Édouard Carpentier

Édouard Carpentier était un homme d’une autre époque. Il a fait partie de la résistance française pendant la deuxième guerre mondiale. Il était de ceux qui ont combattu Hitler et son armée! Il a obtenu la croix de guerre et la croix du combattant! Par la suite, il fut sélectionné par l’équipe olympique française de gymnastique, pour les jeux olympiques de Londres en 1948.
Il est venu lutter au Québec en 1956 avec un contrat de trois mois, mais finalement, il sera resté le reste de sa vie au Québec. Il aimait le Québec et le Québec l’aimait tout autant! Il fut, pendant les années 50, 60 et 70, une méga-vedette.

Même les légendes meurent, même ceux qu’on croyait invincibles! Édouard Carpentier nous a quitté à l’âge vénérable de 84 ans. Il a perdu son dernier combat samedi, le 30 octobre 2010 dans l’après-midi, lui qui détestait la défaite!
Il était le roi de la planchette Japonaise, le prince de la savate, le monarque de la prise en quatre et le sultan du saut de la troisième corde.
Il pouvait vous endormir en 10 secondes avec la prise du sommeil, et faire une pirouette du haut du 3ième câble pour atterrir lourdement sur le ventre de son adversaire! Il fut l’inventeur de la lutte acrobatique! Il fut aussi un animateur hors du commun et intervieweur qui savait mettre la lumière sur ses invités, et tout ça avec classe!

Lettre à M. Carpentier dans le texte
Bonsoir M. Carpentier,
J’ai choisi de mettre une photo de vous à votre meilleur, lorsque vous étiez au sommet de la montagne! je vous ai parlé en personne une fois, c’était au début des années 80. Vous étiez venu chez nous, à Lachute, dans l’ancien aréna (la grange) avec les autres membres des étoiles de la lutte.

J’ai cru votre présence quand je vous ai aperçu le soir des combats! Je vous ai vu lutter, mais seulement à la toute fin de votre carrière de lutteur. Vous étiez au bout du rouleau, mais les vieux de mon coin m’ont souvent relaté vos exploits légendaires, à la limite du mythe. Je vous ai surtout connu comme le grand animateur que vous étiez!

Je suis allé vous voir avec toute ma gêne et ma fragilité. Vous étiez là devant moi, et moi j’étais là devant vous! Aucun mot ne sortait de ma bouche. Vous vous êtes approché et vous avez commencé la conversation comme si j’étais le centre d’attraction!
À la fin de notre conversation, je vous ai demandé de me dire votre fameuse phrase que vous disiez à toutes les fins de l’émission Les étoiles de la lutte! Vous, comme si c’était la première fois qu’on vous faisait cette demande, vous me l’avez dite comme si c’était la première fois de votre vie! Vous avez vu dans mes yeux de p’tit gars toute l’admiration que je vous portais!

Depuis ce samedi soir du 30 octobre 2010, on peut apercevoir
l’étoile du vieux Édouard briller dans le firmament!
Rendu en haut, il a retrouvé ses jambes, celles qui ont fait courir
les foules, et il a demandé tout de suite un combat contre celui qui est champion en haut ! Et je suis persuadé qu’il finira par avoir cette ceinture autour de la taille, car les vraies légendes gagnent partout et pour toujours.

À la semaine prochaine, si Dieu le veut!!!

Le freak de Montréal

Le freak de Montréal

Ambiance glauque, bouteille de Labatt 50 sur le comptoir du bar, ardoise illisible en arrière de la serveuse et videur de club plus large qu’un cadre de porte.

C’était soir de grand-messe aux Foufounes Électriques… le rockeur sanctifié était sur l’hôtel de la poésie! Avant la fin de la nuit, le drum de Michel « Away» Langevin de Voivod va perdre sa peau. Il bûche comme un métronome au rythme des mots du Freak de Montréal!

