Publié dans Anecdote, Lachute, Souvenir

Monsieur Magoo

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J’ai rencontré mon vieux chum au début de janvier 1980. Si ma mémoire de barbu est encore bonne, c’était un hiver comme dans le temps, comme décrit dans l’Almanach du peuple. Un hiver neigeux et très froid. Je m’en souviens très bien car en 1980 je passais mon temps dehors.

Cette journée-là, j’étais à mal patiner sur la rivière du Nord de mon enfance en arrière de chez nous. Entre deux coups de patins su’a bottine, j’ai aperçu un chaton bleu agonisant de froid sous une roche à la hauteur de Ming Plumbing, une shop à coté de chez nous. Le chaton n’avait pas 2 mois et il miaulait à mort, miaulait à en déchirer ses cordes vocales de pauvre petit minou. Ce jour-là j’ai entendu le désespoir, le vrai, pour la première fois. Ce jour-là précisément, ce chaton n’allait plus jamais vivre le désespoir durant le reste de ses 9 vies.

J’ai ramassé le minou et l’ai amené chez mes parents. J’ai amené la petite boule de poil dans ma chambre. Ma mère n’a rien dit car elle est un peu beaucoup comme Dr. Doolitle. On avait déjà dans notre logement 4 chats et 2 chiens d’une laideur sans nom.

À l’époque, le logis de mes parents était un nique à feu. Les deux fumaient comme les anciennes cheminées Miron, et quand je vous dis fumaient, je vous dis fumaient à raison de 3 paquets de cigarettes chaque par jour! Toutes des cigarettes roulées, monsieur! Oui madame des rouleuses! Du tabac, des filtres et une maudite machine qui fait clac à chaque fois que le filtre est rempli de tabac! C’est donc pas un petit chaton crasseux de fond de cour qui va déranger le chaos de ce logis de la rue Fillion!

Il a bu du lait chaud. Il a mangé comme si c’était la dernière fois de sa vie de chat qu’il mangeait. J’ai déposé le chat au bout de mon lit. Il a dormi en foetus pendant quatre jours non-stop! Il était mort de fatigue comme dans l’expression mais pour le vrai! Au cinquième jour, il a perdu sa queue. Elle est littéralement tombée quand il s’est levé! J’imagine qu’elle était gelée. Vous pouvez, lectrices et lecteurs, penser que je mens plein ma yeule et mon clavier mais la maudite queue de Monsieur Magoo avec le temps a repoussé. Le miracle n’était pas sur la 34e rue en 1947 mais sur la Fillion à Lachute en 1980!

Un chaton magané, sans nom à l’époque, avec un enfant aussi magané par la vie que lui. C’était un duo parfait. Nous étions des Siamois. Les années ont passé et le petit minou bleu s’est transformé en bandit de grand chemin et il est devenu Monsieur Magoo, oui comme le vieux bonhomme dans les « cartoons » du samedi matin à Télé-Métropole ou à Bagatelle sur les ondes de Radio-Canada! Il a eu ce surnom car il fonçait partout sans jamais regarder.

À l’époque, je n’avais pas encore Google pour me dire que mon félin était en fait un bleu russe. Un gros pacha. Le boss du quartier. La terreur du coin. Sur les abords de la rivière du Nord, un chat développe des techniques de chasse. Monsieur Magoo alias Le bandit du p’tit Canada passait ses journées dehors de mai à octobre. Du printemps à l’automne, le gros plein de marde ne rentrait pas une fois dans la maison. Mais aussitôt que les outardes avaient compris qu’elles n’avaient pu rien à faire icitte et qu’elles seraient mieux au sud du sud, Monsieur Magoo venait miauler à ma porte et ne bougeait pas d’un centimètre de novembre à mai! Le pacha dans ses 9 vies n’a jamais plus remis les pattes dehors l’hiver, »JAMAS »!

J’ai souvenir de mon premier appartement à 17 ans sur l’avenue Argenteuil. Une rue très achalandée comme peut l’être une rue dans une petite ville de 11 000 habitants! Heureusement, en arrière de chez-nous, il y avait encore la rivière du Nord pour Magoo! Il y avait aussi près de mon petit logis, Price Wilson, la shop qui a fait et fait vivre encore beaucoup de monde à Lachute. Un matin de la mi-août, j’ai entendu miauler et gratter à ma porte. Je pourrais reconnaître le miaulement de mon gros tas parmi un milliard de chats. Août, c’est pas normal ça que je me dis. Ça fait déjà 7 ans que Magoo dort au pied de mon lit et jamais en 7 ans, jamais il n’est venu me voir pendant l’été!

