Publié dans Anecdote, Baseball

De la moutarde de baseball et Serge Touchette

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« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. »

Nous sommes en 1994. Montréal vibre au rythme de nos Expos, enfin ! La ville n’a pas vibré ainsi depuis que Rick Monday nous a fermé la trappe avec son circuit, un certain lundi d’octobre 1981 ! Et si vous n’êtes pas certain de la date, vous pouvez demander à ce bon vieux Steve Rogers… Un circuit qui aura tenu en silence une ville au complet pendant 13 ans ! Un chiffre qui allait porter malheur pendant la saison de 94 !

Lundi 27 juin. Nous sommes arrivés au milieu de la première manche… Les colonnes du Stade tremblent littéralement de l’extérieur ! Au début, je pensais que c’était à cause de la neige. Mais comme on est en fin juin, il m’a fallu éliminer cette hypothèse ! C’étaient les vibrations des fans de nos Expos, nos Amours, en transe ! CORDERO, CORDERO, CORDERO… Comme une musique.

Après une manche, c’était 1-0 pour nos Expos, nos Amours, contre les puissants Braves d’Atlanta de Bobby Cox ! Nous étions 45 291 dans le Stade, dont moi, Simon Chartrand et mon voisin de gauche M. Émile Dupont, 92 ans ! Pourquoi nous avons manqué la 1re manche, je ne m’en souviens pas, moi qui ai la plus grande mémoire à l’est de Papineau !

Pour le début de la deuxième manche, nous étions sur la ligne du 3e but. Le Caddy du père à Simon était en sécurité dans le parking souterrain ! Simon, c’est un gars de hot-dogs. Il a fait honneur à sa réputation : 3 steamés moutarde-choux et une p’tite frette et moi deux frettes avec un smoked-meat débordant de moutarde de baseball ! Je confirme que notre bonheur à ce moment est un compte complet !

Ce jour-là, duel de lanceurs, directement du Temple de la renommée : Kenny Hill contre Greg Maddux, que Serge Touchette appelait « l’homme qui peinture les coins » ! Si j’avais la chance de rencontrer « le Touch », je le serrerais dans mes bras de Barbu sans aucune gêne. Serge touchette est ma doudou d’enfance ! Je dis si j’avais la chance, mais la vérité est que je ne veux pas le rencontrer. Mon cœur rouge, blanc, bleu, aux couleurs de mes Expos, serait incapable de le prendre. Vous voyez, mon cœur est fragile comme la fesse gauche d’Ellis Valentine !

Je vais d’ailleurs vous faire une confession : ma formation préférée des Expos, nos Amours, n’est pas celle de 1994, mais celle de 1980 ! Ceci étant dit, celle de 1994 avait un je-ne-sais-quoi de particulier, mais je crois sincèrement que la différence entre les deux formations, c’est le numéro 17 : Felipe Alou !

Début de 2e, donc… La manche n’est pas commencée que déjà, j’ai de la moutarde sur mon beau t-shirt de Gary Carter ! Mon smoked-meat n’est pas rendu à moitié et déjà Simon casse du sucre sur mon choix de t-shirt blanc et de repas ! Kenny Hill a été expéditif comme on dit 1-2-3 dans l’ordre… Le gros McGriff, Justice et le receveur Javy Lopez, le cœur de la formation !

La foule était belle ! Je l’imagine comme au parc Jarry, que je n’ai pas connu ou comme au Stade olympique en 1976 quand nous étions le nombril du monde ! Quand les Canadiens dominaient la Ligue nationale de hockey, quand les Alouettes dominaient la Ligue canadienne de football, quand Montréal était la plaque tournante du Canada ! Quand Montréal était Toronto ! Ici, je dois affirmer que je ne serai jamais un partisan des Blue Jays, un point c’est toute ! Tant qu’à ça, je vais me mettre à suivre le Nascar, pis je vais regarder des chars rouler en rond pendant des heures en y trouvant un sens ! C’est vous dire mon dédain des Jays !

Hill était intouchable cette journée-là ! Le numéro 44 a donné une clinique de lanceur pendant 7 manches ! Entre les deux demi-manches, j’avais fini mes deux bières alors je suis allé m’en chercher une autre. La commande était une frette pour Simon, une pour moi et une pour M. Dupont, qui avait apporté son jus de tomate pour mettre dans sa bière ! En passant, je marquais la game avec M.Dupont ! 5-4-3, retiré ! Berry, à Lansing, à Cliff Floyd ! Oui, c’est du charabia si tu n’es pas un amateur de baseball qui se respecte ! Je ne commencerai pas à t’expliquer comment marquer une game en plein dans un texte à saveur nostalgique !