Pendant ce temps-là, mon frère Balloune regarde sa montre! Il calcule le sommeil qui lui reste entre deux gorgées de Labatt 50 du bout des lèvres. Il n’est pas chose facile de vivre sa vie comme un comptable.

L’art est partout dans place. Entre les deux oreilles c’est comme si j’étais bandé! Des fresques, du freestyle sur les murs à coup de canettes de peinture par des graffeurs engagés… par le boss du bar! J’ai sifflé deux Labatt 50 en 5 minutes, je suis surexcité par le zoo autour de moi! J’me dis d’arrêter d’écrire dans ma tête et de profiter du moment.

En pissant, j’aperçois l’affiche du show en face de moi. Et c’est écrit noir sur blanc qu’en première partie, des poètes vont rendre hommage à Lucien Francoeur. Et dans la liste de nom, il y a celui de Claude Péloquin.

J’ai cherché dans le dictionnaire un mot pour bien décrire ce que j’ai ressenti à ce moment là et j’ai pas trouvé de mot assez puissant ni dans le petit Robert ni dans le Larousse.

J’étais en transe. On dirait que le mohawk que j’ai longtemps porté comme un drapeau était en train de r’pousser à travers mes cheveux de banlieusard de 45 ans. Mes snicks Reebok faisaient place à des bons vieux Doc Martin aux milles et un trou, aux lacets à l’infini, au look de bottes de lutteur! J’avais retrouvé ma maudite peau d’ado incompris. Ma peau de poète inachevé! J’étais devenu un poème de « Denis Vanier » qui allait resiffler une autre Labatt 50!

À 3,50$ on s’rait fous de s’en passer.

J’apporte trois bières avec moi, dont celles pour mes deux comptables loin de leurs chiffres! Si j’additionne un Barbu de ville avec une soirée de poésie, de la bière et multiplié par Voivod, Grim Skunk, Groovy Aardvark, Aut’chose, Jean-Paul Daoust, Stéphane Papillon alors j’obtiens un total trop chaotique pour n’importe quel mathématicien! Câlisse-moé ta calculatrice au boutte de tes bras pis finis ton shooter de Jack Daniel’s! Le moment qu’on vit est incalculable!

La foule est bruyante, belle dans ses bottes de cuir, marginale et extravagante. J’étais au milieu de ce brouhaha! L’odeur du tabac d’orchestre avait depuis longtemps envahi la place. Les immenses caisses de son vont cracher de la poésie, vont faire résonner l’hommage de Daoust à Francoeur!

Au début, les poètes défilaient sur le stage comme sur une chaîne de montage. Ils étaient tous pareils! J’ai regardé mon frère et le plus sérieusement du monde, je lui ai dit dans un cri qui venait du coeur: « Fuck le gros, la poésie est morte à soir! ». « À soir c’est la fin de la contre culture! ».

J’aurais eu le goût de monter sur le stage pis leur brasser la prose sur un esti d’temps! Lâche les figures de style pis écris avec ton coeur. Profites de la tribune qui t’es offert pour choquer, réinventer, donner un sens à ce monde de fou!!! On était loin de Denis Vanier à la nuit de la poésie 1970 avec son poème Photo-Police!!!

Mon frère et Yann auraient pu monter sur le stage et citer des chiffres que ç’aurait été pareil!

Pis tout à coup, arrive sur le stage un homme de 72 ans. Il arrive avec son charisme et ses vieux os! Il prend toute l’air dans place. Collectivement on manque de souffle. C’est le silence total partout, même les belles serveuses ont arrêté de déboucher des Labatt 50! Le seul air qui reste est pogné en mottons dans les seins de la fille en cuir pis en « stud » à côté de moi. C’est sûrement une BBQ Lady, une Bubble Gum Baby! J’aurais léché toutes les tattoos de son corps juste par pur plaisir!

