Publié dans Chronique, Nouvelle littéraire

Le fantôme du Chic Palace

Advertisements

*Photo du groupe Facebook Lachute as we remember*

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, M. Ladouceur! C’était la jungle quotidienne du Chic Palace, chic hôtel sur la rue Lafleur à côté du Farmer supplie’s à Lachute. C’était l’époque des grosses Laurentides jusqu’à perte d’identité.

C’était l’époque des 24 heures du dix! Des films toute la nuit sur les ondes de télé métropole. C’était le début de la fin de la salle de cinéma dans notre région. Le cinéma de Lachute ne présentait à la fin que des films pornos! Des films de fesses comme disait le monde dans le temps.

Bien sûr que chaque hôtel de ce genre à son vendeur de poud’ et son shylock! Dans le temps de mémoire au Chic Palace tout le monde l’appelait ‘’le Narfé’’ ! C’était un homme occupé comme on dit!

Le Chic Palace a connu ses grosses années dans les années 60.

Moi j’ai connu les dernières années après la gloire, après les beaux souvenirs. J’ai connu le chic Palace dans le temps qu’il y avait encore à côté le stand à Taxi, pas trop loin le Farmer supplie et de l’autre bord le stand à pétaque! Moi j’ai connu l’autre côté moins glamour, plus crasse! Je me souviens des années de misère où le Palace roulait le 1er du mois.

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, Mr.Ladouceur, il était là chaque jour, j’aurais voulu en faire un documentaire. Un documentaire avec le respect de ce que vivent ces gens-là. J’ai mémoire de Bazou, de pas fiable, pis des autres. Je vais te l’écrire icitte en toute conscience.

Avant que le palace passe au feu, il y avait une légende urbaine de petite ville qui disait qu’un certain fantôme y traînait. J’ai entendu cette histoire de Omer Ladouceur lui-même, elle m’a été répétée par Bazou Campeau et le bonhomme untel!

Pour commencer, j’ai été conçue dans les toilettes du Palace. Ma mère au début de la vingtaine venait de rencontrer mon père, un vidangeur de la côte de sable. Ils ont fourré dans les toilettes du Palace ce soir-là, tout un one night stand…et 9 mois plus tard, je suis né à St-Justine! Le 19 novembre 1973. J’ai été créé au chic palace de Lachute entre deux ‘’set’’ de l’orchestre qui jouaient ce soir-là! Je suis définitivement rock n’ roll.

La légende part du Shylock du temps, celui qui était là d’in années 60, à chaque premier du mois il était au bar. Il attendait la meute du 1er.

Il passait de l’argent à 35%! Les clients étaient nombreux, les gamblers qui restaient collés toute la journée sur les slots machine, les tout nu de Ayersville, les alcooliques comme mon père et combien d’autres.

Démé était le boss de la place à ce moment-là!

Mais l’histoire de Démé commence vraiment le soir de sa mort! En vérité dans ce temps-là, Démé se faisait sucer par toutes les filles qui avaient faim de poud’. Pis tout le monde sait qu’une fille ça poud’ ça suce en criss! DéMé lui était gai donc les filles qui sucent n’y ‘en avaient rien à foutre. Il le faisait seulement pour cacher sa vraie nature pis jamais jusqu’au bout!

Un soir comme tous les soirs, un samedi bin occupé vers 4 dans le petit matin, Démé étaient sur la rue Robert pas loin du dock du farmer supplie’s, il a mangé une brique en arrière de la tête puis il a été battu à mort. Il a été laissé là pour mort! Une immense flaque de sang suivait sa trace. Démé comme un chien battu.

Personne ne sait qui l’a frappé, ça demeure dans le folklore de l’époque, mais ce que ce monde-là ne savait pas c’est que l’âme de DéMé est restée là au-dessus de la rue Robert, au-dessus de la rue Lafleur! DéMé est devenu sans le vouloir le fantôme du Chic Palace.

Quand le shylock est mort tu comprends que beaucoup du monde c’était sauver le cul, effacé leurs ‘’runnings bill’’, évaporés comme par magie dans un nuage morbide.

Démé errait maintenant dans les recoins du chic palace. Pogné dans son propre corps invisible devenu le fantôme de la place. On a retrouvé le matin même des tessons de Porter Champlain à côté de sa tête!

