Des Tisserands

Un homme est mort. Un homme est mort et la terre a continué de tourner!

Jean-Paul Corbeil a donné son dernier souffle ce matin à 96 ans! Un aide-arpenteur et fermier de métier. Il avait un petit paradis sur le Rang du Bas-Saint-François dans Duvernay Nord (Laval)! Sa ferme à hauteur d’homme était et est toujours aux abords du Parc des Tisserands. Jean-Paul, un homme d’une autre époque et de son époque, les deux à la fois!

Il portait en lui toutes les lettres du mot homme. Le matin aux aurores, Jean-Paul prenait son lunch dans le frigidaire que sa belle Rose avait préparé avec amour. Il allait arpenter toute la journée! Entre deux respirs, il soupait rapidement pour aller prendre soin de ses fraises, de ses patates, de ses radis, de ses betteraves, de ses tomates… Prendre soin de sa terre!

Ce n’était pas l’époque du je-me-moi.

Je l’imagine dans son champ à labourer, à cueillir, à prendre soin. Comme le Parc des Tisserands était dans sa cour, je l’imagine prendre une pause de la besogne, aller sur le bord de la clôture et regarder la game de baseball ou de softball qui se joue. Prendre du temps, juste pour admirer le ciel de Duvernay, son ciel en quelque sorte! Regarder les vignes pousser littéralement sur le backstop du terrain! Regarder les balles mourir au champ centre et retourner à sa besogne!

De mai à octobre, la vie allait vite chez les Corbeil à cette époque! Et de novembre à avril c’était le temps de prendre le temps. Le cycle de la vie. 

J’suis persuadé d’une chose, une fois qu’il est arrivé en haut, Jean-Paul Corbeil n’a pas eu besoin de passer par la porte. Vous savez celle avec Saint Pierre les bras croisés qui vous attend de pied ferme pour le jugement dernier. Il y a en haut une petite porte à hauteur d’homme et de femme. Elle se situe sur le côté du paradis. Une petite porte de rien, simple, rien de spectaculaire, une porte en bois d’érable avec une petite poignée de rien. Rien en or comme au Vatican, rien de guindé, de superflu.

Saint Pierre lui a indiqué la petite porte sur le côté.

Peu de gens passent par cette porte. Cette porte toute simple et petite est réservée à ceux qui le méritent. Ce n’est pas un concours ni un feu d’artifice. Seuls les humains avec un grand H peuvent passer par le haut côté! Une fois la petite porte de rien ouverte, il y a votre plus grand désir devant vous et cela pour l’éternité!

Jean-Paul avait 96 ans quand il a ouvert la porte, mais une fois rentré il en avait à peine 35!

Au fourneau, il y avait sa belle Rose habillée sombrement mais coquette! C’était une femme fière de sa personne. Jean-Paul venait de réaliser qu’il ne rêvait pas mais qu’il était au paradis. Il est retourné en arrière une dernière fois l’autre côté de la porte pour regarder en bas ses enfants Céline, Joane et Justin. On pouvait voir un grand sourire dans son visage à travers ses larmes. 

Le devoir accompli d’un homme simple et bon. Il est retourné à son paradis!

Sa belle Rose née Lortie était à préparer un bon rôti de boeuf pour sa venue.

Simplement comme à chaque jour de sa vie, il a pris sa Rose tendrement dans ses bras d’aide-arpenteur et fermier! C’est comme si c’était hier, comme si rien n’avait changé. Le ciel de Duvernay ce soir-là avait des teintes rosées. 

Et le Bas St-François en vérité n’est plus vraiment le Bas St-François. En 2011, Eddy Blair l’a quitté en pelletant. Son coeur a fendu en deux. En 2013, Rose la femme de toujours de Jean-Paul a fait un anévrisme au cerveau et maintenant Jean-Paul!

Le Bas St-François a mal à ses soirées canadiennes, dans l’temps qu’on swinguait la bacaisse dans le fond de la boîte à bois. Les hommes d’un bord, les femmes de l’autre, un set carré! Le cercle de la vie.

Si vous avez déjà eu la chance de goûter aux fraises du bonhomme Corbeil, vous comprendrez comme moi que Jean-Paul avait déjà une connexion avec le paradis.

On fait des funérailles nationales pour des joueurs de hockey, pour des artistes, pour des politiciens mais jamais pour du simple monde qui ont rendu les gens meilleurs à leur façon. Je crois sincèrement qu’on change le monde avec des petits gestes dans le quotidien!

*Je dédie ce texte à mon chum Justin Corbeil