Publié dans Anecdote, Radio, Souvenir

Transistor

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480 RUE FILION à Lachute, au cœur du P’tit Canada, il y avait une émission de radio quotidienne! Plutôt du style talk radio, définitivement AM! Un jeune garçon Tourette, amateur de sports, de films, de documentaires, de théâtre, d’improvisation et de jeux vidéo entrait en ondes sur le bord de sa fenêtre à chaque jour de l’été!

Il avait des 33 tours, des 45 tours et même, des 78 tours. Je parlais de l’actualité du moment et donnait son opinion sur ce qu’il avait vu la veille. Mini moi faisait la Genèse de La Jasette du Barbu, sans le savoir!

J’ai toujours aimé la radio, surtout la radio AM. Mes souvenirs remontent à ma petite radio transistor avec laquelle je pouvais écouter les games des Yankees de New York ou des Red Sox de Boston une fois le soleil couché! Les ondes AM circulent très bien le soir! Le son n’était pas parfait, bien sûr. On entendait toujours un petit sifflement, non-stop, comme si vous faisiez de l’acouphène. Mais ceci faisait partie du folklore du AM, c’était dans son ADN.

Mes soirs d’insomnie, Fabi la nuit m’a accompagné longtemps! Et quand je voulais rire un peu, j’écoutais les reprises de Roger Drolet à CKVL.

Quand mon père revenait des danseuses, je pouvais aller m’enfermer dans mon petit monde à moi. Je pouvais écouter Gariépy dans le tapis. J’étais ce que je voulais, je n’étais plus ce garçon malhabile, anxieux, sans confiance, sans ami. J’écoutais les tounes que le DJ spinnait en ondes comme un mantra! J’aimais le son des voix feutrées, j’aimais les jingles d’intro.

Et comme une révélation, vers l’âge de 13 ou 14 ans, je suis tombé sur Ron Fournier, à CJMS, avec son show qui s’appelait C’est officiel! J’ai tellement écouté ce show! Tellement, que j’ai usé mon  plaisir à l’écouter. Il m’arrivait aussi d’écouter Gilles Proulx et de ne pas toujours comprendre, mais de trouver ça mauditement drôle. “La police boum boum boum boum”.

En fait, la radio m’a accompagné dans toutes les phases de ma vie.

Je me souviens de l’époque du début d’internet avec Radio réveil, un site et forum de discussion qui par la suite est devenu radioego!

Je me souviens d’un noël seul au monde, en 1995. J’avais 22 ans, j’étais mélangé comme une poignée de clous. Je me souviens d’avoir écouté à CKAC le Noël au camp de Tex Lecor et d’avoir pleuré comme un veau. Seul dans mon 1 et demi sur la rue Argenteuil avec moi-même, mes mots et la radio.

Dans mes plus lointains souvenirs, je vois ma vieille mère, assise à la table de la cuisine, en train d’écouter CJLA, la radio de Lachute! J’ai souvenir de la voir rouler ses cigarettes et de taper du pied. J’ai souvenir de la chanson Double vie, de Richard Séguin. J’aimais écouter l’animateur en onde faire son choix de tounes même si c’était hyper kétaine!

Et puis un jour, j’ai eu la chance de faire des chroniques radio au 91,9 Sports avec Jean-Charles Lajoie. Je me souviens de la première chronique pré-enregistrée que j’écoutais en direct le soir même. J’ai pleuré de joie dans mon salon comme un veau devant mon ex-conjointe et mes enfants.

Par la suite, j’ai eu l’honneur de participer à l’émission de Marie-Louise Arsenault dans la bâtisse de Radio-Canada! J’avais les yeux gros comme des trente sous, les même trente sous qu’on avait dans le P’tit Canada! J’étais invité au cœur de l’institution, moi le p’tit gars de la rue Filion qui faisait de la radio à la fenêtre de sa chambre.

Par la suite, j’ai été reçu pendant le Montréal en lumières à la Place des arts, plus précisément au salon Urbain, encore pour l’émission de Marie-Louise Arsenault. Je jouais à la radio comme dans le temps mais là, pour le vrai.

Aujourd’hui, je suis toujours un fan de radio. Mon écoute, par contre, a changé. Je n’ai plus de radio transistor. Je l’écoute dans mon auto, par mon téléphone ou mon laptop! Maintenant, à la radio traditionnelle, j’aime écouter CHOM,  le 91.9 Sports et Simplement Dupont, que j’écoute en podcast!