Jean-Paul Daoust lui-même du haut de sa stature, le dandy de la poésie québécoise est en face du micro! Le moment est solennel, les « R » vont rouler en limousine. Il parle de son chum Lulu de la plus belle des façons. Son hommage était délicieux.

J’ai sifflé un shooter seul aux abords du bord avec moi-même et le capitaine de mon bateau ivre, Jack Daniel’s! Je savourais l’instant pendant que Marc Vaillancourt du groupe Barf hurlait « Le P’tit Bonheur » de Félix Leclerc.

On nous annonce que Claude Péloquin vient d’entrer d’urgence à l’hôpital! Qu’il ne sera pas présent pour l’hommage… un mois plus tard il est décédé. Il était finalement tanné de ne pas mourir le beau fou. Lucien est monté sur le stage pour chanter l’Indien de Péloquin… un moment sublime!

Merci d’avoir pensé à nous inviter au show mon Yann, tu m’auras permis de vivre un moment magique. Je te remercie mon chum! Un show unique dans lequel on a vu la générosité de Francoeur et celle de son super band! Les « riffs » de guitare de Pierre Racine résonnent encore dans ma tête et vibreront longtemps dans mon âme!

En sortant du show, plein de bière dans le sang, la tête pleine d’inspiration, les yeux remplis de belles images avec la contre-culture en background. Nous marchions les trois sur Ste-Catherine avec des trous dans les poches et la bohème heureuse!

Aux abords d’une boutique fermée pour la nuit, un adolescent était enveloppé dans des boîtes de carton. Comme un enfant, il avait fabriqué une maison. J’aurais voulu lui parler du conte des Trois petits cochons et lui dire que le carton c’est pas le meilleur moyen de se protéger des méchants loups de la Ste-Cath! Il est comme ma soirée aux Fouf, poétique au coton.

Il a 17 ans à peine et toute la naïveté qui vient avec. Il est de la Colombie-Britannique, plus précisément de la magnifique petite ville de Port Coquitlam au pays de Terry Fox!!! Il a marché de son Port Coquitlam jusqu’à Montréal par amour pour une fille. Il a marché le Canada comme Terry Fox aurait voulu le faire, comme il l’espérait avant que le cancer lui gruge la patte qui lui restait. Il a vécu son « summer love » dans les ruelles d’Hochelaga! Pas celle d’Homa mais ceux d’Hochelag’. Il dessine pour son « summer love » dans un cahier spirale et écrit des poèmes d’amour avec ses 17 ans de vie. Il est déchiré comme le coin de son cahier! La nuit approche et à part sa bouteille de vodka rien ne va le réchauffer en ce début novembre…

Il me montre ses dessins et me récite un poème. Je l’écoute attentivement et je fouille dans mes poches. Il me reste 20 piasses. Il me fait penser à Jack Kerouac, un genre de clochard céleste.

Je lui « fly » un vingt sans lui faire la morale. Il déchire une page de son précieux cahier spirale et me la donne.

Novembre, mois des morts! La poésie est encore vivante, les pieds remplis d’ampoules, Jimmy le hobo de 17 ans en est la preuve en chair et en peine.

