Ti-Guy Émond

Ti-Guy Émond

Je connais Ti-Guy comme vous depuis toujours. Une planète sans Ti-Guy ça manque d’humanité. Tout le monde connaît Ti-Guy Émond et Ti-Guy connaissait tout le monde.

Mercredi, dans le matin du 6 février à 5 h du matin est mort l’ineffable des ineffables. Le 6 février 2019 s’est éteint une époque. C’est comme si le petit peuple est mort un peu aussi. Les ruines de Blue Bonnets ont tremblé. Les vieux paris se sont envolés en fumée et on pouvait entendre la voix de Jean Desautels emporter le cerf-volant jusqu’au ciel.

Quelque part au milieu des années 90, Ti-Guy Émond restait à Lachute, sa douce était de mon coin de pays. À l’époque il y avait des maisons de paris associées à Blue Bonnets à travers la province et le Comté d’Argenteuil ne faisait pas exception!

Parfois, j’allais dépenser quelques dollars sur des courses tard le soir. Des courses de chevaux chinois comme on dit parce qu’elles avaient lieu en Chine tout simplement. J’étais à côté au bar, je faisais de l’oeil à la « waitress » qui voulait rien savoir de moi.

Un moment donné, qui rentre dans place avec son jacket d’une autre époque, une chemise blanche avec un gros collet et un genre de cravate avec un bolo, des bottes à la cheville en cuir cheap et beige? Même en 1990 notre Ti-Guy était pu à mode. Moi je le salue et l’invite à s’asseoir à côté de moi comme si nous étions de grands chums (d’habitude je fais jamais ça, je suis plutôt gêné).

Je le regarde miser et sincèrement, intérieurement, je me dis que c’est un ostie de freak. Je comprends pas et je lui dis entre deux anecdotes de boxe. J’ai vu la légende miser, j’ai vu le mythe perdre d’une shot toute son pactole. Ce soir là, j’ai payé un verre à Ti-Guy. Il est reparti ce soir là avec les poches vides et une cravate bolo en moins qu’il avait vendu direct au bar.

Une semaine plus tard, je suis assis à la même place, je prends un petit verre de draft et j’ai peut-être des chances avec la nouvelle « waitress ». Ti-Guy arrive au bar comme un cheval su’a soupe!!! Il est comme en transe, il est certain de ramasser le moton. Ce qu’il fit avec brio. J’en étais subjugué. J’avais devant moi un vrai « gambler ». Ce soir-là il m’avait donné de bon tuyaux pour les courses et m’avait raconté l’anecdote du Garden de Boston et la passerelle. Même s’il a raconté cette anecdote mille et une fois, je garde ce moment précieux comme un trésor. De vous l’écrire, j’ai encore des frissons.

J’ai parlé de Roberto Duran, Marvin Hagler, Ray Leonard, Thomas Hearn avec passion. Il m’a parlé d’Eddy Mélo, Gérald Bouchard, Paduano, Gaétan Hart et toutes les autres de l’âge d’or de la boxe au Québec. Un beau moment pour moi. Je suis reparti la tête pleine de nostalgie comme en transe ayant l’impression d’avoir vécu un moment unique, les poches pleines de bills du Dominion et un sourire de fendu jusqu’aux oreilles.

Ti-Guy était un gars imparfait comme je les aime. Je me méfie des gens trop propres.

Oui il était un gambler fini. Non il avait pu une cenne qui l’adorait à la fin de sa vie mais au-delà du personnage, il était un sacré bon yâble qui n’aurait pas fait mal à une mouche sauf à lui-même. Une tête de cochon qui a vécu sa vie à sa façon comme dans la chanson de Frank Sinatra « My way ».

J’ai pensé aller le voir dans son mouroir au cours des dernières années mais j’étais trop gêné. J’aurais dû y aller et lui montrer notre carte de paris de chevaux chinois. Je suis sûr qu’il aurait ri.

Ti-Guy est un personnage qui mérite un film. Il était lui-même un film.

Une fois arrivé en haut, une fois arrivé aux portes du paradis l’attendait St-Pierre… d’habitude les gens donnent la main au gardien du haut côté.
Lui Ti-Guy a déposé son manteau sur le bras de St-Pierre…

Les grandes portes grinçantes se sont ouvertes devant lui et là dans le faisceau de lumière attendait celui qui aura façonné son urgence de vivre, son idole, son papa Phil qu’il n’avait pas vu depuis les 67 dernières années.