Pour moi, le podcast a remplacé la radio en quelque sorte. C’est l’évolution, j’imagine! Et ma musique, je la spinne moi-même sur Spotify! Même si j’aime la musique francophone, avec ces nouvelles plateformes, je n’ai plus besoin d’endurer le 65% de quota de musique francophone. J’écoute ce que je veux, je ne suis pas un habitant de la Corée du Nord. J’ai mon fix de talk radio avec le podcast aussi, mais cette fois sans sifflement et fioriture.

Quand tu écoutes ou regardes La Jasette du Barbu, tu as là un petit gars qui réalise son rêve, de podcast en podcast, de balado en balado!

J’ai l’impression que je vais écrire et faire mon podcast jusqu’à mon dernier souffle.

Sinon, ma vie n’aura pas eu de sens, à mon sens.


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Publié dans Histoire, Hockey, Lachute, Souvenir

La vieille grange

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C’est vendredi soir sur la rue Hamford! Le stationnement de la vieille aréna (La grange) est rempli au bouchon. Il fait froid mais moins que dans l’aréna de Brownsburg.

Comme j’ai pas encore 12 ans, je n’ai pas besoin de payer à l’entrée, je vais dépenser mon argent en pétaque frite et en moitié/moitié! Nous sommes quelque part dans les années 80 en plein cœur du tournoi Midget de Lachute!

L’équipe de ma ville à l’époque portait les couleurs des Rangers de New York. Notre grosse équipe jouait dans le CC. Dans le temps pour moi, ils étaient aussi important que pouvait l’être le Canadiens de Montréal même si je savais bien que les meilleurs de la région jouaient avec Les Sélect du Nord.

Le parfum de l’aréna, l’odeur de la cafétéria qui vous suit par la suite jusqu’à la maison.Le bruit des lames de patin qui s’enfoncent dans la glace. Les spectateurs qui réinvente le hockey en criant ‘’Shooooooot’’! La dame des moitiés/moitié qui s’arrachent les poumons à crier moitié/moitié!! Les adolescentes qui espèrent tomber en amour avec un des joueurs sur la glace comme ses filles qui aiment les musiciens!

Un aréna vide c’est vide comme l’ancien forum! Il n’y a rien de mythique. Ce qui la rend mythique c’est les joueurs sur la glace, les estrades pleines et le DJ qui pousse sur le volume du son au boutte! L’esprit d’équipe qui se forme de victoire en défaite ainsi de suite.

Au-delà du hockey pendant le tournoi, il y avait la poutine d’aréna! La sacro-sainte poutine d’aréna, celle avec ses frites congelés, sa sauce en canne et son fromage râpé!

Dans les estrades ça jasait du Canadiens pis des Nordiques une fois rentrée jusqu’à la sortie! Moi j’étais souvent seul pour aller voir les games. Alors j’aimais écouter les conversations. La faune d’aréna est très particulière. C’est une micro société en soi!

J’avais mon étampe sur le bras, ma poutine d’aréna, mon coke flatte et mes moitié/moitié, les games pouvaient commencer! Je me souviens pas avoir été plus heureux dans ma vie qu’à ce moment-là! Regarder le zamboni laver la glace comme un mantra! Hué avec plaisir les arbitres, se mettre chum  avec le monde autour de soi!

Il y avait un-je-ne-sais-quoi de mythique dans la veille aréna! Ce soir-là le nouveau Maire de notre ville Kenneth Bellingham était venu faire la mise au jeu protocolaire!

C’était à l’époque que Kevin Lowe faisait le tour de la rue principale en décapotable avec la coupe Stanley à toutes les années! Nous avions une ligne directe avec Les Oilers Edmonton! C’est comme si nous étions nous aussi champions en quelque sorte!

Je me sens privilégié d’avoir vécu la dynastie des Oilers de si prêt! Une belle époque comme on dit. J’ai souvenirs de la saison de 92 buts de Gretzky, j’ai souvenir de ses 50 buts en 39 matchs! Il y avait dans l’aréna autant de t-shirts de Gretzky que ceux du Canadiens!