Kenny Hill et Greg Maddux ont fait ce qu’ils faisaient de mieux à l’époque : retirer des frappeurs professionnels un après l’autre ! C’est écrit dans le grand livre du baseball depuis 1876 : « The name of the game is pitching ». C’est pas moi, ni Touchette, ni Doucet, ni Brulotte, ni Lebrun, ni Raymond qui l’a dit ! Je soupçonne Abner Doubleday d’avoir inventé ce jeu juste pour montrer ses talents de lanceur ! C’est clair que Doubleday avait un bon bras, sinon ce jeu-là aurait été bâti autrement !

Nous sommes rendus en 6e manche ! Les Braves marquent un point au pic et à la pelle ! Au début de la frappe de nos Expos, nos Amours, CORDERO, CORDERO, CORDERO frappe un double ! J’ai pensé à ce moment-là que la toile du Stade était pour déchirer comme la fois que « la fraise », Darryl Strawberry, l’avait pincée !Mais avant, j’ai mangé un deuxième smoked-meat et le caissier m’a parlé de ma tache de moutarde. D’ailleurs M. Dupont m’a gentiment dit que je ne savais pas manger un smoked-meat ! Il a quand même 92 ans, il doit savoir de quoi il parle, que je me dis !

Milieu de 7e manche… Deux hommes sur les sentiers : le joueur d’utilité Lou, Lou, Lou, Frazier et celui qui court sur les sentiers avec un piano sur le dos, le numéro 24, Darrin Fletcher ! Ceci étant dit, j’ai toujours apprécié ce receveur !Le jeune Cliff Floyd se présente au bâton ! Il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air à chaque fois que le jeune Floyd se présentait au marbre. Montréal aimait les nouveaux jeunes, Floyd et Rondell White ! Et quand on aime, à Montréal, on aime autant qu’on déteste ! Avec deux balles et deux prises, la foule de 45 000 spectateurs est devenue silencieuse ! Un silence total. Nos cœurs battaient au rythme de celui du numéro 30 !Nous étions en transe, moi, Simon, M. Dupont et ma tache de moutarde ! Émile a sorti un chapelet de ses poches et je l’entendais murmurer un Notre Père…

La petite balle avec des coutures tout autour a touché le bout du bâton du jeune Floyd ! Une tempête parfaite venait de se produire ! Aussitôt que la balle a fait contact avec le bâton, la foule s’est levée en symbiose ! La toile du stade voulait déchirer ! Youppi était en train de friser sous les estrades. La petite balle est partie dans les bleachers à droite, sous le regard de Dave Justice (enfin une certaine justice dans ce monde réservé au gros marché !). En même temps que Youppi, Ted Turner (propriétaire des Braves) était lui aussi en train de friser !5-1 après 7 manches complètes pour nos Expos, nos Amours !

À ce moment précis, je me suis r’viré vers M. Dupont et je lui ai dit : « L’père, pas besoin de vos bondieuseries cette année, nous avons le club de la destiné ! »Et Émile de me répondre : « Commence donc par manger un smoked-meat dans le sens du monde, pis après on va pouvoir jaser ! »

Les Expos qui mènent 5-1, un bon fou rire sincère, de la bière (du jus de tomate on the side) et un moment inoubliable avec mon buddy Simon pendant que nos Expos jouent à ressembler aux Yankees de New York !Je crois sincèrement en nos chances pour la première fois depuis longtemps.

Je suis sur la ligne du troisième but et je revois ma vie de partisan des Expos défiler dans ma mémoire. En cette journée, j’aurais même pas peur de Rick Monday, c’est vous dire la confiance que je porte aux hommes de Felipe Alou ! J’allume ma petite radio transistor qui fonctionne dans le stade pour écouter Jacque Doucet et son comparse Rodger Brulotte…

Greg Maddux est sorti du match devant nos yeux, le grand Maddux, le Picasso des ligues majeures. Leo Mazzone demande un nouveau lanceur. Mazzone, le coach des lanceurs le plus inutile de l’histoire d’une équipe. Maddux, Glavine, Avery, Smoltz et Mercker, j’ai pas besoin de vous expliquer plus longtemps (I rest my case).

