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Aux 3 puces

En plein coeur du célèbre Marché aux Puces de Lachute sur la côte de sable, il y avait un bar de danseuses qu’on nommait Aux 3 Puces! Les plus vieilles danseuses de Montréal venaient finir leur carrière dans le comté ou mourir. 

Je vous jure qu’aucune danseuse du 3 Puces était à finir son université! La seule école possible pour elles était la plus difficile, celle de la vie. J’ai moi-même de mémoire été Aux 3 Puces quelquefois.

 Il y avait des miroirs partout dans bâtisse. Au plafond, sur les murs, en arrière du poteau des princesses faciles même qu’il y avait des miroirs d’in toilettes pour sniffer de la poud’. Des miroirs partout tant et tellement que je croyais être dans un château de verre. Autant de miroirs et pourtant tout le monde regardait à terre. Pour bin faire on aurait eu d’besoin de miroirs en forme de plancher aussi.  

Chaque fille a son tapis et son background de misère. La dope était nécessaire pour les filles du 3 Puces. C’était une question de survie! Ce qui m’avait frappé la première fois que je suis rentré là c’est l’odeur. Un mélange de mort, d’alcool et de cul! Nous étions ensemble à regarder des filles survivre avec leur cul. C’est poétique mais dans la réalité c’est crasse.

La première fois que j’ai rentré là, étrangement, je ne pensais qu’à mon père! Lui qui avait passé d’innombrables heures ici et honnêtement je comprenais pas pourquoi!  Il y a très longtemps, tellement longtemps que les Expos de Montréal venaient dans ma ville avec leur caravane d’hiver, leurs tuques à pompon et Youppi. 

Il y a très longtemps… C’est presque dans une autre vie! Quand je le raconte c’est comme si je parlais de quelqu’un d’autre. Dédé était en forme cette journée-là. C’est comme s’il avait eu une révélation divine des seins des 3 Puces! Il était chaudaille déjà quand il est parti dépenser le dernier 50 piasses de la famille. Un chèque d’allocation familiale pour être plus précis. Je m’en rappelle très bien. C’est encore frais dans ma mémoire, surtout les pleurs de ma mère, les pleurs de rage, de maudire sa vie avec Dédé.

Dédé donnait un sens au mot chaos. Le frigidaire sonnait vide et nous n’étions qu’à la fin de la deuxième semaine du mois. Dédé pensait qu’avec le 50 piasses il gagnerait le fameux tournoi de fer provincial du 3 Puces. Oui il était un bon joueur de fer, il pouvait lancer le cheval avec et pogner la pine. Ce dimanche-là, il voulait remporter le tournoi, remplir le frigidaire.

Il y avait ce jour-là au tournoi, des gars de la Beauce, de Québec, de l’Abitibi, de Montréal, de Sherbrooke, de la Côte-Nord même de Pembroke en Ontario! Le propriétaire du 3 Puces avait fait venir un « shit load » de danseuses pour la circonstance. La côte de sable était en effervescence. Ça sentait la « boésson » et le cul à plein nez partout dans les rues sales et transversales de Lachute! À c’qu’on m’a dit de mémoire, Dédé était en forme cette journée-là.

Il a fait danser à sa table une danseuse rousse. À coup de 5 piasses jusqu’à 50 à ce qu’on m’a dit. Il n’a pas laissé une cenne pour ceux qui l’attendaient au 477 de la rue Filion. C’est probablement de la faute de son enfance, en tout cas pas de la sienne. De mémoire cet homme n’a jamais eu tort. C’est quand même exceptionnel quand on y pense.  Il a aussi eu le temps pendant cette journée interminable de se chicaner avec sa queue de chemise et un autre voleur de chèques d’allocation comme lui.

Il est revenu au 477 rue Filion trois jours plus tard. C’est ce qu’on appelle partir sur une balloune. Mon père est arrivé comme un train à la maison sur deux track de poud’! Il avait aussi les yeux en forme de raton laveur. C’est comme s’il avait dormi dans un container de vidange tellement il sentait la charogne.  J’oubliais, il avait en sa possession un beau grand trophée de champion provincial des fers. Il avait même son nom de gravé sur une plaque pour vous dire le sérieux de la chose. Il a défendu son titre plusieurs fois pendant l’année faisant même la tournée des buvettes. Une belle tournée de champion.

On raconte qu’il avait remporté la finale en 5 coups un peu beaucoup chaudaille contre un gars de Beauce-Nord probablement aussi chaudaille! L’histoire ne dit pas combien de coups il avait donné à la danseuse rousse par contre. Ma mère, inquiète de son homme, aux limites de l’anxiété, au bout de l’inquiétude. Le chaos de Dédé avait pris toute l’air dans le logis.

Une fois revenu, ma mère a sauté dessus à califourchon comme s’il revenait de la deuxième guerre mondiale! Ma mère l’aimait d’amour, de folie son chaos mais surtout de dépendance affective. Et moi je regardais la scène incrédule du pas très haut de mes 7 ans. Je me demandais pourquoi il méritait autant d’amour.

