La tumeur de François

La tumeur de François

La tumeur de François était aussi grosse qu’une balle de softball! Son cerveau enfle au même rythme que la tumeur depuis une quinzaine d’années. Le cerveau pèse sur la boîte crânienne de toutes ses forces et si la tumeur éclate François sera au même stade qu’une plante verte. Mais lui n’a aucune conscience qu’il a une tumeur. Le mal est dans sa caboche et prend de plus en plus de place! 

La fatigue s’installe partout dans François qui est un genre de gars « full » énergique d’habitude. La fatigue s’installe tant et tellement qu’il fixe la télévision fermée pendant 5 heures en ligne. Pas de son, pas de lumière… Il n’y a pas de service au numéro que vous avez composé. 

La tumeur de François prend plus de place que lui-même dans son propre corps. Il n’est plus lui-même. Il est devenu sa tumeur. Il est comme ces personnages dans Walking Dead. Il est devenu un zombie, un mort-vivant! Il est la preuve vivante que les zombies existent. 

Il dort entre 16 heures et 18 heures chaque nuit. Il dort sa vie et entre chaque sommeil, il fixe le néant. Il est peut-être lui-même devenu le néant. Il a le vertige à regarder dans le vide. 

Son cerveau pousse pour sortir de sa boîte crânienne… pour prendre de l’air j’imagine. Sa tumeur voudrait éclater en mille morceaux gorgés de sang!

La tête difforme de François avant l’opération

Il n’est plus que l’ombre de lui-même, c’est comme si son âme avait quitté son corps. Il est mélangé comme une pognée de clous même qu’il peut prendre deux heures pour manger deux toasts! 

Nancy, sa femme des vingt dernières années le reconnaît plus. Ce n’est plus l’homme qu’elle aimait tant. Ce n’est plus l’homme avec qui elle a fabriqué deux beaux enfants.

Elle a chez elle, dans sa maison, un étranger en quelque sorte. Il est devenu l’étranger dans un monde étrange. Un homme impatient, sans émotion, qui crie après ses enfants! Un homme qui se câlice de toute même de sa job. Lui qui travaille depuis 16 ans pour le casino, lui qui est un très bon employé! Je devrais dire qui était car à travers la maladie il a reçu une suspension. Il dormait su’ a job et passait son temps sur Internet!

C’est comme si François tournait p’us avec la terre. C’est comme s’il était dans la lune en permanence! La terre tourne autour du soleil depuis des millions d’années, elle ne va pas arrêter pour attendre un simple mari, père de famille de St-Jérôme! La loi de l’univers rattrape François mais lui il s’en câlice! Il parle p’us. Aucun son veut sortir de sa bouche. Il est même fatigué de parler! C’est vous dire le poids de sa tumeur. Lui qui en vérité est un verbomoteur! Un gars impliqué dans mille et un projets! À une époque pas si lointaine, en plus de son travail au casino, il s’occupait du site Internet de l’organisation des Orioles, de celle des Panthers dans le junior AAA, des Sélects du Nord etc. Et à travers ça, il était aussi arbitre au hockey! Je croisais François quelques fois dans l’année à travers les matchs de hockey et de baseball! Toujours souriant et sympathique. Un gars de mon coin impliqué, connu comme Barabbas dans Passion! Une machine! Et il n’est pas une pâle imitation de ce qu’il était!

Pis un jour après mille et une rencontres de psys qui lui disaient qu’il était en dépression majeure, il a passé un »Scan » qui a révélé une immense tumeur de la grosseur d’une balle de softball dans sa caboche!

Voilà François n’était pas fou…

Un matin il a passé sept heures sur la table d’opération, aucun pronostic par le chirurgien à sa femme. Il était à un geste, à une seconde de mourir. Même que la mort elle-même se promenait dans les couloirs de l’hôpital Sacré-Coeur ce matin-là. Elle venait cueillir François Bernier de St-Antoine. La mort se crisse de la famille, de l’amour, de la vie, des enfants, de ses samedis à regarder son fils patiner. Rien à foutre! La grande faucheuse ramasse son dû… that’s it and that’s all! 

