Souvenir radio #1 avec Jean-Charles Lajoie

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Un beau délire sur les ondes du 91,9 sports! Je raconte le coq de St-Côme.


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Publié dans Anecdote, Chronique, Hommage, Lachute, Nouvelle littéraire

Olivier et son petit bonhomme de chemin

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Samedi 15 août 2020

Il est haut comme trois pommes. Trois petites pommes. 
Il habite sur la côte de sable à Lachute, il a 4 ans et demi.
Il s’appel Olivier. Il aime faire des tours de machine.

Des fois la vie nous fait un cadeau. 
Olivier a gagné à la loterie de la vie.
Son nouveau papa et sa nouvelle maman c’est en quelque sorte son 6/49!

Des fois la vie est un cadeau.
Quand Olivier est arrivé sur la côte de sable, il était presque encore dans le papier.
Stéphane et Dominique, on a gagné à la loterie de la vie.
Olivier c’est en quelque sorte leur 6/49!

Stéphane et Dominique ont essayé de fabriquer un enfant ensemble, mais la vie a décidé autrement! La machine à bébé ne voulait pas coopérer! 
Parfois la vie fait bien les choses. L’univers c’est immense et parfois les étoiles s’aligne parfaitement! 

Je connais Stéphane depuis toujours. Depuis que j’ai conscience Stéphane est là. Nous nous sommes perdu de vue pendant trop d’années, environ 20 ans! La vie va trop vite des fois et parfois elle nous rattrape. Il est comme j’aime l’appeler mon cousin préféré. Mon meilleur ami d’enfance! Mon partenaire de mauvais coup, mais surtout mon partenaire de Nintendo! Oui c’est à cause de lui que j’ai jamais rencontré Maurice RIchard! 

En ce samedi, je suis chez mon chum Simon sur la Fraser à Lachute. Souper de couple avec nos blondes. Bonne bouffe, bon vin, bonne discussion…la vita e bella! On oublie la covid, le Liban, le Me too, le 2020 pour un instant! on décroche, on déplogue, on se donne le droit d’avoir du bonheur! On parle de son projet entamer de tête de Drakkar ‘’gossé’’ en bois pour accrocher au-dessus de l’entrée de son garage. Il aime les Vikings, il est passionné d’histoire. 

On parle de Barbu de ville. je vois la fierté dans ses yeux. Il est content pour moi. C’est ça l’amitié. On se casse pas du sucre sur le dos, on est pas jaloux de l’autre. Nous avons toujours eu cette saine amitié! Je suis aussi fière de lui que lui de moi. Aujourd’hui, on pourrait appeler ça de la Bromance! 

La vie ne tient qu’à un fil et j’en suis de plus en plus conscient, j’imagine que c’est ça qu’on appelle vieillir! Et bout de ce fil, ça prend de bons amies pour nous tendre les mains. Personne ne peux jouer au funambule seul toute une vie. C’est alors vouloir jouer au kamikaze comme ces chinois à l’époque de Pearl Harbour! 

Dans la semaine, mon cousin Stef c’est abonné à mon Patreon, j’étais très touché! Nous nous sommes parlé via courriel. En ce samedi, j’en ai profité pour l’inviter chez Simon.
Il est venu nous rejoindre au volant de sa belle Mustang 2003!  Stef a toujours aimé les machines, même qu’à l’âge de 4 ans, il conduisait le tracteur d’Émile Prud’homme, l’ancien chum de sa mère Denise. On a parlé comme des vieilles pies, des heures et des heures jusqu’à 3h dans le petit matin! On a réinventé le monde à notre façon. On a redonné un sens au monde, je crois, un petit verre de vin à la fois. On était libre comme si on était en 2019!

À travers notre conversation, j’ai appris que Steph avait adopté un petit garçon. Lui qui a maintenant 48 ans. Le petit Olivier fils de sa nièce…
J’ai toujours admiré mon cousin, un gars travaillant depuis toujours, moi à l’époque le cordon du coeur me traînait dans la marde! 