Comme des photos de ma mémoire d’enfant qui n’a rien oublié… Une track de poud’ sur la table de cuisine pour monter un restant de gâteau dans sa tête, un portefeuille vide même s’il a gagné le tournoi, et surtout le bruit sourd partout dans le logis du frigidaire vide. FIN

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Johnny oui oui

Johnny oui oui

Sur le dos d’un papillon
Vole, vole, vole un baiser
Sur une joue

Il aime les papillons. Il est capable d’observer des chenilles pendant d’innombrables heures. Il peut attendre avec toute la patience du monde avant de les voir éclore, et même quand elles n’éclosent pas, il reste patient. Il n’est pas Chinois, mais les ombres n’ont plus de secrets pour lui, et si elles en avaient, il le serait.

Quand il est nerveux, il chante des comptines de Passe-Partout. C’est normal, il est de la génération Passe-Partout. Il préfère Passe-Montagne, car lui aussi aime les papillons, et en plus, il les porte dans son cou sous forme de nœud.

Quand il se regarde dans le miroir, il constate qu’il ressemble à ces gens qu’on nomme trisomiques ou mongoles à batteries. Mais au fond de lui, au fond de son cœur, il souhaite n’être qu’à la chenille de sa vie, et qu’un jour son visage se transforme comme les papillons le font! Au lieu d’avoir cette horrible face de clown pas de nez de clown.

Mais personne n’est au courant, c’est un secret entre lui, les papillons, les chenilles, les grenouilles de la Rivière-du-Nord et Passe-Montagne. En fait, personne qui ne pourrait vraiment dire son grand secret. Chut!
Dans un cou
Où va-t-il se poser?

Johnny travaille au McDonald de son quartier. Il est simili-commis aux vidanges et nettoyeur de tables triple A! Le McDo de son coin est le plus propre de la chaîne, le plus propre de l’univers. Johnny lave les tables tranquillement, une à une. Passe le balai par la suite autour des tables. Il n’y a plus preuve de poussière à l’horizon, Johnny peut aller dormir tranquille. Il est l’employé parfait par son dévouement. C’est peut-être pour ça que les autres employés se moquent souvent de lui. Et pourtant, il n’a jamais été l’employé de la semaine. Et pourtant, et pourtant…

Johnny aime la vie, mais la vie ne l’aime pas souvent. Ce n’est pas grave, car Johnny l’aime pour les deux.

Johnny est laid comme dans «faire peur aux enfants sans faire de grimace». Il a des yeux qui veulent s’enfuir en permanence, toujours sortis de leur orbite! Des yeux croches comme ses doigts d’arthrite prématurée. Et si ce n’était de la malchance, il n’aurait pas de chance du tout. Sa vie est un billet de loterie à l’envers, mais lui il siffle chaque matin.
Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là…

Un vendredi soir comme tous les autres…

Le simili-gérant du McDo crie à tue-tête pour se convaincre qu’il a une certaine prestance. Il crie à ses employés habillés en clown de tourner encore plus vite la boulette de boeuf en canne.

Et quand le simili-gérant crie, Johnny Oui Oui se cache les oreilles avec ses petites mains de petit gars de 5 ans. Il tremble dans ses culottes de trisomique. Il est fragile et vulnérable. Le simili-gérant bombe le torse devant autant de pouvoir.

Le vendredi soir est un soir achalandé pour Johnny qui est tout sauf tranquille. La clientèle rentre et sort du fast-food à tue-tête comme si Mr Ronald McDonald avait décidé d’installer des portes tournantes dans ses nouveaux concepts de resto. La mère monoparentale au boutte de son rouleau avec ses deux singes à batteries au bec sale, l’ado qui vient avec sa gang d’incompris s’évacher sur les banquettes parce que c’est « chill », les retraités qui tètent un café jusqu’à la dernière goutte ainsi qu’un journal de Mourial, le monde en général qui n’a pas le goût de faire à souper en début de fin de semaine, bref, la planète en entier se retrouve au McDo de Johnny le vendredi, au grand déplaisir de Johnny.

Ce soir-là, Johnny fermait le resto avec la fille qui a la 3e clé. Une étudiante dans tout ce qu’il y a de plus générique. Elle a le dédain de Johnny, mais ne le laisse pas voir. C’est une forme de respect de l’humain en général qui l’honore. Le McDo se vide tranquillement pas vite. Pour les employés, c’est un moment presque inespéré, aux limites du possible. Le resto est désert et Johnny met la clé dans la porte. À chaque fois qu’il ferme les portes, il est comme en mission. Personne mais personne ne fait son travail aussi sérieusement que Johnny à part peut-être le proprio.

Un ancien employé est là, à la dernière porte que Johnny doit fermer. Johnny le reconnaît et le salue chaleureusement.

– Ancien employé : «Salut, Johnny. J’viens chercher Mélanne. J’peux-tu attendre en dedans?»

