Le Bronx de Lachute

Le Bronx de Lachute

Moi et mon frère allions jouer à softball dans le Bronx de Lachute malgré la peur à chaque fin de semaine! Le bloc 36 est l’emblème de la grosse misère, le château du quartier. Dans le bloc 36, il y a des rois déchus, des princesses trop faciles, des princes toujours partis su’a brosse, des reines fatiguées et surtout, il y a beaucoup trop de p’tits mongols aux becs sales et abandonnés.

À l’opposé des autres royaumes dans le 36, il y a plus de fous que de rois.
Le bonheur est présent le 1er du mois mais il s’en va assez rapidement. Les claques se donnent aussi facilement qu’une poignée de main! Dans mon Bronx, on se chicane pour passer l’temps. 

(Marcel Lalonde)
Lalonde de Terrasse Saindon n’a pas été élevé mais garroché!
Lalonde à 19 ans se promenait en 10 vitesses avec les poignées à l’envers. Du « tape » blanc autour des poignées pour avoir une meilleure « grip » dans les détours éternels du Bronx. Ode à Marcel Lalonde sur son bécycle à faire le tour du carré à l’infini avec
comme paysage des HLM à perte de vue. C’était d’une poésie sans fin. J’y voyais une scène de film réalisée par Louis Bélanger celui qui nous a donné le magistral Gaz Bar
Blues!

J’aurais donné le rôle de Marcel à Alexis Martin! Il aurait la profondeur et la folie nécessaire pour interpréter notre Lance Armstrong sans gilet jaune. Si on met tous ses coups de pédale un à la suite de l’autre, il a fait le tour de la Terre plusieurs fois, lui qui n’est jamais allé plus loin que la rue Principale à Lachute. Il est
Jules Vernes sans le savoir, il est à lui seul une peinture de Marc-Aurèle Fortin.

Il est sur l’aide sociale depuis la nuit des temps. Il dépense son chèque d’une traite et mange des nouilles « ramen » à partir du trois du mois.

Pour dire la vérité, les Marcel
Lalonde de ce monde devraient être suivis par des intervenants pour les aider dans leur quotidien. Mais comme on se câlisse des Marcel Lalonde de ce monde, il finit par pédaler à l’infini dans mon texte.

(Shoeless)
J’ai souvenir de « Shoeless » Jean-Paul, né d’un père Iroquois, d’une mère Iroquoise, d’un grand-père Iroquois, d’une grand-mère Iroquoise et d’arrières grands-parents
Iroquois. Jean-Paul était l’Indien parmi trop de Cowboys!

Il était enfermé dans les HLM mais surtout dans sa tête! Jean-Paul qu’on pouvait trouver en foetus au coin de la rue avec un p’tit sac de papier brun et une haleine de colle. Lui, les miroirs qu’il avait troqué pour des fourrures avec l’homme blanc, il s’en servait pour faire de la coke. Il était un Indien de son époque! Jean-Paul était tellement heureux, il respirait le bonheur mais surtout le diesel.

Avec toute la colle qui a sniffé, il voulait construire un avion dans sa tête pour voler comme les oiseaux au lieu d’aller voler, à toutes les semaines dans le Zeller du centre d’achat, des tubes de colle pour faire des p’tits avions en plastique.

Jean-Paul s’est suicidé à l’âge de 17 ans avec la vie devant lui en 1988! Ce soir-là, il a joué au bonhomme pendu et il a perdu.

(La petite Francine)
J’sais pas si elle est encore vivante! Si oui, alors j’suis persuadé qu’elle pleure et attend toujours les deux enfants que la DPJ et le gros bon sens lui ont enlevé! Elle marchait des ridicules de km pour aller faire « sa shop » avec son panier à roulettes. La vérité c’est qu’elle avait plein d’amour pour ses enfants mais aucune capacité pour en prendre soin. Une femme déficiente lâchée lousse dans la jungle de la vie avec un utérus capable de produire à la vitesse d’une usine à bonbons.

(Bédine)
Il est le seul joueur de balle que j’ai vu frapper avec ses coudes.

(Robitaille)
J’ai souvenir de la première fois que j’ai vu deux hommes se battre à mains nues. Et
Robitaille était l’un des deux. J’ai vu de mes yeux vu Robitaille, un genre de nerveux comme il s’en fait rarement. Un narfé comme on dit.
Un voleur de buts mais surtout de chars! Le genre qui pouvait vous voler votre montre dans votre poignet avec le sourire.

J’ai vu le grand slaque Robitaille se battre contre un dur, un vrai, un gars qui venait de sortir de Bordeaux. Ici je parle pas de la jolie bourgade située dans le sud-ouest de la France.

