Roche, papier, ciseaux

PAT BURNS

19 novembre 2010

Sur tous les écrans, on pouvait apercevoir des extraits de la carrière de Pat Burns. Vu son état de santé, j’en ai conclu dans ma tête de Sherlock Holmes que l’ancien entraîneur avait finalement perdu son combat inégal contre le cancer.


La première chose qui m’a marqué, c’est la fameuse moustache de David Arseneault, qui était l’animateur de l’émission spéciale sur Pat Burns à RDS! De mémoire, dans l’histoire de l’humanité, les seuls hommes qui ont porté la moustache avec panache et dignité sont Tom Selleck, Chuck Norris et Pat Burns!


Pendant que les trois mêmes extraits vidéo tournaient en boucle à l’écran, je pensais à mon chum Mike! La mort de Pat Burns me ramène à ce salaud de Mike! Nous partageons ensemble des milliers d’heures d’écoute de sport, des parties à se faire geler les fesses dans le  »House of Pain », ou pour les autres, le Colisée de Laval, à regarder nos Titans écraser l’adversaire. Nous avons partagé de nombreuses soirées au Stade Olympique, à regarder nos Expos gagner dans l’anonymat complet!
Ensemble, nous avons monté les marches de l’Oratoire St-Joseph pour porter chance à nos Glorieux pendant les séries. Nous avons, côte à côte, joué de nombreuses « games » de softball, et ainsi redéfini la phrase  »jouer pour le plaisir ». Bien humblement, nous étions de redoutables joueurs de Mini-Putt, et avons failli participer à l’émission du même nom. Pour la postérité et pour faire plaisir à mon  chum, je vous donne, chers lecteurs et lectrices avides d’informations, notre meilleur  »score » : un extraordinaire 23 sur un 18 trous contre Carl et Suzanne Carmoni!


Nous partageons aussi une p’tite anecdote concernant le gros Pat! :


Un certain soir de gala de boxe, mon acolyte et moi allons manger quelques « steamés » au mythique Montreal Pool Room. Quelle n’est pas notre surprise d’apercevoir, assis dans un coin, le Pat Burns!


– (Mike)
Hey le gros, t’as-tu vu qui j’ai vu?

– (Moi)
Bout de criss, c’est le coach des Bruins le gros Burns!


– (Mike)
On va lui demander un autographe pis…


– (Moi)
Pis… tu y vas tout seul. Moi je le dérangerai pas certain, pis à part ça, ça me gêne moé ces affaires-là!


– (Mike)
Chokeux…


– (Moi)
M’en fou.


Mike me regarde dans les yeux et sort son dernier argument…


– (Mike)
Ok, roche, papier, ciseau… chokeux!


Je n’hésite même pas et, sans dire un mot, je mets ma main derrière mon dos! On peut sentir l’intensité dans nos regards. C’est le choc des Titans en plein cœur de Montréal. Au milieu du Montreal Pool Room, deux gars de Lachute en train de jouer à roche, papier, ciseau, et Pat Burns qui les regarde en riant!

Mike le traître sort sa main, et moi aussi. La tension est palpable et au ralenti. Il voit ma paire de ciseau pendant que je vois sa roche!


Fuck, il m’a eu! Mais en sortant du Montreal Pool Room, il m’a avoué que la serveuse derrière le comptoir lui avait indiqué que j’allais tenter le ciseau!!!

Une autre serveuse à être tombée sous le charme de mon humble ami.


Je me retourne de bord et me dirige, la tête baissée, vers Pat Burns, qui me fait peur. Cet homme m’a toujours fait peur, même de mon écran de télé. En avançant, je le vois rire! Il voit sûrement ma face rouge comme une tomate. Le squelette dans mon corps tremble de peur dans mes culottes.

J’arrive en face de lui… il m’adresse la parole en premier :


– (Pat Burns)
T’as perdu ta gageure?


– (Moi)
Oui.


– (Pat Burns)
C’était quoi ton choix?


– (Moi, dans un état d’absurdité complète)
Ciseau.


Pat invite mon chum, et nous parlons le temps d’un « steamé » all dressed. Le gros Burns était, parce que maintenant, il faut parler de lui au passé, il était un bonhomme simple. Un gars du peuple dans le peuple!

Lettre à Pat Burns

Salut Pat,


Pour dire la vérité, le jour où tu as décidé de quitter le Canadien pour Toronto, tu as fendu mon cœur de partisan de hockey en mille miettes! Les maudits Maple Leafs, et par la suite tu as coaché les non-moins maudits Bruins de Boston!!!

Je te détestais, mais en même temps, j’avais un respect à l’infini pour l’homme que tu étais. Ta mort me ramène au souvenir de Mike. Ta mort me ramène au fait que personne n’est éternel. Ta mort me ramène à ma propre mort.


Je me souviens qu’un matin, à CKAC, tu avais dit : « C’est pas parce que je m’appelle Pat Burns que c’est différent. Je suis pas le seul à avoir le cancer, je suis pas le seul à souffrir. »

Ton humilité t’honorait ! Je pensais à ta souffrance au quotidien, même si je suis conscient que je n’ai aucune idée de ta souffrance. Je ne connais pas vraiment les mots souffrance physique, ni d’Adam ni d’Ève. Tu as perdu ton combat, mais ce n’est pas faute d’avoir essayé.
Trois immenses cancers en six ans, un à la suite de l’autre, tu étais un guerrier du quotidien!

                 
Rendu en haut, celui qui, assis sur le trône le plus haut, ne bouge habituellement pas de sa chaise, celui qui décide si on ouvre la porte du paradis ou non, cette fois, quand toi le gros Pat Burns tu es arrivé en haut…

Il s’est levé, il est allé te donner la main et, comme Mike et moi, il s’est aperçu que tu donnais une poigné de main d’homme, le genre qui fait mal quand on lâche ta grosse main d’homme!


Pat, je vais toujours me rappeler du jour de ta mort, car tu es mort le jour de mon anniversaire!

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