Ti-Louis Pelletier

Mai 2020 en plein coeur de la pandémie, Laurent « Vieux Buck » Pelletier passe ses journées dans Lanaudière dans le bois. Il bûche seul comme un seul homme. Il bûche avec son héritage génétique celui de son père Gaspésien Ti-Louis. La même génétique qu’il a transmis à son fils Félix alias « Hammer », 5’10 », 240 lbs de puissance naturelle!

Il est loin de sa blonde qui travaille présentement à Kuujjuaq! Il est seul comme un seul homme contre la COVID. Seul avec le bois dans la forêt, les wézo de toutes sortes qui font toujours leurs nids même si la terre a arrêter de tourner! Les ratons laveurs déguisés en personnages de Cornemuse, les ours sortis de leur hibernation et pêchent sur le bord de l’eau.

Laurent Pelletier est un homme de son temps et d’une autre époque en même temps. Il est de cette race d’homme presque en voie d’extinction, de ceux pour qui le mot compromis n’existe pas!
Il a toujours la main sur le coeur comme on dit, toujours prêt à aider son prochain si tu veux bien t’aider aussi. Il fend son bois old school à la hache comme son père Ti-Louis le faisait à l’époque.

La nuit parfois, quand le ciel est clair, quand le ciel éclaire la nuit, Laurent marche en montagne  et cherche les meutes de loup. Ce n’est pas pour les tuer mais par passion, pour les regarder être une meute. La sienne est en Gaspésie pas loin de Cap-Chat!
Et à la lune des loups « Vieux Buck » hurle avec eux comme un cri du profond de son âme vers la Gaspésie, vers son Ti-Louis et son Félix. Hurler à s’arracher les poumons et devenir le loup-garou de Lanaudière!

Souvent le matin à l’aurore, il part en canot écouter les poissons. Écouter le silence au milieu du lac. Il pense à sa blonde si loin au nord du nord du Québec. Il l’imagine dans ses bras, dans son canot au rythme du courant. La pandémie est pas dans la nature mais partout ailleurs. 
Pendant ce temps son fils « Hammer » ne peut frapper comme un dix roues sur les glaces du senior AA en Gaspésie! Comme son père Félix est « drette » comme un chêne, bien enraciné dans sa Gaspésie!

Ti-Louis du haut de ses 81 ans a écrit un livre sur la prohibition dans son coin de pays et il est en train d’en écrire un autre sur le braconnage! Il n’a pas la langue de bois. Il est le patriarche, l’homme d’une autre époque. Le bonhomme a de grosses paluches tant et tellement qu’elles vous écrase quand vous lui donnez une poignée d’main sans même qu’il ait fait exprès. Il n’a aucune malice en lui. Tout ce que Laurent connaît du bois vient de son père et tout ce que Félix connaît du bois vient de Laurent. Ils sont tribus pour trois en latin! Je n’irais pas jusqu’à dire Sainte-Trinité, là j’ai l’impression que les ancêtres se tourneraient dans leurs tombes.
Ils sont Alpha c’est clair net et précis. Si demain la 3e guerre mondiale éclate, je les veux immédiatement dans mon clan. 

Laurent regarde l’horizon et pleure silencieusement, il sait que la pandémie va se terminer un jour comme tout se termine un jour, c’est le cycle de la vie. Il sait qu’il va retrouver son monde, son sang, ce qui permet à son coeur de battre. Pour l’instant à travers le bois de la Lanaudière, il se cherche, il cherche la forêt. Parfois il se trouve dans le reflet d’un ruisseau. Les nuits sont longues, l’alcool est doux dans la gorge, les souvenirs et les photos lui rappellent ce qu’il porte en lui. Il porte en lui un patrimoine sans fin « gossé » par Ti-Louis. Il rêve d’un petit cheminot pris avec la meute de Ti-Louis au coeur de janvier, les deux pieds dans la neige aux abords du Rocher Percé. Le temps semble arrêté, c’est le temps de prendre le temps de laisser la pluie tomber!

La planète a fait un « reset » à la grandeur de son territoire mais la tribu Pelletier est encore deboutte devant la vie! Le grand chef de la meute est deboutte dans ses bottines de jobber comme la légende qu’il est.

Ti-Louis deboutte comme ses ancêtres, comme les colons avant lui qui ont fabriqué ce pays de misère, deboutte devant les tempêtes, devant les j’aurais donc dû, devant  le vent de l’océan, devant une meute de loup. Ti-Louis est le folklore à lui seul, il est d’un autre temps mais bien ancré dans le présent! Ti-Louis à la hache, Laurent au « bucksaw » et Félix qui empile bûche par bûche dans une symphonie d’hier à aujourd’hui.

Même les hommes comme Ti-Louis Pelletier ne sont pas éternels mais laisse-moi dire que le jour que Ti-Louis va arriver en haut, ça va trembler en maudit dans le comté de la Côte-de-Gaspé.
Ça va trembler encore plus dans le coeur du vieux buck Laurent.