Pendant mon enfance, j’ai entendu plein d’histoire sur le fantôme du chic Palace, des histoires de Fernand Demers de son frère Jean-Guy, de Coco, de mon père pis de la grande Francine itou. Le fantôme serait le Narfé à ce qu’il dise. J’ai même entendu le gros Claude parler du fantôme!

Bad moon rising pareil comme dans une toune de CCR! C’était ce soir-là, la lune des loups. Le vendredi du premier du mois était rendu la grosse soirée du Palace!

Nous sommes au début des années 80, mes parents me font garder par les filles des Robitaille, donc une des filles qui avait des seins immenses dans mes beaux souvenirs!

Mes parents allaient au chic palace chaque vendredi avec leurs couples d’amis John et Louise! J’aime cette idée. Je les imagine, bien habillé dansant sur les succès du temps!

Démé, je le connais par les histoires de mon vieux père.

Mon père était le genre pissou de nature, et quand il parlait de Démé c’était pire.

J’ai su que ceux qui jouaient ‘’d’in’’ Machine priaient le fantôme de Démé pour que la criss de machine paye! C’est ici les prières de vieux bonhomme et de bonnes femmes au boutte de leurs solutions. J’ai beaucoup d’amour et de tendresse pour ces gens. Sincèrement!

Jusqu’à la fin du palace, on dit que DéMé ce faisait entendre les samedis soir qu’y avait un orchestre en ville! Le ‘’narfé’’ aimait beaucoup la musique des années 60, normal il est mort à cette époque. C’était le seul temps qu’on pouvait entendre Démé se manifester et c’était encore pire si le chanteur de l’orchestre était beau, était sexe!

Pour fin historique mesdames…quand vos hommes revenaient à la maison avec un spot de pisse sur les pantalons ce n’était pas à cause du fantôme de Démé même si vos bonhommes ont essayé de vous le faire croire.

Étant enfant, quand je revenais de l’école, je devais passer la track, mais parfois je faisais un détour vers le chic palace, j’arrêtais au stand patate à côté, prendre une pétaque sauce. Meilleure pétaque sauce que je n’ai jamais mangé, meilleure que celle de la patate Labelle. J’écoutais les vieux parler pis des fois j’entendais parler de DéMé!

Une grosse piasse de pétaque avec de la sauce dans un casseau, avant le souper de ma mère juste pour la faire sacrer, j’avais 10 ans nous étions en 1983.

La fin du palace appartient à DéMé et personne d’autre.

Bidou, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou était là jusqu’à la fin par la suite ils ont transféré au Laurentien sa rue principale à côté de la caisse Desjardins!

Ce monde-là aura vécu les grosses années du club et les moins bonnes années aussi.

Certain disent avoir vu MéDé sous forme d’ombre, même que si tu dis MéDé devant un miroir en criant dans le noir tu vas le voir apparaitre de préférence avec de la musique des années 60 en trame de son!

Les samedi du premier du mois, la boucane, la ‘’boésson’’, la poud’, le orchestre de Saint-Jérôme qui joue des tounes des années 60, le gros Claude, les vieux, les vieilles pis la nostalgie. Les chèques revolaient partout surtout dans la caisse…Profiter du pauvre monde. Profiter des dépendants aux machines, des alcooliques, des poudrés pis du reste…

C’est pas mal ça la fin du chic Palace. De toute façon toute fin ne finit jamais bien.

Pis un soir, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air, un je-ne-sais-quoi de différent dans l’air de la rue Lafleur. Le chic palace était à l’abandon ainsi que le fantôme de Démé.

Le feu fut spectaculaire comme les grosses années du club! Les flammes dansaient vers le ciel. Enfin que certains disaient, de toute façon c’était un nique à feu cette place-là que disaient les autres. DéMé est parti avec les flammes.

Le rock n’ roll est mort un peu ce soir-là

One-Time
Monthly
Yearly

Faire un don ponctuel

Faire un don mensuel

Faire un don annuel

Choose an amount

C$5,00
C$15,00
C$100,00
C$5,00
C$15,00
C$100,00
C$5,00
C$15,00
C$100,00

Or enter a custom amount

C$

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Votre contribution est appréciée.