Dans ce temps-là nos midgets portaient la barbe, en tout cas dans mes souvenirs ils étaient gros et grands. On regardait les parties mais on attendait surtout celle de notre club, à l’époque il était commandité par Thundercraft!

Pis à l’un des tournois j’ai rencontré Sonia, il faut prononcer le ‘’a’’ de son nom délicatement sinon ça devient vulgaire! Elle avait toute à la bonne place comme on disait dans le temps! Son cousin jouait pour Lachute et moi j’étais perdu dans ses yeux. Aucun désir de poutine d’aréna, de moitié/moitié, de victoire, de coca-cola flatte.

J’avais à peine 12 ans et elle aussi.

J’arrivais sur la rue Hamford tous ‘’trempe à lavette’’, j’avais marcher seul dans une tempête de neige du p’tit Canada jusqu’à l’aréna. Un bon 5 km ! Qui m’attendait à la porte de la vieille grange? Sonia avec un ‘’a’’ prononcé délicatement! Mon cœur voulait littéralement sortir de ma poitrine, j’avais déjà oublié les 5 km de marche dans la grosse neige et le vent! Sonia me faisait perdre la mémoire!

Et quand on s’est assis pour regarder les games, Sonia m’a tenu la main. J’ai emmitouflé la sienne dans la mienne. Le bonheur était collé avec nous deux côte à côte! La bombe qui a fait éclater Hiroshima pourrait bien tomber à mes pieds que j’en aurais eu pas conscience! Entre deux parties, Sonia me propose d’aller sous les estrades. À ce moment-là, pour être vraiment honnête j’ai perdu le score! 3-2 je pense mais pour qui?

Parmi les verre vide de bière en plastique, les sac de chips, les verre de coca-cola, sous les estrades nous avons réinventé la beauté! Elle a déposé ses lèvres sur mes lèvres pendant que le DJ faisait ‘’spinner’’ Living like a prayer de Bon Jovi! Nous nous sommes embrassés pendant 3 parties. Et je suis repartie avec mon petit bonheur comme celui de Félix Leclerc vers le petit Canada dans la noirceur en pleine tempête de neige, le cœur léger!

Sonia 1-0

*Je dédie ce texte à Dudur, l’équipe de 1985, Mr. Petit propriétaire de Thundercraft et commanditaire de l’équipe à l’époque et la belle Sonia!


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Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Hommage, Souvenir

La patinoire du bonhomme Sarrazin

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Sainte-Adèle PQ n’est pas seulement le pays de Claude-Henri Grignon et de son Séraphin! C’est surtout le pays d’André Sarrazin, un homme simple et bon. 

Si le pôle Nord existait pour vrai, il pourrait ressembler à Sainte-Adèle PQ en décembre. C’est l’idée que je m’en fais. Avec ses rues comme un jeu d’échelles et de serpents, sa côte Morin qui n’en finit pas de finir, son cinéma Pine aux allures des théâtres des années 50! 

Un jour va falloir m’expliquer pourquoi le Père Noël a bâti son fucking village à Val-David!

Une petite neige au bas des portes du nord tombe doucement pendant que le bonhomme Sarrazin arrose la patinoire de son arrière-cour comme si c’était le Forum de Montréal! 

La nuit est douce. Les étoiles brillent pour éclairer la patinoire d’André. Une petite lueur qui fait contraste avec le presque bleu de la glace. L’eau coule lentement pour s’éparpiller un peu partout pour devenir la presque glace du Forum.

À l’époque le bonhomme Sarrazin faisait des programmes alimentaires pour les fermes laitières. Il faisait des heures de fou mais il trouvait toujours le temps de s’occuper de la patinoire et de jouer des games avec ses trois enfants. 

Faire une belle patinoire dans le sens du monde c’est presque du domaine de la NASA. Le verglas, les redoux et les tempêtes de neige… C’est de l’art avec un criss de grand A. Beau temps, mauvais temps, chaque soir que le petit Jésus amenait André était dehors avec la lune en background. C’est comme si lui-même s’était fondu dans le décor! 

André arrivait souvent de travailler vers 7 h le soir, il pouvait entendre son voisin crier: « André! Dépêche-toi on commence la game! ». Même pas 5 minutes après être arrivé et avoir mangé un peu, il était sur la patinoire avec les siens.