Il est officiellement aujourd’hui le papa d’Olivier!
Des fois, je me conte de belle menteries en disant que je trouve que la vie est belle, la plupart du temps je pense tout a fait le contraire. En vérité la plupart du temps je la déteste. Mais en ce samedi, je la trouve belle pour le vrai quand Steph me parle du petit singe à batterie Olivier!

Steph est livreur au resto Carole Pizza sur la rue principale à Lachute depuis longtemps. Il est connu dans le coin comme barabasse dans la passion (va googler si tu comprend pas, je vous attend pour continuer l’écriture du texte)! 
Pas besoin d’avoir une maîtrise, un bac, un phd, d’avoir été à l’université pour être une bonne personne dans le sens du monde! À l’école de la vie, mon cousin a réussi! 

Même si en grandissant Olivier joue avec un ballon sur son nez, qu’il prend des risques, qu’il s’amuse à la vie, qu’il jongle avec la patience de ses parents, il y aura toujours les mains de Dominique et Steph au bout du fil!

Et comme la terre n’arrête jamais de tourner sur le fil de la vie  entre le noir, blanc et gris Olivier fait son petit bonhomme de chemin. 


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Publié dans Anecdote, Hommage

Le chinois du dépanneur

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Su’a rue Joseph-Fortier à St-Jérôme, il y a un petit trésor caché! Il faut bien observer car c’est comme s’il n’existait pas. C’est comme s’il se fondait dans le décor. De prime abord on dirait un vieux duplex des années 70! Du genre qu’on peut retrouver seulement dans St-Léonard! Un dépanneur gelé dans la nostalgie. Un dépanneur comme dans l’temps avec son propriétaire qui vit à même la bâtisse. Dépanneur King: bière, vin, Loto-Québec et bonbons mélangés.

Il parle le mandarin et travaille de 8 heures le matin à 11 heures le soir, chaque jour de la semaine que le soleil levant apporte. Il a construit en quelque sorte sa propre Muraille de Chine à même le 688 rue Joseph-Fortier.

Il gagne sa vie à coup de cennes. Il donne un sens au mot travail. Il a une tablette électronique pour écouter des émissions de radio de son pays! Et pendant qu’on achète des cochonneries on peut entendre le son très fort de ses émissions chinoises. C’est d’une beauté sans nom. Ça donne le goût de manger des nouilles ramen en écoutant un film de Bruce Lee!

Le dépanneur à l’intérieur est mal éclairé, les planchers sont croches, les murs sont remplis de cossins inutiles. Il y a des posters de bière usés par le temps, des caisses de bière empilées en triangle pour faire marketing et un mur complet de bonbons mélangés! 

Quand j’suis rentré là, c’est comme si j’avais 7 ans! Attention quand vous ouvrez la porte du dépanneur King, en fait c’est une machine à voyager dans le temps! Pas une chaîne de dépanneur toutes pareils comme Couche-Tard machin, avec des gérants au salaire minimum pis qui vous suggèrent des produits pour accompagner des produits que vous venez d’acheter. Le dépanneur King est unique comme toutes ces dépanneurs de l’époque. Chaque dépanneur avait sa couleur, son genre. 

En quelque sorte Couche-Tard machin a tué une partie du folklore québécois. Aujourd’hui c’est un Chinois qui le tient à boutte de bras, avec ses bras frêles de Chinois mais résilient!  À côté de son mur de bonbons mélangés, il manque une tablette de cartes de baseball enveloppées avec des gommes sèches, des avions qui ne volent pas en styrofoam, des albums Panini pour mettre des collants de joueurs de hockey et des magazines de PIF avec un jouet cheap en plastique. La devanture de ce dépanneur est faite pour recevoir des milliers de bécycles stationnés en tas proprement un par-dessus l’autre. C’est comme qui dirait dans son ADN!

