Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire

C’est Raymond câlice

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On est mercredi comme plusieurs mercredis. Et le mercredi, c’est la journée du chinois à la cantine mobile. Soupe won-ton, général Tao, chop suey, spare ribs et egg rolls au bout brûlé, directement de la légendaire maison Pékin.

Il est 10 h, l’heure du break a sonné. C’est l’heure aussi d’agacer ou de se faire agacer par l’ineffable Réal notre gars de cantine.
Ce matin là, il y avait avec un gars que je connaissais pas avec Réal.

Réal: Hey! Pat! J’te présente Raymond. J’y ai dit que tu connais le barbu de ville mais y me cré pas.

Moi avec le sourire fendu jusqu’au oreille: Je l’connais certain.

Raymond sort 20$ de sa poche et il me dit: Tu peux d’abord m’amener son livre SVP? Ma femme a cherché à la bibliothèque pour barbu de ville pis elle a rien trouvé, c’est quoi son vrai nom?

Je sors mon portefeuille et fais semblant de lire sur mon permis de conduire: Patrick Beauséjour c’est le vrai nom du Barbu de ville.

Raymond: Ah ben bout de criss. C’est toé ça, le Barbu de ville? J’en reviens pas.

Il me prend par les épaules et me regarde direct dans les yeux, et d’un ton solennel il me dit:

Raymond: Mon tabarnak! J’ai 63ans, je suis analphabète, pis à cause de toé mon calice j’apprends à lire. Les premiers mots que j’ai lu c’est dans un de tes textes. T’es mieux de continuer… le premier livre que je veux lire c’est le tien mon sacrament. T’es pas un gars de shop toé, bin voyons donc sacrament.

Moi: ….

Raymond: Réal m’a dit que t’es un buveur de Pepsi? J’t’en paye un.

Moi: Raymond, merci! Raymond t’es fin! Humblement merci!

Raymond: C’est juste un Pepsi calice.

Moi: J’parle pas du Pepsi.

Raymond: J’sais bin. Pis lâche l’humilité. Si t’es capable de me faire lire, t’es capable d’en faire lire un crisse de paquet. Un ostie de paquet.

Moi: Tsé, vivre de son écriture, c’est compliqué Raymond. Mais j’travaille à chaque jour sur mon rêve maintenant!

Raymond: C’est pas compliqué, écris câlice. Quand t’es pas au travail, écris câlice. Quand tes enfants dorment, écris câlice. Écris pis écris pis quand tu vas être tanné d’écrire, écris encore saint-sacrament. Veux-tu vieillir dans un osti d’container, crisse?
Le soir ma Pauline me faisait la lecture de tes textes pis un soir je me suis dit que lui le Barbu de ville mets de l’effort pour écrire, moé  je vais en mettre pour le lire. Merci Patrick!

Moi avec les yeux dans l’eau: Jamais au grand jamais j’aurais pensé que mes textes auraient fait lire un analphabète. C’est moé qui te remercie Raymond.

Réal, le gars de cantine: Câlice les gars voulez-vous que je vous paye une chambre de motel là? Moé Raymond câlice, tu m’as jamais faite des beaux compliments de même pis ça fait 23 ans que je te serre. Pis toé Nelligan va finir de vider ton container!

Moi et Raymond: Jaloux 

Je vais écrire un texte sur notre rencontre improbable. Que je lui dit. Pis si un jour je publie, tu vas être invité avec ta Pauline à mon lancement pis tu vas être VIP mon Raymond.

Il me fait une demande…

Raymond: Tu pourrais-tu pas me faire sacrer sur ton Barbu de ville. Ma Pauline aime pas ça quand je sacre. Ma Pauline, elle sait pas que mon surnom à la shop c’est Raymond Câlice.

Promis mon Raymond, promis.


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Publié dans Anecdote, Bouffe, Foodies

Escudo

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J’ai découvert un petit trésor Portugais vendredi passé lors de mon heure de dîner.
Mon ami Justin me parlait de ce petit resto de rien du tout depuis longtemps. Faut savoir que l’ami en question n’est pas du genre émotif, il est plutôt du genre pragmatique. Il m’en parlait avec admiration.