Mais comme un miracle devant la vie, pas comme ses petits matins à prendre deux heures pour manger un ordre de toasts mais comme gagner à la 6/49 grâce aux doigts de fée du chirurgien et de son assistant, il a perdu ce matin-là 5 litres de sang. Vidé complètement! C’est comme si le comte Dracula était passé par là! 

François et ses garçons après l’opération

Vendredi 12 juillet 2019 (Parc Melançon, tournoi Bantam)
Il a une cicatrice qui traverse sa tête de bord en bord comme ces gens lobotomisés dans les années 30! Une cicatrice d’un bord à l’autre comme un zipper. Une fermeture éclair à travers le crâne. François est redevenu verbomoteur. Il est plein de vie maintenant. Il récupère sa vie d’avant même si tout n’est plus vraiment comme avant. Il essaie de reprendre le temps perdu avec ses enfants. Arrêté depuis 2018, il devrait reprendre le travail d’ici la fin 2019. Lui de me dire qu’à travers cette histoire il n’a gardé aucune séquelle.

Et moi de lui répondre:

  • T’es un plein de marde

C’était ma façon malhabile de lui dire qu’il fut chanceux malgré tout dans sa malchance. Il m’a parlé de sa femme avec tendreté et admiration. Les chirurgiens de Sacré-Coeur et Nancy ont sauvé François.

Je te souhaite un beau voyage dans ta Miata avec ta belle Nancy à travers les chemins sinueux de la « cabot trail » en Nouvelle-écosse (l’une des 10 plus belles routes panoramiques au monde). Un beau ciel bleu, un soleil qui laisse la terre tourner autour de lui ainsi que vous deux en amoureux. Je te souhaite plein de vie.

François et sa charmante conjointe Nancy 

 Je dédie ce texte à Samuel et Marie-Marthe Lachance décédés d’un cancer du cerveau.

Les petites roues

Les petites roues

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Nous sommes hockey

Nous sommes hockey

 

6 avril 2018

L’autobus des Broncos de Humboldt est sur l’autoroute 35 en direction de l’étranger pour un match en série! Nous sommes en Saskatchewan.

Ce soir-là les Broncos ont perdu…
Ils ont perdu 16 vies.

L’autobus fonçait à vive allure vers la croisée des chemins. Nous étions à l’ombre d’une catastrophe.

Au même moment…

Dans le Junior AA, Anthony Gagné du National de Rosemère avait gagné les régionaux avec son équipe et se préparait pour la fameuse coupe Dodge!
À chaque fois que le numéro 43 touche à la rondelle Lord Stanley sourit à pleines dents! Pour avoir vu Anthony jouer à quelques reprises, je soupçonne celui qui commence un certificat en administration à l’UQO de St-Jérome d’être un magicien à temps partiel.

Parfois sortie de nulle part, il vous sort une feinte magistrale à faire pâlir les Connor McDavid de ce monde. Avec ses feintes d’Houdini, il sort son adversaire de ses culottes et nous aussi dans les estrades. Morale de l’histoire: Attache ta tuque avec de la broche, attache ta ceinture après tes culottes parce qu’aux games d’Anto on sait jamais quand il va exploser.

Il est en fait sur la glace depuis toujours une bombe à retardement qui vous explose en plein coeur d’une game serrée et depuis qu’il a commencé à jouer, il provoque des ulcères d’estomac au gardien adverse.

Au même moment, le numéro 50 des Harfangs de Sainte-Anne-des-Plaines, le petit Jérôme Beauséjour, joue une millième game imaginaire dans le stationnement familial. Il marque des buts contre un Carey Price en vinyle.