Dans la rue ce soir-là, les femmes criaient de peur, les enfants pleuraient de voir leurs mères crier et les hommes eux criaient par besoin de voir du sang. Personne se mêlait
de la bataille, on laissait les deux chiens se manger entre eux! Il y avait certaines lois dans le quartier hors-la-loi. Moi du haut de mes 12 ans je me pense ben « smatte », je
m’approche pour voir le combat et sans m’en apercevoir, je fais partie du rond qui entoure les deux chiens.

J’en parle aujourd’hui et j’en ai encore des frissons de peur juste de l’écrire! Je suis curieux mais en même temps j’ai la chienne. Les deux hommes se sont tapés sur « la yeule » pendant très longtemps dans mon souvenir. Du sang a coulé, des dents ont
tombé, des yeux ont noirci et pour la première fois de ma vie, j’ai vu un homme pleurer.

J’ai entendu un cri de mort venir de sa bouche et de la bouche de sa femme aussi qui pleurait par-dessus lui. Le grand slaque, comme le grand roi du bloc 36 ce soir-là, il est parti le torse bombé. Ce fut d’ailleurs la seule fois dans sa vie qu’il remporta quelque chose! Moi ce soir-là, je suis reparti chez-nous avec un « spot » de pisse dans mes culottes vers le p’tit Canada.

(Loiselle)
« Pas fiable » Loiselle, son surnom dit tout.

(Cuillerier)
Tu voulais pas achaler Cuillerier. Pis ceux qui l’ont cherché, ils l’ont regretté, j’en suis persuadé! Il avait en lui une rage intérieure d’une densité jamais vue. Vous pouvez demander aux Drouin, Poulin, Wilkes et Legault de ce monde.

(Boule)
Il est le premier lanceur de fastball que j’ai vu à l’oeuvre de ma vie. « Boule » lançait comme d’autres jonglent avec des torches de feu! Chaque fois qu’il lançait, le Bronx
arrêtait de vivre, il était la fierté du p’tit monde! Quand il lançait les femmes arrêtaient de rouler leurs cigarettes, les vieux arrêtaient de boire leur quatrième bière du matin, les enfants arrêtaient de pleurer. Même les adolescentes oubliaient qu’elles étaient en « balloune ».

La première fois que je me suis fait frapper par une balle pendant une game dans le Bronx, je me suis dirigé vers le 1er but et « Boule » de me dire: « Hey, icitte quand on se fait frapper par une balle ça compte pas… faque r’tourne au bâton! ».

(Pilon)
L’expression « plein de marde » lui va comme un gant. Un pouilleux aux cheveux longs gras. Un « siphonneux» de gaz tout étoile! Il travaillait pour le gouvernement à temps plein. Il était rentier de son état, B.S. de père en fils. Le gros Pilon connaissait la Charte des droits sur le bout de ses doigts. J’ai souvenir du Gros Pilon qui fait un marteau-pilon à mon oncle direct dans le parking du 36. Je revois sa tête éclater sur l’asphalte, le sang coaguler à mes pieds…

(Bimbo)
5’7 et 400 lbs de haine, ça résume assez bien Bimbo. Le genre qui aimait se battre mais quand son adversaire était de dos! Le seul gars que j’ai vu courir après son ombre. Un homme de 400 lbs qui court comme « Ben Johnson » c’est étonnant.

Dans le Bronx, c’est là que j’ai compris qu’on naît pas tous égaux. C’est là que j’ai compris que le chemin facile n’est pas nécessairement le meilleur! C’est là que j’ai compris que le bonheur est en soi et nulle part ailleurs.

En 1973 dans le bloc 36, est sorti du ventre de la p’tite Madeleine, un p’tit gars comme tant d’autres. Aujourd’hui ce p’tit gars on l’appelle Barbu de ville.

*Je dédie ce texte à mes frères et soeurs d’infortune du Bronx d’Ayersville à Lachute.

Édouard Carpentier

Édouard Carpentier était un homme d’une autre époque. Il a fait partie de la résistance française pendant la deuxième guerre mondiale. Il était de ceux qui ont combattu Hitler et son armée! Il a obtenu la croix de guerre et la croix du combattant! Par la suite, il fut sélectionné par l’équipe olympique française de gymnastique, pour les jeux olympiques de Londres en 1948.
Il est venu lutter au Québec en 1956 avec un contrat de trois mois, mais finalement, il sera resté le reste de sa vie au Québec. Il aimait le Québec et le Québec l’aimait tout autant! Il fut, pendant les années 50, 60 et 70, une méga-vedette.