Faire un donFaire un don mensuelFaire un don annuel

Publié dans Conte, Histoire, Nouvelle littéraire

Netflix and chill

Advertisements

Elle  préfère les samedis Netflix and chill. Elle pourrait vivre en pyjama et en  pantoufle à l’année. Elle était coconnage avant le mot. Le confort food a été  presque inventé pour elle. Elle est commis-comptable depuis toujours, elle adore  son horaire de commis-comptable, plus que le travail de  commis-comptable!


Elle  a un chat qu’elle flatte souvent jusqu’à perte de conscience. Elle peut écouter  ses playlists sur Spotify pendant des heures sans bouger. À la limite elle a  toujours envié la vie des bibelots! Être une chose statique tout simplement en  quelque sorte ne pas exister. Elle c’est Léa, mais il faut prononcer l’a  doucement sinon ça devient vulgaire. Elle a 23 ans et elle est vierge, ici je ne  parle pas de son signe astrologique. Elle rêve encore du classique prince  charmant celui qui va arriver galopant sur un cheval blanc.


Lui  préfère les samedis Netflix and chill’. Il pourrait vivre en culotte de jogging  et en croc à l’année. Il aime la bouffe réconfortante de sa maman. Il se crosse  tellement que Porn Hub lui envoie une carte de remerciement à Noël.


Il  est un comptable beige depuis toujours. Il ne s’est jamais posé la question s’il  aimait son métier c’était la chose à faire, car son père a été comptable et son  grand-père aussi.
Il  a un chien à qui il lance la balle sans arrêt jusqu’au sommeil. Il peut écouter  des podcasts pendant des heures sans bouger. Il aurait aimé être l’homme  invisible, vivre, mais sans exister pour les autres. Lui c’est Lucas, mais il  faut prononcer l’a doucement sinon ça devient vulgaire. Il a 24 ans et il est  puceau à son plus grand malheur. Il rêve d’une plantureuse pornstar qui ne  voudrait que de lui à longueur de journée.


Elle  fréquente la même brasserie bon chic bon genre chaque jeudi! Le genre de place  où un hamburger coûte 30 piasses. Elle se prend toujours un cosmopolite et se  donne des airs de ses femmes dans sexe and the city mais version  Dollarama!
Il  fréquente la même brasserie qu’elle chaque jeudi! Il prend toujours ce qui a de  moins cher sur le menu. Il a remarqué depuis longtemps qu’elle se donne des airs  de Sex and the city, il aime sa désinvolture à la Sarah Jessica Parker. Il a  surtout remarqué qu’elle repart toujours seule en fin de soirée.


Elle  reçoit un cosmopolite d’un étranger. Elle demande à la serveuse de qui vient la  consommation, mais son mystérieux prétendant désire rester invisible. Pendant  qu’elle regarde autour pour apercevoir son Roméo, elle décide d’aller aux  toilettes rafraîchir son maquillage. Il en profite pour aller s’asseoir à côté  d’elle pendant qu’elle n’est pas là. Il est très nerveux et se demande bien ce  qu’il fait là. Il préfèrerait être chez lui à choisir une série à commencer sur  Netflix.


Elle  déteste le maquillage, mais elle se refait une beauté au cas où, on sait jamais!  Il reprend une gorgée de sa bière flatte et générique.
Elle  revient de la toilette et un étranger assis à sa table! L’étranger tient un  cosmopolite dans les mains et lui fait signe! Elle est nerveuse, mais  conquise.
Il  la voit revenir de la toilette. Il décide de lui montrer le cosmopolite pour lui  faire comprendre pourquoi il est assis à sa table. Il est  nerveux.
Il  parle et parle, elle parle et parle. C’est comme si la vie les avait réunis. Le  destin de deux solitudes se retrouve.


Le  temps passe, elle est fatiguée, il comprend. Il lui offre de la rapporter. Elle  accepte. Elle s’excuse pour sa fatigue soudain. Il la rassure.
Une  fois arrivé chez elle, il la dépose dans son lit et il la déshabille doucement.  Il la viole dans son propre lit. Il est hyper excité et toujours aussi surpris  des résultats du GHB.
Elle  est nue dans son lit, le vagin rempli de sperme. L’étranger vient de partir,  elle semi-réveillé comme consciente sans l’être.