Mot dans le texte pour la tribu:

« Hammer » mon garçon tu as l’héritage des Anciens en toi, il est important que tu fasses briller ce si précieux patrimoine. Tu le portes en toi. Tu représente les Pelletier à chaque fois sur et hors glace. J’ai hâte de te voir jouer en personne. Comme dirait Denis Vanier: « Levons nos verres en l’honneur de celui qui se bat le nez cassé! »

Ti-Louis, mes hommages! Mon respect à l’infini. Chaque jour de ta vie tu tentes de donner l’exemple. De vivre ta vie sans compromis. À 81 ans, il te reste encore un bon 19 ans sur cette terre Gaspésienne. Nous aurons l’occasion de lever le coude ensemble et ce jour-là j’aimerais avoir l’honneur de recevoir ta bénédiction paternelle.

Laurent, mon ami Laurent, à travers ce texte je voulais rendre hommage à ton père à travers toi. Tu sais mon respect. De compter des personnes comme toi et ton père dans mes lecteurs est un immense honneur. Avec un p’tit cheminot dans les mains, laisse-moi hurler aux loups à mon tour. 

Au nom du fils Félix, du père Laurent et du patriarche Louis… les Pelletier de la Gaspésie font honneur à notre terroir!


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Armand a pas peur de la Covid

Micro Microscopique

Armand habite à St-Jérôme. Il est vieux, très vieux comme dans 92 ans. Armand se câlisse de la COVID pour vrai! Et moi j’ai pas peur non plus pour dire la vérité! Quand mon heure va être arrivée, elle va être arrivée un point c’est toute.  

Lundi 27 avril 2020 en plein coeur de la pandémie…

J’suis au IGA Lord de St-Jérôme! J’attends en ligne pour rentrer, comme depuis le début de la pandémie, rien de nouveau. C’est notre nouvelle façon d’exister. Nous vivons comme le monde en Russie. Moi petit Nord-Américain dans mon confort de petit Nord-Américain,  j’comprends enfin mes frères de l’autre bord!  En prime, contrairement aux Russes on me donne du gel bactérien en rentrant. 

J’suis à Moscou mais à St-Jérôme. Pour vous dire la vérité, on mérite d’avoir un peu le nez dans notre caca. Oui on le mérite!

J’suis 8e dans la ligne… pis je m’en câlisse. Je m’en câlisse parce que je suis du p’tit Canada.  Pis tous ceux qui ont vécu dans mon coin,  j’suis certain qu’ils s’en câlissent aussi. Rien ne peut m’atteindre à part ma fille qui me boude parce que j’me suis séparé de sa mère. 

Donc j’suis dans ligne pis j’attends mon tour…

Un vieux bonhomme arrive… il est en marchette et fatigué. Il plante solide avant d’arriver dans la ligne mais solide comme un certain papi Régent. Mais bon, je me perds dans mes souvenirs. Merci Francine, merci Manon.

Il saigne… comme beaucoup! Personne dans la file va l’aider. C’est comme si rien n’était arrivé. Il saigne comme un cochon qu’on vient d’égorger. 

Je vais ramasser Armand d’une shot! Je m’essuie avec mon fucking t-shirt blanc. Je l’installe en avant dans la file et je demande aux « pissous » si ça les dérange. Évidemment personne parle. Fuck you all! J’dis à Armand de m’attendre en dedans.

Il est venu acheter juste de la bière. C’est un vieux alcoolique. Un vieux alcoolique comme mon père que je déteste. Le karma est une salope. La vie n’est qu’ironique. That’s it!

Il a 92 ans et dans notre IGA nous avons suivi les lignes sur le plancher. Nous avons faite notre épicerie en même temps!  Moi de dire à Armand : « Vieux, remplis ton panier c’est l’temps! Il faut que ça déborde! » Le panier était rempli de caisses de 24. Le panier était en train de plier en deux. Je riais et lui aussi. 

Nous avons lavé nos mains au gel bactérien! Nous sommes à 46 ans et 92 ans deux citoyens exemplaires. 92 + 46 = 138 ans. C’est beaucoup d’expérience! C’est beaucoup de souvenirs, de pleurs, de joies. Mais je crois tout de même que tout reste à apprendre!

Moi qui a toujours aimé l’Armée rouge et Vladislav Tretiak! Je suis un Russe moi aussi maintenant! Un Russe de St-Jérôme! J’attends en ligne pour mon 10 lbs de pétaques. J’attends l’hymne du Choeur de l’Armée rouge! Suis-je le seul à m’ennuyer du trio KLM… pour Krutov, Larionov et Makarov?

J’offre à Armand de le reconduire chez eux, il est vraiment content. Il habite dans un 2 et demi avec un vieux chat. Son frigidaire est presque vide et ses armoires aussi. Il m’offre une bière tablette que je prends. Nous avons jasé un 15 minutes sur le temps qui passe. Il a fait la guerre de Corée en 1950. Il attend la mort. Il n’a jamais eu d’enfants. Il a trop été marqué par la Corée, il n’était pas capable d’être en relation. Il m’a dit que j’étais le premier humain avec qui il a parlé depuis des lunes. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

J’ai laissé mon numéro de téléphone à Armand. Il attend la mort et personne va le convaincre du contraire. Pensez-vous vraiment que la COVID-19 va le déranger? Je ne crois pas. Quand t’as égorgé des Coréens avec tes mains c’est pas un microbe qui va te déranger.

La pandémie c’est comme n’importe quoi d’autre, c’est une question de perspective. Respectons la perspective des autres dans le respect de chacun.

P.S. Armand pas de petite broue avant de faire l’épicerie. Mon P.S. ne sert à rien… t’es têtu comme un âne…vieux crisse!

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