Jérôme joue au hockey dans la rue comme il joue sur la glace, avec passion du haut de ses 10 ans! Il a la game dans le sang comme Anthony qui sous ses épaulettes a la game d’incrustée même jusqu’à son âme!

Les Broncos une semaine avant l’accident

Le bruit sourd d’un camion-citerne et l’autobus des Broncos s’entrechoquent et le destin de l’équipe allait changer à jamais.
Curieusement le ciel de la Saskatchewan était magnifique. Le ciel bleu faisait contraste avec le rouge écarlate qui éclaboussait l’asphalte. La terre n’avait pas arrêté de tourner. Mais depuis le 6 avril, pour les familles de 16 membres de l’équipe, la terre tourne mais d’une drôle de façon. Plutôt au ralenti et pas dans le sens du monde!

Comme disait dans sa chanson Michel Rivard: « C’est leur toute personnelle fin du monde. » Quinze familles venaient de perdre leur joueur préféré! À la croisée des chemins, le camion-citerne a explosé de mille feux. Ce n’était pas bucolique comme les feux d’artifice à La Ronde ou comme ces feux d’artifice partout aux États-Unis le 4 juillet! Certains joueurs ont brûlé vif, d’autres ont éclaté aux quatre coins de la Saskatchewan. Certains ont été déchiquetés par le métal écrasé! Une scène d’horreur que même l’auteur Patrick Senécal n’aurait pu imaginer.

La petite communauté de Humboldt perdait le souffle en même temps.

Comme la vie continue…

En 2019 petit Jérôme qui redéfinit encore le mot passion à chaque présence sur la glace avec son amour de la game. Il veut jouer tout simplement!

Elle, le numéro 17, ma fille Mathilde a donné ses premiers coups de patins cette année dans le Pee-Wee avec les Lions avec acharnement et passion comme elle fait au baseball. Nous avons découvert, à travers notre joueuse, des gens merveilleux. Un super milieu celui des parents d’arénas. Je le dis haut et fort sans aucun sarcasme.

Anto Gagné a terminé cette année sa carrière de joueur de hockey! Chemin faisant, il a perdu son « C » durant la saison et en plus il a subi une peine d’amour. Notre numéro 43 a été testé par la vie mais dans mon esprit je suis convaincu qu’un battant comme lui va se retrousser les coudes jusqu’aux manches et devenir une meilleure personne. Je sais que je vais faire rager mon chum Big Ben et Dany, tes deux coachs mais je ne t’aurais pas enlevé ton « C ». Et tu sais que ce maudit « C » est imprégné en toi pour la vie. Bonne continuation Capitaine Gagné!

La vie continue malgré la fin de la game. Et toi lecteur et toi lectrice auras-tu toute donné sur la glace de la vie? As-tu donné le 2e effort? As-tu passé la rondelle car la vie ne se joue pas tout seul?Et quand c’était l’temps as-tu jeté les gants pour protéger tes coéquipiers? As-tu souffert pour l’équipe ? As-tu laissé ton petit ego de merde de côté?

Une fois que les lumières de l’aréna vont se fermer à jamais, vas-tu partir la tête haute?

Les Survivants de l’accident

Je dédie ce texte aux anges de Humboldt!

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Le bonhomme Setter

Le bonhomme Setter

Il y a très longtemps, tellement longtemps que le bonhomme Setter allumait des chandelles dans les lampadaires de la Main Street à Lachute. Il allumait les lampadaires à la tombée du jour entre chien et loup. La noirceur n’était pas installée dans le comté d’Argenteuil mais ce n’était pas tout à fait non plus la pleine clarté. Comme dirait Jean Chartrand: « Le ciel était brun. »

Tellement longtemps que les trottoirs partout à Lachute étaient en bois. Le Ford à coup de pied n’était pas encore arrivé en ville. Ça fait tellement longtemps que l’électricité n’était pas encore dans nos lampadaires. En vérité, ils allaient arriver deux ans plus tard en 1901. C’était à ce moment là le début de la fin pour notre allumeur de lampadaires, le bonhomme Setter.