La semaine, des milliers d’étudiants de la polyvalente passent par chez-lui! Ils vident carrément à chaque jour son mur de bonbons mélangés comme quoi même l’évolution, même l’empire Couche-Tard machin n’a pas changé ça. La règle est simple! Sur l’heure du midi, c’est la bonne vieille règle de trois. Trois étudiants à la fois dans le dépanneur. Il y a certains midis des files de monde sur la rue pour rentrer dans ce petit trésor caché. Chacun vient chercher sa part  de « comme dans le bon vieux temps » même si la plupart n’ont pas vécu ce temps.

On peut encore acheter un sac de bonbons mélangés chez eux pour 25 cennes. J’suis certain qu’il a encore des trentes sous dans sa caisse. 

Il est le gardien de nos souvenirs en quelque sorte. C’est imparfait et croche un peu et c’est tant mieux en cette ère de Pinterest et de nos maisons parfaites, avec nos gazons vert ultra, nos légumes parfaitement pareils en épicerie, nos poitrines de poulet sans l’ombre de gras, nos photos de famille Facebook, nos vies comme des faux décors d’Hollywood. Mais la vie c’est pas une page parfaite de Pinterest comme liberté ne devrait jamais être une marque de yogourt ou de serviettes sanitaires. C’est un mot porteur d’espoir pas de publicité. 

Et chaque soir que le soleil tombe en arrière du décor, le vieux Chinois remonte en haut dans son logis avec le sentiment du devoir accompli. Je l’imagine mangeant un délicieux bol de nouilles ramen de qualité qu’il a lui-même fabriqué avec ses mains de travailleur, avec ses mains d’un autre temps, avec ses mains qui ont traversé les océans pour finir sa vie dans ce petit dépanneur de rien pour humblement gagner sa vie à coup de cennes.

Le Chinois en arrière de son petit comptoir est une ode au travail en silence. Il est pour moi gars de shop qui veut vivre de son art, un exemple dans son acharnement jour après jour après jour. Je travaille comme un Chinois sur mon projet. Je fonce comme un kamikaze tête baissée jusqu’au bout de mes idées.

Et quand nous avons quitté, le vieux Chinois frêle m’a regardé avec un sourire et je me suis penché devant lui comme un samouraï. Il s’est penché aussi… le respect c’est universel!

Il connaît très peu de mots en français mais il maîtrise le plus important: « Mici,mici! ».


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Publié dans Histoire, Hommage, Lachute

Ti-Guy Émond

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Je connais Ti-Guy comme vous depuis toujours. Une planète sans Ti-Guy ça manque d’humanité. Tout le monde connaît Ti-Guy Émond et Ti-Guy connaissait tout le monde.

Mercredi, dans le matin du 6 février à 5 h du matin est mort l’ineffable des ineffables. Le 6 février 2019 s’est éteint une époque. C’est comme si le petit peuple est mort un peu aussi. Les ruines de Blue Bonnets ont tremblé. Les vieux paris se sont envolés en fumée et on pouvait entendre la voix de Jean Desautels emporter le cerf-volant jusqu’au ciel.

Quelque part au milieu des années 90, Ti-Guy Émond restait à Lachute, sa douce était de mon coin de pays. À l’époque il y avait des maisons de paris associées à Blue Bonnets à travers la province et le Comté d’Argenteuil ne faisait pas exception!

Parfois, j’allais dépenser quelques dollars sur des courses tard le soir. Des courses de chevaux chinois comme on dit parce qu’elles avaient lieu en Chine tout simplement. J’étais à côté au bar, je faisais de l’oeil à la « waitress » qui voulait rien savoir de moi.

Un moment donné, qui rentre dans place avec son jacket d’une autre époque, une chemise blanche avec un gros collet et un genre de cravate avec un bolo, des bottes à la cheville en cuir cheap et beige? Même en 1990 notre Ti-Guy était pu à mode. Moi je le salue et l’invite à s’asseoir à côté de moi comme si nous étions de grands chums (d’habitude je fais jamais ça, je suis plutôt gêné).