Mr. Lachance aux milles patois

Mr. Lachance aux milles patois

Le 31 octobre dernier à l’hôpital d’Argenteuil à 16h51, c’est comme si la fête est morte en elle-même un peu. Le dernier des vrais bons vivants a donné son dernier souffle. À son dernier battement de coeur gorgé de sang, Richard Lachance emporte avec lui un peu beaucoup de ce qu’il y a de mieux dans l’humanité. Le bonhomme Lachance emporte avec lui l’art du métier de scrappeur!!! Mr. Lachance est décédé à l’âge de 78 ans.
Richard aux mille patois: L’p’tit verrat y peut ben avoir des poux, y s’gratte pas.
Samedi le 10 novembre dernier, j’étais assis dans l’église de mon enfance pour les funérailles… J’ai vu Jocelyn, le fils aîné se lever d’une traite et d’un pas sûr se diriger vers le lutrin. Du haut de ses 59 ans, il est un digne représentant de la famille Lachance (ici, il ne faut pas mentionner que notre Jocelyn se teint la tonette). Il a avec justesse raconté son père. Comme un vrai Lachance, il a parlé fort, très fort. Même dans ce lieu qu’on dit sacré, notre Jocelyn à lâché quelques sacres!
C’est pas le Bon Dieu ni le Saint-Esprit, ni Jésus ou ben les trois ensemble dans le trio de la Sainte-Trinité qui va empêcher un Lachance de lâcher un p’tit sacre de temps en temps. Le bon curé Lemire s’est aperçu assez vite que Jocelyn connaissait ses mots d’église par coeur! Il a fait rire la foule et il a aussi parlé de son père avec une grande émotion celle qui vient et va direct au coeur.
Richard aux mille patois: Le coup de la sauterelle su’à colline
Par la suite le petit-fils de Richard et fils de Jocelyn est venu à son tour au lutrin. Francis avec sa grosse barbe et son courage de Lachance a chanté a capella « The Gambler », une toune de Kenny Rogers avec sa grosse voix qui porte. Les mots de Kenny Rogers résonnaient avec écho partout dans l’église. La foule frissonnait. Jacquot le deuxième fils de Richard était mal dans sa propre peau c’est comme si il était fendu en deux. Je regardais mon ami Martin du coin de l’oeil et bébé de sa famille à 42 ans, il pleurait doucement. Il pleurait son héros. L’église St-Anastasie était vivante. Il y avait plein de vie.
Laissez-moi vous raconter les six dernières heures de Mr. Lachance…
Au départ, le docteur a dit à la famille qu’il restait 1 an à vivre à Richard pis par la suite, c’est tombé à deux semaines. Les vieux poumons du bonhomme étaient rendus au boutte de leur vie! Lui qui se promène 24 h sur 24 maintenant avec une machine à respirer. Pis le docteur lui a donné le choix: 2 semaines de souffrances terribles ou 6 heures vers une mort douce!
Richard a regardé sa femme des 59 dernières années drette d’in yeux et sans croiser le regard du docteur. Il a dit 6 heures. Des téléphones se sont faite pis la famille Lachance est arrivée dans la chambre privée du Padre Richard.
Caisse de bière, ghetto blaster, chips, bonbons, toute pour faire un dernier party avec Richard qui était encore capable de danser dans son litte! Kenny Rogers chantait le son au maximum. Ça riait, ça pleurait, ça existait en Lachance, le volume au fond. Sa nièce infirmière s’est occupé de lui jusqu’au boutte…
Richard aux mille patois: En plein dans le CPR
Un moment donné Richard voulait pu mourir, il l’a dit dans l’oreille de son gros bébé Martin! Mais il était déjà trop tard, le doc avait déjà commencé à enlever de l’oxygène… il s’en allait tranquillement. Alors mon chum Martin lui a conté la plus belle menterie d’amour jamais racontée… Je sais que mon chum se sent coupable mais comment tu peux dire à ton père qu’il va mourir… on peut pas faire ça à son père. That’s it!!!
Pis Martin a lancé avec des sanglots dans la voix: Pa, demain je te ramène à la maison.
Finalement, Richard aura « toughé » jusqu’au lendemain, même la mort était pas capable de venir à boutte du bonhomme Lachance! La tête aussi dure que les cornes d’un bouc, la couenne de cochon mais le coeur tendre comme un filet mignon!
Richard aux mille patois: Mets pas ton p’tit rouge à lèvre dans sa sacoche!