Il  est de retour chez eux, il est complètement vidé. Il est en jogging dans son  sofa et cherche une émission à regarder sur Netflix! Entre deux recherches, il  se masturbe une autre fois en passant au viol de tantôt.


Elle  va pouvoir maintenant utiliser le hashtag #Metoo elle aussi.


Abonne-toi à mon patreon à partir de 2$ par mois seulement.

http://www.patreon.com/barbudeville

Encourage un travailleur autonome, Un artiste, un gars ordinaire qui vit de sa passion.

Tu peux me faire un don via mon compte paypal en cliquant sur le lien: http://paypal.me/barbudeville



Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Lachute, Nouvelle littéraire

Un été à Ayersville

Advertisements

La vie dans le Bronx était pas souvent facile. 

Le monde marchait souvent la tête par en bas. 

Mes plus beaux souvenirs d’enfance sont au coeur de ce quartier de misère. Jamais je vais renier Ayersville. C’est chez-nous. C’est en moi! 

Mon père, que je déteste pour mourir, vit encore là. Il a 76 ans. Il est vieux maintenant et sans danger pour personne. 

Jamais je vais m’empêcher de vous dire la vérité sur le p’tit Canada, ou le Bronx. Pour le meilleur et pour le pire. Ayersville, comme le p’tit Canada, est profondément ancrée dans mon ADN! Je ne suis pas né de la cuisse de Jupiter! 

L’été de 1985 a été mémorable à plusieurs niveaux : j’avais douze ans et la vie devant moi! J’avais douze ans et une moustache molle! J’ai passé mon été de 1985 au complet dans le Bronx d’Ayersville! Le Bronx où il faisait bon de siphonner du gaz la nuit pendant que tout le monde dort dans les HLM! Oui, j’ai connu un gars qui siphonnait du gaz, surtout en fin de mois, question de pouvoir faire rouler son bazou! C’était la vie, le quotidien dans le Bronx d’Ayersville. Opération minoune était un gros sujet de conversation dans le coin. Tout le monde était dans sa propre douleur, tout le monde savait la douleur des autres, tout le monde se jugeait et puis pourtant..et puis pourtant! 

On pourrait penser qu’entre pauvres on s’entraide, mais c’était tout à fait le contraire! Si c’était possible de frapper sur quelqu’un à terre, inquiète-toi pas qu’on était une coupl’ à fesser dessus!

Le Bronx, c’était notre jungle à nous. Entre nous. Pour nous. Quand t’es jamais allé plus loin que le comté d’Argenteuil, c’est difficile de voir qu’ailleurs, c’est pas comme chez-vous! 

L’été de 1985, c’est l’été où j’ai ramassé mon chat Magoo sur le bord de la Rivière-du-Nord. Plus précisément à côté de chez-nous, dans une shop qui s’appelait Ming Plumbing! En 1985, c’est le dernier été durant lequel on est allés passer deux semaines chez les cousins en Abitibi, plus précisément, cette fois, à Senneterre! Un petit village au nord de Val d’Or, au coeur de la Vallée de l’Or, là où la terre gèle parfois en plein coeur du mois de juillet! On était aussi allés à Amos et Kipawa (une réserve indienne, paradis de la truite arc-en-ciel), toujours en Abitibi.

J’ai souvenir des nuits humides et froides de l’Abitibi, pays de misère. J’ai souvenir de la noirceur une fois les lumières fermées dans le parc de maisons mobiles. J’ai souvenir de la route pour se rendre jusqu’au boutte du monde. J’ai souvenir de traverser la réserve faunique de La Vérendrye. Si mes souvenirs sont bons, il me semble qu’une caisse de douze O’Keefe était bonne pour faire le trajet Lachute-Senneterre! On parle ici d’une bière ou presque à l’heure! Pas de ceinture, pas de tracas! Comme disait Richard Desjardins, j’vas monter à Val d’or “pas d’cadran pas d’capote”*! 

J’ai souvenir du lac bleu devant mes yeux, d’une beauté immense! J’ai souvenir du soleil de l’Abitibi, qui n’est comme le soleil de nulle part ailleurs! J’ai souvenir des aurores boréales! 