Dans un coin, il y avait Elvis Presley et Johnny Farago qui s’occupaient de la trame de fond pendant que Phil et Ti-Guy se donnaient la plus belle accolade jamais donnée au paradis. Les anges sur les nuages ont même arrêté de mettre du fromage Philadelphia sur leur toasts pour applaudir le moment.

P.S.
Ti-Guy se doit déjà le cul. Il aurait perdu quelques paris avec le yâble.

De la Vallée-de-l’or à l’hôtel Laurin

De la Vallée-de-l’or à l’hôtel Laurin

La Grande Noire est née dans la Vallée-de-l’Or! Plus précisément downtown Val-d’Or. Elle est née dans le doute et la peur, d’un père sauvage et d’une mère blanche comme un drap!

Le bon Dieu dans sa grande bonté lui a donné une paire de boules à faire rougir Marylin Monroe et un cul à faire rager l’activiste et ancienne pin-up Brigitte Bardot!

Même que dans ses belles années la Grande Noire aurait pu remplacer au pied levé Monica Bellucci dans son rôle de Cléopâtre tellement qu’elle était splendide! Elle aurait pu faire bander un aveugle et toute les grandes folles du village auraient changé d’orientation à sa vue! Avoir été à son top en 2018, elle aurait été une influence sur Instagram avec des millions de voyeurs.

J’ai ouï dire qu’y’a ben des vieux bonhommes aux mains longues dans la Vallée-de-l’Or qui se sont payé la traite dans le plat à bonbons. C’est plate à dire de même mais la Grande Noire était devenue le bécycle du village. Tout le monde avait donné un petit coup de pédale sur elle dans la paroisse! On dit même que des gars de Loin-Noranda venaient essayer le manège!

Sculpter un si beau corps à même les mains de Dieu, c’est pas un cadeau à faire à une fille née en Abitibi dins années 50! C’est plutôt un cadeau empoisonné! Elle a appris à la dure la vie à un très bas âge comme dans « avoir les mains d’un vieux bonhomme dans ses petites culottes à 6 ans ». Elle qui était belle comme la vie, belle comme la petite Shirley Temple!

Souillée de sperme, de sang, d’odeur de cigarette, de bagosse et quoi encore! La vie qui court plus vite que vous et qui finit par vous dépasser!

Elle a pris son petit bagage avec elle et a quitté la Vallée-de-l’Or en 1973 à l’âge de 20 ans sans jamais y revenir. Un sac avec dedans une brosse à dent, des petites culottes, deux, trois t-shirts, une paire de jeans, une jupe et un pouce pour descendre dans la métropole! Elle avait beau être une pute, elle se torchait pas avec des p’lures d’oignon!

Demain matin Montréal m’attend

Comme dans la pièce du grand Michel Tremblay, la Grande Noire a mis les deux pieds su’a rue Ste-Catherine, un lundi matin froid de janvier. Ce matin-là, elle s’est trouvé une chambre à deux rues de la St-Cath! Et comme elle pense avec son cul comme un mécanisme enfoui profondément dans les neurones de son cerveau, la Grande Noire a dealé son loyer. Elle va s’écartiller une fois par mois pour payer sa quittance. Je sais, je sais, ça vous semble vulgaire mais pour elle c’était un avancement par rapport à sa vie à Val-d’Or. Au lieu de se faire fourrer violemment par un Indien saoul, elle avait choisi la douceur d’un vieux bonhomme qui lui faisait en plus le déjeuner.

Puis quelques mois plus tard, elle est tombée en amour avec un motard dans l’Est de Montréal. L’amour de sa vie. Le parfait bonheur pour les six prochains mois. Ils ont même déménagé dans une magnifique petite ville du comté d’Argenteuil à Lachute. Olive alias la Grande Noire avait trouvé son Popeye. Il en était un d’ailleurs. Son club avait passé aux mains des Hells et lui aussi en théorie. Rien n’est simple au pays de la princesse facile.

