Publié dans Anecdote, Chronique, Conte, Histoire, Hommage, Lachute

La sorcière de St-Julien

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Il y a très longtemps avant le comté d’Argenteuil, avant le Bas-Canada, avant Abraham Lincoln, avant les États-Unis d’Amérique, avant les vieux pays, avant le feu, avant la nuit des temps, avant la clarté! Il y avait des femmes qui vivaient dans la grande noirceur. Elles voyaient comme des chats. À l’époque toute les chats étaient nécessairement noirs. Pis un jour est né le soleil. 

Les sorcières sont là depuis très longtemps! Et parmi celles-ci il y avait la Bertrand. Une vieille sorcière qui sentait l’arsenic à plein nez! Une vieille sorcière qui se rasait la moustache depuis la nuit des temps. J’ai moi-même connu la Bertrand, à l’époque j’avais à peine 14 ans. Je portais une moustache molle comme elle et j’étais bâti sur un « frame » de chat. Oui la Bertrand est une vieille sorcière. De mémoire, elle a habité longtemps à côté du presbytère de l’église St-Julien dans la petite ville de Lachute.

La paroisse de St-Julien est bordée autour d’elle par la rivière du Nord. Avant même cette rivière, les vieux badauds du coin ou si vous préférez les vieux senteux disent que la Bertrand était là! Même que le barrage de la famille Ayers appartiendrait de façon ancestrale à la vieille! Mais ici je n’oserais perpétuer cette légende de petite ville au milieu de nulle part! On a juste ça à faire se raconter des peurs entre nous autres.

Elle avait de mémoire une grosse verrue à côté de son nez qui prenait presque toute la place dans sa face laissant pas grand espace pour son bec de lièvre! Son mono sourcil était en parfaite symbiose avec sa laideur. Elle n’était pas malheureuse d’être laide c’était plutôt un avantage pour repousser la plèbe! Elle était surtout malheureuse de la naissance du soleil qui avait donné la vie à tout le reste ainsi qu’à la vie en elle-même! Même qu’il y avait de l’eau qui avait poussé dans les océans secs au plus grand malheur de la vieille!

Il faut savoir que la Bertrand se promenait en jaquette 365 jours par année que le bon Dieu amenait. Elle portait aussi une perruque car lors d’une soirée mémorable elle avait perdu toute ses cheveux jusqu’à la racine….

Un certain soir Belzébuth lui-même, le yâble en personne, celui du fin fond des ténèbres a dansé une nuitte complète avec la Bertrand! Il l’a tellement faite valser qu’elle en a perdu ses cheveux. D’où la vieille expression « Y’a brassé la bacaisse dans le fond de la boîte à bois ». Est-ce qu’ils ont seulement dansé? Après tout, ce n’est qu’un conte rural ici, il faut savoir lire entre les lignes. Pour fin de la légende la boîte à bois sentait le cul à plein nez en fin de soirée! 

Tout le monde dans la paroisse se souvient de la Bertrand! De triste mémoire surtout. Laissez-moi vous raconter une partie de l’histoire de la Bertrand dont presque personne est au courant sauf moi, Mart, Balloune et Sim! 

Ça s’passait entre chien et loup! L’hiver, la bonne femme Bertrand sortait dehors les mardis soir parce que c’était les vidanges. Elle arpentait les rues sales de St-Julien avec son gros chat noir su l’épaule comme dans une vue d’horreur de série B! Elle était dans le noir avec son chat noir dans un paysage glauque à l’ombre de la rivière du Nord. La rumeur voulait que la vieille Bertrand ramassait des vieux chats errants pour les revendre à gros prix au chinois du Lyly Garden, le même chinois qui achetait des cuisses de grenouilles de Chainsaw Pilon! J’sais pas si c’est vrai pour dire la vérité mais une chose est sûre, d’ins années 90 y’a jamais un chat qui trainait d’ins rues l’soir! C’était aussi rare qu’un 29 février! La Bertrand ramassait de la scrap dans la paroisse qu’elle revendait à Richard Lachance de la rue Evelina! Avec son petit panier à roulette, elle arpentait la rue Princesse comme si des trésors s’y cachaient. 

