L’agronome dans les patates

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*J’avertis mes jeunes lecteurs et lectrices, ce texte est difficile à lire. Il est dur mais il démontre une triste réalité*

Un pauvre type du genre, je bois jusqu’à ce que je fasses une noyade intérieure. Il voulait mettre des bateaux dans des bouteilles mais au final il va se mettre lui même dans une bouteille. Et vous pouvez être sûr que cette bouteille de vin sera vide et sera la plus cheap sur le marché. Ne cherchez pas cette bouteille dans la mer, elle sera probablement dans le fond d’un motel miteux au Québec, quelque part dans un trou de bouette.

C’est ainsi que nous avons fait la rencontre d’un homme presque agonisant de sa vie dans un chic motel sur Wilfrid-Hamel à Québec. J’aurais voulu lui dire que son désir de boire est un trou sans fin à remplir, que l’infini c’est long surtout à la fin. Je ne voulais pas le juger, c’est juste que l’humain sous toutes ses formes me fascine.

Il est laid. Il parle fort. Il a un rire diabolique.Il a plus que la moitié des dents pourries et il dit à qui veut l’entendre qu’avec des dents neuves il serait millionaire en dedans de 5 ans. Il boit à même le goulot sans décorum parce qu’il a la soif éternelle. Je crois qu’il a perdu ses dents à force de mentir plein sa gueule. Il est ce genre d’homme qui remplit ces motels perdus qui ne se trouvent que par des hommes perdus. Comme dirait ma grand-mère Rose-Alma: « Chaque torchon trouve sa guenille ».J’aurais voulu lui dire que je le connais comme si je l’avais tricoté car un alcoolique de son niveau j’en ai côtoyé deux solides.

J’aurais voulu lui parler de Ti-Bert qui a tellement bu sa vie qu’un jour il s’est fait enlever son trou de cul. Il a fini sa vie avec un sac sur le coté en buvant sa p’tite caisse de douze chaque jour comme si de rien n’était. Il a fini sa vie seul comme un chien que la SPCA ne veut pas. Il n’avait qu’à la fin de sa vie, un dentier dans un verre d’eau et trois bouteilles pleines de bières tablette. Il est mort d’une cirrhose du foie. Il a souffert comme rarement un homme a souffert physiquement, mais malgré la douleur il a bu jusqu’au dernier souffle, jusqu’à ne plus avoir de trou de cul, de foie, de femme, d’ami, de famille.

J’aurais voulu aussi lui parler de mon père et moi à travers mon père. J’aurais tant à lui dire mais il m’écoutait pas, il était trop occupé avec sa douleur. J’aurais voulu lui dire que ce samedi soir, il me ramenait à Ti-Bert et à mon  père, moi qui fais tout pour ne pas penser à mon père. J’aurais voulu lui dire que notre frigo à l’époque était toujours vide, mais mon père était toujours plein comme un oeuf. J’aurais voulu…

Il se promène avec un chapeau d’Indiana Jones sur la tête, il ment à pleine yeule mais il se ment surtout à lui-même.

**Une femme de Montréal de 32 ans s’est suicidé après avoir accouché de son premier enfant. Un babyblues pas bien suivi laissant en deuil un bébé naissant et un agronome qui boit sa vie depuis 26ans**

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