J’ouvre la porte…

Saint-ciboire de tabarnak. Mon chat est là devant moi et attend mon approbation. Il a dans sa yeule un corbeau mort. Wézo noir, wézo noir… WÉZO NOIR! Le gros innocent pensait venir manger son lunch tranquille sur le tapis de mon salon.

Une autre fois, j’avais déménagé dans un autre logis mais toujours sur l’avenue d’Argenteuil, toujours non loin de la rivière du Nord de mon enfance! Ici je vous confirme une chose, tous les chemins mènent à la rivière du Nord! Donc je suis dans mon loft à 125$ par mois chauffé, éclairé et câblé par-dessus le marché. Tout à coup j’entends miauler! Une fois de plus c’est mon pacha bleu qui est assis devant moi avec une barbotte d’au moins 10 lbs dans la gueule. Le poisson est encore vivant. Il gigote. Je prends le poisson et Magoo me suit même si ce n’est que le mois de juin. Je sors ma planche à découper et fais des filets pour mon bandit de grand chemin. Je dépose l’assiette par terre et Magoo mange sa barbotte comme un roi. Après avoir mangé, il est venu se frotter sur moi un peu, pas trop longtemps, à redemander la porte et je l’ai revu par la suite au début novembre.

Il y a aussi cette fois sur la rue Princesse dans le secteur Saint-Julien, toujours aux abords de la rivière du Nord, un secteur plutôt tranquille si je compare avec l’avenue Argenteuil. J’ai vu de mes yeux vu Magoo se faire assommer carrément par un Cadillac. Vous vous rappelez le genre de char qui ressemblait plus à un bateau que d’autres choses avec un coffre arrière qui rendait jaloux tous les mafiosos de la terre? Le mastodonte a frappé Magoo sur la tête et Magoo a fait de la haute voltige

jusque sur le terrain avant de mon voisin. On parle ici d’un vol d’au moins 20 pieds dans les airs! Quand il est arrivé au sol, il était déjà « knocké ». J’ai ramassé ce qui me restait de chat et je suis parti directement chez mon vétérinaire. Je sais pas comment ni pourquoi mais Magoo est sorti vivant de cette aventure et la vétérinaire de la rue Principale ne pourrait pas vous l’expliquer non plus. Magoo n’a pas gaspillé une vie, il aura utilisé les 9! Au retour à la maison, après trois jours le gros innocent miaulait pour aller dehors. Comme j’avais une confiance aveugle en Magoo ainsi qu’à ses 9 vies, j’ai ouvert la porte les deux yeux fermés et il est revenu pour le début du mois de novembre comme d’habitude!

Il y a eu cette fois où mon voisin anglais Hillbrand, d’une débilité sans nom, faisait l’élevage de pitbulls américains pour le combat. Une fois il a échappé l’un de ses monstres. J’étais assis sur ma galerie à siroter un café avec mon gros pacha quand tout à coup, j’entends l’anglais Hillbrand crier comme un fou. Évidemment, il avait peur que son chien attaque n’importe qui sur la rue car son chien, c’est une machine à tuer, il a été élevé de cette façon.

Ledit chien se dirigeait vers votre humble barbu. Le squelette dans le barbu était en train de chier dans ses culottes. Mon chat n’avait pas le poil retroussé ni rien d’autre. Il s’est levé et je vous jure sur ce que vous voulez, lectrices et lecteurs, il s’est dirigé vers le chien!

À la dernière seconde, Magoo a sauté si haut, comme au ralenti, comme s’il sortait tout droit de la matrice. Et ses griffes d’en avant se sont englouties dans l’œil droit de Spike, le pauvre pitbull américain. Spike est reparti la queue entre les jambes un œil en moins. Mon pacha lui a crevé un œil littéralement. Hillbrand, en guise de remerciement, a redonné une claque à son chien pour le chicaner! Là j’ai commencé à penser sérieusement que comme mon chat j’avais 9 vies! Parce que si j’avais été seul sur ma galerie, j’aurais été complètement déchiqueté. Mon chat voulait-il me protéger? J’aime le penser mais je ne pourrais pas mettre ma main au feu! Dans mon cœur, j’ai sauvé Magoo et Magoo m’a sauvé 1-1!