Natasha sa nièce infirmière était là pour l’accompagner… pis le vieux singe a attendu que sa gang parte pour aller luncher. Pis à son dernier souffle, c’est comme si la forêt amazonienne avait arrêté de respirer, elle qu’on dit les poumons de la terre. L’altruisme jusqu’au boutte! C’est ça Richard Lachance, donner au lieu de recevoir! Souvent à l’époque dans les années 60, il se privait carrément de manger après de grosses journées d’ouvrage au pic pis à la pelle, pour séparer son assiette à son petit Jocelyn pis sa petite Johanne.

  • Gosseux de cabane à wézo avec made in Lachute d’écrit en t’sour.
  • « Skinneur » de fil à l’infini.
  • Ramasseux de « cop ».
  • Inventeur de patois.
  • Constructeur de maison avec « in » égoïne pis « in » marteau!

À l’hôpital d’Argenteuil, le 31 octobre dernier est mort le dernier des vrais humains!

»Iron » Mike Brault et les autres

»Iron » Mike Brault et les autres

C’était l’époque des poubelles garrochées su’a glace après un mauvais call de l’arbitre. L’époque des chaises garrochées dans les estrades par les « Serge Labelle » de ce monde.
L’époque des oreilles molles quand Roch Isabel des Papetiers de Windsor rentrait dans place. L’époque des puissants Blizzards de St-Gabriel-de-Brandon et dans ses rangs, dans son âme, le valeureux Denis Aspirot! Il y avait avec Thetford Les Mines, le légendaire Nathan Morin qui demeure dans mon livre, le meilleur pound for pound!
Il y avait aussi un gros boeuf de l’Ouest canadien. Certains l’appelait « Le chaînon manquant » car parfois sur la glace, il était entre l’homme et le singe! À San José avec les Sharks on l’avait surnommé le « Missing Link »… le légendaire, de triste mémoire Link Gaetz! Moi je connaissais Gaetz depuis ses années junior dans la WHL. Une fois qu’il enlevait ses mitaines, il avait deux massues au boutte des bras. Alcoolique au dernier degré, mangeur de pinottes et brasseur de marde en tous genres. Il a souvent monté des gâteaux dans sa tête à force de sniffer de la poud’! Un être tourmenté. J’aimerais prendre une bière avec lui en faisant un podcast.
À Saint-Georges de Beauce, il y avait André Falardeau. Un dur de dur. J’ai mémoire de certains de ses combats contre Serge Roberge, des classiques du genre. André Falardeau comme le dernier des Mohicans, il en existe plus des comme lui.
Et pis à Pont-Rouge, il y avait Jessy Grenier, un gros taupin aux mains rapides comme Billy the Kid. Il aurait été terriblement dangereux à la tombée du jour à l’époque du Far West! Comble du ridicule, Jessy n’était pas le king de Pont-Rouge.
À tout seigneur, tout honneur, « Iron » Mike Brault a fait les joies des partisans du senior pendant tellement d’années. La bête à son meilleur déchirait la peau de ses adversaires à coup de gauche, de « drette » et à coup d’uppercut.
Il pouvait vous fendre en deux. « Iron » a dominé le monde des durs à cuire pendant de nombreuses années, c’est comme s’il était increvable. Et un certain soir, dans ce qui était son dernier combat à vie, il s’est fait knocker par un certain Samuel Lévesque. Le dernier des vrais goons était étendu face première sur la glace… comme un baiser de la mort. Il était impossible que « Iron » Mike Brault finisse sa carrière sur une bonne note. Les jointures usées, le maudit temps aura eu raison du plus grand goon de l’histoire du hockey senior québécois.
Anecdote #1: Moi et mon buddy Simon, le meilleur chum que j’ai jamais eu, avons décidé d’amener deux filles à un match de hockey senior entre Pont-Rouge et Les Chiefs de Bob Berger à Sainte-Thérèse. Oui, nous les Roméo plutôt Pérusse que Montaigu, voulions joindre l’utile à l’agréable avec nos dates de la soirée… pour un soir seulement comme on dit!
Une rumeur dans les coulisses disait que Bob Berger avait fait venir des Territoires du Nord-Ouest un Inuit à faire peur! J’ai même entendu dire qu’il se serait battu avec des aurores boréales par chez eux. Il s’appelait Mimo. Il était gros et large mais d’une lenteur à faire paraître la tortue dans la fable de Lafontaine pour une gazelle.
Le match est vieux d’une seconde… Les gants d’ « Iron » Mike Brault sont sur la glace, il a les jointures à l’air libre. Mimo notre proie a lâché ses mitaines aussi mais moins vite! Trois coups de poing sur la margoulette plus tard, notre Eskimo du Grand Nord faisait contraste avec le bleu de la glace. Il était littéralement en sang et ma date de la soirée avec qui il ne s’est rien passé par la suite a tombé dans les pommes à la vue du sang. « Iron » Mike Brault en plus de mettre KO les Premières Nations a mis KO les espoirs d’un one night stand!
Anecdote #2: Je suis avec « Tom Tom » au Colisée de Laval, un match entre les Chiefs de la place et les Dragons de Ville St-Laurent!!! Je parle fort, j’ai les baguettes en l’air et une bière de trop dans la main. Je vais aux toilettes et le gars avec qui je m’étais obstiné me suit aux toilettes avec « Tom Tom » derrière lui.
Je pisse mes bières de la 1re et 2e périodes. Et une fois fini, le gars à côté de moi à l’urinoir me dit et je cite:

Tu parles trop fort et trop toé?

mange d’la marde!
Le gars lève un peu son chandail pour me montrer un morceau qui ressemblait à un .45! J’ai soudainement le goût de pisser encore mais cette fois dans mes culottes. Je me rappelle soudainement que je ne suis pas éternel.

T’as raison man! Je parle trop fort. Tes oreilles sont pas si sensibles que ça tsé…
Il rit, moi aussi et « Tom Tom » rit de la même couleur que moi. Nous rions jaune en duo! J’ai terminé la game dans le silence total et « Tom Tom » aussi. Et j’pense que dans le char au retour, pour être sûr, on a pas parlé non plus.
Anecdote #3: J’ai mémoire de Luc « Gros Bill » Lachapelle . J’ai mémoire de Lachapelle qui arbitre au Forum de Montréal et au Maple Leafs Garden. Il est « scab » de son état pendant que les arbitres de la LNH sont en grève. Il aura arbitré 9 games dans le grand circuit. J’ai mémoire de Lachapelle au Colisée de Laval en plein coeur du House of Pain danser entre deux sifflets sur du Elvis Presley. Il est le meilleur arbitre que j’aurai vu d’ma vie. Gros Bill aimait le spectacle et le spectacle aimait Gros Bill. Aujourd’hui on ne fait que prononcer son nom et le sourire s’accroche automatiquement dans la face de chaque amateur de hockey de la Belle Province! Son nom est devenu folklorique comme lui. Et suite à un long combat contre le cancer, il est décédé en 2015.
Je vous ramène à un événement de triste mémoire qui s’est passé avec certains spectateurs de Thetford Les Mines. Une fin de match qui avait brassé et Lachapelle avait mangé une claque su’a yeule. Le lendemain, il arbitrait chez nous à Lachute. Et la rumeur disait que les gars de Thetford descendaient en ville.
Je m’organise pour avoir le numéro du Gros Bill et je lui dis de pas s’inquiéter, qu’il peut venir arbitrer chez nous sans peur, qu’il aura le respect et la protection nécessaire pour faire sa job. Je lui dis qu’on va l’escorter jusqu’à la chambre des arbitres et qu’à la fin de la game on va l’escorter jusqu’à son auto. Je lui dis aussi que je le fais par respect pour le plus grand arbitre de l’histoire de la LHJMQ. Je lui dis que j’ai une seule demande, qu’il danse sur du Elvis entre deux sifflets… Il rit et accepte.
Il a arbitré son match en paix. Mes vieux chums du Bronx dans la paroisse de Ayersville, Rick et Mike ont géré la patente comme des gentlemans. Et comme le grand arbitre qu’il est Luc Lachapelle n’était pas plus sur notre bord que celui de Thetford pendant la game.