– Johnny : «Oui oui, Max. Oui oui. Tu es gentil, toi, hein? Oui oui tu peux. Oui oui certainement. Oui oui…»

– Ancien employé : «Dis-le pas à Mélanne, j’vais lui faire une surprise. J’vais aller la voir pendant que tu termines ton beau ménage. T’es le meilleur pour nettoyer les planchers et les tables, mon Johnny, oui oui!»

– Johnny : «Merci Max, merci. Oui oui, je suis le meilleur. Oui oui, les tables sont propres avec Johnny. Oui oui…»
Le baiser, papillon doux. C’est toi qui l’auras!

Max avance à pas de loup comme dans un poulailler vers la cuisine. Mélanne l’étudiante générique est au fond de la cuisine à nettoyer le plancher graisseux. Elle tord sa moppe pour une xième fois pendant que Johnny commence tranquillement le plancher de la salle à manger principale.

Elle reçoit un coup de barre de métal en arrière de la tête qui lui fait perdre conscience. Le coup vient de son ancien petit ami plutôt jaloux/possessif que générique. Évidemment, Johnny n’était pas au courant que Mélanne n’était plus avec Max depuis un bon bout de temps. Il n’était pas au courant que Max était plus hypocrite que gentil. Que Max était violent comme dans « Toé ma tabarnak, tu joueras pas aux bras avec moé ». Max aimait dire que les « chicks », c’étaient des « sperm bag », c’est-à-dire des sacs à sperme, et Mélanne, c’était son sac à sperme préféré!

Johnny siffle et nettoie les tables en écoutant sa musique préférée dans ses écouteurs. Il n’a pas entendu le bruit sourd de la barre de métal sur le derrière de la tête de Mélanne. Elle est étendue au sol. Le sang se mélange au « Pine-Sol » fraîchement étendu sur le plancher.

Max se sauve par la petite porte d’en arrière, réservée aux employés et enlève les gants qu’il avait soigneusement enfilé pour frapper le « sperm bag ».

Johnny a fini son nettoyage. Il a le sentiment du devoir accompli. Il a pleinement mérité son 10,15$ de l’heure. Il revient à l’arrière du magasin pour mettre son manteau et dire bonsoir à Mélanne.

Il a devant ses yeux de trisomique un chaos inexplicable. Il ne comprend pas. Il pleure et ne sait pas pourquoi. Le sang, le corps de Mélanie gisant au sol, ce n’est pas comme à l’habitude, ce n’est pas comme le vendredi de la semaine passée et tous les autres. Il met ses petites mains sur ses oreilles, se couche en boule par terre et chante:
Sur le dos d’un papillon, vole, vole, vole un baiser. Sur une joue. Dans un cou. Où va-t-il se poser? Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là… Le baiser, papillon doux. C’est toi…

Johnny reste aux côtés du corps mort de Mélanne toute la nuit et a jeté la barre de métal dans la poubelle. Il ne ferme pas l’oeil. Il attend son gérant qui rentre tous les samedis matin vers 4:30. L’apocalypse est partout dans la cuisine. Le temps n’a plus d’importance et les papillons non plus. Johnny a complètement oublié Max dans sa mémoire.

– Johnny : «Oui oui, Mélanne va se réveiller… oui oui. Elle est fatiguée, oui oui. Je vais dire à monsieur Trudel que Mélanne est fatiguée, oui oui. Johnny est gentil, oui oui. Gentil.»

Ce qui devait arriver arriva : le gérant, en apercevant la scène, a quitté les lieux immédiatement sans parler à Johnny et a appelé la police en panique. La police a embarqué Johnny, croyant qu’il était le coupable.

Menottes aux mains, Johnny de dire : «Johnny gentil oui oui. Gentil. Comme les papillons. Oui oui…»

– Police : «Bin oui. Gentil gentil. Oui oui. »

Sous la loi des hommes, Johnny a été reconnu coupable du meurtre de Mélanie Poissant. Il a reçu une sentence à vie d’internat. Il n’y avait rien de juste dans ce que la justice avait décidé. Mais comment la justice peut être toujours juste, quand la vie elle-même est tout sauf juste?

À vie enfermé avec des fous, bourrés de pilules dont il n’a pas besoin. Il va éventuellement devenir un zombie comme les autres. Assis dans sa chaise berçante à se bercer à longueur de journée, n’attendre après rien et contempler le vide. Et même à en venir à croire qu’il avait vraiment fait mal à Mélanne.

Et chaque vendredi soir que le bon Dieu amène, Johnny se mutile doucement dans sa petite chambre. Dans les corridors de l’institut, on peut entendre…

– Johnny : «Méchant Johnny. Oui oui. Méchant oui oui avec Mélanne. Oui oui. Ne pas ouvrir la porte à Max. Oui oui.»

Le fonds de pension

Le fonds de pension
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C’est la nuit et personne ne dort du sommeil du juste dans la petite maison jaune du coin de la rue. Même les corneilles ont fait de la petite maison aux couleurs soleil leur sanctuaire. Une si jolie petite maison de l’extérieur avec un gazon si parfait, d’un vert haute définition, et dire que toutes les wézo noir du Comté se retrouvent perchés sur la corniche comme pour être évocateur d’un grand malheur.