Mai 2001…

Votre humble serviteur a 27 ans et habite sur la rue Isabella avec son vieux chum bleu qui a maintenant l’âge vénérable de 20 ans. Je suis à 27 ans un vieux célibataire endurci. À l’époque je ne voulais pas de perruche dans ma vie, j’étais heureux ainsi! L’hiver, j’étais un rat d’aréna. L’été, j’avais une deuxième résidence ou presque au stade Olympique, j’étais un furieux partisan des Expos. Et entre ça, j’étais un rat de bibliothèque. En mai 2001, Monsieur Magoo n’est pas sorti dehors. Malgré le printemps, les premiers bourgeons, Monsieur Magoo n’avait aucun intérêt. Mon vieux chum de toujours était fatigué et moi je ne voulais pas voir qu’il était fatigué. À chaque jour ce printemps-là, je lui montrais la porte comme un maudit innocent.

Magoo n’avait plus aucun intérêt pour l’extérieur! Je savais que c’était le début de la fin.

Mon vieux chum…

Mon vieux chum qui est avec moi depuis que j’ai 7 ans. Il aura connu mon premier appartement, mes premières blondes, mes peines, mes peurs.

Mon vieux chum…

Et le matin du 6 juin 2001, au pied de mon lit, au bout de mes pieds était mort de sa belle mort Monsieur Magoo, mon ami, mon frère. J’ai pris une pelle et un sac! J’ai été aux abords de la rivière du Nord de mon enfance près de Ming Plombing, une shop au bout de la rue Fillion dans le p’tit Canada et j’ai enterré mon ami, mon frère, là où je l’avais trouvé.


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Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Lachute, Souvenir

COCO

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Le 8 juin 1962, il est né dans le cœur de Pointe-Saint-Charles.
Montréal n’a plus jamais été la même depuis ce doux matin. C’est comme si un nuage d’étoiles était en permanence au-dessus du logis de la famille de Coco.
Ce fut la meilleure nouvelle cette année-là, car plus tôt dans l’année, son papa était parti à Bordeaux. Pas la jolie campagne située en France, mais plutôt le »Pen » à Ahuntsic. Partout où Coco passait, une poussière d’étoiles le suivait. Le Bon Dieu lui-même faisait son »shift de nuitte » à Pointe-Saint-Charles pour surveiller Coco. C’est dire toute la magie qui entourait cet enfant! J’irais jusqu’à dire l’enfant prodige, mais là, certains d’entre vous diront que j’exagère.


Il était celui qui donnait des raclées au bully de l’école. Aucun bully n’a régné en terreur dans la même cour d’école que Coco! Se faire casser le nez à -20 degrés en janvier, c’est au-delà de la douleur soutenable. Personne ne voulait être attendu par Coco à 4 h au rack à bicycles.
Il a grandi ainsi jusqu’au milieu de l’adolescence, et par la suite il a débuté sa vie de »bum ». C’est ainsi qu’il a commencé à faire pleurer le p’tit Jésus, celui que sa grosse maman priait tous les soirs que le Bon Dieu amenait.

Ainsi, en 1981, il est devenu videur de club de danseuses à l’âge de 19 ans. Un beau grand gars aux cheveux longs en boudins noirs, qui était ceinture noire Kyokushin, qui ne portait jamais de tuque même à -25, qui portait des p’tits gants de cuir pour conduire sa Trans Am de l’année. Il portait toujours ses p’tites bottes de cuirette beige à la hauteur des chevilles, hiver comme été! 
On pouvait l’entendre arriver de loin, au rythme de son moteur V8 qui se mélangeait au son de Kiss qui jouait »à pine à planche ».D’ailleurs, Coco m’a déjà dit que »Rock n’ Roll All Night » est une chanson que Gene Simmons aurait écrite pour lui! Coco était un beau menteur, mais pour nous, ti-culs de la rue Fillion, il était extraordinaire.

Avec Coco, tout était possible, même l’impossible.

Tous les dimanches, il venait voir son grand frère qui habitait à Lachute. Tous les dimanches, nous avions droit à des rumeurs de Pointe-Saint-Charles.
Il avait toujours plein d’anecdotes de la grande ville, des histoires à dormir »deboutte », et souvent, il était déguisé d’un œil au beurre noir. Car, en plus d’être videur, il était batailleur de rue à temps partiel. Pour 500 piasses, il prenait n’importe qui n’importe quand.
Après quelques petites Molson, il aimait bien épater la galerie avec son grand classique, c’est-à-dire sauter dans les airs et frapper le haut du cadrage de porte avec la pointe de son orteil. Nous étions sans mot.