Pis un jour, le beau motard barbu tatoué jusqu’au cou est disparu sans lettre, sans petit mot. Elle a jamais revu l’amour de sa vie du jour au lendemain. Elle a pleuré pour les six mois suivants et un jour elle a compris que le beau motard ne reviendrait jamais.

Lachute Pool Room
Direct su’a rue Argenteuil, la Grande Noire a faite les belles années du Pool Room. Pour les plus jeunes, pour ceux-là qui se rasent encore à la débarbouillette, ne cherchez pas la bâtisse du Pool Room, elle n’existe plus. Le Pool Room était entre le tapis décor Mirabel et la jonction de la rue Grâce. La ville de Lachute voulait tellement démolir ce nique à feu, avec raison.

À l’époque, la Grande Noire était la reine de la place. Elle avait aussi le contrôle de la poud’ d’ins toilettes. Non elle n’était pas le genre à aller à la messe du dimanche à l’église Sainte-Anastasie. Quand tu as vécu ce que la Grande Noire a vécu tu fais avec. Tu organises les autres avant de te faire organiser. Donc ce fut les belles années pour la fille de Val-d’Or.

L’hôtel Lorrain
Sur la rue Hamford à l’époque il y avait en face la caisse Desjardins. Elle est à côté maintenant de la pataterie Chez Renée. En fait ce n’est plus un hôtel mais un centre de la toxicomanie qui s’appelle le Pavillon Hamford.

1991
Au Lorrain qu’on appelait aussi le coupe-gorge, il y avait des crosseurs de poules mortes, des chercheurs de trouble en tous genres, des alcooliques au dernier degré, des vieux abandonnés par la vie et eux-mêmes, des p’tits dealer de « dope », des mangeux de chips, des grandes gueules qui ont jamais rien faite sauf parler fort, de la grosse bière pis où on pouvait faire, dans un local, de la peinture sur céramique avec le bonhomme Péra! Oui, oui, peinturer des saintes vierges, des p’tits Jésus, des chevaux, des lapins, des croix, le pape, etc. Il avait mille et un modèles le bonhomme Péra. Et au-dessus du bar, il y avait des chambres à louer au mois pour souvent des petits vieux à moitié morts mais toujours capables de tenir une grosse quille. Un beau zoo de pauvre monde.

Adjacent au bar principal dans la même bâtisse, il y avait une magnifique table de snooker d’une autre époque avec au-dessus un lustre aux couleurs de Molson. Moi et mon chum l’ineffable Mike Fournier allions souvent boire une p’tite frette et jouer au pool. Mike du bloc 36 dans le Bronx qui habite maintenant, aux dernières nouvelles, dans le petit Canada à ce qu’on m’a dit. Le seul gars que je connais qui s’est défait les épaules à tapocher dans un punching-bag. Mike en jogging à semaine longue avec ses gros biceps. C’est le gars le plus drôle que je connais, il a des histoires à pisser à terre.

Donc, moi pis Mike manquions parfois, même souvent, des cours au Centre pour adultes Le Parallèle pour aller jouer au pool. J’avais à peine 18 ans et lui 25 ans.
Donc, nous deux, les clowns de service étions beaux à voir dans nos culottes de jogging, grosse quille dins mains à jouer aux professionnels de snooker. Quand tout à coup arrive la Grande Noire, fatiguée par la vie, déjà usée à la corde qui nous offre de nous sucer pour une grosse bière.

Je lui offre de lui payer une bière mais, en échange, j’aimerais qu’elle me raconte sa vie. Je lui explique que j’écris et que j’aimerais faire un documentaire sur elle pour l’envoyer à un concours (la Course destination monde à Radio-Canada). Je lui explique qu’avec son histoire et sa face à l’écran je suis certain de pouvoir participer au concours.

Elle prend une grosse Laurentide et moi aussi. Mike est en tabarnak car j’ai abandonné notre game. Tout le monde dans le bar pense que je m’en vais fourrer la Grande Noire dans sa chambre en haut, mais moi je m’en fous.

Elle, assis dans son lit et moi sur une chaise à côté de son lavabo rouillé. On boit une gorgée de Laurentide en même temps. Elle prend un grand souffle et me raconte son histoire d’une traite. Je regrette amèrement de ne pas avoir gardé cette cassette VHS. J’avais là l’histoire d’une vie racontée simplement, à vif, dans les mots de la rue. J’ai pas envoyé mon projet au concours, j’avais la chienne! Et comment un semi-agoraphobe pouvait faire le tour du monde? À l’époque c’était impensable. J’étais tellement mal dans ma propre peau.

