Stranger thing

Stranger thing

 

Nouveau texte gratuit sur Destination Camping Québec!

Pour un lien direct vers le texte Clic ici ⬅️

 

Don au Barbu de ville

Si tu as aimé cette épisode de podcast, tu peux maintenant m'encourager. C'est simple et efficace! Encourage un auteur québécois à vivre de son art! Tu peux faire la différence . Un gros merci

C$5,00

La tumeur de François

La tumeur de François

La tumeur de François était aussi grosse qu’une balle de softball! Son cerveau enfle au même rythme que la tumeur depuis une quinzaine d’années. Le cerveau pèse sur la boîte crânienne de toutes ses forces et si la tumeur éclate François sera au même stade qu’une plante verte. Mais lui n’a aucune conscience qu’il a une tumeur. Le mal est dans sa caboche et prend de plus en plus de place! 

La fatigue s’installe partout dans François qui est un genre de gars « full » énergique d’habitude. La fatigue s’installe tant et tellement qu’il fixe la télévision fermée pendant 5 heures en ligne. Pas de son, pas de lumière… Il n’y a pas de service au numéro que vous avez composé. 

La tumeur de François prend plus de place que lui-même dans son propre corps. Il n’est plus lui-même. Il est devenu sa tumeur. Il est comme ces personnages dans Walking Dead. Il est devenu un zombie, un mort-vivant! Il est la preuve vivante que les zombies existent. 

Il dort entre 16 heures et 18 heures chaque nuit. Il dort sa vie et entre chaque sommeil, il fixe le néant. Il est peut-être lui-même devenu le néant. Il a le vertige à regarder dans le vide. 

Son cerveau pousse pour sortir de sa boîte crânienne… pour prendre de l’air j’imagine. Sa tumeur voudrait éclater en mille morceaux gorgés de sang!

La tête difforme de François avant l’opération

Il n’est plus que l’ombre de lui-même, c’est comme si son âme avait quitté son corps. Il est mélangé comme une pognée de clous même qu’il peut prendre deux heures pour manger deux toasts! 

Nancy, sa femme des vingt dernières années le reconnaît plus. Ce n’est plus l’homme qu’elle aimait tant. Ce n’est plus l’homme avec qui elle a fabriqué deux beaux enfants.

Elle a chez elle, dans sa maison, un étranger en quelque sorte. Il est devenu l’étranger dans un monde étrange. Un homme impatient, sans émotion, qui crie après ses enfants! Un homme qui se câlice de toute même de sa job. Lui qui travaille depuis 16 ans pour le casino, lui qui est un très bon employé! Je devrais dire qui était car à travers la maladie il a reçu une suspension. Il dormait su’ a job et passait son temps sur Internet!

C’est comme si François tournait p’us avec la terre. C’est comme s’il était dans la lune en permanence! La terre tourne autour du soleil depuis des millions d’années, elle ne va pas arrêter pour attendre un simple mari, père de famille de St-Jérôme! La loi de l’univers rattrape François mais lui il s’en câlice! Il parle p’us. Aucun son veut sortir de sa bouche. Il est même fatigué de parler! C’est vous dire le poids de sa tumeur. Lui qui en vérité est un verbomoteur! Un gars impliqué dans mille et un projets! À une époque pas si lointaine, en plus de son travail au casino, il s’occupait du site Internet de l’organisation des Orioles, de celle des Panthers dans le junior AAA, des Sélects du Nord etc. Et à travers ça, il était aussi arbitre au hockey! Je croisais François quelques fois dans l’année à travers les matchs de hockey et de baseball! Toujours souriant et sympathique. Un gars de mon coin impliqué, connu comme Barabbas dans Passion! Une machine! Et il n’est pas une pâle imitation de ce qu’il était!

Pis un jour après mille et une rencontres de psys qui lui disaient qu’il était en dépression majeure, il a passé un »Scan » qui a révélé une immense tumeur de la grosseur d’une balle de softball dans sa caboche!

Voilà François n’était pas fou…

Un matin il a passé sept heures sur la table d’opération, aucun pronostic par le chirurgien à sa femme. Il était à un geste, à une seconde de mourir. Même que la mort elle-même se promenait dans les couloirs de l’hôpital Sacré-Coeur ce matin-là. Elle venait cueillir François Bernier de St-Antoine. La mort se crisse de la famille, de l’amour, de la vie, des enfants, de ses samedis à regarder son fils patiner. Rien à foutre! La grande faucheuse ramasse son dû… that’s it and that’s all! 

Mais comme un miracle devant la vie, pas comme ses petits matins à prendre deux heures pour manger un ordre de toasts mais comme gagner à la 6/49 grâce aux doigts de fée du chirurgien et de son assistant, il a perdu ce matin-là 5 litres de sang. Vidé complètement! C’est comme si le comte Dracula était passé par là! 