Même les légendes meurent, même ceux qu’on croyait invincibles! Édouard Carpentier nous a quitté à l’âge vénérable de 84 ans. Il a perdu son dernier combat samedi, le 30 octobre 2010 dans l’après-midi, lui qui détestait la défaite!
Il était le roi de la planchette Japonaise, le prince de la savate, le monarque de la prise en quatre et le sultan du saut de la troisième corde.
Il pouvait vous endormir en 10 secondes avec la prise du sommeil, et faire une pirouette du haut du 3ième câble pour atterrir lourdement sur le ventre de son adversaire! Il fut l’inventeur de la lutte acrobatique! Il fut aussi un animateur hors du commun et intervieweur qui savait mettre la lumière sur ses invités, et tout ça avec classe!

Lettre à M. Carpentier dans le texte
Bonsoir M. Carpentier,
J’ai choisi de mettre une photo de vous à votre meilleur, lorsque vous étiez au sommet de la montagne! je vous ai parlé en personne une fois, c’était au début des années 80. Vous étiez venu chez nous, à Lachute, dans l’ancien aréna (la grange) avec les autres membres des étoiles de la lutte.

J’ai cru votre présence quand je vous ai aperçu le soir des combats! Je vous ai vu lutter, mais seulement à la toute fin de votre carrière de lutteur. Vous étiez au bout du rouleau, mais les vieux de mon coin m’ont souvent relaté vos exploits légendaires, à la limite du mythe. Je vous ai surtout connu comme le grand animateur que vous étiez!

Je suis allé vous voir avec toute ma gêne et ma fragilité. Vous étiez là devant moi, et moi j’étais là devant vous! Aucun mot ne sortait de ma bouche. Vous vous êtes approché et vous avez commencé la conversation comme si j’étais le centre d’attraction!
À la fin de notre conversation, je vous ai demandé de me dire votre fameuse phrase que vous disiez à toutes les fins de l’émission Les étoiles de la lutte! Vous, comme si c’était la première fois qu’on vous faisait cette demande, vous me l’avez dite comme si c’était la première fois de votre vie! Vous avez vu dans mes yeux de p’tit gars toute l’admiration que je vous portais!

Depuis ce samedi soir du 30 octobre 2010, on peut apercevoir
l’étoile du vieux Édouard briller dans le firmament!
Rendu en haut, il a retrouvé ses jambes, celles qui ont fait courir
les foules, et il a demandé tout de suite un combat contre celui qui est champion en haut ! Et je suis persuadé qu’il finira par avoir cette ceinture autour de la taille, car les vraies légendes gagnent partout et pour toujours.

À la semaine prochaine, si Dieu le veut!!!

Tonka, Lindros et moi

Tonka, Lindros et moi

Nous étions un mardi de juillet 2018…

J’étais à finir une commande de DFR pis là j’ai entendu la sonnette de la réception résonner trois fois comme d’habitude. Ce qui veut dire que je reçois d’autres commandes via un transporteur! Nous sommes tous déjà à l’ouvrage moi, les jumeaux, Stéphane, Julie, Valérie et Marie-Noël! Ce jour-là dans notre Spotify on travaille au son de Lynyrd Skynyrd! Il n’y a pas de climatisation dans l’entrepôt alors on dégoûte notre vie, c’est le supplice de la goutte chinoise version boulevard Industriel de St-Janvier!

Il faut savoir que j’ai un mâche patate level ninja! Je parle même quand je dors. Et ce que j’aime le plus c’est faire un brin de causette avec mes livreurs. Oui, c’est mes livreurs! Maurice et Mario d’UPS, Buddy de  Purolator, Michel de Postes Canada, Margarita de DHL, Abbas de Fedex, Maurice de DHL et son 53 pieds, le serbo-croate d’UPS et un plein d’autres. Je connais leur vie, leurs drames, leurs joies, j’aime parler au monde! J’aime savoir leur vie courante et je fais de même avec eux. Je partage pour partager et si vous voulez savoir, c’est la seule porte de sortie de l’humain pour la suite des choses… le partage!

Donc le gars débarque de son gros 53 pieds et c’est pas un régulier de chez Transport Bourassa! Mais ce foutu livreur je le connais sans le connaitre.