On m’a dit que la Grande Noire est morte d’un cancer généralisé. On peut dire ce qu’on veut d’elle, elle aura survécu toute sa chienne de vie avec son cul. C’est de la survie pure et simple. Elle est finalement partie rejoindre son beau motard tatoué jusqu’au cou.

Je dédie ce texte à la mémoire de la plus belle princesse du monde à l’envers. xx

Édouard Carpentier

Édouard Carpentier était un homme d’une autre époque. Il a fait partie de la résistance française pendant la deuxième guerre mondiale. Il était de ceux qui ont combattu Hitler et son armée! Il a obtenu la croix de guerre et la croix du combattant! Par la suite, il fut sélectionné par l’équipe olympique française de gymnastique, pour les jeux olympiques de Londres en 1948.
Il est venu lutter au Québec en 1956 avec un contrat de trois mois, mais finalement, il sera resté le reste de sa vie au Québec. Il aimait le Québec et le Québec l’aimait tout autant! Il fut, pendant les années 50, 60 et 70, une méga-vedette.

Même les légendes meurent, même ceux qu’on croyait invincibles! Édouard Carpentier nous a quitté à l’âge vénérable de 84 ans. Il a perdu son dernier combat samedi, le 30 octobre 2010 dans l’après-midi, lui qui détestait la défaite!
Il était le roi de la planchette Japonaise, le prince de la savate, le monarque de la prise en quatre et le sultan du saut de la troisième corde.
Il pouvait vous endormir en 10 secondes avec la prise du sommeil, et faire une pirouette du haut du 3ième câble pour atterrir lourdement sur le ventre de son adversaire! Il fut l’inventeur de la lutte acrobatique! Il fut aussi un animateur hors du commun et intervieweur qui savait mettre la lumière sur ses invités, et tout ça avec classe!

Lettre à M. Carpentier dans le texte
Bonsoir M. Carpentier,
J’ai choisi de mettre une photo de vous à votre meilleur, lorsque vous étiez au sommet de la montagne! je vous ai parlé en personne une fois, c’était au début des années 80. Vous étiez venu chez nous, à Lachute, dans l’ancien aréna (la grange) avec les autres membres des étoiles de la lutte.

J’ai cru votre présence quand je vous ai aperçu le soir des combats! Je vous ai vu lutter, mais seulement à la toute fin de votre carrière de lutteur. Vous étiez au bout du rouleau, mais les vieux de mon coin m’ont souvent relaté vos exploits légendaires, à la limite du mythe. Je vous ai surtout connu comme le grand animateur que vous étiez!

Je suis allé vous voir avec toute ma gêne et ma fragilité. Vous étiez là devant moi, et moi j’étais là devant vous! Aucun mot ne sortait de ma bouche. Vous vous êtes approché et vous avez commencé la conversation comme si j’étais le centre d’attraction!
À la fin de notre conversation, je vous ai demandé de me dire votre fameuse phrase que vous disiez à toutes les fins de l’émission Les étoiles de la lutte! Vous, comme si c’était la première fois qu’on vous faisait cette demande, vous me l’avez dite comme si c’était la première fois de votre vie! Vous avez vu dans mes yeux de p’tit gars toute l’admiration que je vous portais!

Depuis ce samedi soir du 30 octobre 2010, on peut apercevoir
l’étoile du vieux Édouard briller dans le firmament!
Rendu en haut, il a retrouvé ses jambes, celles qui ont fait courir
les foules, et il a demandé tout de suite un combat contre celui qui est champion en haut ! Et je suis persuadé qu’il finira par avoir cette ceinture autour de la taille, car les vraies légendes gagnent partout et pour toujours.

À la semaine prochaine, si Dieu le veut!!!