 

Jean-Marie
Il dort dans ses pantoufles devant le meuble de télé!  C’est la fin des émissions au canal 2, car après l’hymne national canadien, l’éternel grand chef indien aura les bras croisés jusqu’au lendemain matin.  Les hommes moins bons comme Jean-Marie sont condamnés aux cauchemars, même s’ils ont accroché des « Dreamcatcher » sur les murs du sous-sol!  Même que s’il dormirait avec un « Dreamcatcher » au-dessus de sa tête, il continuerait de mourir à froid en face de la vie.  Il rêve en boucle qu’il se tranche la gorge avec un couteau rouillé.

 

Et quand il se réveille le lendemain matin, sur la table à café, un couteau pareil comme dans son rêve traîne comme par hasard à coté d’une assiette remplie de miettes. C’est comme si la vie lui envoyait des signes, un genre d’harakiri, mais l’honneur en moins!

 

Louise
La femme de Jean-Marie fait de l’insomnie au deuxième étage.  Pour dormir, elle doit littéralement s’assommer avec des Valium. C’est l’équivalent de recevoir un coup de masse en plein front. C’est un genre de ligne directe avec Morphée!
Elle pense qu’elle est une bonne personne, elle aime surtout se faire accroire qu’elle est bonne comme du bon pain.  Elle se ment à elle-même, tant et tellement qu’elle n’est même pas capable de se regarder dans un miroir. Elle finit tout le temps par baisser les yeux comme avec son mari, comme quand elle marche dans la rue en plein jour.

 

Elle pratique deux métiers. Le premier est noble, celui de femme au foyer. Son autre métier, celui qu’elle maîtrise à la perfection, être complice de son mari.
Par son silence, elle est comme Jean-Marie, même si elle n’a jamais participé.  Elle maîtrise l’art du non-dit comme un grand sensei. Elle pourrait donner des leçons de silence à ces moines qui vivent dans les montagnes du Tibet! Elle pourrait même torcher le mythique Bouddha à » je te tiens par la barbichette… ».

 

Jipi
Il est l’un des deux fils du couple.  L’aîné qui ne se casse pas le bicycle, comme on dit! C’est pas qu’il n’a pas d’ambition, c’est juste qu’il ne connaît même pas l’existence même de ce mot!  Il est pompiste et heureux, malgré son 6 piasses de l’heure. Il est la honte de son père et de sa mère. Car môman pense comme pôpa et vice et versa.

 

Jipi est un pompiste qui ne reste pas en arrière de sa caisse. Il remplit les chars des clients et il vérifie même les huiles avec le sourire.  L’huile à moteur, l’huile à brake, l’anti-freeze, le lave-glace n’ont pas de secrets pour lui. Il lave même les vitres pendant que le char se remplit tout seul, la petite clenche qu’on a fait disparaître par magie avec nos stations d’essence avec service d’ailleurs.

 

Jipi a comme seul objectif de se rendre au vendredi après-midi.  Il joue au hockey, mais seulement pour le plaisir, car il n’a aucun talent!  Et même s’il en avait eu, il n’aurait jamais rien fait avec. C’est comme ça, un point c’est toute. Il est un paresseux fonctionnel.

 

P-A
Il est heureux quand il joue au hockey, en tous cas c’est ce que son père répète partout!  Il le répète aux assemblées de Chevaliers de Colomb, à la Chambre de Commerce, au Conseil de ville du bon maire son ami en dessous de la table et il le répète surtout à P-A.

 

Il mesure 6’3 et pèse 225 lbs. C’est pas un jeune ado, c’est un pur-sang de la race de ceux qui ont assez de talent pour jouer et performer au plus haut niveau de la ligue nationale de hockey!  Il a des mains de soie, des mains tellement habiles qu’il pourrait être la réincarnation de Mozart, et des épaules larges comme la place Ville-Marie!!! Pour son père, ainsi que les amis de son père, les agents de joueurs, c’est du bétail, de la bonne chair à fabriquer des bills du Dominion dans un avenir rapproché.  Autour de l’os, il y a beaucoup de viande.  Il est même comparé à un jeune homme de l’Ontario qui, comme lui, est une future étoile dans le firmament du hockey. Il porte le numéro 88 et on l’appelle « the next  one ». Ils ont tous les deux 14 ans!

 

Le garage jaune à coté de la petite maison jaune

Il y a la Mustang jaune de son papa chéri.  P-A  roule dans le vide.  Le muffler échappe du gaz à une vitesse vertigineuse, pendant que P-A pleure les dernières larmes qui lui restent dans son maudit corps d’athlète. Et en cette nuit douce d’août 1987, ironiquement une très belle nuit remplie d’un ciel étoilé, s’est envolé dans le firmament de l’infini le fonds de pension de Jean-Marie.

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édouard et Valérien


À l’automne d’une surprise, en octobre de l’an 1894


Joséphine est en douleur. Son mari Napoléon ne peut que la regarder souffrir. Elle a commencé sa mise bas il y a déjà 36 heures. Le bon docteur Pacifique Desroches est tellement au boutte de ses solutions qu’il a demandé à son infirmière un chapelet pour la suite de l’accouchement.