Cliff Floyd venait d’assommer les Braves. Nos Expos, nos Amours, ont remporté cette partie 7-2. Notre premier frappeur, l’excellent Marquis Grissom, a frappé quatre coups sûrs en cinq présences cette journée-là. Un beau lundi soir, comme on dit !

Mais la soirée n’était pas finie… On allait regarder « Le Baron » Alain Chantelois animer sa ligne ouverte du soir en direct du Rusty 10 ! D’ailleurs, lui aussi avait frisé comme Youppi ! Pour faire rire la foule, il a pointé ma tache de moutarde. Simon était très heureux. Le monde riait et moi aussi, je dois le dire !

Au retour vers Lachute, home sweet home, il est assez tard pour que Jacques Fabi ait commencé son « Fabi la nuit » ! On rit de bon cœur. Le bonheur, à cette époque, était fait de petites choses.

Et le 12 août 1994, comme ce que les Gaulois redoutaient, le ciel nous est tombé sur la tête ! Pire qu’un circuit de Rick Monday, pire qu’un camp d’entraînement dirigé par Tom Runnels, pire qu’une blessure de Moïse Alou à la cheville et même pire qu’une transaction Randy Johnson pour Mark Langston ! C’est ici le début de la fin de nos Expos, même s’ils nous ont quitté seulement en 2004.

Je ne voulais tellement pas terminer ce texte de façon négative… tellement pas !Pour moi, pour le petit garçon que j’étais, qui ne se rappelle pas de la vie sans les Expos.

Pour Jacques Doucet, la voix des Expos, pour Claude Raymond, le numéro 16, mon grand-père spirituel.

Pour Serge Touchette, celui qui m’a donné le goût d’écrire (lui qui a écrit les plus beaux papiers sur le baseball, saisir l’instant).

Pour Derek Aucoin, le grand slaque numéro 66, un homme avec un grand H.

Pour Denis Boucher (les frissons lors de ton match au Stade, jamais égalés).

Pour la famille Bronfman (merci à vous).

Pour Pierre Arsenault, pour Alex Anthopoulos (ta prochaine équipe à gérer, nos nouveaux Expos).

Pour la mémoire de mon idole, le KID Gary Carter.

Pour Tim Raines l’homme, le voleur de buts.

Pour les genoux d’André Dawson et la fesse gauche d’Ellis Valentine.

Pour Felipe Alou (le nouveau Stade sans une statue de Felipe sera une disgrâce).

Pour Mark Griffin, prochain descripteur officiel de nos nouveaux Expos.

Pour Michel Laplante et ses Capitales.

Pour les Aigles de Trois-Rivières aussi, pour Baseball Québec, pour les Rebelles des Laurentides, pour les Orioles de St-Jérôme.

Pour ces vieux bonshommes qui écoutent les games à la radio, pour Louis de Ville Mercier, pour le 91,9 Sports, pour RDS, pour TVA Sport.

Pour ma fille Mathilde et, bien égoïstement, pour moi surtout !Oui pour moi ! Le baseball m’a sauvé, je lui dois tellement ! Certains avaient Batman, Superman ou Captain America comme héros.Moi c’étaient les Dawson, Raines, Rogers, Carter, Oliver, Wallach, Reardon… et combien d’autres, combien d’autres !J’attends le retour, même avec un partage avec les Rays !

Je voudrais ici reconnaître le travail immense de Serge Touchette ! Honnêtement, je dois beaucoup à cet homme. Il a façonné ma façon d’écrire sans le savoir. Serge Touchette mérite sincèrement sa place est à Cooperstown !

En terminant, l’image la plus triste qu’il m’a été donné de voir c’est celle de Claude Raymond, sur la butte, à la fin du dernier match de nos Amours au Stade olympique et celle de la voix étouffée de Jacques Doucet sur les ondes de CKAC avant qu’elle ne devienne une station de circulation !

J’aime profondément cette microsociété. J’aime profondément notre façon, en français, de parler du baseball ! Nous sommes baseball comme vous ! L’été, c’est notre passe-temps national, it’s our national pastime too.

Le prochain Stade doit s’appeler Gary Carter ou ne s’appellera pas !


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Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Lachute, Nouvelle littéraire

Un été à Ayersville

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La vie dans le Bronx était pas souvent facile. 

Le monde marchait souvent la tête par en bas. 