Et quand les jumeaux avaient autour de 10 ans, nous étions en 1996. À cet âge-là pendant que tard dans le soir le bonhomme arrosait leur petit Forum, eux étaient un à côté de l’autre, collés un sur l’autre comme toujours, la face dans la fenêtre à regarder leur patinoire comme un précieux. Rire aussi du bonhomme qui se gelait parce que sa maudite tuque ne se rendait pas à la moitié de ses oreilles! Pis mes espions me disent qu’il a encore la maudite tuque.

Les gars à l’époque jouaient dans une ligue de hockey extérieur pour Sainte-Adèle et André était leur coach. Ils jouaient contre Piedmont, Saint-Sauveur, Morin-Heights, Sainte-Agathe, Val-David et Mont-Tremblant. Ils jouaient sur les patinoires municipales de chaque village du Nord. Et comme dans nos parties du jeudi soir au hockey cosom maintenant, les jumeaux dominaient. 

Simon, le passeur devant l’éternel, le fabricant de jeux, le technicien. Alex la brute, le compteur, l’instinctif! Ils sont à eux deux le duo parfait! Ils sont, comme j’aime les appeler amicalement, mes jumelles Sedin (les frères Sedin ont joué toute leur carrière ensemble avec les Canucks de Vancouver). 

Simon est en train d’acheter une maison à Sainte-Adèle PQ avec sa femme, la belle Mimi, et mon petit doigt de Barbu me dit que lui aussi va bâtir un petit Forum dans sa cour comme son père. André, j’ai l’impression qu’il va falloir que tu ressortes ta tuque trop petite et que tu donnes ta connaissance de gardien de patinoire à fiston. Que dis-je? Gardien du bonheur sous une petite neige fine. 

Mot à André dans la chronique
Salut l’bonhomme Sarrazin, mes hommages et mon respect! J’aime quand tu me donnes une poignée de main avec ta grosse paluche. Ta grosse main de gars du Nord enveloppe la mienne. Te serrer la main c’est du domaine du folklore, c’est du domaine d’un autre temps même si tu as tout juste 61 ans. J’ai l’impression que nos colonisateurs avaient tes mains. Je sais que tu travailles encore dur. Je sais que tu passes tes nuits entre Sainte-Adèle et Mont-Laurier à faire des livraisons. Tu es le héros de tes fils et avec raison. Tu es ce que tout homme devrait être. Tu habites chaque lettre du mot HOMME pis toute en majuscules à part de ça.

De voir les étoiles dans les yeux de ton fils Simon quand il parle de toi et de votre patinoire c’est de la poésie. C’est précieux comme les arbres dans la forêt amazonienne. 

Enraciné comme un vieux chêne dans ses certitudes, ordinaire mais extraordinaire. Simple dans le bon terme du mot. Bon comme le pain d’un vieux boulanger. Le monde est meilleur et sera viable tant qu’il va y avoir des André Sarrazin dans ce monde de fou. 

La patinoire du bonhomme Sarrazin c’était plus qu’une patinoire. C’est finalement son patrimoine, son testament, sa portion d’éternité.


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Publié dans Anecdote, Baseball, Souvenir, Voyage

Cooperstown, NY

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Ce que j’ai préféré de mon voyage de balle, c’est le chemin pour se rendre dans le magnifique village de Cooperstown!

Quelle bonne idée de mon partenaire de route (Justin) de nous avoir fait passer par les p’tites routes de campagne, au lieu de prendre le « highway »!

Les villages délabrés par le temps, les maisons laissées à l’abandon, un squelette prenant une bière sur une table à pique-nique (d’où l’expression « prendre son temps ») des églises pleines faites en bois, des montagnes à perte de vue, des Hillbillies à perte de vue, des pancartes figées dans le temps. L’Amérique profonde à coups de pick-up Ford et de “tumb” remplis de feu à chaque coin de rue.

Une vraie fin de semaine signée baseball. En montant, le vendredi dans le soir, sur la route 87, nous écoutions le baseball du Boston à travers la radio officielle des Red Sox. Une route parfaitement illuminée dans le noir, avec les commentateurs américains comme « background » à travers les Adirondacks. Avec Dustin Pedroia au deuxième but, la troisième guerre mondiale pourrait éclater maintenant, que moi et « Tall Boy » Corbeil on s’en contrecrisserait sur un ostie d’temps. Retrait 5-3.