Dehors, il ventait à écorner les boeufs, des arbres aux feuilles de toutes les couleurs en perdaient leur plumage. Un vieux chien finissait sa vie entouré d’une meute de loups affamésLes sifflements du vent embaumaient la côte de sable, pendant que Napoléon Beauséjour priait les deux genoux au sol en face de l’énorme crucifix du salon. Les hurlements des loups à la lune et les cris de Joséphine aux saints du ciel s’entremêlaient à l’ombre de la nuit.

Pendant ce temps-là, dans le ventre de Joséphine, la légende dit que le p’tit Édouard retenait son frère Valérien par les pieds, question de rester le plus longtemps possible dans le ventre chaud de sa môman. Édouard n’aimait pas le changement. Même avant de naître, il était accroché à ses habitudes. Déjà, dans le ventre de sa môman , Édouard avait peur. Il était probablement le plus pissou des pissous à l’est de la Rivière du Nord tant et tellement, que sa réputation avec le temps a fait le tour du comté d’Argenteuil, des Laurentides au complet et dune bonne partie de Lanaudière. Il n’était qu’un embryon et déjà, il avait peur. C’était dans sa nature profonde. La peur était le moteur de son existence.


Il avait peur de découvrir ce qu’il y avait au-delà du tunnel. Valérien lui était prêt depuis la 40e semaine de grossesse de sa mère. Il poussait avec vigueur comme celle d’un futur gars de cour à bois. Il poussait avec les mains, les pieds, la tête, peu importe, il poussait, il avait le désir de se mettre au monde! Après 47 heures, Valérien sest retrouvé dans les bras du bon docteur Desroches. Édouard ayant échappé son frère, son lui-même qu’il pensait, ne pouvait plus imaginer la vie dans le ventre de sa mère sans Valérien. Il poussait lui aussi comme son frère, par en avant, mais avec peur. À la surprise du bon docteur, de sa mère, de son père, Édouard est arrivé dans le vrai monde comme une mauvaise surprise.

Il est arrivé à 1 minute d’intervalle et tellement rapidement, que Joséphine n’a pas eu besoin de pousser pour le deuxième des jumeaux. Valérien était au sein de sa mère pendant qu’Édouard était bouche bée dans les bras du docteur. Il regardait la face embrouillée du gros docteur, la bouche toute grande ouverte et il tremblait de peur. Il était terrifié et cherchait son grand frère des yeux, celui qui avait une minute de plus dexpérience de vie que lui! Avec bonheur et réconfort, il découvrit un deuxième ami après Valérien, c’était le sein gauche de sa mère. La chaleur du gros sein l’enveloppait comme à l’époque où il était un foetus.

Sans le sein gauche ou Valérien, Édouard pleurait sans cesse, presque toujours jusqu’à épuisement. Il pleurait de peur. Il a longtemps pensé que le bon docteur Pacifique Desroches était le Bonhomme Sept Heures déguisé en docteur.

Les premiers et derniers jumeaux dans l’histoire des Beauséjour étaient nés. Depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui, aucun Beauséjour n’est arrivé en double, c’est vous dire comment ils étaient spéciaux les jumeaux de Napoléon.
Janvier 1897, cest l’hiver de toutes les misères, celui qui a vu la cour à bois de Napoléon s’envoler en fumée! La fameuse »Lachute Number » était la proie des flammes à -30°. Le gagne-pain des Beauséjour n’était plus après seulement quelques heures.

À l’époque, les pompiers roulaient en chevaux et traînaient avec eux leurs eaux. Ils sont arrivés au galop, faisant sonner la grosse cloche qui leur sert de sirène! Mais il était déjà trop tard.
Napoléon avait les deux genoux à terre et pleurait toutes les larmes de son corps, toutes les larmes d’une vie. Il pleurait l’héritage qu’il voulait laisser à ses fils!
En même temps que Napoléon, dix autres personnes de la région perdaient leur emploi.Napoléon Beauséjour est rentré chez eux, le coeur quelque part dans les décombres de »Lachute Number ». Napoléon et Joséphine étaient un duo increvable. Ils se sont mariéà l’époque pour le meilleur et pour le pire. Avec le temps, ils ont rebâti leurs shop à coup d’huile à bras, de sacrifice et d’un amour sincère.


Édouard a déjà trois ans. Il passe ses journées à avoir peur et à voler des gorgées du biberon de sa p’tite soeur. Un bon soir, il joue avec son frère dans le salon à faire des ombres sur le grand mur blanc. 
Il s’amuse à faire des ombres chinoises, éclairé par la lumière des chandelles et de la lampe à l’huile. Tout à coup, sur le mur, Édouard aperçoit sa propre ombre. Il devient blanc comme un drap! Il crie comme un cochon qu’on vient d’égorger. Il court et va trembler sous la grande jupe de Joséphine.

Édouard pointe son ombre à sa môman

 Édouard: Ma-mannnnnnnnnn.
Il pleure à chaudes larmes, il est inconsolable aux limites du délire!