Je le regarde miser et sincèrement, intérieurement, je me dis que c’est un ostie de freak. Je comprends pas et je lui dis entre deux anecdotes de boxe. J’ai vu la légende miser, j’ai vu le mythe perdre d’une shot toute son pactole. Ce soir là, j’ai payé un verre à Ti-Guy. Il est reparti ce soir là avec les poches vides et une cravate bolo en moins qu’il avait vendu direct au bar.

Une semaine plus tard, je suis assis à la même place, je prends un petit verre de draft et j’ai peut-être des chances avec la nouvelle « waitress ». Ti-Guy arrive au bar comme un cheval su’a soupe!!! Il est comme en transe, il est certain de ramasser le moton. Ce qu’il fit avec brio. J’en étais subjugué. J’avais devant moi un vrai « gambler ». Ce soir-là il m’avait donné de bon tuyaux pour les courses et m’avait raconté l’anecdote du Garden de Boston et la passerelle. Même s’il a raconté cette anecdote mille et une fois, je garde ce moment précieux comme un trésor. De vous l’écrire, j’ai encore des frissons.

J’ai parlé de Roberto Duran, Marvin Hagler, Ray Leonard, Thomas Hearn avec passion. Il m’a parlé d’Eddy Mélo, Gérald Bouchard, Paduano, Gaétan Hart et toutes les autres de l’âge d’or de la boxe au Québec. Un beau moment pour moi. Je suis reparti la tête pleine de nostalgie comme en transe ayant l’impression d’avoir vécu un moment unique, les poches pleines de bills du Dominion et un sourire de fendu jusqu’aux oreilles.

Ti-Guy était un gars imparfait comme je les aime. Je me méfie des gens trop propres.

Oui il était un gambler fini. Non il avait pu une cenne qui l’adorait à la fin de sa vie mais au-delà du personnage, il était un sacré bon yâble qui n’aurait pas fait mal à une mouche sauf à lui-même. Une tête de cochon qui a vécu sa vie à sa façon comme dans la chanson de Frank Sinatra « My way ».

J’ai pensé aller le voir dans son mouroir au cours des dernières années mais j’étais trop gêné. J’aurais dû y aller et lui montrer notre carte de paris de chevaux chinois. Je suis sûr qu’il aurait ri.

Ti-Guy est un personnage qui mérite un film. Il était lui-même un film.

Une fois arrivé en haut, une fois arrivé aux portes du paradis l’attendait St-Pierre… d’habitude les gens donnent la main au gardien du haut côté.
Lui Ti-Guy a déposé son manteau sur le bras de St-Pierre…

Les grandes portes grinçantes se sont ouvertes devant lui et là dans le faisceau de lumière attendait celui qui aura façonné son urgence de vivre, son idole, son papa Phil qu’il n’avait pas vu depuis les 67 dernières années.

Dans un coin, il y avait Elvis Presley et Johnny Farago qui s’occupaient de la trame de fond pendant que Phil et Ti-Guy se donnaient la plus belle accolade jamais donnée au paradis. Les anges sur les nuages ont même arrêté de mettre du fromage Philadelphia sur leur toasts pour applaudir le moment.

P.S.
Ti-Guy se doit déjà le cul. Il aurait perdu quelques paris avec le yâble.


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De la Vallée-de-l’or à l’hôtel Laurin

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La Grande Noire est née dans la Vallée-de-l’Or! Plus précisément downtown Val-d’Or. Elle est née dans le doute et la peur, d’un père sauvage et d’une mère blanche comme un drap!

Le bon Dieu dans sa grande bonté lui a donné une paire de boules à faire rougir Marylin Monroe et un cul à faire rager l’activiste et ancienne pin-up Brigitte Bardot!