Mr. Lachance aux milles patois

Mr. Lachance aux milles patois

Le 31 octobre dernier à l’hôpital d’Argenteuil à 16h51, c’est comme si la fête est morte en elle-même un peu. Le dernier des vrais bons vivants a donné son dernier souffle. À son dernier battement de coeur gorgé de sang, Richard Lachance emporte avec lui un peu beaucoup de ce qu’il y a de mieux dans l’humanité. Le bonhomme Lachance emporte avec lui l’art du métier de scrappeur!!! Mr. Lachance est décédé à l’âge de 78 ans.
Richard aux mille patois: L’p’tit verrat y peut ben avoir des poux, y s’gratte pas.
Samedi le 10 novembre dernier, j’étais assis dans l’église de mon enfance pour les funérailles… J’ai vu Jocelyn, le fils aîné se lever d’une traite et d’un pas sûr se diriger vers le lutrin. Du haut de ses 59 ans, il est un digne représentant de la famille Lachance (ici, il ne faut pas mentionner que notre Jocelyn se teint la tonette). Il a avec justesse raconté son père. Comme un vrai Lachance, il a parlé fort, très fort. Même dans ce lieu qu’on dit sacré, notre Jocelyn à lâché quelques sacres!
C’est pas le Bon Dieu ni le Saint-Esprit, ni Jésus ou ben les trois ensemble dans le trio de la Sainte-Trinité qui va empêcher un Lachance de lâcher un p’tit sacre de temps en temps. Le bon curé Lemire s’est aperçu assez vite que Jocelyn connaissait ses mots d’église par coeur! Il a fait rire la foule et il a aussi parlé de son père avec une grande émotion celle qui vient et va direct au coeur.
Richard aux mille patois: Le coup de la sauterelle su’à colline
Par la suite le petit-fils de Richard et fils de Jocelyn est venu à son tour au lutrin. Francis avec sa grosse barbe et son courage de Lachance a chanté a capella « The Gambler », une toune de Kenny Rogers avec sa grosse voix qui porte. Les mots de Kenny Rogers résonnaient avec écho partout dans l’église. La foule frissonnait. Jacquot le deuxième fils de Richard était mal dans sa propre peau c’est comme si il était fendu en deux. Je regardais mon ami Martin du coin de l’oeil et bébé de sa famille à 42 ans, il pleurait doucement. Il pleurait son héros. L’église St-Anastasie était vivante. Il y avait plein de vie.
Laissez-moi vous raconter les six dernières heures de Mr. Lachance…
Au départ, le docteur a dit à la famille qu’il restait 1 an à vivre à Richard pis par la suite, c’est tombé à deux semaines. Les vieux poumons du bonhomme étaient rendus au boutte de leur vie! Lui qui se promène 24 h sur 24 maintenant avec une machine à respirer. Pis le docteur lui a donné le choix: 2 semaines de souffrances terribles ou 6 heures vers une mort douce!
Richard a regardé sa femme des 59 dernières années drette d’in yeux et sans croiser le regard du docteur. Il a dit 6 heures. Des téléphones se sont faite pis la famille Lachance est arrivée dans la chambre privée du Padre Richard.
Caisse de bière, ghetto blaster, chips, bonbons, toute pour faire un dernier party avec Richard qui était encore capable de danser dans son litte! Kenny Rogers chantait le son au maximum. Ça riait, ça pleurait, ça existait en Lachance, le volume au fond. Sa nièce infirmière s’est occupé de lui jusqu’au boutte…
Richard aux mille patois: En plein dans le CPR
Un moment donné Richard voulait pu mourir, il l’a dit dans l’oreille de son gros bébé Martin! Mais il était déjà trop tard, le doc avait déjà commencé à enlever de l’oxygène… il s’en allait tranquillement. Alors mon chum Martin lui a conté la plus belle menterie d’amour jamais racontée… Je sais que mon chum se sent coupable mais comment tu peux dire à ton père qu’il va mourir… on peut pas faire ça à son père. That’s it!!!
Pis Martin a lancé avec des sanglots dans la voix: Pa, demain je te ramène à la maison.
Finalement, Richard aura « toughé » jusqu’au lendemain, même la mort était pas capable de venir à boutte du bonhomme Lachance! La tête aussi dure que les cornes d’un bouc, la couenne de cochon mais le coeur tendre comme un filet mignon!
Richard aux mille patois: Mets pas ton p’tit rouge à lèvre dans sa sacoche!