 Joséphine: Pauvre garçon, tu as tellement peur, peur de toute que tu as même peur de ton ombre. Colle ta môman.

Joséphine retient son rire, car la situation est cocasse malgré son côté dramatique. Le soir venu, elle en fait part à son mari qui racontera le tout à ses amis et ainsi de suite.Joséphine et Napoléon avaient créé un mythe sans le savoir.

La rumeur était partie! Et dans le temps il n’y avait rien d’autre à faire pour passer le temps que de se conter des peurs.
La rumeur disait que dans le coin de Lachute, un p’tit gars avait eu peur de son ombre. Le p’tit bonhomme était tellement pissou qu’il avait peur de lui-même.


La rumeur courait à une vitesse vertigineuse, plus vite que la vitesse du son et de la lumière. Elle était rendue dans tous les magasins généraux de la province, du bas du fleuve au bas St-Francois, de Baie-Comeau à l’Île Jésus, d’Alma à Sherbrooke, et même jusqu’aux limites de l’Abitibi. On disait de quelqu’un de peureux qu’il avait peur de son ombre comme Édouard.
La rumeur a fait sa tournée paroissiale de toutes les paroisses du Québec pour revenir sur le parvis de l’église St-Julien à Lachute. Elle est revenue en pleine face d’Édouard, devant ses parents. Édouard avait maintenant 6 ans, on était en 1900.


 Un badaud: Comme ça c’est toé ça, l’fameux Édouard qui a peur de son ombre. Viens j’vas t’montrer à ma femme pis à mes frères…. Hahahaha!

Édouard faisant honneur à sa réputation, est allé se cacher derrière la grande jupe de sa mère. Tremblant comme une feuille d’érable à la vue de l’hiver. Et tout le monde sur le parvis sest mis à rire, d’un genre de rire gras qui résonna pendant bien des années dans le coeur d’Édouard et de celui des Beauséjour.

À l’école de rang, la seule chose qu’avaient les deux frères Beauséjour en commun était le fait qu’ils étaient identiques physiquement. Pour le reste c’était comme sils étaient des étrangers.
Valérien avait plein d’amis, les filles voulaient lui donner des becs sucrés, la
maîtresse d’école voulait lui en donner aussi, l’arithmétique n’avait pas de secret pour lui, il était le chouchou de tous, un genre d’attraction.


Édouard était la tête de Turc de la tête de Turc, tellement que les filles n’avaient aucune idée de son existence. Il se fondait au mur drabe de l’école. Et pourtant, il était identique à son frère, mais tout était dans l’attitude. Le jour où l’attitude passa sur la côte de sable, Édouard était occupé à avoir peur des grenouilles dans le »crick » pas loin de chez eux. Oui oui, il avait peur des grenouilles comme il avait peur de tous les poissons qu’il pouvait y avoir dans la Rivière du Nord.
Comble du comble, il était un des premiers enfants de la région à porter des lunettes.
Il n’est pas facile d’exister quand la peur habite avec vous dans votre corps, avec en prime des fonds de bouteille en guise de barniques.


La pire des malédictions qui pouvait vous tomber dessus quand vous étiez à l’école de rang, c’était d’être un gaucher. Vous avez deviné, chers lecteurs et lectrices, que notre joyeux drill Édouard était un gaucher. Et quand Édouard était le centre d’attraction, il devenait nerveux, gauche, incontrôlable, tant et tellement qu’il en perdait même le contrôle de ses sphincters.
Pendant que lui recevait de nombreux coups de règle sur les doigts, sur les jointures, dans la paume de ses mains pour l’aider à devenir un faux droitier, son frère était un droitier tout simplement. Son surnom à l’école et partout dans le comté d’Argenteuil était « Le gauche à barniques« .
Malgré tout, Édouard est passé à travers l’école comme un grand brûlé qui brûle pour une deuxième fois. Son grand frère d’une minute de plus que lui l’a toujours supporté dans ses malheurs. 

Valérien est vite devenu le protecteur de son frère. Valérien aimait d’un amour profond son frère et son frère l’aimait d’un amour profond. Valérien avait l’espoir que son frère un jour se débarrasse de sa maudite peur, celle qui avait poussé à travers ses os tellement elle était imprégnée.

En fait la peur avait poussé au même rythme que lui. Qu’il soit écrit dans ce texte qu’une seule personne ne l’a jamais surnommé  »Le gauche à barniques ». Il s’agit de son propre frère Valérien, le juste. Même sa mère et son père ont fini par le surnommer ainsi
Conscription oblige

En 1918, c’était la quatrième et dernière année de la Première Guerre mondiale. 1918, c’est l’année de l’enrôlement obligatoire pour tout Canadien français qui avait 18 ans, incluant Édouard et Valérien Beauséjour. Les frères Beauséjour reçurent l’ordre de se rendre à Montréal pour signer les fameux papiers et partir vers Val-Cartier. Ils allaient devenir des soldats du mythique 22e régiment. Un régiment ayant seulement des Canadiens français dans leurs troupes.

