était imbattable. Il fut aussi l’inventeur de la célèbre prise en quatre ou, comme disait mon grand-père Ti-Louis, la prise des quatre haches!

La rumeur circulait sur la rue Saint-Laurent, sur la Sainte-Catherine, sur Dorchester, sur la Wellington à Verdun, bref partout dans la grande ville que Buddy Rogers affronterait la jeune vedette montante de la lutte au Québec.


Trois semaines plus tard, le combat était signé. Ce serait la merveille Johnny versus Buddy Rogers, mais pas pour la ceinture de champion du monde. Si Johnny battait Rogers, il aurait droit par la suite à une chance au titre! Mais battre Rogers, c’était comme gagner à la 6/49!

Le forum était plein jusqu’au bouchon. Vingt mille spectateurs étaient venus voir le jeune Canadien-français tenter l’impossible!

On pouvait entendre une mouche voler dans les rues de la ville. Toutes les radios de la province syntonisaient CKAC pour écouter la retransmission de la finale! Au micro, on pouvait entendre toute la nervosité de l’animateur Zotique L’Espérance. Dans les chaumières, les pères fixaient la radio, les enfants faisaient semblant de dormir en écoutant la voix tremblotante de Zotique, et les mères priaient pour que le beau Johnny ne souffre pas trop aux mains du méchant Américain!


Il n’y avait pas un chat au Café de l’est, pas un chat au Mocambo, ce qui était plutôt rare le samedi soir. La ville battait au rythme du coeur de la merveille Johnny.

Dans les coulisses, c’était une autre histoire. Va falloir que ce soir-là Johnny se couche vers la 57e minute de combat! Oui, oui…vous avez bien lu. Johnny se fait ordonné de perdre et par-dessus le marché, il doit se laisser faire la prise en quatre devant la province. Ordre du gérant Eddie Quinn, un point c’est toute! Question de protéger la belle fiche du grand champion américain.

C’était mal connaître Johnny. Perdre devant son monde, perdre devant les Borsellina, les Beauséjour, les Champlain et ses chums de job?


Dans les coulisses, Buddy Rogers et Johnny se sont fait face une fois et la discussion fut brève et cocasse.

Johnny qui se bombe le torse comme un Beauséjour: j‘en ai planté des plus tough que toé s’a côte de sable, je t’en passe un papier, OK!


Buddy Rogers: ?


Les autres lutteurs canadiens-français: Hahahahahaha! Le gars comprend pas un mot de c’que tu dis, Johnny! Hahahahaha!


Johnny: J’m’en câlisse, moé j’me comprends! Pis lui y comprend en hostie que j’vas m’coucher d’vant lui  »talleur » dans l’ ring!

    

Les lumières se ferment dans le forum et Michel Normandin présente les lutteurs…


Normandin: Dans le coin gauche… dirrrrrrectement de la côte de sable, le seul, l’unique, la merrrrrrveille Johnny!

Ce soir-là, le toit du forum a explosé! Tout le monde voulait pousser avec Johnny. La foule était hystérique et Johnny a regardé Buddy Rogers rentrer dans le ring avec un gros sourire dans le racoin de son visage!

À la 57e minute du combat, Johnny a fait la prise du petit paquet à Buddy qui n’a rien pu faire!
Et l’arbitre a compté, incrédule, jusqu’à trois… un, deux, trrrrrrrrrrrrrois! Ce fut la dernière fois qu’on aura vu Johnny dans un ring de lutte.


Eddie Quinn, assis dans la première rangée, a avalé son gros cigare de travers. Personne ne le savait, mais dans la tête du big boss Quinn, c’était le dernier combat à vie de Johnny. Beaucoup d’argent s’est perdu ce soir-là pour  »ben » du monde. Johnny a agi en  »boulé », et tu ne niaises pas avec la  »gamique »…

Johnny s’est promené autour du ring avec la ceinture et a profité du moment, car il savait très bien que c’était la dernière fois qu’il mettait les pieds dans un ring de lutte! Il avait fait fi des recommandations, ce qui est une loi non écrite dans le monde de la lutte!


Une fois les célébrations terminées, Johnny est revenu dans la chambre des lutteurs et a pris mille et une photos avec la ceinture pour immortaliser le moment. Le torse bombé, il était fier le p’tit gars de la côte de sable! Il n’a pas eu le temps de célébrer longtemps. Une fois rendu dans le stationnement, des hommes de main l’ont tabassé jusqu’à perte d’identité!