Mes plus beaux souvenirs d’enfance sont au coeur de ce quartier de misère. Jamais je vais renier Ayersville. C’est chez-nous. C’est en moi! 

Mon père, que je déteste pour mourir, vit encore là. Il a 76 ans. Il est vieux maintenant et sans danger pour personne. 

Jamais je vais m’empêcher de vous dire la vérité sur le p’tit Canada, ou le Bronx. Pour le meilleur et pour le pire. Ayersville, comme le p’tit Canada, est profondément ancrée dans mon ADN! Je ne suis pas né de la cuisse de Jupiter! 

L’été de 1985 a été mémorable à plusieurs niveaux : j’avais douze ans et la vie devant moi! J’avais douze ans et une moustache molle! J’ai passé mon été de 1985 au complet dans le Bronx d’Ayersville! Le Bronx où il faisait bon de siphonner du gaz la nuit pendant que tout le monde dort dans les HLM! Oui, j’ai connu un gars qui siphonnait du gaz, surtout en fin de mois, question de pouvoir faire rouler son bazou! C’était la vie, le quotidien dans le Bronx d’Ayersville. Opération minoune était un gros sujet de conversation dans le coin. Tout le monde était dans sa propre douleur, tout le monde savait la douleur des autres, tout le monde se jugeait et puis pourtant..et puis pourtant! 

On pourrait penser qu’entre pauvres on s’entraide, mais c’était tout à fait le contraire! Si c’était possible de frapper sur quelqu’un à terre, inquiète-toi pas qu’on était une coupl’ à fesser dessus!

Le Bronx, c’était notre jungle à nous. Entre nous. Pour nous. Quand t’es jamais allé plus loin que le comté d’Argenteuil, c’est difficile de voir qu’ailleurs, c’est pas comme chez-vous! 

L’été de 1985, c’est l’été où j’ai ramassé mon chat Magoo sur le bord de la Rivière-du-Nord. Plus précisément à côté de chez-nous, dans une shop qui s’appelait Ming Plumbing! En 1985, c’est le dernier été durant lequel on est allés passer deux semaines chez les cousins en Abitibi, plus précisément, cette fois, à Senneterre! Un petit village au nord de Val d’Or, au coeur de la Vallée de l’Or, là où la terre gèle parfois en plein coeur du mois de juillet! On était aussi allés à Amos et Kipawa (une réserve indienne, paradis de la truite arc-en-ciel), toujours en Abitibi.

J’ai souvenir des nuits humides et froides de l’Abitibi, pays de misère. J’ai souvenir de la noirceur une fois les lumières fermées dans le parc de maisons mobiles. J’ai souvenir de la route pour se rendre jusqu’au boutte du monde. J’ai souvenir de traverser la réserve faunique de La Vérendrye. Si mes souvenirs sont bons, il me semble qu’une caisse de douze O’Keefe était bonne pour faire le trajet Lachute-Senneterre! On parle ici d’une bière ou presque à l’heure! Pas de ceinture, pas de tracas! Comme disait Richard Desjardins, j’vas monter à Val d’or “pas d’cadran pas d’capote”*! 

J’ai souvenir du lac bleu devant mes yeux, d’une beauté immense! J’ai souvenir du soleil de l’Abitibi, qui n’est comme le soleil de nulle part ailleurs! J’ai souvenir des aurores boréales! 

J’ai souvenir des sauvages. J’ai souvenir des ski-doo en avant des maisons. J’ai souvenir de la bagosse! J’ai souvenirs de la forêt à perte de vue. J’ai souvenir des petits fruits sauvages mangés en jaloux. 

Deux semaines par année, environ, qui me semblaient durer des mois! L’Abitibi c’est pas pour moi, j’suis beaucoup trop urbain pour ça. 

À part ces deux semaines-là, j’ai passé le reste de mon été de 1985 ou presque au coeur du Bronx à Lachute! 

Mon cousin Stef et moi, on était deux jeunes plutôt tranquilles…en général! Parfois, comme si une bulle montait dans nos cerveaux, on avait des “plans d’nèg’’. C’était la façon à l’époque de dire qu’on faisait des mauvais coups! Cette fois-là par contre, le plan n’était pas calculé comme tous nos autres plans. Stef avait reçu en cadeau un magnifique fusil. Un BB gun de chez Canadian Tire. On venait de louer au club vidéo Langevin le nouveau film d’Arnold, Commando! Tout pour activer notre “plan d’nèg’’! C’était une journée comme toutes les autres journées, sauf que dans ma tête, j’étais devenu un sniper comme Arnold! J’avais 12 ans et aucun biceps à l’horizon! 