Même que dans ses belles années la Grande Noire aurait pu remplacer au pied levé Monica Bellucci dans son rôle de Cléopâtre tellement qu’elle était splendide! Elle aurait pu faire bander un aveugle et toute les grandes folles du village auraient changé d’orientation à sa vue! Avoir été à son top en 2018, elle aurait été une influence sur Instagram avec des millions de voyeurs.

J’ai ouï dire qu’y’a ben des vieux bonhommes aux mains longues dans la Vallée-de-l’Or qui se sont payé la traite dans le plat à bonbons. C’est plate à dire de même mais la Grande Noire était devenue le bécycle du village. Tout le monde avait donné un petit coup de pédale sur elle dans la paroisse! On dit même que des gars de Loin-Noranda venaient essayer le manège!

Sculpter un si beau corps à même les mains de Dieu, c’est pas un cadeau à faire à une fille née en Abitibi dins années 50! C’est plutôt un cadeau empoisonné! Elle a appris à la dure la vie à un très bas âge comme dans « avoir les mains d’un vieux bonhomme dans ses petites culottes à 6 ans ». Elle qui était belle comme la vie, belle comme la petite Shirley Temple!

Souillée de sperme, de sang, d’odeur de cigarette, de bagosse et quoi encore! La vie qui court plus vite que vous et qui finit par vous dépasser!

Elle a pris son petit bagage avec elle et a quitté la Vallée-de-l’Or en 1973 à l’âge de 20 ans sans jamais y revenir. Un sac avec dedans une brosse à dent, des petites culottes, deux, trois t-shirts, une paire de jeans, une jupe et un pouce pour descendre dans la métropole! Elle avait beau être une pute, elle se torchait pas avec des p’lures d’oignon!

Demain matin Montréal m’attend

Comme dans la pièce du grand Michel Tremblay, la Grande Noire a mis les deux pieds su’a rue Ste-Catherine, un lundi matin froid de janvier. Ce matin-là, elle s’est trouvé une chambre à deux rues de la St-Cath! Et comme elle pense avec son cul comme un mécanisme enfoui profondément dans les neurones de son cerveau, la Grande Noire a dealé son loyer. Elle va s’écartiller une fois par mois pour payer sa quittance. Je sais, je sais, ça vous semble vulgaire mais pour elle c’était un avancement par rapport à sa vie à Val-d’Or. Au lieu de se faire fourrer violemment par un Indien saoul, elle avait choisi la douceur d’un vieux bonhomme qui lui faisait en plus le déjeuner.

Puis quelques mois plus tard, elle est tombée en amour avec un motard dans l’Est de Montréal. L’amour de sa vie. Le parfait bonheur pour les six prochains mois. Ils ont même déménagé dans une magnifique petite ville du comté d’Argenteuil à Lachute. Olive alias la Grande Noire avait trouvé son Popeye. Il en était un d’ailleurs. Son club avait passé aux mains des Hells et lui aussi en théorie. Rien n’est simple au pays de la princesse facile.

Pis un jour, le beau motard barbu tatoué jusqu’au cou est disparu sans lettre, sans petit mot. Elle a jamais revu l’amour de sa vie du jour au lendemain. Elle a pleuré pour les six mois suivants et un jour elle a compris que le beau motard ne reviendrait jamais.

Lachute Pool Room
Direct su’a rue Argenteuil, la Grande Noire a faite les belles années du Pool Room. Pour les plus jeunes, pour ceux-là qui se rasent encore à la débarbouillette, ne cherchez pas la bâtisse du Pool Room, elle n’existe plus. Le Pool Room était entre le tapis décor Mirabel et la jonction de la rue Grâce. La ville de Lachute voulait tellement démolir ce nique à feu, avec raison.

À l’époque, la Grande Noire était la reine de la place. Elle avait aussi le contrôle de la poud’ d’ins toilettes. Non elle n’était pas le genre à aller à la messe du dimanche à l’église Sainte-Anastasie. Quand tu as vécu ce que la Grande Noire a vécu tu fais avec. Tu organises les autres avant de te faire organiser. Donc ce fut les belles années pour la fille de Val-d’Or.