J’ai souvenir des sauvages. J’ai souvenir des ski-doo en avant des maisons. J’ai souvenir de la bagosse! J’ai souvenirs de la forêt à perte de vue. J’ai souvenir des petits fruits sauvages mangés en jaloux. 

Deux semaines par année, environ, qui me semblaient durer des mois! L’Abitibi c’est pas pour moi, j’suis beaucoup trop urbain pour ça. 

À part ces deux semaines-là, j’ai passé le reste de mon été de 1985 ou presque au coeur du Bronx à Lachute! 

Mon cousin Stef et moi, on était deux jeunes plutôt tranquilles…en général! Parfois, comme si une bulle montait dans nos cerveaux, on avait des “plans d’nèg’’. C’était la façon à l’époque de dire qu’on faisait des mauvais coups! Cette fois-là par contre, le plan n’était pas calculé comme tous nos autres plans. Stef avait reçu en cadeau un magnifique fusil. Un BB gun de chez Canadian Tire. On venait de louer au club vidéo Langevin le nouveau film d’Arnold, Commando! Tout pour activer notre “plan d’nèg’’! C’était une journée comme toutes les autres journées, sauf que dans ma tête, j’étais devenu un sniper comme Arnold! J’avais 12 ans et aucun biceps à l’horizon! 

En face du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM, et à côté du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM et l’autre côté aussi!  C’était un rond-point de HLM! Dans ces HLM, il y avait plein de personnages cocasses et certains de triste mémoire! Ode à terrasse Saindon…

Patrick Cuillerier et sa face de Carême! À 12 ans j’avais peur de lui! Quand il passait à côté de moi, j’avais le goût de faire un p’tit caca nerveux! Un genre d’ado à l’époque toujours en tabarnak! De mémoire, j’ai jamais vu sourire Cuillerier, jamais! 

Demandez à ‘’Wézo’’ qui a pété tous les pneus des chars sur la rue Hamelin un certain soir? Moi je sais très bien c’est qui mais sérieusement, pensez-vous que je vais vous dire ça dans un texte? Come on.

J’étais dans la chambre de mon cousin quand j’ai eu l’idée géniale de tirer dans une fenêtre avec le BB gun! Moi, le John Wayne des pauvres. Je me suis installé comme un sniper dans sa fenêtre. J’ai miré la fenêtre de son voisin à gauche…celui qui siphonnait du gaz la nuitte pendant que tout le monde dormait sauf moi! Je me rappelle comme si c’était hier. Comme si j’avais encore le BB gun dans mes mains d’ado gêné d’être dans sa propre peau.

J’ai tiré un coup, un seul coup dans la fenêtre! En plein milieu de la fenêtre, cible parfaite! 

La balle a atterri sur la vitre comme le clou rouillé qui était entré sous mon pied deux jours auparavant! La vitre a éclaté en mille morceaux, complètement éclatée! Une symphonie en plein coeur du Bronx de Lachute! Les feux de La Ronde version pour les pauvres! Moi et mon cousin on était blancs comme des draps! On n’est pas des vrais bums! J’ai pas fait un caca nerveux mais c’est tout juste! J’aurais souhaité être partout sauf là. Même que j’aurais choisi d’être plutôt dans la Vallée de l’Or, c’est vous dire mon désarroi! 

J’ai compris ce jour-là que je n’étais pas un thug! J’ai compris que le crime organisé n’était pas pour moi! Ma carrière de bum venait de se terminer. Je préférais, à 12 ans, me concentrer sur le mystère que sont les filles et l’écriture! Anyway, même si j’avais voulu me battre, il y avait assez de bons batailleurs de mon âge dans le Bronx pour me ramollir assez vite.

Parfois les souvenirs de l’Abitibi se mélangent à ceux du Bronx et du P’tit Canada. C’est ce qu’on appelle vieillir! Je revois plein de visages dans ma mémoire. Ceux de mes cousins nomades, Stef, Marco et André. Ceux des tannants qui rôdaient autour de Ayersville et sur la glace du vieil aréna : les Drouin, les Poulin, Legault, Wilkes…et combien d’autre. Ceux aussi des Durocher qui vivaient avec leur mère…dans le temps, la monoparentale était à la mode dans mon coin.