Il faisait -1000 cette journéelà. Pour être plus précis cétait autour de -25 au soleil!
La neige craquait sous mes bottes. L’hiver est bel et bien installé au Québec.
On arrive devant le fameux restaurant. Il est situé dans un genre de centre d’achat où chaque petit magasin à son entrée. Il est situé au milieu de nulle part. Le stationnement est horriblement petit mais comme je suis venu pour manger, je me fous du stationnement.

En entrant, vous savez que vous êtes arrivé quelque part! Je n’étais plus au Québec c’est comme si je m’étais téléporté quelque part à Lisbonne. Nous étions littéralement enveloppés dans une ambiance cosy. Au comptoir, six chaises pas une de plus. Au bout du resto fait en long, une table pour 4 petites personnes. Bien sûr que si petit le resto offre le service de livraison et les take-out. Nous nous sommes assis, j’avais l’impression d’aller à la messe. Le moment était solennel. Oui c’est en plein ça, l’Escudo c’est une petite église. Elle est remplie d’âme. J’étais devant l’hôtel et j’attendais ma bénédiction. Derrière nous de beaux présentoirs en vieux bois de produits européens. Des vinaigres, des huiles, de la farine, un paradis pour l’épicurien en moi.

En arrière du comptoir un gars passionné. De toute évidence un Portugais. Je vous avais déjà dit que dans un autre vie j’ai été Sherlock Holmes. Le cuisinier/serveur/homme orchestre travaille en sifflant. Il porte la queue de cheval et un air casual. Il ne court pas en arrière de son comptoir (la vita é bella). Il a l’air au-dessus de ses affaires et j’adore ça. Son partenaire serveur/cuisinier/livreur remplit une »tub » avec du bon vieux charbon. Lui n’a pas de cheveux mais comme l’autre, il est au-dessus de ses affaires.

Mon ami Justin commande et je prends exactement la même chose que lui. Je lui fais confiance les yeux fermés. Donc ça va être une cuisse de poulet au charbon, des frites descendues directement du ciel pour nous, une salade toute simple et une petite Sumol en bouteille (liqueur Portugaise).

Le repas des dieux est prêt. L’homme-orchestre Portugais nous demande une première fois comme si cétais plus un ordre qu’une suggestion:

Homme-orchestre (en regardant notre poulet): Épicé!
 
On accepte sans rouspéter. Il met un genre de moutarde sur nos cuisses. Je pourrais pas vous dire quel genre de moutarde mais je peux vous dire qu’elle a été faite avec amour et passion.

Homme-orchestre (en regardant nos frites): Épicé!
 
Oui

Homme-orchestre (en regardant encore notre poulet): Épicé!
 
On répond encore par l’affirmative et il badigeonne notre poulet avec un genre de sauce avec un pinceau comme s’il était Picasso.

Son partenaire s’en va faire des livraisons, l’homme-orchestre est maintenant seul.
On mange, on boit, on savoure, on parle pas beaucoup car c’est comme si on mangeait le Portugal. Nous avons la bouche pleine de bonheur. Et pendant qu’on se bourre la face comme deux mécréants, le cuisiner prépare dans notre face une poutine au chorizo sur laquelle il déverse un océan atlantique de sauce onctueuse. J’ai la bouche grande ouverte.

Homme-orchestre: Non, j’peux pas t’en vendre là, tu vas dormir dans ta shop après-midi!
 
Je laisse ma bouche ouverte pour rire un bon coup.

Homme-orchestre: On est prêt pour le dessert les gars?
 
Oui mon père!

Il sort de son présentoir à dessert, une minuscule tartelette! Du genre dessert minimaliste.

Homme-orchestre: Vous pouvez la manger froide ou je vous arrange ça à la mode.
 
À la mode svp!

Homme-orchestre: Épicé!
 
Oui.

Petite tartelette cuite directe sur le grill au charbon! Direct dans la tub. Petit dessert anodin que je croyais. Simple et bon. Le nom de la tartelette de rien? NATAS mais demandez à la mode, je vous en prie!

Après le dessert j’aurais aimé recommander un ordre de frites, c’est vous dire comment que les frites dépassaient l’entendement et je ne vous parle pas du poulet car je n’ai pas de mots qui puissent rendre justice à ce poulet.
 
Repas complet avec liqueur et dessert: pour deux 33$
Bon, simple et folklorique.
 
Épicé!!!

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