Son autre classique : prendre son frère Jean-Guy, de 300 livres proche, à bras le corps, et en faire un foulard pour son cou. En tant que p’tits bonhommes, mon frère et moi pouvions en parler pendant des semaines tellement nous étions émerveillés. Encore aujourd’hui, je suis persuadé que mon p’tit frère de 40 ans s’en souvient.

Coco aimait faire plaisir aux enfants comme ça, juste pour faire plaisir! Et dans mon temps, dans mon quartier, c’était plutôt rare de faire plaisir juste pour le plaisir!
Coco: Ok, fa’moé 15 push-up pis j’te fly 5 piasses.


Coco: Hey l’morveux, embarque dans l’Pontiac de Coco, on s’en va chez Perrette pis on va s’bourrer la face.

Le 23 décembre 1984…
Arrive dans une immense tempête de neige un camion de boucherie dans notre stationnement!
Coco: Hey Mado, viens choisir de la viande dans le truck pis amène ton gros sans-cœur pour nous aider.
Le gros sans-cœur, c’était mon père, qui n’était pas là mais aux danseuses à dépenser sa paye et les chèques d’allocations familiales.
Coco: Ok d’abord, amène ton plus vieux, y va nous aider.
Je me lève, je mets mes bottes, mon manteau par-dessus mon pyjama des Canadiens usé à la corde, et je découvre la caverne d’Ali Baba sous la forme d’un immense camion de boucherie (un cube réfrigéré). Le camion est plein jusqu’au bouchon. Filets mignons, T-bones, charcuteries, lard, bacon en boîte, rôtis, pis encore… C’est comme si y’avait un troupeau de bœufs là-dedans. Cette nuit-là, j’ai compris que Robin des Bois ne venait pas de Nottingham, mais de Pointe-Saint-Charles. J’ai compris aussi que le mot impossible n’existait pas dans le livre de Coco.
En janvier 1985…
La police de Montréal retrouva le corps d’une jeune femme dans un conteneur à vidanges. On lui avait coupé les deux seins avec un vulgaire couteau. Une job qui n’avait pas été faite par un chirurgien. Elle avait aussi le trou du cul défoncé! À peine 20 ans, la vie devant elle. Belle comme ces princesses dans les contes de petites filles. Une soie avec laquelle on s’était torché. Montréal, c’est petit en criss. Les ruelles ont des oreilles et des yeux. La rumeur a couru partout comme un chien fou. La rumeur a couru jusqu’à la porte du chum de la jeune femme, c’est-à-dire Coco.
 
La rumeur qui a couru pendant trois jours, de Sainte-Catherine en passant par Saint-Laurent pis Dorchester, c’était que la serveuse avait refusé les avances d’un gars dans »gammick ». Le gars lui aurait offert 5000 piasses cash pour coucher avec, pis elle aurait dit devant tout le monde que même avec tout l’argent du monde, elle coucherait pas avec lui. Pis que même s’il restait juste lui su’ a terre, elle coucherait pas avec.

Le genre de gars qui se fait jamais dire non, pis surtout pas devant ses boys! Le genre qui ne se torche pas avec des pelures d’ognon.

Quelques jours plus tard…
Le gars dans »gammick » fut retrouvé dans son magnifique penthouse en haut d’une tour. Il n’était plus le même. Même ses parents ne l’auraient pas reconnu. Il était brisé, de la poudre d’os. Les blessures ont toutes été infligées à coups de poing ou de pied, aucun autre objet, aucun! Les traces montrent qu’une seule personne a donné des coups.
Le 26 janvier 1986…
Coco est assis dans son char. Sa tête a éclaté un peu partout, jusque sur le banc d’en arrière. Des petits morceaux du beau »bum » se retrouvent partout sur le banc de cuir. Le sang rouge fait contraste avec les nouveaux bancs blancs du bolide. La »gammick » est plus forte que l’amour, que la police, et surtout, plus forte qu’un videur de club.
Il fait très froid et, dans sa radio, il y a une cassette 8 tracks »Dressed to Kill » de Kiss.

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