Ça explique bien des choses, ça brasse des souvenirs! Parfois j’ai mal à mon Bronx. J’aimerais un jour faire un show dans la salle communautaire du bloc 36! J’ai l’impression que mes histoires prendraient toute leur essence! Ce texte est éparpillé comme mon Bronx et c’est voulu ainsi!

Les étés à la piscine Ayers. Le parc de balle, ou ce qu’il en restait, adjacent à la vieille usine Ayers. Les Deschamps, les Lalonde et combien d’autres. 

À 12 ans, j’ai compris qu’un jour je devrais quitter ce quartier! Ce n’était pas pour me penser au-dessus des autres mais à 12 ans, je savais que mon avenir n’était pas ici. Je savais pas comment j’allais y arriver avec mon frame de chat, mon manque de confiance en moi-même, mes mauvaises notes à l’école et ma mentalité d’être né pour un petit pain! 

La vie est un long chemin. Mais même si tu viens du fin fond de Ayersville, tu peux t’en sortir! 

La vie ne s’arrête pas au boulevard de l’Aéroparc! 

*Richard Desjardins, Le bon gars (1990), Album : Tu m’aimes-tu, © Foukinic Editions, Foukinic Inc (les éditions)


Abonne-toi à mon patreon à partir de 2$ par mois seulement.

http://www.patreon.com/barbudeville

Encourage un travailleur autonome, Un artiste, un gars ordinaire qui vit de sa passion.

Tu peux me faire un don via mon compte paypal en cliquant sur le lien: http://paypal.me/barbudeville



Publié dans Anecdote, Chronique, Hommage, Lachute, Nouvelle littéraire

Olivier et son petit bonhomme de chemin

Advertisements

Samedi 15 août 2020

Il est haut comme trois pommes. Trois petites pommes. 
Il habite sur la côte de sable à Lachute, il a 4 ans et demi.
Il s’appel Olivier. Il aime faire des tours de machine.

Des fois la vie nous fait un cadeau. 
Olivier a gagné à la loterie de la vie.
Son nouveau papa et sa nouvelle maman c’est en quelque sorte son 6/49!

Des fois la vie est un cadeau.
Quand Olivier est arrivé sur la côte de sable, il était presque encore dans le papier.
Stéphane et Dominique, on a gagné à la loterie de la vie.
Olivier c’est en quelque sorte leur 6/49!

Stéphane et Dominique ont essayé de fabriquer un enfant ensemble, mais la vie a décidé autrement! La machine à bébé ne voulait pas coopérer! 
Parfois la vie fait bien les choses. L’univers c’est immense et parfois les étoiles s’aligne parfaitement! 

Je connais Stéphane depuis toujours. Depuis que j’ai conscience Stéphane est là. Nous nous sommes perdu de vue pendant trop d’années, environ 20 ans! La vie va trop vite des fois et parfois elle nous rattrape. Il est comme j’aime l’appeler mon cousin préféré. Mon meilleur ami d’enfance! Mon partenaire de mauvais coup, mais surtout mon partenaire de Nintendo! Oui c’est à cause de lui que j’ai jamais rencontré Maurice RIchard! 

En ce samedi, je suis chez mon chum Simon sur la Fraser à Lachute. Souper de couple avec nos blondes. Bonne bouffe, bon vin, bonne discussion…la vita e bella! On oublie la covid, le Liban, le Me too, le 2020 pour un instant! on décroche, on déplogue, on se donne le droit d’avoir du bonheur! On parle de son projet entamer de tête de Drakkar ‘’gossé’’ en bois pour accrocher au-dessus de l’entrée de son garage. Il aime les Vikings, il est passionné d’histoire. 

On parle de Barbu de ville. je vois la fierté dans ses yeux. Il est content pour moi. C’est ça l’amitié. On se casse pas du sucre sur le dos, on est pas jaloux de l’autre. Nous avons toujours eu cette saine amitié! Je suis aussi fière de lui que lui de moi. Aujourd’hui, on pourrait appeler ça de la Bromance! 