Il s’est réveillé trois semaines plus tard et, au pied de son lit d’hôpital, pleurait de dos sa belle Jackie.

Johnny: Pleure pas  »toune », chu pas mort! Chu pas fort, mais chu pas mort!


Jackie: C’a dernière fois qu’tu fais ça Beauséjour, prochaine fois c’est moé qui t’achève.

Et les amoureux s’embrassèrent jusqu’à se faire trois enfants…

Ti-Louis versus Johnny

Décembre 1982, nous étions dans la p’tite maison des Beauséjour, quand tout à coup, arrivant en dernier, le seul, l’unique, dirrrrrrrrrrrrectement de Montréal la merrrrrrrrrrrrrrveille Johnny avec sa femme Jackie.

Tout le monde arrêta de parler, il était le centre d’attraction.


Faut savoir que c’était le dernier Noël de Rose-Alma, et Johnny ne venait pas souvent. Il avait avec son père un conflit qui durait depuis toujours, depuis le jour où son père lui avait  »crissé » une claque en arrière de la tête.

Ti-Louis s’avança vers Johnny et se pencha devant lui. Le silence embauma la p’tite maison. Ti-Louis était vieux et fatigué. On entendit tous les os de son corps craquer quand il se pencha. Il regarda son gars dans les yeux et demanda à son aînée de donner la bénédiction familiale à tout le monde.


Silence…..

Probablement le plus grand silence que je n’aurai jamais entendu dans ma vie!

Johnny leva son père d’une traite, ils se prirent bras dessus bras dessous et dirent en même temps…

Johnny et Ti-Louis: Nous vous bénissons au nom du Père et du Fils, Amen.

Ce soir-là, moi, le barbu de ville, j’ai été béni par la merveille Johnny!

Message à Johnny

Johnny, tu es avant tout un fidèle. Fidèle à toi-même, en amour, au travail, à tes enfants et à tes amitiés.

Tu as été avec les Borsellina de 1949 à 1989 et avec Jackie de 1955 à 2011!


Johnny, tu es un grand chêne droit avec les racines bien ancrées au sol!

Tu as tellement été aimé des Italiens que lors de ta retraite, ils ont fermé les rues de la Petite Italie pour te célébrer! Tony Borsellina a pleuré comme le jour de la mort de sa propre Mama!


Ce soir-là, la Petite Italie a bu toute la grappa de la Sicile! Ils ont bu pour oublier que lundi prochain, sur le chantier, la merveille Johnny ne serait plus
rendez-vous avec sa boîte à lunch en métal, qu’il traînait depuis 1949!


Par ce texte qui relate une bonne partie de ta vie, j’ai voulu rendre hommage à ces hommes qui ont fait ce qu’ils avaient à faire dans la vie. À ces hommes qui ont toujours marché  »drette ». À ces hommes qui se sont battus avec la vie, qui se sont battus le nez cassé! Tu es un battant qui s’est toujours débattu.


En dernier, toi, tu ne te rappelais plus de rien. Tu ne te souvenais même plus de ton nom. Tu ne te souvenais surtout pas que tu souffrais d’Alzheimer. Tu n’étais même plus capable d’aller aux toilettes tout seul. Une fois sur deux, tu fesais dans tes culottes. À la fin, la merveille portait une couche. Pour dire la vérité, tu n’avais plus rien de merveilleux.


Vrai comme je suis là devant mon écran d’ordinateur, vrai comme nous avons le même sang qui coule dans nos veines. J’écris sur toi pour pas qu’on t’oublie. Je deviens ta mémoire. Mon oncle, je fais revivre ton mythe, ta légende.


Je suis persuadé que si on avait regardé dans le fond de tes yeux de p’tit vieux au bout de sa vie, on aurait pu encore voir le merveilleux. Moi, je ferme les yeux et je t’imagine du haut de la 3e corde, majestueux comme dans le temps.


Dans le coin bleu, directement de la côte de sable, le seul, l’unique…La merveille Johnny!

Je vous salue bien bas mon oncle.

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10 comments

  1. Hélène Gallant :
    😉 De te lire avant publication est un privilège!!! Je sais qu'un jour on te lira ailleurs que sur Facebook et sur un blog…😊

    J’aime

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