MOI: « Ta face me dit de quoi toé? »

LUI: « Charbonneau du p’tit Canada pis moé aussi ta face m’dit de quoi… »

MOI: « Bin bout de criss! Tonka sa rue Bellingham dans le HLM en face du Laurentian High School? »

LUI: « Pat? Le pire lanceur de fastball de l’histoire? C’est toé calice! »

MOI: « Lui même en chair pis en chair! »

LUI: « Tu lances tu encore dans ligue des 4AS? »

MOI: « Non fait longtemps que j’ai quitté Lachute! Ma ville c’est St-Jérôme. Mes enfants sont des Jérômiens. Pis toé? »

Lui: « J’reste à St-Philippe! »

Pour dire la vérité, j’ai 44 ans et ça fait 20 ans que j’avais pas vu Charbonneau!  Pas étonnant que notre sbire soit devenu trucker/livreur, il était toujours en train de faire des bruits de truck en se promenant dans les rues! Il jouait au livreur et avec son bécycle, n’avait que des Tonkas et des Hot Wheels dans sa chambre! D’ailleurs la première fois que j’ai vu des derby de démolition c’est avec lui et son père à Pembrook en Ontario et par la suite au mythique derby de démolition à Lachute! Son surnom c’était d’ailleurs Tonka car il était un thug dans tout ce qu’il y a de plus robuste! Tonka Charbonneau est incassable!

J’ai compris Charbonneau à la dure… un certain janvier de 1983! On jouait au hockey bottine sur la rivière du Nord de notre enfance! Et pendant la game Tonka m’a donné du Sherwood dans les côtes… j’ai laissé mes mitaines de hockey sur notre glace à ciel ouvert comme l’aurait fait Chris Nilan sauf que je n’ai pas l’ADN de Nilan et surtout pas ses jointures! Charbonneau laisse tomber ses gants et me dit: « T’es sûr Pat? »

Je lui laisse pas de chance. J’accroche ses manches de chandail et lui mitraille 6 coups de poing sur la margoulette non-stop, dont un sur son gros nez!

Il ne bronche pas. Il n’a pas bougé. Il n’a pas pleuré. Il saigne de la bouche abondamment et me retient les bras! Il s’élance et je me souviens pu de rien par la suite! Je me suis réveillé, étendu sur la glace les idées tout croches! Sur le coup je me souvenais pu de mon nom, ni pourquoi j’étais étendu, gelé, sur la rivière du Nord. Charbonneau est venu me porter chez nous car je me souvenais pu où j’habitais! Charbonneau en chemin s’est excusé plusieurs fois! J’ai après surnommé Charbonneau Tonka et le surnom est resté!

Je sors du 53 pieds les 3 palettes que Charbonneau vient me livrer et nous nous faisons une belle accolade sincère! Au moment de partir il me dit:

Tonka Charbonneau: « Hey le gros abonne-toi à mon Facebook y’a un gars de notre coin qui écrit sur nous, le p’tit Canada, la côte de sable, le Bronx pis toute là! Je vais te partager ses textes! C’est un gars de Lachute!

Moi: « Ah ouin? Pour vrai? C’est bin cool! C’est qui?

Tonka Charbonneau: « J’sais pas maudit! Mais c’est un gars de notre coin y nous connaît en tabarnak! Ça doit être Larocque!

Nous rions de bon coeur.

Il faut savoir que Larocque était notre ami mais on aimait rire de lui sans cesse sur son patin artistique… Nous avions des jokes à l’infini, jusqu’au jour que le fils à Bonnie Lindros nous a faite dans les mains! Oui, oui le fameux next one, le numéro 88 des Generals d’Oshawa, celui qui a dit non à la plus belle ville de la ligue nationale à l’époque, la ville de Québec! Celui là même qui jouait avec les non-moins maudits Flyers sur la ligne des Legion of Doom. Éric Lindros nous a privé de jokes à l’infini sur Larocque et son tutu rose!

Car un soir bien arrosé dans la ville reine, le gros 88 Eric Lindros a lancé son verre de boisson à ce qu’on dit en pleine face de Elvis Stojko le légendaire patineur artistique et idole de notre sbire Larocque. Un soir de 5 à 7.  Sans fanfare ni trompette, Elvis du haut de ses 5’7 n’a pas fait de double piqué ou de triple axel, il a simplement mis son poing su’a gueule du fils à Bonnie. Lindros s’est retrouvé au sol comme notre sarcasme à l’infini envers Larocque! Des années de jokes plates sur le patin artistique venait de disparaître! Lindros au sol comme son frère Brett qui faisait des commotions cérébrales à répétition! La vie est ainsi faite car une fois que tu la prend pour acquis, elle se charge elle-même de te remettre à ta place. Personne est assez gros pour jouer aux bras avec elle! Ni Lindros, ni Tonka ni le Barbu de ville ni même Bonnie ni personne.

Message à Charbonneau dans le texte:

Mon chum Tonka, c’est moi le Barbu de ville… oui oui c’est ton Pat celui du fin fond de la rue Filion, celui du logis d’en haut, ton ancien lanceur de balle, celui qui n’a jamais lancé des balles de feu, celui qui n’avait jamais un backstop assez haut quand il perdait le contrôle sur la butte.