Pendant qu’Édouard lisait la fameuse lettre, on pouvait sentir une odeur d’urine autour de lui. Le squelette dans le corps d’Édouard a chié dans ses culottes. Édouard n’a fait ni une ni deux, il est parti rejoindre son frère trop jeune pour s’enrôler, Joseph. Il est parti se cacher dans la forêà Mackenzie. Lui qui détestait bûcher du bois, il s’était soudainement découvert une vocation pour le métier de bûcheron. 

C’était mal connaître l’Armée canadienne. Les »MP » avaient pour mission de retrouver tous les pissous qui avaient osé défier l’autorité gouvernementale. »MP » c’est pour Military Police ou si vous aimez mieux, Police Militaire. Un gros M avec un grand P, c’est ce quy cherchait notre pauvre gauche à barniques.

Avant de s’enfuir dans le bois, Valérien avait dit à Édouard:

– Valérien: L’frère on est aussi ben d’aller se présenter au bureau de Montréal plutôt que de se sauver comme des bandits de grand ch’min. Jai la chienne comme toé, mais une chose qui me voleront pas, c’est mon honneur.

 Édouard: Moé, j’me pousse pis ton honneur tu peux ben t’le fourrer dans l’cul…

Trois semaines plus tard…

Édouard est assis à côté de son frère, ils sont rendus à Val-Cartier et ils partagent des lits superposés. Les »MP » ont retrouvé Édouard, caché sous une batterie de cuisine dans un camp de bois à Mackenzie.
La rumeur qui circule depuis ce jour dans les rues et boulevards de Lachute c’est que le bonhomme Mackenzie a reçu une bonne somme de bills du Dominion pour dénoncer ses bûcherons de fortune. Les »MP » n’ont pas eu à chercher longtemps.

Le traitement militaire a duré un mois. Course à pied, maniement du fusil, transport de sac à dos, entraînement intense… l’armée canadienne avait pour mission de préparer des simples citoyens au combat. Après un mois de préparation, Édouard était toujours aussi pissou et sur la base militaire, il était devenu l’exemple à ne pas faire.
Mais malgré tout, le pays avait même besoin des mauvais exemples.
Les Beauséjour et les autres Canadiens français jouaient aux soldats.
Les soldats Édouard et Valérien Beauséjour sont partis de Val-Cartier avec le 22e régiment le 6 juillet 1918 vers Chérisy dans le nord de la France.

Être ou ne pas être puceau

Rendus en France, les deux frères avaient un objectif avant d’aller au front. En fait tous les Canadiens français avaient un objectif à part revenir au pays et c’était de ne plus être puceaux. La logique derrière ce fait était »d’in coup qu’on meurt ».
Personne, mais personne ne veut mourir puceau, tout gars qui se respecte veut connaître le plus grand des plaisirs sur cette Terre. Heureusement pour le soldat Canadien français, à cette époque, il ne manquait pas de filles de joie dans le nord de la France.

Les deux frères, Turcotte, Loiselle pis Bilou Gagné étaient dans la même condition. Ils cherchaient celle qui allait les faire devenir homme, rien de moins.Un seul des pauvres soldats allait rencontrer son destin, les autres étaient beaucoup trop gênés pour aller demander à une fille de joie. Notre antihéros Édouard par un beau soir a rencontré une belle Française, fille de fermier. Elle était seule et gênée, il était mal habillé, mais décidé. Elle s’appelait Églantine. Elle était plutôt grassette, mais belle comme le jour dans sa robe fleurie. Et avait un sourire à faire tomber un régiment de soldat.

Ce qui devait arriver arriva….
Le même soir, l’ancien puceau est rentré dans le camp fier comme un paon. Il avait le torse bombé comme un Beauséjour. Tous les gars du 22erégiment lui ont fait la bascule, on avait oublié la guerre pour un instant grâce aux exploits du chevalier à barniques. Tous les gars du camp ont entouré Édouard pour qu’il raconte son après-midi merveilleux…

 Bilou Gagné: Envoye, conte nous ça! Elle avais-tu des gros seins ta belle Française?

 Lazy Loiselle: Pis ses fesses y’étaient-tu douces?

 Le grand slaque à Turcotte: Comment ça marche? Tu rentres ça comment?

 Édouard fâché: Hey les gars, un peu de respect pour Églantine.
Mon Églantine c’est comme un poème de Nelligan, c’est un vaisseau dor!Pis ce que j’ai vécu avec ma belle Française c’est entre moi pis elle. C’est nos beaux souvenirs. C’est tu clair TABARNAK? Églantine c’est une fille distinguée!

 Bilou Gagné: Fa moé rire, distinguée! La fille s’écartille après un après-midi de fréquentation pis tu vas me dire…

Bilou n’avait pas fini sa phrase qu’il était sur le cul, se demandant ce qui venait de se passer. Le nouveau Édouard lui avait donné un »uppercut » de tous les diables en plein milieu du menton. Ce fut la dernière fois que les gars ont achalé Édouard à propos de sa belle Française.