En fait, le vieux venait de la pénombre de Carillon (Carry On comme disaient les blokes dans l’temps). Il était allumeur de chandelles de père en fils depuis que la noirceur existait. Allumeur de lampadaire depuis la nuit des temps. En plus d’être allumeur, il était rouleur de trottoirs à la noirceur. Pour vous dire, quand il a commencé son métier en 1860, Abraham Lincoln est devenu le 16e président des États-Unis!

Declan Setter est né ici, son père a fait partie de la garnison anglaise pendant la fameuse bataille de St-Eustache contre les Patriotes. Il a été élevé à la strap pis au gros sel à la claque sa yeule pis au coup d’pied dans l’cul! C’était l’époque.

Declan lui rêvait de cheval pur-sang, il rêvait d’aller combattre au Far West. Il rêvait de la ruée vers l’or. Et dans ses rêves de p’tit gars, il voyait des milliers de pépites d’or dans une charrette. Comme quoi que même l’évolution et le temps qui passe n’a pas changé le désir de l’argent peu importe les âges. La mère Setter est morte très jeune, assez jeune pour que Declan n’en ait aucun souvenir. Dans la longue vie de Declan Setter l’absence de sa mère fut cruciale. Même un point tournant où il a choisi entre le bien et le mal. Il faut dire que son père ne lui a jamais pardonné la mort de sa femme… Même si ce n’était pas de sa faute, son père lui en voulait. Sa mère Lady Setter est morte en accouchant de lui. Au dire de son père, il a emporté avec lui le malheur.

Le bonhomme Setter, comme les gens de Lachute l’appelait, a grandi avec l’idée qu’il n’était qu’un bon à rien. De plus, avec ses grand bras longs, des jambes à perte de vue, un long nez, un regard flou, il avait des airs de fossoyeur plutôt que de jeune premier même quand il était un jeune premier. Les gens changeaient carrément de trottoir à sa vue. Il n’a pas inventé la laideur et c’est tout juste. Il avait toujours dans les pieds des souliers trop grands qui lui donnait toujours l’impression de flotter. Avec son grand manteau noir qui traînait presque à terre, il voulait se donner des airs de cowboy du Far West. Il avait toujours sur sa tête difforme un chapeau noir, il aurait pu être un excellent chapelier. Il adorait manger de l’ail des bois qu’il cueillait presque à tous les jours dans le bois à McKenzie, ce qui lui donnait une haleine horrible! La rivière du Nord n’avait pas de secrets pour lui. Certains racontent qu’il mangeait même de la barbotte crue, ce qui prouverait qu’il n’avait pas d’âme.

Et en 1901 avec l’arrivée de l’électricité dans le comté d’Argenteuil, Declan Setter perdait son travail principal. Il n’y avait pas assez de trottoirs à rouler pour « jobber » et il n’y avait pas de place disponible pour lui à la Lachute Cotton Company! L’homme erra pendant quelque temps avec le poids de sa vie sur ses épaules dans la rue sale et transversale de Lachute. Un spleen d’une profondeur océanique suivait sa trace. Et quand il retournait à St-André, il n’avait même plus le goût de lancer des roches (les habitants de St-André sont depuis longtemps appelés « pitcheux de roches » par nous le monde de Lachute). Ils ne faut pas les juger, ils sont humains après tout mais si ma fille marie un gars de St-André je la renie sur-le-champ.

Le Cercle des Bonnes Dames du comté d’Argenteuil s’est réuni et elles ont voté à l’unanimité pour engager le bonhomme Setter comme gardien officiel de la bienveillance! Sans le savoir les femmes du comté ont créé un grand classique québécois.  

Enfin, Declan Setter avait trouvé un vrai sens à sa vie. Une raison de vivre. Il recevait par la poste des demandes pour faire peur aux enfants avec les informations nécessaires. Des lettres officielles signées notariées. Faire peur aux enfants en 1901 c’était un métier honorable.