En passant, j’ai rencontré Larocque au Costco de St-Jérôme l’autre jour et avant même de me saluer, il m’a parlé du coup de poing d’Elvis à Lindros! Notre calvaire est à l’infini mon Tonka.

Prochaine fois que tu viens livrer avec ton gros 53’ amène ta mite de catcheur, j’ai toujours mon gant dans mon char pis des balles! Nous passerons ma pause à se lancer, tu feras le crapaud pour moi comme dans le temps au Parc Richelieu! Ça me manque!


La canne d’huile, Papi et Cie

La canne d’huile, Papi et Cie

Voici un souvenir de boisson mémorable qui frôle le folklore. Celui du baseball, de la bonne compagnie et de la nostalgie! Comme dirait Aznavour, je vais vous parler d’un temps que les moins de 20 ans ne connaissent pas, celui de nos amours les Expos!

 

Ce jour-là, moi et Rollie étions à bien servir nos clients au Farmers Supply de Lachute sur la rue Lafleur à deux pas du chic Palace. Moi, dans la section des chainsaws et lui à la peinture! J’avais 18 ans et lui 19 ans, nous étions de fidèles partisans des Expos. Roland de son vrai nom mais sur le terrain de balle quand il me « catchait », je l’ai rebaptisé Rollie! Et depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui tout le monde à Lachute l’appelle Rollie! Même sa vieille mère a oublié son nom d’origine!

 

Le lendemain nous avions congé en même temps pour deux jours! Nous avions décidé d’aller back à back aux games de nos Expos et de coucher en ville, un lundi et un mardi, question d’honorer Rumba! Rollie est un gars de peu de mots et moi je parlais pour les deux et même parfois pour les trois même si on était juste deux! J’ai un mâche-patate de catégorie de ligue majeure! En termes clairs, je suis le Herman « Babe » Ruth de la parlotte! Blablabla…

 

Je me souviens pas du nom du motel qu’on a loué mais je me souviens de la vieille bonne femme et de la cloche sur son comptoir! Elle était d’une autre époque probablement oubliée par le burlesque. Une vieille attriquée comme ces danseuses à l’époque du charleston, à l’époque où Chicago était le terrain de jeux d’Al Capone! Elle fumait une cigarette avec un embout en plastique, j’imagine pour faire plus chic! On pouvait voir une bretelle de brassière sur son épaule. Une voix rauque, une voix de MarkTen et de petit cigare cheap! Elle était d’une laideur sans nom. Probablement qu’elle se levait la nuit pour avoir mal! Elle parlait avec une cigarette sur le bord de la bouche. J’avoue aujourd’hui que j’ai longtemps fait des cauchemars sur cette bonne femme! J’apprendrais qu’elle est la femme du bonhomme sept heures que je n’en serais pas surpris du tout!

 

Une fois la chambre de motel louée nous allions chercher le grand-père de Rollie, le plus grand partisan de baseball que j’ai jamais connu, l’historien de la balle, Papi Raymond!

 

Papi était d’une autre époque, il avait connu le stade Delorimier et les Royaux! Il avait vu Sandy Koufax lancer à Montréal et Jackie Robinson faire ses premiers pas parmi les joueurs blancs! C’est avec Papi Raymond que j’ai appris à marquer une game et manger un smoked meat avec plus de gras que de viande! Papi était seul au monde dans son 2 ½ dans le quartier Villeray! À chaque fois qu’on allait le chercher c’était comme une fête pour lui! Et je dois dire que d’être assis 9 manches avec le bonhomme Raymond c’est une expérience en soi. Nous arrivons de bonne heure, question de voir la pratique au bâton et de manger un délicieux smoked meat. Et de vous l’écrire, j’en ai l’eau à la bouche!!! Ce soir-là c’était le premier match de l’ancienne gloire des Red Sox de Boston, Dennis « Oil Can » Boyd avec nos Expos. Moi, Papi et Rollie étions fascinés et heureux d’assister au premier match de la canne d’huile à Montréal! Ce soir là, les Phillies de Philadelphie étaient en ville.

 

Trois cokes et smoked meat plus tard la game allait commencer! J’oubliais, un peu de moutarde de baseball sur mon beau t-shirt des Red Sox avec Boyd et le #23 dans le dos. Moi, Papi et Rollie avons gagné la game avec nos Expos 4-3! Une victoire créditée à la poire Joe Hesketh. Papi a marqué toute la game. Et si je vous disais que j’ai encore la carte en ma possession? Rollie avait bien sûr ses maudites culottes Guess sur le dos au cas où il serait sur l’écran géant en 7e manche. Il en faisait une fixation maladive!