La vie ne tient qu’à un fil et j’en suis de plus en plus conscient, j’imagine que c’est ça qu’on appelle vieillir! Et bout de ce fil, ça prend de bons amies pour nous tendre les mains. Personne ne peux jouer au funambule seul toute une vie. C’est alors vouloir jouer au kamikaze comme ces chinois à l’époque de Pearl Harbour! 

Dans la semaine, mon cousin Stef c’est abonné à mon Patreon, j’étais très touché! Nous nous sommes parlé via courriel. En ce samedi, j’en ai profité pour l’inviter chez Simon.
Il est venu nous rejoindre au volant de sa belle Mustang 2003!  Stef a toujours aimé les machines, même qu’à l’âge de 4 ans, il conduisait le tracteur d’Émile Prud’homme, l’ancien chum de sa mère Denise. On a parlé comme des vieilles pies, des heures et des heures jusqu’à 3h dans le petit matin! On a réinventé le monde à notre façon. On a redonné un sens au monde, je crois, un petit verre de vin à la fois. On était libre comme si on était en 2019!

À travers notre conversation, j’ai appris que Steph avait adopté un petit garçon. Lui qui a maintenant 48 ans. Le petit Olivier fils de sa nièce…
J’ai toujours admiré mon cousin, un gars travaillant depuis toujours, moi à l’époque le cordon du coeur me traînait dans la marde! 

Il est officiellement aujourd’hui le papa d’Olivier!
Des fois, je me conte de belle menteries en disant que je trouve que la vie est belle, la plupart du temps je pense tout a fait le contraire. En vérité la plupart du temps je la déteste. Mais en ce samedi, je la trouve belle pour le vrai quand Steph me parle du petit singe à batterie Olivier!

Steph est livreur au resto Carole Pizza sur la rue principale à Lachute depuis longtemps. Il est connu dans le coin comme barabasse dans la passion (va googler si tu comprend pas, je vous attend pour continuer l’écriture du texte)! 
Pas besoin d’avoir une maîtrise, un bac, un phd, d’avoir été à l’université pour être une bonne personne dans le sens du monde! À l’école de la vie, mon cousin a réussi! 

Même si en grandissant Olivier joue avec un ballon sur son nez, qu’il prend des risques, qu’il s’amuse à la vie, qu’il jongle avec la patience de ses parents, il y aura toujours les mains de Dominique et Steph au bout du fil!

Et comme la terre n’arrête jamais de tourner sur le fil de la vie  entre le noir, blanc et gris Olivier fait son petit bonhomme de chemin. 


Abonne-toi à mon patreon à partir de 2$ par mois seulement.

http://www.patreon.com/barbudeville

Encourage un travailleur autonome, Un artiste, un gars ordinaire qui vit de sa passion.

Tu peux me faire un don via mon compte paypal en cliquant sur le lien: http://paypal.me/barbudeville



Publié dans Histoire, Lachute, Nouvelle littéraire

Aux 3 puces

Advertisements

En plein coeur du célèbre Marché aux Puces de Lachute sur la côte de sable, il y avait un bar de danseuses qu’on nommait Aux 3 Puces! Les plus vieilles danseuses de Montréal venaient finir leur carrière dans le comté ou mourir. 

Je vous jure qu’aucune danseuse du 3 Puces était à finir son université! La seule école possible pour elles était la plus difficile, celle de la vie. J’ai moi-même de mémoire été Aux 3 Puces quelquefois.

 Il y avait des miroirs partout dans bâtisse. Au plafond, sur les murs, en arrière du poteau des princesses faciles même qu’il y avait des miroirs d’in toilettes pour sniffer de la poud’. Des miroirs partout tant et tellement que je croyais être dans un château de verre. Autant de miroirs et pourtant tout le monde regardait à terre. Pour bin faire on aurait eu d’besoin de miroirs en forme de plancher aussi.  

Chaque fille a son tapis et son background de misère. La dope était nécessaire pour les filles du 3 Puces. C’était une question de survie! Ce qui m’avait frappé la première fois que je suis rentré là c’est l’odeur. Un mélange de mort, d’alcool et de cul! Nous étions ensemble à regarder des filles survivre avec leur cul. C’est poétique mais dans la réalité c’est crasse.