Une fois rendus à Latham nous attendait notre motel Super 8! Une autre game de balle à la télé des Yankees qui affrontaient les Rangers du Texas. Au son des bâtons et des Coors Light, nos paupières tombaient au même rythme. Nous avons ronflé doucement jusqu’au lendemain matin. Deux gars et du baseball en toute simplicité, voilà la genèse de notre voyage!

Je dois dire ici que « Tall Boy » Corbeil s’est endormi avant moi. Si jamais vous le rencontrez et qu’il vous dit le contraire, sachez que c’est de la mauvaise foi de sa part, pareil comme les partisans des Bombardiers du Bronx.

Cooperstown

Que dire de la section entièrement réservée au sport du cricket! Pour moi, simple banlieusard vivant en Amérique du Nord, un cricket c’est un insecte! Et pour moi les insectes n’ont qu’une seule fonction, être écrasés. Je conçois que ce sport est un culte au Sri-Lanka et au Pakistan et qu’il a des similitudes avec le baseball, mais de là à en faire une section importante du baseball Hall of Fame, c’est une autre idée à saveur de fausse balle!!

Par contre, la boutique du musée était tout à fait incroyable! Un genre de paradis pour adulte qui veut rester petit. Les tasses, les verres, les lunettes, les drapeaux, les tapis, les à peu près n’importe quoi que vous voulez à l’effigie de votre équipe préférée! Que dire des affiches à faire encadrer? Le magnifique cadre du numéro 4 Lou Gehrig au stade des Yankees annonçant sa retraite, celui de Babe Ruth prédisant le circuit à venir, celui de Willie Mays de dos qui attrape une balle en plein vol en série mondiale… tout simplement à vous couper le souffle. Moi en tous cas, pendant un instant, j’ai arrêté de respirer!

La section des nominés était fantastique! Aller voir tous ces anciens joueurs et leur plaque, c’était assez impressionnant pour l’amateur de balle que je suis! En entrant dans ce lieu mythique, on se sentait comme dans un salon funéraire tellement que le moment était solennel. J’avais le goût de pleurer, mais j’ai retenu mes larmes d’ancien partisan des Expos quand je suis arrivé devant la plaque de Gary Carter. Je me disais que j’aurais l’air un peu crinqué, alors j’ai opté pour la poussière dans les yeux! De voir de mes yeux les plaques de Babe Ruth, Ted Williams, Josh Gibson et tous les autres, c’était comme un rêve qui devenait réalité! Je n’ai pas touché aux plaques, par respect.

Mais notre meilleur moment de la fin de semaine au pays de Doubleday, je n’aurais pu l’inventer! Nous, fans finis des Expos avions l’idée de rentrer avec la casquette de nos amours sur la tête! On voulait rentrer par la grande porte fiers partisans des Expos!

C’est ce qu’on a fait! J’ai enlevé de sur ma tête la casquette des Dodgers de Brooklyn que je venais d’acheter en l’honneur de Jackie Robinson pour mettre solennellement celle portée par Gary Carter avec honneur! Mon chum Justin a fait la même chose. J’ai, en arrière de ma casquette des Expos, inscrit le #8 au crayon feutre pour que je puisse entrer avec mon idole à Cooperstown.

J’ai mis la main sur la poignée de la grande porte et une fois cette grande porte ouverte, en face de nous, dans notre chemin deux partisans des Nationals de Washington, la ville vers laquelle nos Expos sont partis. Hollywood n’aurait pu inventer ce moment, only Baseball.

J’ai regardé les deux gars drette d’in yeux au fond de l’âme! Je me sentais comme une balle qui part de la main de Steve Rogers. Je suis précis et furieux. C’était quoi les chances pour moi et Justin d’entrer à Cooperstown et faire un face à face avec d’ignobles partisans de la ville qui est partie avec notre club.

L’un des gars baisse les yeux, je ne souris pas. Et comme un désir profond, je ne peux m’empêcher de leur dire: « Les expos seront de retour! My team will be back! »

Comme si ce pauvre partisan était responsable du départ de nos amours. Ils ont baissé les yeux en forme de respect, j’imagine.

Nous sommes revenus de Cooperstown sous la neige au beau milieu du mois d’avril. Comme quoi même la neige n’arrête pas de vrais partisans des Expos.


