Un coup de pouce

Un coup de pouce

Je dois vous faire un aveu. Je vous fais un genre de « coming out » à travers ce texte.

Chaque mois, quand je le vois arriver, je suis fébrile et j’essaie toujours de mettre la main dessus le premier.
Je vous l’avoue bien humblement, je lis le Coup de Pouce de ma blonde. Je suis lecteur d’un magazine de femme par personne interposée! C’est mon côté douillet, j’imagine. À chaque fois que j’ai fini de lire ce foutu Coup de Pouce qui appartient à ma blonde, j’ai l’impression que j’ai perdu des onces de testostérone.

J’aime particulièrement le magazine de ma blonde quand il est encore enveloppé dans son plastique. Quel beau p’tit bonheur de la vie que de déchirer le plastique d’un magazine qui n’est pas le sien! J’ai juste à y penser et j’ai un orgasme de lecteur!

Mais par-dessus tout, pendant que je le lis, j’aime mettre mon gros nez dans les pages glacées et le humer! Le sentir à plein nez, le respirer. Suis-je le seul à sentir l’odeur d’un magazine? Et je ne vous parle pas ici de ces magazines remplis d’échantillons de parfum de vieille madame.

Ce que j’aime aussi du coup de pouce de ma blonde, ce sont les articles du genre…

  • 1001 trucs pour garder son calme dans le trafic.
  • Comment survivre aux 5 à 7 familiaux.
  • Être un homme en 2019.
  • Portrait de lectrice… (À quand le portrait d’un joyeux drill comme moi, qui connaît son Coup de Pouce aussi bien que n’importe quelle bonne femme, hein?!).
  • Idées de boîtes à lunch pour vos enfants, du début du primaire jusqu’à leur entrée sur le marché du travail!
  • Ces émotions que vous mangez.
  • Les articles à saveur de psychologie de gomme balloune!
  • Sans oublier la section pratico-pratique.

Le Coup de Pouce de ma blonde est presque parfait. Il ne manquerait d’après moi qu’un article à saveur de Barbu de ville, et il deviendrait le magazine parfait!

Et peut-être aussi un genre de page centrale qu’on développe en trois parties, mais là, j’pense que je pousse ma « luck »!

Bref, ne touchez pas au Coup de Pouce de ma blonde, car le bon gars que je suis va se transformer en un ignoble personnage à la limite d’une bête sans aucune valeur!

Une angoisse existentielle me vient à l’instant même où j’écris ces lignes… Si jamais ma blonde, un jour, ne renouvelle pas son abonnement?

Ti-Guy Émond

Ti-Guy Émond

Je connais Ti-Guy comme vous depuis toujours. Une planète sans Ti-Guy ça manque d’humanité. Tout le monde connaît Ti-Guy Émond et Ti-Guy connaissait tout le monde.

Mercredi, dans le matin du 6 février à 5 h du matin est mort l’ineffable des ineffables. Le 6 février 2019 s’est éteint une époque. C’est comme si le petit peuple est mort un peu aussi. Les ruines de Blue Bonnets ont tremblé. Les vieux paris se sont envolés en fumée et on pouvait entendre la voix de Jean Desautels emporter le cerf-volant jusqu’au ciel.

Quelque part au milieu des années 90, Ti-Guy Émond restait à Lachute, sa douce était de mon coin de pays. À l’époque il y avait des maisons de paris associées à Blue Bonnets à travers la province et le Comté d’Argenteuil ne faisait pas exception!

Parfois, j’allais dépenser quelques dollars sur des courses tard le soir. Des courses de chevaux chinois comme on dit parce qu’elles avaient lieu en Chine tout simplement. J’étais à côté au bar, je faisais de l’oeil à la « waitress » qui voulait rien savoir de moi.

Un moment donné, qui rentre dans place avec son jacket d’une autre époque, une chemise blanche avec un gros collet et un genre de cravate avec un bolo, des bottes à la cheville en cuir cheap et beige? Même en 1990 notre Ti-Guy était pu à mode. Moi je le salue et l’invite à s’asseoir à côté de moi comme si nous étions de grands chums (d’habitude je fais jamais ça, je suis plutôt gêné).

Je le regarde miser et sincèrement, intérieurement, je me dis que c’est un ostie de freak. Je comprends pas et je lui dis entre deux anecdotes de boxe. J’ai vu la légende miser, j’ai vu le mythe perdre d’une shot toute son pactole. Ce soir là, j’ai payé un verre à Ti-Guy. Il est reparti ce soir là avec les poches vides et une cravate bolo en moins qu’il avait vendu direct au bar.

Une semaine plus tard, je suis assis à la même place, je prends un petit verre de draft et j’ai peut-être des chances avec la nouvelle « waitress ». Ti-Guy arrive au bar comme un cheval su’a soupe!!! Il est comme en transe, il est certain de ramasser le moton. Ce qu’il fit avec brio. J’en étais subjugué. J’avais devant moi un vrai « gambler ». Ce soir-là il m’avait donné de bon tuyaux pour les courses et m’avait raconté l’anecdote du Garden de Boston et la passerelle. Même s’il a raconté cette anecdote mille et une fois, je garde ce moment précieux comme un trésor. De vous l’écrire, j’ai encore des frissons.

J’ai parlé de Roberto Duran, Marvin Hagler, Ray Leonard, Thomas Hearn avec passion. Il m’a parlé d’Eddy Mélo, Gérald Bouchard, Paduano, Gaétan Hart et toutes les autres de l’âge d’or de la boxe au Québec. Un beau moment pour moi. Je suis reparti la tête pleine de nostalgie comme en transe ayant l’impression d’avoir vécu un moment unique, les poches pleines de bills du Dominion et un sourire de fendu jusqu’aux oreilles.

Ti-Guy était un gars imparfait comme je les aime. Je me méfie des gens trop propres.

Oui il était un gambler fini. Non il avait pu une cenne qui l’adorait à la fin de sa vie mais au-delà du personnage, il était un sacré bon yâble qui n’aurait pas fait mal à une mouche sauf à lui-même. Une tête de cochon qui a vécu sa vie à sa façon comme dans la chanson de Frank Sinatra « My way ».

J’ai pensé aller le voir dans son mouroir au cours des dernières années mais j’étais trop gêné. J’aurais dû y aller et lui montrer notre carte de paris de chevaux chinois. Je suis sûr qu’il aurait ri.

Ti-Guy est un personnage qui mérite un film. Il était lui-même un film.

Une fois arrivé en haut, une fois arrivé aux portes du paradis l’attendait St-Pierre… d’habitude les gens donnent la main au gardien du haut côté.
Lui Ti-Guy a déposé son manteau sur le bras de St-Pierre…

Les grandes portes grinçantes se sont ouvertes devant lui et là dans le faisceau de lumière attendait celui qui aura façonné son urgence de vivre, son idole, son papa Phil qu’il n’avait pas vu depuis les 67 dernières années.

Dans un coin, il y avait Elvis Presley et Johnny Farago qui s’occupaient de la trame de fond pendant que Phil et Ti-Guy se donnaient la plus belle accolade jamais donnée au paradis. Les anges sur les nuages ont même arrêté de mettre du fromage Philadelphia sur leur toasts pour applaudir le moment.

P.S.
Ti-Guy se doit déjà le cul. Il aurait perdu quelques paris avec le yâble.