François et ses garçons après l’opération

Vendredi 12 juillet 2019 (Parc Melançon, tournoi Bantam)
Il a une cicatrice qui traverse sa tête de bord en bord comme ces gens lobotomisés dans les années 30! Une cicatrice d’un bord à l’autre comme un zipper. Une fermeture éclair à travers le crâne. François est redevenu verbomoteur. Il est plein de vie maintenant. Il récupère sa vie d’avant même si tout n’est plus vraiment comme avant. Il essaie de reprendre le temps perdu avec ses enfants. Arrêté depuis 2018, il devrait reprendre le travail d’ici la fin 2019. Lui de me dire qu’à travers cette histoire il n’a gardé aucune séquelle.

Et moi de lui répondre:

  • T’es un plein de marde

C’était ma façon malhabile de lui dire qu’il fut chanceux malgré tout dans sa malchance. Il m’a parlé de sa femme avec tendreté et admiration. Les chirurgiens de Sacré-Coeur et Nancy ont sauvé François.

Je te souhaite un beau voyage dans ta Miata avec ta belle Nancy à travers les chemins sinueux de la « cabot trail » en Nouvelle-écosse (l’une des 10 plus belles routes panoramiques au monde). Un beau ciel bleu, un soleil qui laisse la terre tourner autour de lui ainsi que vous deux en amoureux. Je te souhaite plein de vie.

François et sa charmante conjointe Nancy 

 Je dédie ce texte à Samuel et Marie-Marthe Lachance décédés d’un cancer du cerveau.

Les petites roues

Les petites roues

Va lire ma nouvelle chronique sur Camping Québec.
Clic sur le lien pour un accès direct c’est gratuit!
Et profite pour t’abonner au site si tu veux un accès à mes chroniques sur le sujet c’est gratuit aussi.
Bonne lecture
Psss…si tu aimes partage SVP

➡️ Clic ici pour un lien direct vers le texte

Le bonhomme Setter

Le bonhomme Setter

Il y a très longtemps, tellement longtemps que le bonhomme Setter allumait des chandelles dans les lampadaires de la Main Street à Lachute. Il allumait les lampadaires à la tombée du jour entre chien et loup. La noirceur n’était pas installée dans le comté d’Argenteuil mais ce n’était pas tout à fait non plus la pleine clarté. Comme dirait Jean Chartrand: « Le ciel était brun. »

Tellement longtemps que les trottoirs partout à Lachute étaient en bois. Le Ford à coup de pied n’était pas encore arrivé en ville. Ça fait tellement longtemps que l’électricité n’était pas encore dans nos lampadaires. En vérité, ils allaient arriver deux ans plus tard en 1901. C’était à ce moment là le début de la fin pour notre allumeur de lampadaires, le bonhomme Setter.

En fait, le vieux venait de la pénombre de Carillon (Carry On comme disaient les blokes dans l’temps). Il était allumeur de chandelles de père en fils depuis que la noirceur existait. Allumeur de lampadaire depuis la nuit des temps. En plus d’être allumeur, il était rouleur de trottoirs à la noirceur. Pour vous dire, quand il a commencé son métier en 1860, Abraham Lincoln est devenu le 16e président des États-Unis!

Declan Setter est né ici, son père a fait partie de la garnison anglaise pendant la fameuse bataille de St-Eustache contre les Patriotes. Il a été élevé à la strap pis au gros sel à la claque sa yeule pis au coup d’pied dans l’cul! C’était l’époque.

Declan lui rêvait de cheval pur-sang, il rêvait d’aller combattre au Far West. Il rêvait de la ruée vers l’or. Et dans ses rêves de p’tit gars, il voyait des milliers de pépites d’or dans une charrette. Comme quoi que même l’évolution et le temps qui passe n’a pas changé le désir de l’argent peu importe les âges. La mère Setter est morte très jeune, assez jeune pour que Declan n’en ait aucun souvenir. Dans la longue vie de Declan Setter l’absence de sa mère fut cruciale. Même un point tournant où il a choisi entre le bien et le mal. Il faut dire que son père ne lui a jamais pardonné la mort de sa femme… Même si ce n’était pas de sa faute, son père lui en voulait. Sa mère Lady Setter est morte en accouchant de lui. Au dire de son père, il a emporté avec lui le malheur.

Le bonhomme Setter, comme les gens de Lachute l’appelait, a grandi avec l’idée qu’il n’était qu’un bon à rien. De plus, avec ses grand bras longs, des jambes à perte de vue, un long nez, un regard flou, il avait des airs de fossoyeur plutôt que de jeune premier même quand il était un jeune premier. Les gens changeaient carrément de trottoir à sa vue. Il n’a pas inventé la laideur et c’est tout juste. Il avait toujours dans les pieds des souliers trop grands qui lui donnait toujours l’impression de flotter. Avec son grand manteau noir qui traînait presque à terre, il voulait se donner des airs de cowboy du Far West. Il avait toujours sur sa tête difforme un chapeau noir, il aurait pu être un excellent chapelier. Il adorait manger de l’ail des bois qu’il cueillait presque à tous les jours dans le bois à McKenzie, ce qui lui donnait une haleine horrible! La rivière du Nord n’avait pas de secrets pour lui. Certains racontent qu’il mangeait même de la barbotte crue, ce qui prouverait qu’il n’avait pas d’âme.