La première fois que j’ai rentré là, étrangement, je ne pensais qu’à mon père! Lui qui avait passé d’innombrables heures ici et honnêtement je comprenais pas pourquoi!  Il y a très longtemps, tellement longtemps que les Expos de Montréal venaient dans ma ville avec leur caravane d’hiver, leurs tuques à pompon et Youppi. 

Il y a très longtemps… C’est presque dans une autre vie! Quand je le raconte c’est comme si je parlais de quelqu’un d’autre. Dédé était en forme cette journée-là. C’est comme s’il avait eu une révélation divine des seins des 3 Puces! Il était chaudaille déjà quand il est parti dépenser le dernier 50 piasses de la famille. Un chèque d’allocation familiale pour être plus précis. Je m’en rappelle très bien. C’est encore frais dans ma mémoire, surtout les pleurs de ma mère, les pleurs de rage, de maudire sa vie avec Dédé.

Dédé donnait un sens au mot chaos. Le frigidaire sonnait vide et nous n’étions qu’à la fin de la deuxième semaine du mois. Dédé pensait qu’avec le 50 piasses il gagnerait le fameux tournoi de fer provincial du 3 Puces. Oui il était un bon joueur de fer, il pouvait lancer le cheval avec et pogner la pine. Ce dimanche-là, il voulait remporter le tournoi, remplir le frigidaire.

Il y avait ce jour-là au tournoi, des gars de la Beauce, de Québec, de l’Abitibi, de Montréal, de Sherbrooke, de la Côte-Nord même de Pembroke en Ontario! Le propriétaire du 3 Puces avait fait venir un « shit load » de danseuses pour la circonstance. La côte de sable était en effervescence. Ça sentait la « boésson » et le cul à plein nez partout dans les rues sales et transversales de Lachute! À c’qu’on m’a dit de mémoire, Dédé était en forme cette journée-là.

Il a fait danser à sa table une danseuse rousse. À coup de 5 piasses jusqu’à 50 à ce qu’on m’a dit. Il n’a pas laissé une cenne pour ceux qui l’attendaient au 477 de la rue Filion. C’est probablement de la faute de son enfance, en tout cas pas de la sienne. De mémoire cet homme n’a jamais eu tort. C’est quand même exceptionnel quand on y pense.  Il a aussi eu le temps pendant cette journée interminable de se chicaner avec sa queue de chemise et un autre voleur de chèques d’allocation comme lui.

Il est revenu au 477 rue Filion trois jours plus tard. C’est ce qu’on appelle partir sur une balloune. Mon père est arrivé comme un train à la maison sur deux track de poud’! Il avait aussi les yeux en forme de raton laveur. C’est comme s’il avait dormi dans un container de vidange tellement il sentait la charogne.  J’oubliais, il avait en sa possession un beau grand trophée de champion provincial des fers. Il avait même son nom de gravé sur une plaque pour vous dire le sérieux de la chose. Il a défendu son titre plusieurs fois pendant l’année faisant même la tournée des buvettes. Une belle tournée de champion.

On raconte qu’il avait remporté la finale en 5 coups un peu beaucoup chaudaille contre un gars de Beauce-Nord probablement aussi chaudaille! L’histoire ne dit pas combien de coups il avait donné à la danseuse rousse par contre. Ma mère, inquiète de son homme, aux limites de l’anxiété, au bout de l’inquiétude. Le chaos de Dédé avait pris toute l’air dans le logis.

Une fois revenu, ma mère a sauté dessus à califourchon comme s’il revenait de la deuxième guerre mondiale! Ma mère l’aimait d’amour, de folie son chaos mais surtout de dépendance affective. Et moi je regardais la scène incrédule du pas très haut de mes 7 ans. Je me demandais pourquoi il méritait autant d’amour.

Comme des photos de ma mémoire d’enfant qui n’a rien oublié… Une track de poud’ sur la table de cuisine pour monter un restant de gâteau dans sa tête, un portefeuille vide même s’il a gagné le tournoi, et surtout le bruit sourd partout dans le logis du frigidaire vide.


Abonne-toi à mon patreon à partir de 2$ par mois seulement.

http://www.patreon.com/barbudeville

Encourage un travailleur autonome, Un artiste, un gars ordinaire qui vit de sa passion.

Tu peux me faire un don via mon compte paypal en cliquant sur le lien: http://paypal.me/barbudeville