10 janvier 1901

Il fait froid. La noirceur est partout à grandeur sur la rivière du Nord. Le p’tit Daoust joue seul sur la patinoire à ciel ouvert! Il est passé 7 heures… Une ombre noire s’approche du jeune Daoust. Une ombre de 6’ 9’’ c’est très imposant!

Declan Setter:

Hey! Té le p’tit Daoust qui reste sa rue Béthanie toé?

Le p’tit Daoust

Heu… oui monsieur! dit le p’tit Daoust en tremblant.

Declan Setter:

T’as deux choix mon p’tit gars! Tu retournes chez-vous tu suite pis quand ta mère te dit de rentrer tu l’écoutes. Sinon je t’emporte avec moé dans les limbes pour l’infini. Tu vas voir que l’infini c’est long longtemps.

Le p’tit Daoust

Oui monsieur, oui monsieur! Je m’excuse monsieur! dit le p’tit Daoust transi de peur.

Declan Setter:

Tu diras à ta mère que tu as rencontré le bonhomme Setter su ton chemin. Pis là cours pas c’est dangereux à la noirceur avec des chevaux pis des charrettes d’ins rues.

Le p’tit Daoust n’a plus jamais joué à la noirceur sur la rivière du Nord, pu jamais. Et en arrivant chez eux, il a dit à sa mère qu’il avait rencontré le bonhomme 7 heures! À ce moment précis sans le savoir, un légendaire personnage était né! La rumeur dans les cours d’école a vite fait son chemin. Tout le monde dans le comté d’Argenteuil en parlait! Le Cercle des Bonnes Dames du comté ont respecté le secret entre elles. Le secret est resté bien emmitouflé dans le Cercle comme un précieux trésor. Même que les hommes de la région en savaient rien.

Comme une traînée de poudre, la rumeur a faite le tour de la Belle Province, de Lachute jusqu’aux limites du Labrador! Tout le monde partout disait avoir vu le Bonhomme 7 heures dans son village ou sa ville. Mais la vérité c’est qu’il ne travaillait qu’à Lachute! Sa légende était tellement immense que même les enfants dans d’autres comtés rentraient avant la noirceur.

C’est ainsi qu’au début des années 1900, tous les enfants de la Belle Province rentraient avant la noirceur d’eux-mêmes sans chigner. Pendant un certain temps les rues et ruelles des Anglais comme des Français étaient vides.

Pis comme on n’a pas encore inventé l’éternité, le bonhomme Setter est mort heureux dans son humble logis en 1919! Il est mort dans son sommeil à ce qu’on raconte avec le sourire aux lèvres.

Un certain raconteur né à Lachute dit même que par les nuits froides d’automne pendant que les feuilles des arbres vont mourir en tas pour amuser les enfants, on peut entendre murmurer sous forme de vent le bonhomme Setter une fois la noirceur tombée.

*Crédit photo (1): Auteur: illustraded postcard, Responsable: Caroline Brodeur Référence: bilan.usherbrooke.ca

*Crédit photo (2-3): laurentian.quebecheritageweb.com

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Le Bronx de Lachute

Le Bronx de Lachute

Moi et mon frère allions jouer à softball dans le Bronx de Lachute malgré la peur à chaque fin de semaine! Le bloc 36 est l’emblème de la grosse misère, le château du quartier. Dans le bloc 36, il y a des rois déchus, des princesses trop faciles, des princes toujours partis su’a brosse, des reines fatiguées et surtout, il y a beaucoup trop de p’tits mongols aux becs sales et abandonnés.

À l’opposé des autres royaumes dans le 36, il y a plus de fous que de rois.
Le bonheur est présent le 1er du mois mais il s’en va assez rapidement. Les claques se donnent aussi facilement qu’une poignée de main! Dans mon Bronx, on se chicane pour passer l’temps. 