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Le Bronx de Lachute

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Moi et mon frère allions jouer à softball dans le Bronx de Lachute malgré la peur à chaque fin de semaine! Le bloc 36 est l’emblème de la grosse misère, le château du quartier. Dans le bloc 36, il y a des rois déchus, des princesses trop faciles, des princes toujours partis su’a brosse, des reines fatiguées et surtout, il y a beaucoup trop de p’tits mongols aux becs sales et abandonnés.

À l’opposé des autres royaumes dans le 36, il y a plus de fous que de rois.
Le bonheur est présent le 1er du mois mais il s’en va assez rapidement. Les claques se donnent aussi facilement qu’une poignée de main! Dans mon Bronx, on se chicane pour passer l’temps. 

(Marcel Lalonde)
Lalonde de Terrasse Saindon n’a pas été élevé mais garroché!
Lalonde à 19 ans se promenait en 10 vitesses avec les poignées à l’envers. Du « tape » blanc autour des poignées pour avoir une meilleure « grip » dans les détours éternels du Bronx. Ode à Marcel Lalonde sur son bécycle à faire le tour du carré à l’infini avec
comme paysage des HLM à perte de vue. C’était d’une poésie sans fin. J’y voyais une scène de film réalisée par Louis Bélanger celui qui nous a donné le magistral Gaz Bar
Blues!

J’aurais donné le rôle de Marcel à Alexis Martin! Il aurait la profondeur et la folie nécessaire pour interpréter notre Lance Armstrong sans gilet jaune. Si on met tous ses coups de pédale un à la suite de l’autre, il a fait le tour de la Terre plusieurs fois, lui qui n’est jamais allé plus loin que la rue Principale à Lachute. Il est
Jules Vernes sans le savoir, il est à lui seul une peinture de Marc-Aurèle Fortin.

Il est sur l’aide sociale depuis la nuit des temps. Il dépense son chèque d’une traite et mange des nouilles « ramen » à partir du trois du mois.

Pour dire la vérité, les Marcel
Lalonde de ce monde devraient être suivis par des intervenants pour les aider dans leur quotidien. Mais comme on se câlisse des Marcel Lalonde de ce monde, il finit par pédaler à l’infini dans mon texte.

(Shoeless)
J’ai souvenir de « Shoeless » Jean-Paul, né d’un père Iroquois, d’une mère Iroquoise, d’un grand-père Iroquois, d’une grand-mère Iroquoise et d’arrières grands-parents
Iroquois. Jean-Paul était l’Indien parmi trop de Cowboys!

Il était enfermé dans les HLM mais surtout dans sa tête! Jean-Paul qu’on pouvait trouver en foetus au coin de la rue avec un p’tit sac de papier brun et une haleine de colle. Lui, les miroirs qu’il avait troqué pour des fourrures avec l’homme blanc, il s’en servait pour faire de la coke. Il était un Indien de son époque! Jean-Paul était tellement heureux, il respirait le bonheur mais surtout le diesel.

Avec toute la colle qui a sniffé, il voulait construire un avion dans sa tête pour voler comme les oiseaux au lieu d’aller voler, à toutes les semaines dans le Zeller du centre d’achat, des tubes de colle pour faire des p’tits avions en plastique.

Jean-Paul s’est suicidé à l’âge de 17 ans avec la vie devant lui en 1988! Ce soir-là, il a joué au bonhomme pendu et il a perdu.

(La petite Francine)
J’sais pas si elle est encore vivante! Si oui, alors j’suis persuadé qu’elle pleure et attend toujours les deux enfants que la DPJ et le gros bon sens lui ont enlevé! Elle marchait des ridicules de km pour aller faire « sa shop » avec son panier à roulettes. La vérité c’est qu’elle avait plein d’amour pour ses enfants mais aucune capacité pour en prendre soin. Une femme déficiente lâchée lousse dans la jungle de la vie avec un utérus capable de produire à la vitesse d’une usine à bonbons.

(Bédine)
Il est le seul joueur de balle que j’ai vu frapper avec ses coudes.

(Robitaille)
J’ai souvenir de la première fois que j’ai vu deux hommes se battre à mains nues. Et
Robitaille était l’un des deux. J’ai vu de mes yeux vu Robitaille, un genre de nerveux comme il s’en fait rarement. Un narfé comme on dit.
Un voleur de buts mais surtout de chars! Le genre qui pouvait vous voler votre montre dans votre poignet avec le sourire.