 

À des fins historiques, Rollie n’a jamais été vu sur l’écran géant. Une chose est sûre, ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je vous jure sur la tête de mes deux enfants, si jamais nos amours les Expos reviennent en ville, le beau Rollie va encore porter ses Guess jeans! Ô Dieu de la balle, Ô grand inventeur du baseball Abner Doubleday, Ô Youppi et les autres, faites que si jamais les Expos reviennent en ville, ce pauvre sbire Rollie puisse être vu sur l’écran géant aux milliers de pixels! Je vous en conjure! Au nom du père Alou, et du fils Moïse. Amen.

 

Après la game nous avons été porter Papi chez eux. Il ronflait littéralement dans le char en arrière le vieux historien, avec l’écume à la bouche. Il ronflait de bonheur le vieux Raymond, au rythme des DeShields, Grissom, Martinez, Noboa, Galarraga et tous les autres! Rollie va border le vieux Raymond de 80 ans passés pis après vos deux sbires vont aller se fendre en deux au Bistro à Jojo à coup de boisson pis de blues!!!

 

En arrivant sur la rue St-Denis, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air! Une fois après avoir mis le pied dans le bistro, j’ai toute compris! Sur le stage devant moi, il y avait un bluesman qui criait sa vie, sa douleur au rythme d’une guitare endiablée. Et soudain, dans sa ceinture d’harmonica, il a sorti un ruine-babine de type diatonique. Il le faisait littéralement pleurer au rythme de la salle glauque de la rue St-Denis! Il faisait soif dans place! Une fois son solo terminé, le bluesman au micro a dit: « Mon nom est Carl Tremblay! » Ce fut pour moi une révélation! Et puis pour m’achever comme il faut, il a chanté « The Dock of The Bay » d’Otis Redding. J’ai à ce jour jamais eu autant de frissons me parcourir le corps, de la pointe des orteils au bout de la pointe de mes cheveux! L’amitié, le blues, le baseball, la bière tout se mélangeait en un mix parfait!

 

Quand tout à coup, entre dans le bistro un chétif homme noir avec plein de gros bijoux dans le cou et une attitude du Mississippi! J’ai, au même moment, la mâchoire qui me décroche! J’ai avalé une gorgée de travers de ma 10e Black Label et recraché sur les pieds de Rollie!

 

  • Moi: « Tabarnak Rollie c’est « Oil Can » Boyd?

 

  • Rollie: « … »

 

  • Moi: « … »

 

Le silence était venu s’asseoir à coté de nous ainsi que « Oil Can » Boyd. J’étais pas gros dans mes culottes et Rollie non plus dans ses Guess jeans! Je regarde ce que la canne d’huile se commande et je demande au serveur de lui en donner un autre de la part d’un fan du #23! « Oil Can » se r’vire vers moi avec un beau grand sourire, celui du sud des États-Unis et moi je lui tourne le dos en lui montrant son nom dans mon dos et son numéro!

 

La magie avait opéré au Bistro à Jojo! Le fantôme de Doubleday avait encore faite sa job! Sur un compte complet en fin de 9e manche avec deux retraits et tirant de l’arrière par trois points, ce soir-là en terme de baseball j’allais frapper un Grand Chelem!!!

 

  • Rollie: « My name is Rollie and I am a catcher!

 

Moi et « Oil Can » on se met à rire comme si nous étions de vieux chums. Rollie boudait.

 

  • Moi: « Yep! He is a catcher in beer league… bad beer league!

 

Moi et « Oil Can » on continue de rire aux éclats!

 

Nous avons bu comme des Polonais. Nous avons refait le monde, le baseball, la vie pendant ce bout de soirée magique. Et vers 3 h 30 du matin au beau milieu de la rue St-Denis, nous avons sorti nos gants de baseball de nos sacs. J’ai passé mon gant à « Oil Can » Boyd et Rollie s’est penché comme il faisait à chaque mardi soir pour moi au Parc Richelieu. Il a donné une belle cible à la canne d’huile. « Oil Can » a lancé une balle qui a littéralement explosé sur l’épaule de Rollie qui en a été quitte pour un bon bleu. À la fin, nous avons embarqué « Oil Can » dans un taxi et payé sa course.

 

Le lendemain sur ma pagette, il y a un numéro que je connais pas. J’appelle au numéro et une voix à l’accent du Mississippi de me dire: « Trois billets dans la section du receveur t’attendent toi, Papi et Rollie pour ce soir… D’ailleurs la section du receveur s’appelle maintenant le salon Gary Carter.

 

J’me pince au sang. Je suis incrédule. « Oil Can » voulait nous remercier de notre gentillesse et pour la soirée. Nous sommes allés chercher Papi qui n’en revenait pas et en a parlé jusque dans son lit de mort, jusqu’à son dernier souffle!