28 août 1918
Les soldats du 22e bataillon ne le savaient pas encore, mais ils allaient vivre un moment historique. Ils allaient vivre la grande bataille d’Arras, la deuxième menée par les Canadiens français. 
Édouard, Valérien, Bilou, Lazy et le grand slaque avaient un rendez-vous avec le destin, celui de jeunes hommes à peine à l’ombre de leurs 20 ans.
Ils avaient en guise de cadeau, un fusil avec un poignard au boutte, question de continuer à se battre si jamais ils manquaient de balles et un beau »cass » en métal qui devenait un bol à soupe si jamais on avait faim.
Le temps était gris, c’était un beau temps pour rester sous les couvertures dans le camp et se conter des peurs. Le 22e régiment a attaqué les Allemands de façon magistrale. 
Un merveilleux guet-apens qui allait, avec le temps, faire très mal et qui allait mener au traité de paix du 11 novembre 1918.
Édouard était dans une tranchée aux côtés de son frère quand un bâton de dynamite a éclaté dans leur trou. 
Un bruit sourd se fit entendre, le genre de bruit qui vous arrache une oreille et qui vous magane l’autre pour la vie. Le genre de dynamite qui vous arrache une jambe complètement et qui envoie votre chum »Lazy » Loiselle en morceaux aux quatre coins de la France.

**Pause dans le texte**
»Lazy » Loiselle c’est un gars de Saint-Félicien. Un bon diable pas méchant pour 5 cennes avec un coeur gros de même. Un autre gars qui ne voulait pas aller au front, mais qui sest présenté seul de son propre chef à Montréal pour l’enrôlement. Il était parti de son coin de pays pour la première fois avec comme seul bagage, un sac avec deux tartes aux bleuets de sa mère.
Il était juste en arrière de Valérien dans la file de lenrôlement. Un brave soldat ce »Lazy » Loiselle et depuis ce jour, il repose en paix aux quatre coins du pays de nos ancêtres.
Édouard crie de toutes ses forces, il crie le nom de son frère… un cri qui vient du plus profond de son être.

 Édouard: VALÉRIEN, VALÉRIEN, VALÉRIEN, VALÉRIEN OSTIE…

Valérien est au sol une jambe en moins, elle a éclaté littéralement.
Édouard lui fait un garrot de fortune et l’embarque sur ses épaules, cellesdu chevalier à barniques. À côté d’eux, il y a Bilou Gagnéagonisant. Édouard le prend sur son autre épaule de chevalier à barniques. Comment est-il sorti du trou? Jusqu’à ce jour, ça demeure un mystère! 
Édouard court sur 4 km avec les deux hommes sur ses épaules. Il se rend jusqu’à une tente de fortune qui servait d’hôpital pour les soldats blessés.Quatre longs kilomètres, pour celui-là même qui avait eu peur de son ombre.
 Valérien, une jambe en moins: Mon frère, mon Édouard, j’vas leur dire que t’es brave, que t’étais le plus brave de toutes nous autres. J’vas leur dire que tu nous as traînés sur 4 km. Édouard, c’est un honneur d’être ton frère.
 Édouard: Tu m’as toujours protégé mon frère. T’as toujours été là pour moé. Pis ya pas un câlisse d’Allemand qui va jouer aux bras avec toé devant moé.
Édouard embrasse son frère et met sa main sur son coeur. Il quitte avec les deux mains bien prises sur son fusil en criant…
 Édouard: J’ai pus peur de mon ombre, j’ai pus peur…

Lettre de l’autre bord
La mère d’Édouard a dans sa boîte aux lettres, une lettre de l’Armée canadienne. Il n’est jamais bon signe de recevoir une lettre de l’autre bord en temps de guerre. On peut y lire:

Le soldat Édouard Beauséjour sest battu courageusement jusqu’à son dernier souffle. Il est mort comme un brave au front et ainsi il recevra la croix de guerre.

Joséphine pleure doucement son fils et embrasse la lettre. Elle pleure celui qui était toujours sous sa jupe. Son petit Édouard tant aimé.

Pour fin historique…
Édouard a abattu plusieurs Allemands avec un s.
Le grand slaque Turcotte en fut témoin et la preuve vivante jusqu’en 1981. Selon lui, Édouard était le meneur des troupes, le premier au-devant. Trois mois plus tard, c’était la signature de l’armistice, le 11 novembre 1918. À la fin de la Première Guerre mondiale, le 22e régiment compte 1074 morts dont Édouard Beauséjour, »Lazy » Loiselle et 2 887 blessés dont Valérien Beauséjour, Bilou Gagné et le grand slaque à Turcotte.

Valérien à son retour a fait publier une longue lettre dans le journal local L’Argenteuil pour que plus jamais on nutilise l’expression « Avoir peur de son ombre comme Édouard ». En respect au brave homme qui a combattu pour la paix et pour laisser son frère reposer en paix. Ce qui fut fait et partout dans la belle province, on a respecté ce souhait et depuis ce jour, le nom d’Édouard n’est plus dans l’expression.