Natasha sa nièce infirmière était là pour l’accompagner… pis le vieux singe a attendu que sa gang parte pour aller luncher. Pis à son dernier souffle, c’est comme si la forêt amazonienne avait arrêté de respirer, elle qu’on dit les poumons de la terre. L’altruisme jusqu’au boutte! C’est ça Richard Lachance, donner au lieu de recevoir! Souvent à l’époque dans les années 60, il se privait carrément de manger après de grosses journées d’ouvrage au pic pis à la pelle, pour séparer son assiette à son petit Jocelyn pis sa petite Johanne.

  • Gosseux de cabane à wézo avec made in Lachute d’écrit en t’sour.
  • « Skinneur » de fil à l’infini.
  • Ramasseux de « cop ».
  • Inventeur de patois.
  • Constructeur de maison avec « in » égoïne pis « in » marteau!

À l’hôpital d’Argenteuil, le 31 octobre dernier est mort le dernier des vrais humains!

Josh Gibson

Josh Gibson
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Une journée sans baseball c’est une journée gaspillée disait Gibson.


En 1930, Gibson n’était pas un homme de race noire, mais plutôt un nègre. À l’époque, les Afro-Américains n’étaient pas plus considérés que le singe par l’homme blanc. Un Noir, c’était bon pour ramasser le coton, faire le ménage et être pendu lors d’une cérémonie du Ku Klux Klan! Les Blancs, dits de la race supérieure, étaient assis en avant dans les autobus, et les Noirs devaient s’asseoir en arrière. Il y avait des abreuvoirs pour les Blancs et d’autres pour les Noirs. Gibson, malgré son immense talent, n’avait pas la bonne couleur à l’époque. Il n’était qu’un nègre de service, une bête de cirque, sans plus.


La carrière de Josh Gibson s’est échelonnée de 1930 à 1946. Il a joué avec les Grays de Homestead et les Crawfords de Pittsburgh. Gibson est considéré par les historiens du baseball comme l’un des meilleurs joueurs de balle de tous les temps! Il n’a jamais joué un match dans le baseball majeur, il a passé toute sa carrière dans la Negro League. Malgré tout ça, ceux qui l’ont vu jouer vous diront qu’il était le meilleur.


Quand Gibson a commencé à jouer dans les années 30, c’était encore le
Far-West au baseball. Il n’était pas rare de voir un gars glisser au deuxième but et planter ses crampons dans la jambe de l’adversaire. Des crampons en métal dans une jambe, ça rentre comme un couteau dans du beurre chaud. Certains joueurs comme Ty Cobb allaient même jusqu’à affiler leurs crampons.

Il était homme-orchestre sur un terrain de balle. Il pouvait frapper pour la puissance, courir plus vite que ses jambes, frapper au-delà de la moyenne et, défensivement, il était un catcheur exceptionnel avec un bras canon! Avec ses gros bras de Gibson, il pouvait vous pulvériser les balles comme une piñata.


Si le Bon Dieu avait sculpté un joueur de balle de ses mains, il l’aurait sculpté à l’image du légendaire Josh Gibson.
 

Il n’avait qu’un but, qu’un rêve, c’était de jouer au baseball tous les jours de sa vie. Il disait à qui voulait l’entendre que de jouer un programme double était un cadeau du ciel. En offrande, il s’appliquait à offrir un circuit à la vie, au soleil et à tous les spectateurs qui lui faisaient l’ultime privilège de payer pour le voir jouer. Son rêve ultime était de jouer dans les ligues majeures, mais à l’époque, Martin Luther King n’avait pas encore eu son rêve!

Par un beau soir de juillet 1930, quelque part à Kansas City…
Le ciel est sublime et les lumières éclairent le terrain de tous leurs feux. Des pères de famille sont assis dans les estrades avec leurs fils qui se bourrent la face de patates frites et de hot-dogs, comme quoi même l’évolution n’a pas changé le baseball.

Les monarques de l’endroit affrontent les légendaires Grays de Homestead, qui allaient remporter neuf championnats consécutifs dans la Negro League!
En fin de 7ième manche, le catcheur toute étoile des Grays se casse un doigt en trois morceaux. Pour fin du texte, il s’agit de Buck Ewing. L’entraîneur de Homestead cherchait son catcheur substitut. C’était la jeune recrue de 18 ans, Josh Gibson. Il était dans les estrades avec les spectateurs, en train de s’enfiler des hot-dogs (son point faible).