(Marcel Lalonde)
Lalonde de Terrasse Saindon n’a pas été élevé mais garroché!
Lalonde à 19 ans se promenait en 10 vitesses avec les poignées à l’envers. Du « tape » blanc autour des poignées pour avoir une meilleure « grip » dans les détours éternels du Bronx. Ode à Marcel Lalonde sur son bécycle à faire le tour du carré à l’infini avec
comme paysage des HLM à perte de vue. C’était d’une poésie sans fin. J’y voyais une scène de film réalisée par Louis Bélanger celui qui nous a donné le magistral Gaz Bar
Blues!

J’aurais donné le rôle de Marcel à Alexis Martin! Il aurait la profondeur et la folie nécessaire pour interpréter notre Lance Armstrong sans gilet jaune. Si on met tous ses coups de pédale un à la suite de l’autre, il a fait le tour de la Terre plusieurs fois, lui qui n’est jamais allé plus loin que la rue Principale à Lachute. Il est
Jules Vernes sans le savoir, il est à lui seul une peinture de Marc-Aurèle Fortin.

Il est sur l’aide sociale depuis la nuit des temps. Il dépense son chèque d’une traite et mange des nouilles « ramen » à partir du trois du mois.

Pour dire la vérité, les Marcel
Lalonde de ce monde devraient être suivis par des intervenants pour les aider dans leur quotidien. Mais comme on se câlisse des Marcel Lalonde de ce monde, il finit par pédaler à l’infini dans mon texte.

(Shoeless)
J’ai souvenir de « Shoeless » Jean-Paul, né d’un père Iroquois, d’une mère Iroquoise, d’un grand-père Iroquois, d’une grand-mère Iroquoise et d’arrières grands-parents
Iroquois. Jean-Paul était l’Indien parmi trop de Cowboys!

Il était enfermé dans les HLM mais surtout dans sa tête! Jean-Paul qu’on pouvait trouver en foetus au coin de la rue avec un p’tit sac de papier brun et une haleine de colle. Lui, les miroirs qu’il avait troqué pour des fourrures avec l’homme blanc, il s’en servait pour faire de la coke. Il était un Indien de son époque! Jean-Paul était tellement heureux, il respirait le bonheur mais surtout le diesel.

Avec toute la colle qui a sniffé, il voulait construire un avion dans sa tête pour voler comme les oiseaux au lieu d’aller voler, à toutes les semaines dans le Zeller du centre d’achat, des tubes de colle pour faire des p’tits avions en plastique.

Jean-Paul s’est suicidé à l’âge de 17 ans avec la vie devant lui en 1988! Ce soir-là, il a joué au bonhomme pendu et il a perdu.

(La petite Francine)
J’sais pas si elle est encore vivante! Si oui, alors j’suis persuadé qu’elle pleure et attend toujours les deux enfants que la DPJ et le gros bon sens lui ont enlevé! Elle marchait des ridicules de km pour aller faire « sa shop » avec son panier à roulettes. La vérité c’est qu’elle avait plein d’amour pour ses enfants mais aucune capacité pour en prendre soin. Une femme déficiente lâchée lousse dans la jungle de la vie avec un utérus capable de produire à la vitesse d’une usine à bonbons.

(Bédine)
Il est le seul joueur de balle que j’ai vu frapper avec ses coudes.

(Robitaille)
J’ai souvenir de la première fois que j’ai vu deux hommes se battre à mains nues. Et
Robitaille était l’un des deux. J’ai vu de mes yeux vu Robitaille, un genre de nerveux comme il s’en fait rarement. Un narfé comme on dit.
Un voleur de buts mais surtout de chars! Le genre qui pouvait vous voler votre montre dans votre poignet avec le sourire.

J’ai vu le grand slaque Robitaille se battre contre un dur, un vrai, un gars qui venait de sortir de Bordeaux. Ici je parle pas de la jolie bourgade située dans le sud-ouest de la France.