Après la game…
Dans le parking de l’aréna direct su’a rue Hamford, nous nous sommes fait une accolade.
Bon voyage Gros Bill!

Toi, moi et café

Toi, moi et café

Vendredi, quelque part dans le boulevard industriel de St-Janvier…

Il est 10h, le rush du matin est terminé à shop! J’enregistre en studio entre 10h45 et 11h avec le grand slaque à Jo Guay et l’inimitable Jean-Charles sur les ondes du 91.9 Sports. Oui je brise le 4e mur et je vous avoue que je ne suis pas en direct!

Je pars dans ma machine vers l’avenue Laurier Ouest! Top chrono je devrais être sur le plateau Mont-Royal vers 10h32! Je roule en répétant mon texte à tue-tête car en arrivant dans le studio, je le fais one take! Je roule roule roule comme dans la chanson de Cayouche aux limites du possible! Le pied dans pan! J’ai pas de temps à perdre, j’ai 1h30 pour aller en studio et revenir à la shop.

Pour le parking c’est jamais compliqué car les parkings dans le coin de l’avenue Laurier sont inexistants! Et comme je ne suis pas le roi du parallèle, la chose devient un mauvais sketch de Symphorien! Je déteste la grande ville et je crois qu’elle me déteste aussi! Être un montrealer, je ferais chier tout le monde en BIXI! Je me donnerais des airs d’un gars qui « boé » juste du café équitable!

Comme d’habitude, je suis stationné à trois rues et demies du studio et si vous voyez dans les alentours un tata courir avec des feuilles dans les mains, c’est moé! Et si le dit tata cherche son souffle, vous pouvez être certain que c’est le Barbu de ville!

Je monte à l’étage du 91.9 Sports et je vais faire un pipi en arrivant et en partant. Je suis un pisse-minute, tu veux pas monter avec moé en char vers la Floride! Je suis dans le hall d’entrée. Souvent l’Irlandais Jeff me salue et quand Jici est prêt, j’entends comme une cloche qui sonne le début du combat me crier: « BARBU!!! »

C’est la façon à Jo Guay de me dire qu’ils sont prêts et j’adore! Je fais ma chronique et j’arrête au bureau de « Chuck » Charles Rainville pour lui dire qu’il peut m’envoyer mon audio quand il veut car je viens d’enregistrer. Je quitte immédiatement car le temps compte. J’ai d’ailleurs jamais compté le temps comme depuis que je fais ma chronique radio. Les gars en studio sont un peu comme Dustin Hoffman dans Rain Man!

Je venais de terminer la 6e chronique et je sortais dehors quand au-delà de la porte un gars début vingtaine me fait un signe de la main! Il a une immense cicatrice qui lui traverse le crâne. Je me demande s’il s’est fait lobotomiser à la même place que Alys Robi!

  • Salut Barbu! Je m’appelle Samuel.
  • Salut Samuel! Je m’appelle Barbu.

Il rit. Je suis devant un mort encore vivant. Il est blanc comme un drap! Il est maigre et j’aurais le goût de l’emmener manger une sandwich toastée au baloney/moutarde chez Wilensky!!!

  • J’m’excuse de t’déranger mais l’autre jour j’étais assis chez Toi, Moi & Café pis j’ai vu un barbu courir avec des feuilles dans les mains vers le studio du 91.9! Je me suis dit c’est ma chance de lui parler. J’ai pu grand temps, tsé!

Pis soudain le silence embaume l’avenue Laurier au complet d’est en ouest.

J’me sens comme James Caan dans Misery! Le hamster dans ma tête roule sur un esti d’temps! Je suis pressé par le temps et lui n’a plus de temps. Je regarde au fond de ses yeux et je prends le temps de prendre le temps.