Il est descendu des estrades, a pris un bâton et, à sa première apparition dans la ligue, au premier lancer contre lui, il a envoyé la balle dans les estrades. Ewing n’a jamais plus catché pour Homestead.
Et lors de sa saison recrue, Gibson a frappé pour une moyenne ronflante de .461!


Saison après saison, Gibson était régulier comme un métronome. Avec son bâton, il faisait des feux d’artifice. Lors d’un match au vieux Yankee Stadium, car il faut maintenant dire le vieux Yankee Stadium, Josh a ajouté à sa légende. Ce jour-là, il a frappé un circuit tellement loin dans le champ que la balle est sortie du terrain. La balle s’est retrouvée dans la rue. Dans toute son immense histoire de 1923 à 2008, aucune autre balle n’a été frappée en dehors du vieux Yankee Stadium.
Il est commun de la frapper hors du Wrigley Field de Chicago ou du Fenway Park de Boston. On parle ici d’une frappe à plus de 600 pieds, ce qui est à la limite de l’impossible! La preuve, le seul homme à l’avoir sortie fut ce bon vieux Gibson! Tous les autres frappeurs qui ont essayé, même ceux qui déjeunaient avec des stéroïdes dans leurs céréales, n’ont pas réussi.

Josh n’arrêtait jamais de jouer à la balle. Aussitôt la saison de la Negro League terminée, il se dirigeait soit vers Mexico, Cuba ou Puerto Rico! Il était considéré comme une icône en Amérique centrale. Durant toutes ses saisons mortes passées là-bas, il a maintenu une moyenne de .453!

Gibson jouait tout le temps et, quand je dis tout le temps, c’est tout le temps.
Même après les matches, il allait dans les parcs pas loin de chez lui dans la région de Pittsburgh et il s’offrait pour jouer avec les jeunes. Le tout se terminait toujours par une démonstration de sa puissance. Il était commun de voir Josh en pleine rue avec les enfants en train de jouer à la balle un beau samedi après-midi! Il n’y avait pas de p’tite partie, toutes les parties étaient des cadeaux de la vie! Il aimait enseigner l’art de frapper. Josh aimait le baseball et le baseball aimait Josh.

Il a eu 60 apparitions au bâton contre des équipes étoiles du baseball majeur! Pendant ses matches, il a frappé pour une moyenne de .462! L’homme blanc avait à l’époque sa réponse versus le talent de Gibson.


Le 20 janvier 1947, Gibson est mort d’un cancer du cerveau. Il n’avait que 36 ans. À l’époque, la médecine était au même niveau que la boucherie, ou presque, alors imaginez les traitements pour un cancer de la sorte! Trois mois plus tard, Jackie Robinson devenait le premier Noir à jouer dans les ligues majeures. Comparativement à Gibson, Robinson était un être docile, et l’homme blanc aimait son Nègre docile!


La légende des Grays et des Crawfords a terminé sa carrière avec une moyenne de .362 à vie. Pour comparaison, le meilleur en 135 ans d’histoire des ligues majeures fut Ty Cobb, qui frappa pour une moyenne à vie de .367! Gibson frappa 800 circuits en carrière, au naturel, ce qui est à des années lumières du roi des coups de circuit des ligues majeures, Barry Bonds, qui en a frappé 762 avec beaucoup de stéroïdes et d’hormones de croissance! Lorsqu’il a pris sa retraite en 2007, Bonds déclara : « Ce bon vieux Gibson est encore le premier. »


Quand Gibson fut enterré, il n’avait même pas de pierre tombale en son nom. Une simple croix blanche en bois, avec inscrit dessus « Gibson ».

En 1972, soit 25 ans après sa mort, le grand Josh Gibson fut élu au Temple de la Renommée à titre posthume, malgré qu’il n’ait jamais joué une game dans les ligues majeures… son fils a reçu la plaque en main propre! Une injustice, l’injustice d’une vie, a été partiellement réparée. Et en 1975, des amoureux du baseball ont installé une pierre tombale digne de ce nom, là où le grand Gibson est enterré à Pittsburgh!

Note de l’auteur dans le texte:
À chaque fois que l’on me demande qui est le meilleur joueur de baseball de tous les temps, je réponds sans aucune hésitation Josh Gibson.