Dans la rue ce soir-là, les femmes criaient de peur, les enfants pleuraient de voir leurs mères crier et les hommes eux criaient par besoin de voir du sang. Personne se mêlait
de la bataille, on laissait les deux chiens se manger entre eux! Il y avait certaines lois dans le quartier hors-la-loi. Moi du haut de mes 12 ans je me pense ben « smatte », je
m’approche pour voir le combat et sans m’en apercevoir, je fais partie du rond qui entoure les deux chiens.

J’en parle aujourd’hui et j’en ai encore des frissons de peur juste de l’écrire! Je suis curieux mais en même temps j’ai la chienne. Les deux hommes se sont tapés sur « la yeule » pendant très longtemps dans mon souvenir. Du sang a coulé, des dents ont
tombé, des yeux ont noirci et pour la première fois de ma vie, j’ai vu un homme pleurer.

J’ai entendu un cri de mort venir de sa bouche et de la bouche de sa femme aussi qui pleurait par-dessus lui. Le grand slaque, comme le grand roi du bloc 36 ce soir-là, il est parti le torse bombé. Ce fut d’ailleurs la seule fois dans sa vie qu’il remporta quelque chose! Moi ce soir-là, je suis reparti chez-nous avec un « spot » de pisse dans mes culottes vers le p’tit Canada.

(Loiselle)
« Pas fiable » Loiselle, son surnom dit tout.

(Cuillerier)
Tu voulais pas achaler Cuillerier. Pis ceux qui l’ont cherché, ils l’ont regretté, j’en suis persuadé! Il avait en lui une rage intérieure d’une densité jamais vue. Vous pouvez demander aux Drouin, Poulin, Wilkes et Legault de ce monde.

(Boule)
Il est le premier lanceur de fastball que j’ai vu à l’oeuvre de ma vie. « Boule » lançait comme d’autres jonglent avec des torches de feu! Chaque fois qu’il lançait, le Bronx
arrêtait de vivre, il était la fierté du p’tit monde! Quand il lançait les femmes arrêtaient de rouler leurs cigarettes, les vieux arrêtaient de boire leur quatrième bière du matin, les enfants arrêtaient de pleurer. Même les adolescentes oubliaient qu’elles étaient en « balloune ».

La première fois que je me suis fait frapper par une balle pendant une game dans le Bronx, je me suis dirigé vers le 1er but et « Boule » de me dire: « Hey, icitte quand on se fait frapper par une balle ça compte pas… faque r’tourne au bâton! ».

(Pilon)
L’expression « plein de marde » lui va comme un gant. Un pouilleux aux cheveux longs gras. Un « siphonneux» de gaz tout étoile! Il travaillait pour le gouvernement à temps plein. Il était rentier de son état, B.S. de père en fils. Le gros Pilon connaissait la Charte des droits sur le bout de ses doigts. J’ai souvenir du Gros Pilon qui fait un marteau-pilon à mon oncle direct dans le parking du 36. Je revois sa tête éclater sur l’asphalte, le sang coaguler à mes pieds…

(Bimbo)
5’7 et 400 lbs de haine, ça résume assez bien Bimbo. Le genre qui aimait se battre mais quand son adversaire était de dos! Le seul gars que j’ai vu courir après son ombre. Un homme de 400 lbs qui court comme « Ben Johnson » c’est étonnant.

Dans le Bronx, c’est là que j’ai compris qu’on naît pas tous égaux. C’est là que j’ai compris que le chemin facile n’est pas nécessairement le meilleur! C’est là que j’ai compris que le bonheur est en soi et nulle part ailleurs.

En 1973 dans le bloc 36, est sorti du ventre de la p’tite Madeleine, un p’tit gars comme tant d’autres. Aujourd’hui ce p’tit gars on l’appelle Barbu de ville.

*Je dédie ce texte à mes frères et soeurs d’infortune du Bronx d’Ayersville à Lachute.