L’hôtel Lorrain
Sur la rue Hamford à l’époque il y avait en face la caisse Desjardins. Elle est à côté maintenant de la pataterie Chez Renée. En fait ce n’est plus un hôtel mais un centre de la toxicomanie qui s’appelle le Pavillon Hamford.

1991
Au Lorrain qu’on appelait aussi le coupe-gorge, il y avait des crosseurs de poules mortes, des chercheurs de trouble en tous genres, des alcooliques au dernier degré, des vieux abandonnés par la vie et eux-mêmes, des p’tits dealer de « dope », des mangeux de chips, des grandes gueules qui ont jamais rien faite sauf parler fort, de la grosse bière pis où on pouvait faire, dans un local, de la peinture sur céramique avec le bonhomme Péra! Oui, oui, peinturer des saintes vierges, des p’tits Jésus, des chevaux, des lapins, des croix, le pape, etc. Il avait mille et un modèles le bonhomme Péra. Et au-dessus du bar, il y avait des chambres à louer au mois pour souvent des petits vieux à moitié morts mais toujours capables de tenir une grosse quille. Un beau zoo de pauvre monde.

Adjacent au bar principal dans la même bâtisse, il y avait une magnifique table de snooker d’une autre époque avec au-dessus un lustre aux couleurs de Molson. Moi et mon chum l’ineffable Mike Fournier allions souvent boire une p’tite frette et jouer au pool. Mike du bloc 36 dans le Bronx qui habite maintenant, aux dernières nouvelles, dans le petit Canada à ce qu’on m’a dit. Le seul gars que je connais qui s’est défait les épaules à tapocher dans un punching-bag. Mike en jogging à semaine longue avec ses gros biceps. C’est le gars le plus drôle que je connais, il a des histoires à pisser à terre.

Donc, moi pis Mike manquions parfois, même souvent, des cours au Centre pour adultes Le Parallèle pour aller jouer au pool. J’avais à peine 18 ans et lui 25 ans.
Donc, nous deux, les clowns de service étions beaux à voir dans nos culottes de jogging, grosse quille dins mains à jouer aux professionnels de snooker. Quand tout à coup arrive la Grande Noire, fatiguée par la vie, déjà usée à la corde qui nous offre de nous sucer pour une grosse bière.

Je lui offre de lui payer une bière mais, en échange, j’aimerais qu’elle me raconte sa vie. Je lui explique que j’écris et que j’aimerais faire un documentaire sur elle pour l’envoyer à un concours (la Course destination monde à Radio-Canada). Je lui explique qu’avec son histoire et sa face à l’écran je suis certain de pouvoir participer au concours.

Elle prend une grosse Laurentide et moi aussi. Mike est en tabarnak car j’ai abandonné notre game. Tout le monde dans le bar pense que je m’en vais fourrer la Grande Noire dans sa chambre en haut, mais moi je m’en fous.

Elle, assis dans son lit et moi sur une chaise à côté de son lavabo rouillé. On boit une gorgée de Laurentide en même temps. Elle prend un grand souffle et me raconte son histoire d’une traite. Je regrette amèrement de ne pas avoir gardé cette cassette VHS. J’avais là l’histoire d’une vie racontée simplement, à vif, dans les mots de la rue. J’ai pas envoyé mon projet au concours, j’avais la chienne! Et comment un semi-agoraphobe pouvait faire le tour du monde? À l’époque c’était impensable. J’étais tellement mal dans ma propre peau.

On m’a dit que la Grande Noire est morte d’un cancer généralisé. On peut dire ce qu’on veut d’elle, elle aura survécu toute sa chienne de vie avec son cul. C’est de la survie pure et simple. Elle est finalement partie rejoindre son beau motard tatoué jusqu’au cou.

Je dédie ce texte à la mémoire de la plus belle princesse du monde à l’envers.


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