Satchel Paige

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Leroy Paige est né par une belle nuit étoilée du 7 juillet 1906. Parmi toutes les étoiles qui étaient dans le ciel de l’Alabama ce soir-là, Leroy allait en devenir la plus scintillante pourtant, lui qui n’était que simple nègre de son état! Fils de ramasseur de coton, fils de femme de ménage, il allait faire courir les foules toute sa vie durant. Il allait même se faire applaudir par des foules de Blancs.

Leroy a compris rapidement dans son existence de nègre qu’il en était un. La scène se passe en 1910, il a 4 ans. À l’époque, le Ku Klux Klan était bien vu, c’était même une organisation remplie de bons chrétiens et de bons catholiques. C’était l’époque de la bonne vieille ségrégation. Cette journée froide d’automne, il prenait l’autobus pour la première fois avec sa mère Lula. Ils sont entrés par l’arrière du bus. Le jeune Leroy demande à sa mère pourquoi ils sont entrés par en arrière alors que le bus s’était arrêté juste en face d’eux?

Maman Lula : Les gens de couleur comme toi et moi devons tous entrer par l’arrière de l’autobus, c’est la loi. Les quatre premières rangées sont aussi seulement pour les Blancs, c’est la loi. Sous aucun prétexte tu ne peux enfreindre ces lois, car c’est la loi des Blancs.

Paige, du haut de ses 4 ans et demi, répliqua à sa mère que le jour où il deviendrait une étoile du baseball, il lui achèterait son propre autobus.
Pour fins historiques, il faut savoir que pendant que les 4 premières rangées des autobus étaient réservées aux Blancs, le 3/4 de la population de la ville de Mobil était noir!

À l’âge de 7 ans, pour aider la famille, Leroy s’était trouvé un travail à la gare de Mobil. Il était porteur, porteur de p’tite misère à la semaine. Il était payé une pauvre cenne par sac ou valise de voyageur qu’il traînait. Comme il voulait faire plus d’argent, il s’était fabriqué, avec un long manche à balai et de la corde, un support pour pouvoir traîner 4 sacs à la fois. Ainsi, les autres jeunes qui travaillaient le surnommaient ‘’tree of bag’’ ou, si vous aimez mieux, l’arbre à sacs. À la gare du train, le surnom s’est transformé avec le temps pour le diminutif « Satchel » qui veut dire sac.

À l’âge de 13 ans, Satchel a été arrêté pour  »shop lifting » ou si vous aimez mieux, vol à l’étalage. Comme ce n’était pas sa première offense, il a été envoyé à l’école de réforme dans la ville de Mount Meigs dans l’état de l’Alabama jusqu’à l’âge de 18 ans! À l’époque, on appelait cette institution l’école industrielle pour les enfants de nègres.
Pendant son séjour à l’école de réforme, il a appris qu’il n’était pas un dur de dur. Et c’est lors de ces années à l’ombre qu’il est devenu un lanceur sous les bons conseils du père Edward Byrd. Le révérend Byrd a développé son style flamboyant. Il fut libéré pour bonne conduite 6 mois avant ses 18 ans! C’était en décembre 1923. 

Lors de sa sortie de l’école de réforme, Satchel joua avec son frère Wilson pour l’équipe semi-pro des Tigers de Mobil. Lors d’une partie mémorable, un certain dimanche d’août 1924, il affrontait les  »Down the Bays ». Nous étions en 9ième manche, c’était 1-0 pour les Tigers…

Aucun homme sur les sentiers et deux retraits quand ses coéquipiers se mettent à cafouiller pour trois erreurs consécutives. Les sentiers sont remplis! Satchel est furieux, il tourne autour du monticule comme un taureau. Il donne des coups de pieds sur le même monticule et sacre. Les partisans dans les estrades le huent et lui lancent tous les objets qu’ils peuvent trouver à portée de main de partisans.

Tout à coup, dans un geste d’éclat, du haut de ses 17 ans et demi, Satchel crie à tous ses coéquipiers sur le terrain, exception faite de son catcheur, de retourner au banc. En bref, il leur dit qu’il n’a pas besoin d’eux pour terminer le match. La foule est en délire, on le siffle, on se moque de son arrogance.
Le frappeur suivant se présenta à la plaque avec trois hommes sur les sentiers et personne en défensive.

Satchel lança trois magnifiques balles en plein cœur du marbre, trois rapides à la vitesse du son. Trois balles qui se sont transformées en prise pour le troisième retrait. Dans un petit parc de balle de quartier,  »Satchel » Paige avait mis son grand pied à terre. La foule de Mobil avait assisté à la fabrication d’un moment légendaire. C’est ce soir-là que le grand Satchel commença à jouer aux bras avec son mythe.

