Le fonds de pension

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C’est la nuit et personne ne dort du sommeil du juste dans la petite maison jaune du coin de la rue. Même les corneilles ont fait de la petite maison aux couleurs soleil leur sanctuaire. Une si jolie petite maison de l’extérieur avec un gazon si parfait, d’un vert haute définition, et dire que toutes les wézo noir du Comté se retrouvent perchés sur la corniche comme pour être évocateur d’un grand malheur.

 

Jean-Marie
Il dort dans ses pantoufles devant le meuble de télé!  C’est la fin des émissions au canal 2, car après l’hymne national canadien, l’éternel grand chef indien aura les bras croisés jusqu’au lendemain matin.  Les hommes moins bons comme Jean-Marie sont condamnés aux cauchemars, même s’ils ont accroché des « Dreamcatcher » sur les murs du sous-sol!  Même que s’il dormirait avec un « Dreamcatcher » au-dessus de sa tête, il continuerait de mourir à froid en face de la vie.  Il rêve en boucle qu’il se tranche la gorge avec un couteau rouillé.

 

Et quand il se réveille le lendemain matin, sur la table à café, un couteau pareil comme dans son rêve traîne comme par hasard à coté d’une assiette remplie de miettes. C’est comme si la vie lui envoyait des signes, un genre d’harakiri, mais l’honneur en moins!

 

Louise
La femme de Jean-Marie fait de l’insomnie au deuxième étage.  Pour dormir, elle doit littéralement s’assommer avec des Valium. C’est l’équivalent de recevoir un coup de masse en plein front. C’est un genre de ligne directe avec Morphée!
Elle pense qu’elle est une bonne personne, elle aime surtout se faire accroire qu’elle est bonne comme du bon pain.  Elle se ment à elle-même, tant et tellement qu’elle n’est même pas capable de se regarder dans un miroir. Elle finit tout le temps par baisser les yeux comme avec son mari, comme quand elle marche dans la rue en plein jour.

 

Elle pratique deux métiers. Le premier est noble, celui de femme au foyer. Son autre métier, celui qu’elle maîtrise à la perfection, être complice de son mari.
Par son silence, elle est comme Jean-Marie, même si elle n’a jamais participé.  Elle maîtrise l’art du non-dit comme un grand sensei. Elle pourrait donner des leçons de silence à ces moines qui vivent dans les montagnes du Tibet! Elle pourrait même torcher le mythique Bouddha à  » je te tiens par la barbichette… ».

 

Jipi
Il est l’un des deux fils du couple.  L’aîné qui ne se casse pas le bicycle, comme on dit! C’est pas qu’il n’a pas d’ambition, c’est juste qu’il ne connaît même pas l’existence même de ce mot!  Il est pompiste et heureux, malgré son 6 piasses de l’heure. Il est la honte de son père et de sa mère. Car môman pense comme pôpa et vice et versa.

 

Jipi est un pompiste qui ne reste pas en arrière de sa caisse. Il remplit les chars des clients et il vérifie même les huiles avec le sourire.  L’huile à moteur, l’huile à brake, l’anti-freeze, le lave-glace n’ont pas de secrets pour lui. Il lave même les vitres pendant que le char se remplit tout seul, la petite clenche qu’on a fait disparaître par magie avec nos stations d’essence avec service d’ailleurs.

 

Jipi a comme seul objectif de se rendre au vendredi après-midi.  Il joue au hockey, mais seulement pour le plaisir, car il n’a aucun talent!  Et même s’il en avait eu, il n’aurait jamais rien fait avec. C’est comme ça, un point c’est toute. Il est un paresseux fonctionnel.

 

P-A
Il est heureux quand il joue au hockey, en tous cas c’est ce que son père répète partout!  Il le répète aux assemblées de Chevaliers de Colomb, à la Chambre de Commerce, au Conseil de ville du bon maire son ami en dessous de la table et il le répète surtout à P-A.

 

Il mesure 6’3 et pèse 225 lbs. C’est pas un jeune ado, c’est un pur-sang de la race de ceux qui ont assez de talent pour jouer et performer au plus haut niveau de la ligue nationale de hockey!  Il a des mains de soie, des mains tellement habiles qu’il pourrait être la réincarnation de Mozart, et des épaules larges comme la place Ville-Marie!!! Pour son père, ainsi que les amis de son père, les agents de joueurs, c’est du bétail, de la bonne chair à fabriquer des bills du Dominion dans un avenir rapproché.  Autour de l’os, il y a beaucoup de viande.  Il est même comparé à un jeune homme de l’Ontario qui, comme lui, est une future étoile dans le firmament du hockey. Il porte le numéro 88 et on l’appelle « the next  one ». Ils ont tous les deux 14 ans!

 

Le garage jaune à coté de la petite maison jaune

Il y a la Mustang jaune de son papa chéri.  P-A  roule dans le vide.  Le muffler échappe du gaz à une vitesse vertigineuse, pendant que P-A pleure les dernières larmes qui lui restent dans son maudit corps d’athlète. Et en cette nuit douce d’août 1987, ironiquement une très belle nuit remplie d’un ciel étoilé, s’est envolé dans le firmament de l’infini le fonds de pension de Jean-Marie.

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4 comments

  1. Josée Vachon:
    « Mourir de froid face à la vie  » ….c'est bien dit …..
    C'est une histoire que je trouve triste et qui arrive malheureusement ….
    Merci

    J’aime

  2. Josée Vachon:
    J'aime tes histoires…même tristes…parce qu'elles sont meublées de détails d'une autre époque du Québec…histoire pourtant sans âge. ..

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