En face du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM, et à côté du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM et l’autre côté aussi!  C’était un rond-point de HLM! Dans ces HLM, il y avait plein de personnages cocasses et certains de triste mémoire! Ode à terrasse Saindon…

Patrick Cuillerier et sa face de Carême! À 12 ans j’avais peur de lui! Quand il passait à côté de moi, j’avais le goût de faire un p’tit caca nerveux! Un genre d’ado à l’époque toujours en tabarnak! De mémoire, j’ai jamais vu sourire Cuillerier, jamais! 

Demandez à ‘’Wézo’’ qui a pété tous les pneus des chars sur la rue Hamelin un certain soir? Moi je sais très bien c’est qui mais sérieusement, pensez-vous que je vais vous dire ça dans un texte? Come on.

J’étais dans la chambre de mon cousin quand j’ai eu l’idée géniale de tirer dans une fenêtre avec le BB gun! Moi, le John Wayne des pauvres. Je me suis installé comme un sniper dans sa fenêtre. J’ai miré la fenêtre de son voisin à gauche…celui qui siphonnait du gaz la nuitte pendant que tout le monde dormait sauf moi! Je me rappelle comme si c’était hier. Comme si j’avais encore le BB gun dans mes mains d’ado gêné d’être dans sa propre peau.

J’ai tiré un coup, un seul coup dans la fenêtre! En plein milieu de la fenêtre, cible parfaite! 

La balle a atterri sur la vitre comme le clou rouillé qui était entré sous mon pied deux jours auparavant! La vitre a éclaté en mille morceaux, complètement éclatée! Une symphonie en plein coeur du Bronx de Lachute! Les feux de La Ronde version pour les pauvres! Moi et mon cousin on était blancs comme des draps! On n’est pas des vrais bums! J’ai pas fait un caca nerveux mais c’est tout juste! J’aurais souhaité être partout sauf là. Même que j’aurais choisi d’être plutôt dans la Vallée de l’Or, c’est vous dire mon désarroi! 

J’ai compris ce jour-là que je n’étais pas un thug! J’ai compris que le crime organisé n’était pas pour moi! Ma carrière de bum venait de se terminer. Je préférais, à 12 ans, me concentrer sur le mystère que sont les filles et l’écriture! Anyway, même si j’avais voulu me battre, il y avait assez de bons batailleurs de mon âge dans le Bronx pour me ramollir assez vite.

Parfois les souvenirs de l’Abitibi se mélangent à ceux du Bronx et du P’tit Canada. C’est ce qu’on appelle vieillir! Je revois plein de visages dans ma mémoire. Ceux de mes cousins nomades, Stef, Marco et André. Ceux des tannants qui rôdaient autour de Ayersville et sur la glace du vieil aréna : les Drouin, les Poulin, Legault, Wilkes…et combien d’autre. Ceux aussi des Durocher qui vivaient avec leur mère…dans le temps, la monoparentale était à la mode dans mon coin.

Ça explique bien des choses, ça brasse des souvenirs! Parfois j’ai mal à mon Bronx. J’aimerais un jour faire un show dans la salle communautaire du bloc 36! J’ai l’impression que mes histoires prendraient toute leur essence! Ce texte est éparpillé comme mon Bronx et c’est voulu ainsi!

Les étés à la piscine Ayers. Le parc de balle, ou ce qu’il en restait, adjacent à la vieille usine Ayers. Les Deschamps, les Lalonde et combien d’autres. 

À 12 ans, j’ai compris qu’un jour je devrais quitter ce quartier! Ce n’était pas pour me penser au-dessus des autres mais à 12 ans, je savais que mon avenir n’était pas ici. Je savais pas comment j’allais y arriver avec mon frame de chat, mon manque de confiance en moi-même, mes mauvaises notes à l’école et ma mentalité d’être né pour un petit pain! 

La vie est un long chemin. Mais même si tu viens du fin fond de Ayersville, tu peux t’en sortir! 

La vie ne s’arrête pas au boulevard de l’Aéroparc! 

*Richard Desjardins, Le bon gars (1990), Album : Tu m’aimes-tu, © Foukinic Editions, Foukinic Inc (les éditions)


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La jasette du Barbu #15

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