Nous avons finalement gagné la game avec nos Expos 2-1 contre les Phillies!

 

J’avoue que j’ai surtout regardé Papi Raymond être dubitatif durant toute la game. C’est comme si c’était son Disney World! Il était ridiculement beau de voir le bonhomme Raymond qui était toujours presque seul dans son 2 ½ marquer sa game, les yeux dans l’eau! La bombe qui a fendu Hiroshima en deux aurait pu tomber à côté de lui qu’il s’en serait pas aperçu car il était à marquer la plus belle soirée de sa vie, retrait 5-3!!!

Rollie lui était occupé à boire toute la bière du bar! Le conte était plus que complet. Ce fut pour nous, ti-gars de Lachute et le vieux bonhomme de Villeray seul au monde ou presque, une partie parfaite au sens figuré!

 

Et quand on parle du retour de nos amours, j’ai un moton dans la gorge, j’ai un frisson qui transperce mon corps de la pointe des orteils au bout de la pointe de mes cheveux!

 

J’ai une pensée pour Papi Raymond, Rollie, Simon Chartrand, Justin Corbeil, Éric Roussel, Yves Deschamps et son fils Maxim et combien d’autres vrais fans de balle!!!

Moi, au soir de leur retour dans un vrai beau parc de balle, dans notre premier vrai parc de balle sans toit aux abords du canal Lachine dans Griffintown, j’aurai ma casquette des Expos sur la tête, celle que j’ai porté quand je suis entré au Hall of Fame à Cooperstown, avec un t-shirt des Expos et le numéro 8 dans le dos ainsi que mes jeans Guess… On sait jamais!

P.S Sur le dit t-shirt, il y aura encore un peu de moutarde de baseball.