Il a commencé sa carrière professionnelle en 1927 dans la Negro League. Il aurait pu facilement jouer dans les ligues majeures, mais malheureusement, il n’avait pas la bonne couleur. Cette année-là, il jouait avec les Black Barons de Birmingham. Il terminait sa première saison avec une fiche de 7-1.
Son premier contrat était de 250$ par mois, il en garda 50$ et donna le reste à sa maman Lula.

Satchel Paige disait « Prend la balle, lance où tu veux et lance des prises. Le marbre de bouge pas. »

Sa légende et son mythe grandissaient à chaque match qu’il lançait. Les foules étaient légion. À lui seul, Satchel faisait vivre la Negro League. Il était la grande attraction. Pendant toutes ces années, il a réussi deux matchs sans point ni coup sûr et un match parfait. Il a eu des saisons mémorables de 20 victoires – 3 défaites, 26 victoires – 4 défaites, 33 victoires – 2 défaites et combien d’autres? Il était tout simplement une légende vivante.
Lors d’un match d’exhibition contre les étoiles des ligues majeures, il eut l’honneur et le plaisir d’affronter le grand Joe Dimaggio des Yankees de New York. Encore une fois, Satchel allait faire grandir sa mythique légende.

Voilà la scène…

C’est le tour de Paige de lancer, il lance durant deux manches comme tous les lanceurs étoiles de l’équipe, tout le monde veut se tester contre les gars des ligues majeures. Tout le monde veut son moment de gloire !!!

Paige a donné une clinique de  »pitching », il a été tout simplement parfait. Rendu dans sa deuxième manche, il y a deux retraits, aucun homme sur les sentiers et il y a deux frappeurs devant Dimaggio.

L’unique Satchel donne deux buts sur balle automatique pour pouvoir affronter Dimaggio. La foule assiste à une autre page du grand livre de Paige!

La foule est restée debout en silence. Quand le numéro 5 s’est présenté au marbre, la foule lui a donné une ovation, Satchel applaudissait aussi à s’en rendre les mains rouges. Satchel est allé donner la main à Dimaggio en plein match. Joe a enlevé sa casquette par respect. C’est l’heure d’un classique…

Premier lancer: Une prise. La foule debout applaudit discrètement.
Deuxième lancer: Une fausse balle en arrière du marbre, Joe est en retard sur les lancers, déjà deux prises. La foule retient son souffle.
Troisième lancer: Au dernier moment, Dimaggio demande un temps d’arrêt pour déstabiliser le lanceur étoile. Satchel fait un grand sourire à Dimaggio. La foule siffle.
Quatrième lancer: Une balle en plein cœur du marbre. Elle a sifflé jusque dans la mitaine de Josh Gibson, le fameux receveur tout étoile. Joe a frappé dans le vide, une prise. La foule s’est dirigée vers le monticule et a porté Satchel autour du parc pour lui faire un tour d’honneur! Les deux hommes se sont donné une vraie poignée de main sincère et remplie d’admiration.

Plusieurs années plus tard, dans sa biographie, Joe Dimaggio déclara: le meilleur lanceur auquel j’ai fait face dans toute ma carrière, ce n’est nul autre que Satchel Paige. Il est le meilleur lanceur de balle rapide de l’histoire.

Le 9 juillet 1948, à l’âge de 42 ans, Satchel devient la plus vieille recrue des ligues majeures. Satchel pleurait et souriait en même temps sur le monticule.

Les Noirs ont le droit maintenant de jouer à la balle avec les Blancs. Ce soir-là, il porte l’uniforme des Browns de St-Louis et son équipe remporte le match contre les Indians de Cleveland.

Il joua finalement de 1926 à 1950 dans la Negro League et de 1948 à 1953 dans les majeures. Il joua son dernier match dans les majeures à l’âge de 47 ans.

En 1965, il revient dans les ligues majeures pour une seule partie avec les Athletics de Kansas City, il a 59 ans.
Le 25 septembre, il n’accorde qu’un seul coup sûr et retire un frappeur sur prises en 3 manches lancées.

Il a été le premier joueur de la Negro League à être élu au Temple de la renommée du baseball, en 1971.

Le 8 juin 1982, Paige est décédé d’une crise de cœur dans sa maison de Kansas City à l’âge de 75 ans.

Octobre1940…
Par un beau dimanche dans l’après-midi de l’Alabama, Lula Paige se berçait tranquillement. Elle buvait un thé et écoutait une station de blues à la radio. Robert Johnson chantait ses malheurs à travers sa guitare et sa voix. Elle leva la tête et vit en face d’elle son fils au volant d’un autobus. Sur ledit autobus il était écrit : LULA’S BUS.

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