  • Sammy j’te paye un café au bistro!

Il sort de sa poche une feuille froissée et un stylo! Il me la montre et coche un carré à côté de mon nom d’auteur ✔ Barbu de ville.

Je vois qu’en haut de la feuille c’est inscrit « Bucket list »! Je fais partie de sa « bucket list ». Je comprends pour lui que le moment est solennel et dans mon coeur de Barbu, je vais m’appliquer à être à la hauteur de ce moment complètement unique et fou. J’essaie de passer au delà de mon malaise et de la lourdeur de son regard!

J’adore c’que tu fais! Pendant mes scanners de toutes sortes, j’écoute tes chroniques avec Jici et tes podcasts. C’est vraiment le seul temps que j’oublie ma douleur, ma mort ! Tu me fais oublier mon cancer du cerveau!

  •  Tu l’prends comment ton café mon Sammy?
  • J’aimerais un Cappuccino SVP!
  • Tu me payes le café?
  • J’espère mon gars, j’suis sur ta bucket list!!! T’es théâtral mon Sammy avec ta liste sur une feuille.

Ben en faite non, il voulait juste m’impressionner! Il voulait que je me souvienne de notre rencontre. Nous sommes assis au bistro Toi, Moi & Café et je fixe sa cicatrice comme un cercle psychédélique sans fin! Je suis emporté par cette fente vers la mort! Je suis hypnotisé par la mort si proche à environ 6 pouces de bras de moi.

D’ailleurs je suis dubitatif devant sa « bucket list »… aucun signe d’avoir fait la chose? Vous savez la chose? Il faut que je lui pose la question c’est plus fort que moi.

  • Tu as quel âge Sammy?
  • J’ai 22 ans mais je suis pas mal certain que je me rends pas à 23 ans.
  • Je vois pas sur ta liste « la chose ».
  • La chose Barbu???
  • Dis-moi qu’il n’est pas sur ta liste parce que tu l’a fait!

Il me regarde d’un air honteux et je suis gêné de provoquer la honte chez lui! Je suis sur sa « bucket list » et je réussis à le gêner!

Je prends sa feuille, j’inscris « Fourrer » et je fais un carré à côté du mot. Je tourne la feuille vers lui.

Il rit de bon coeur. C’est comme si à chaque fois qu’il rit, il repousse la venue de la Grande Faucheuse. Je le connais pas vraiment mais j’aurais le goût de le faire rire à l’infini et peut-être que la Grande Faucheuse se tannerait de l’attendre.

  • J’ai pas assez d’temps pour tomber en amour.
  • Je parle pas d’amour Roméo. Je parle du plus vieux métier du monde pour ton problème de « bucket list »!!!

Il s’étouffe avec son cappuccino et en crache un peu par terre. Je ris aussi de bon coeur.

  • C’est vraiment drôle et vulgaire Barbu!
  • Bon! Notre Sammy c’est le genre à pas se torcher avec des p’lures d’oignon!!!

Il rit de nouveau comme s’il n’avait pas de lendemain. Je suis fier de moi. Je suis heureux, j’ai un public. Il a oublié pour un instant sa mort. Il est littéralement mort de rire, n’est-ce pas ironique?

Je termine notre rencontre unique à la façon du regretté Robert Gravel, mon improvisateur de la LNI préféré. Je veux que le moment soit théâtral. Je le prends doucement par la tête et embrasse sa cicatrice comme pour lui donner le baiser de la vie! Il est ému et moi aussi.

Message à Samuel dans le texte

J’sais pas si t’es encore vivant.

Je souhaite que tu aies fait la chose avec un grand F et que tu vas entendre ce texte à ton poste de radio préféré.

Tu voulais que j’écrive sur toi? C’est faite!

Tu peux cocher une autre case sur ta liste froissée.