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Beurre de peanut et cie

Beurre de peanut et cie
Dans notre quartier, nous étions l’équipe du p’tit Canada. Nous n’étions jamais assez pour former deux équipes. Parfois on n’était tellement pas assez qu’il fallait repêcher les p’tits culs de 5 ans et moins. Vous savez, ceux qui jouent dans le sable plutôt que de se concentrer à remporter la série mondiale du p’tit Canada, ceux qui cherchent des chenilles jusqu’à temps qu’y deviennent des papillons!!! Nous étions choyés car on avait trois parcs pour jouer nos games. Les deux au parc Richelieu et celui du Laurentian High School à quatre maisons de chez nous. Le fameux parc des blokes!
Habituellement, nous allions jouer au baseball quand nous avions fini notre patrouille de police autour du bloc! Par la suite, on faisait le tour des cours pour voir qui serait partant pour un programme double. Avant une game, nous nous rendions en gang au Perrette pour acheter des bonbons mélangés; nos bicycles placés délicatement en tas un par-dessus l’autre. Certains avaient des BMX, d’autres des 10 vitesses avec le guidon à l’envers et certains privilégiés avaient des motocrosses à pédale avec la « tank » en avant pis des « chuck » gros de même! Tout le monde prenait des « Slush Puppie », des jus en sac, des lunes de miel, des gommes savon. Moi, 9 fois sur 10, je choisissais des cartes de baseball. J’avais bien sûr, le goût de manger des bonbons mélangés dans un petit sac de papier brun mais mon désir d’avoir des cartes de baseball était plus fort!!! J’étais à la recherche de la carte de Rollie Fingers. Comme un archéologue qui creuse pour trouver des traces du passé, moi je développais des paquets de cartes à une vitesse affolante.
Aujourd’hui encore, je reçois une carte de Noël de la part d’O-Pee-Chee. La compagnie me remercie d’avoir augmenté leur chiffre d’affaires dans les années 80! J’aurais même échangé, à l’époque, une Dale Murphy, une Dave Parker, une George Brett et une Reggie Jackson pour avoir une Rollie Fingers! Pour trente sous, j’avais un beau paquet avec 12 cartes dedans, une délicieuse gomme plate et sèche. À l’époque les 25 cennes n’existaient pas dans le p’tit Canada.
Nous avions dans ces deux équipes de rêves les frères Périard, le grand Racine, Charlebois, moi et mon frère, Larocque, l’anglais McPherson, le gros Laplante, Gagnon, Campeau, Éric le rouge, Grenon et en cause désespérée, Hélène, Stéphanie avec un i, l’anglaise et Nancy. D’ailleurs, tous les gars voulaient « frencher » Stéphanie avec un i mais personne voulait l’avoir dans son équipe. Elles, les filles, voulaient jouer à la « tag BBQ »! Là c’était le contraire: Stéphanie avec un i devenait le premier choix mais personne ne voulait se retrouver face à face avec Hélène, une excellente joueuse de balle mais d’une laideur sans borne… le genre qui se lève la nuit pour avoir mal!
La première fois que j’ai pensé à d’autre chose que le baseball, c’est à cause de Stéphanie avec un i. La première fois que j’ai pensé que peut-être il y avait sur cette Terre quelque chose de meilleur que le baseball c’est à cause de Stéphanie avec un i. La première fois que le baseball est passé en deuxième c’est aussi à cause des yeux bleus et des cheveux rouge feu de Stéphanie avec un i .
En plus d’être un mauvais joueur de balle, l’anglais McPherson était le camelot officiel de notre quartier (le p’tit Canada). Il distribuait le journal de Montréal, La Presse et le mythique Argenteuil, notre journal local! Il avait parfois en sa possession le Photo-Police et sa page du milieu. Tous les gars de mon âge ont de très bons souvenirs de cette fameuse page du milieu! McPherson se présentait au marbre avec des gants de bicycle à gaz et parfois un casque d’aviateur. Le genre de gars assez intelligent pour allumer un feu mais pas assez intelligent pour l’éteindre. Grenon portait pour nos games la fameuse casquette carrée des Pirates de Pittsburgh.
Lui, Éric le rouge, ne venait pas souvent jouer avec nous, il était souvent occupé à se faire battre par le chum de sa mère.
Comme toute bonne game de balle qui se respecte au Laurentien High School, nous finissions par nous chicaner pour un retrait, un but volé, une fausse balle… bref n’importe quoi pourvu qu’on finisse ça en chicane! C’était sûrement une question de stratégie pour la prochaine game!
Souvent les chicanes commençaient au début du match quand il fallait décider quelle équipe commencerait au bâton. Nous décidions le tout avec une partie de « mayoche ». Le jeu est très simple: les deux capitaines des équipes se mettaient l’un en face de l’autre et l’un lançait le bâton à l’autre. Par la suite, il fallait se rendre à la paume du bâton en bois. Chacun leur tour, les capitaines faisaient des mains pleines, des ciseaux, des allumettes pour se rendre au bout de la paume du bâton pour avoir le droit de tourner ce bâton autour de notre tête sans l’échapper bien sûr. Sinon, on perdait le tour de frappe!
Mon frère volait des buts comme d’autres volent des bonbons. Moi j’aimais lancer et quand je ne lançais pas, je pensais à la prochaine fois que j’étais pour lancer.
Quand Jacques Doucet était au micro des Expos, je n’étais jamais sur le terrain. J’étais quelque part avec mon radio transistor sur le bord des oreilles. Je me laissais bercer par les mille et une histoires de Jacques! Et parfois quand mon père rentrait soûl comme une botte à la maison tard le soir après une grosse veillée aux danseuses du Trois Puces, un soir de game à Los Angeles ou à San Diego, je levais le son un peu plus fort dans mes oreilles et j’avais l’impression que M. Doucet me réconfortait à coup d’anecdotes, de compte complet, de stratégie de balle et quoi encore. Merci M. Doucet mon presque père! J’ai toujours dit que si un jour je rencontre Jacques, je ne serais pas capable de lui parler, aucun son sortirait de ma bouche, moi qui est un verbomoteur à deux temps! J’aurais le moton dans la gorge et plein de poussières dans les yeux!
J’ai frappé mon seul circuit à vie pour l’équipe du p’tit Canada, un jour que nous n’étions que huit. Un magnifique circuit à l’intérieur du terrain, frappé dans le champ de Stéphanie avec un i qui pour la circonstance, était occupée à éplucher un pissenlit! La belle Stéphanie avec un i que je pensais impressionner avec le fait que je connaissais toutes les formations partantes du baseball majeur à 10 ans! D’ailleurs, le père de Stéphanie avec un i , était très impressionné par mes connaissances de balle. Parfois quand il était sur sa galerie, il m’invitait à venir « m’assir » avec lui et on jouait à se poser des questions sur le baseball majeur! Il m’a déjà dit que j’étais la relève du grand Serge Touchette! Compliment ultime pour moi.
*Pour conclure*
  • Le père de Stéphanie avec un i est mort d’un cancer du cerveau au départ de nos Expos!
  • Je ne suis pas devenu journaliste comme Serge Touchette.
  • Comme nos Expos, les Perrette n’existent plus, comme quoi les choses changent mais pas toujours pour le mieux.
  • Jacques Doucet n’a pas encore été élu au Temple de la renommée mais au Temple de la renommée de mon coeur, il est numéro #1!
  • J’ai eu la fameuse carte de Rollie Fingers, celle avec les A’s d’Oakland.
  • Du haut de mes 10 ans, Stéphanie avec un i de me dire: « J’embrasse pas un gars qui vient de manger du beurre de peanut. »

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