Et en 1901 avec l’arrivée de l’électricité dans le comté d’Argenteuil, Declan Setter perdait son travail principal. Il n’y avait pas assez de trottoirs à rouler pour « jobber » et il n’y avait pas de place disponible pour lui à la Lachute Cotton Company! L’homme erra pendant quelque temps avec le poids de sa vie sur ses épaules dans la rue sale et transversale de Lachute. Un spleen d’une profondeur océanique suivait sa trace. Et quand il retournait à St-André, il n’avait même plus le goût de lancer des roches (les habitants de St-André sont depuis longtemps appelés « pitcheux de roches » par nous le monde de Lachute). Ils ne faut pas les juger, ils sont humains après tout mais si ma fille marie un gars de St-André je la renie sur-le-champ.

Le Cercle des Bonnes Dames du comté d’Argenteuil s’est réuni et elles ont voté à l’unanimité pour engager le bonhomme Setter comme gardien officiel de la bienveillance! Sans le savoir les femmes du comté ont créé un grand classique québécois.  

Enfin, Declan Setter avait trouvé un vrai sens à sa vie. Une raison de vivre. Il recevait par la poste des demandes pour faire peur aux enfants avec les informations nécessaires. Des lettres officielles signées notariées. Faire peur aux enfants en 1901 c’était un métier honorable.

10 janvier 1901

Il fait froid. La noirceur est partout à grandeur sur la rivière du Nord. Le p’tit Daoust joue seul sur la patinoire à ciel ouvert! Il est passé 7 heures… Une ombre noire s’approche du jeune Daoust. Une ombre de 6’ 9’’ c’est très imposant!

Declan Setter:

Hey! Té le p’tit Daoust qui reste sa rue Béthanie toé?

Le p’tit Daoust

Heu… oui monsieur! dit le p’tit Daoust en tremblant.

Declan Setter:

T’as deux choix mon p’tit gars! Tu retournes chez-vous tu suite pis quand ta mère te dit de rentrer tu l’écoutes. Sinon je t’emporte avec moé dans les limbes pour l’infini. Tu vas voir que l’infini c’est long longtemps.

Le p’tit Daoust

Oui monsieur, oui monsieur! Je m’excuse monsieur! dit le p’tit Daoust transi de peur.

Declan Setter:

Tu diras à ta mère que tu as rencontré le bonhomme Setter su ton chemin. Pis là cours pas c’est dangereux à la noirceur avec des chevaux pis des charrettes d’ins rues.

Le p’tit Daoust n’a plus jamais joué à la noirceur sur la rivière du Nord, pu jamais. Et en arrivant chez eux, il a dit à sa mère qu’il avait rencontré le bonhomme 7 heures! À ce moment précis sans le savoir, un légendaire personnage était né! La rumeur dans les cours d’école a vite fait son chemin. Tout le monde dans le comté d’Argenteuil en parlait! Le Cercle des Bonnes Dames du comté ont respecté le secret entre elles. Le secret est resté bien emmitouflé dans le Cercle comme un précieux trésor. Même que les hommes de la région en savaient rien.

Comme une traînée de poudre, la rumeur a faite le tour de la Belle Province, de Lachute jusqu’aux limites du Labrador! Tout le monde partout disait avoir vu le Bonhomme 7 heures dans son village ou sa ville. Mais la vérité c’est qu’il ne travaillait qu’à Lachute! Sa légende était tellement immense que même les enfants dans d’autres comtés rentraient avant la noirceur.

C’est ainsi qu’au début des années 1900, tous les enfants de la Belle Province rentraient avant la noirceur d’eux-mêmes sans chigner. Pendant un certain temps les rues et ruelles des Anglais comme des Français étaient vides.

Pis comme on n’a pas encore inventé l’éternité, le bonhomme Setter est mort heureux dans son humble logis en 1919! Il est mort dans son sommeil à ce qu’on raconte avec le sourire aux lèvres.

Un certain raconteur né à Lachute dit même que par les nuits froides d’automne pendant que les feuilles des arbres vont mourir en tas pour amuser les enfants, on peut entendre murmurer sous forme de vent le bonhomme Setter une fois la noirceur tombée.

*Crédit photo (1): Auteur: illustraded postcard, Responsable: Caroline Brodeur Référence: bilan.usherbrooke.ca

*Crédit photo (2-3): laurentian.quebecheritageweb.com

https://www.facebook.com/infochefmaison/?epa=SEARCH_BOX