J’ai vu le grand slaque Robitaille se battre contre un dur, un vrai, un gars qui venait de sortir de Bordeaux. Ici je parle pas de la jolie bourgade située dans le sud-ouest de la France.

Dans la rue ce soir-là, les femmes criaient de peur, les enfants pleuraient de voir leurs mères crier et les hommes eux criaient par besoin de voir du sang. Personne se mêlait
de la bataille, on laissait les deux chiens se manger entre eux! Il y avait certaines lois dans le quartier hors-la-loi. Moi du haut de mes 12 ans je me pense ben « smatte », je
m’approche pour voir le combat et sans m’en apercevoir, je fais partie du rond qui entoure les deux chiens.

J’en parle aujourd’hui et j’en ai encore des frissons de peur juste de l’écrire! Je suis curieux mais en même temps j’ai la chienne. Les deux hommes se sont tapés sur « la yeule » pendant très longtemps dans mon souvenir. Du sang a coulé, des dents ont
tombé, des yeux ont noirci et pour la première fois de ma vie, j’ai vu un homme pleurer.

J’ai entendu un cri de mort venir de sa bouche et de la bouche de sa femme aussi qui pleurait par-dessus lui. Le grand slaque, comme le grand roi du bloc 36 ce soir-là, il est parti le torse bombé. Ce fut d’ailleurs la seule fois dans sa vie qu’il remporta quelque chose! Moi ce soir-là, je suis reparti chez-nous avec un « spot » de pisse dans mes culottes vers le p’tit Canada.

(Loiselle)
« Pas fiable » Loiselle, son surnom dit tout.

(Cuillerier)
Tu voulais pas achaler Cuillerier. Pis ceux qui l’ont cherché, ils l’ont regretté, j’en suis persuadé! Il avait en lui une rage intérieure d’une densité jamais vue. Vous pouvez demander aux Drouin, Poulin, Wilkes et Legault de ce monde.

(Boule)
Il est le premier lanceur de fastball que j’ai vu à l’oeuvre de ma vie. « Boule » lançait comme d’autres jonglent avec des torches de feu! Chaque fois qu’il lançait, le Bronx
arrêtait de vivre, il était la fierté du p’tit monde! Quand il lançait les femmes arrêtaient de rouler leurs cigarettes, les vieux arrêtaient de boire leur quatrième bière du matin, les enfants arrêtaient de pleurer. Même les adolescentes oubliaient qu’elles étaient en « balloune ».

La première fois que je me suis fait frapper par une balle pendant une game dans le Bronx, je me suis dirigé vers le 1er but et « Boule » de me dire: « Hey, icitte quand on se fait frapper par une balle ça compte pas… faque r’tourne au bâton! ».

(Pilon)
L’expression « plein de marde » lui va comme un gant. Un pouilleux aux cheveux longs gras. Un « siphonneux» de gaz tout étoile! Il travaillait pour le gouvernement à temps plein. Il était rentier de son état, B.S. de père en fils. Le gros Pilon connaissait la Charte des droits sur le bout de ses doigts. J’ai souvenir du Gros Pilon qui fait un marteau-pilon à mon oncle direct dans le parking du 36. Je revois sa tête éclater sur l’asphalte, le sang coaguler à mes pieds…

(Bimbo)
5’7 et 400 lbs de haine, ça résume assez bien Bimbo. Le genre qui aimait se battre mais quand son adversaire était de dos! Le seul gars que j’ai vu courir après son ombre. Un homme de 400 lbs qui court comme « Ben Johnson » c’est étonnant.

Dans le Bronx, c’est là que j’ai compris qu’on naît pas tous égaux. C’est là que j’ai compris que le chemin facile n’est pas nécessairement le meilleur! C’est là que j’ai compris que le bonheur est en soi et nulle part ailleurs.

En 1973 dans le bloc 36, est sorti du ventre de la p’tite Madeleine, un p’tit gars comme tant d’autres. Aujourd’hui ce p’tit gars on l’appelle Barbu de ville.

*Je dédie ce texte à mes frères et soeurs d’infortune du Bronx d’Ayersville à Lachute.


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