On pensait toute qu’elle n’était qu’une ramasseuse de vidanges mais en fait elle cherchait la bague offerte par Belzébuth lui-même un soir que la lune appartenait aux loups! Il y avait une entente de principe entre la Bertrand et le bonhomme Lachance. Elle lui donnait la scrap qu’elle ramassait et lui en retour s’il retrouvait la fameuse bague, il la redonnait à la Bertrand!  

Richard Lachance n’avait qu’une parole! Il était loin d’être riche. Il était un homme simple et bon. La Bertrand savait à qui elle avait affaire. Elle avait vu à travers sa poitrine son coeur bon, chaud et battant au rythme de l’honneur! Elle savait que Richard respecterait sa parole! Richard Lachance de la rue Evelina n’avait pas grand chose mais pour sûr il avait une parole! C’est comme ça qu’au début des années 90, on pouvait voir la Bertrand et le bonhomme Lachance arpenter les rues sales et transversales de Lachute de bord en bord comme des métronomes. 

Il y eut pendant un certain temps une surenchère de chats et de grenouilles entre le Lily Garden et le Lachute Holiday! Le général Tao était très populaire dans le comté d’Argenteuil! Les grenouilles valsaient dans une danse endiablée. Même qu’un soir la Bertrand était tellement en joual vert qu’elle a fait mouiller des grenouilles partout à Lachute. Tous ceux qui ont vécu à Lachute dans les années 90 s’en rappelle de triste mémoire! Sauf dans le Bronx à Ayersville, là il mouillait des crapauds sales et visqueux! Ce fut un grand chaos à la hauteur de la Bertrand! Même que le bon maire Mayer en a perdu sa grosse barbe. 

Pis un soir, le genre de soir que t’oublies jamais, Richard était à ramasser d’la cop pis y’a vu de ses yeux vu une bague scintillante rouler à côté de lui! Elle est tombée direct à ses pieds comme si elle lui était destinée! Comme si la bague savait son chemin bizarrement! Est-ce que la vie lui envoyait un signe ou une forme d’épreuve? Il a pris la fameuse bague dans ses mains, elle brillait comme jamais une bague avait brillé! Dessus il y avait des écritures en latin que seuls les vieux comme Richard Lachance pouvaient comprendre. Il a mis la bague dans sa poche et ce soir-là, je me souviens, M. Lachance nous a montré la bague quand moi, Sim et Balloune avons été chiller avec son fils Martin. Ce soir-là, le ciel est passé du bleu étoilé au noir total comme si le néant prenait place dans le comté d’Argenteuil! Des ordres de corbeaux faisaient la file devant la petite maison de la rue Evelina. Ça couaquait sur un ‘sti d’temps! Pis un moment donné, la femme de Richard, la mère de Martin la belle Marie-Marthe est sortie dehors avec son balai pour faire taire les maudits corbeaux, elle qui regardait ses programmes au canal 10!

On pouvait entendre « Riders on the Storm » des Doors en background… c’est l’apocalypse pas loin de la rue Tessier! Les éclairs, le tonnerre, les chamans sont partis se cacher derrière le catch dreamer, les autruches ont la tête dans le sable, y mouille à siaux pis nous autres les jeunes adultes on a décidé d’aller porter la fameuse bague à la Bertrand avec Richard!

En chemin croyez-moi ou pas, on a vu sur la rue Lafleur les chevaliers de l’Apocalypse, y’étaient à prendre une bière au chic Palace! Les quatres chevaliers avaient laissé leurs chevaux noirs dans la rue dans un chaos total! C’était le boutte d’la marde version Lachutoise! Les grosse quilles se sont faite aller sur un ‘sti temps. La légende dit que pour la première fois de l’histoire, y’a manqué de bière au chic Palace en fin de soirée. Ils ont fini la soirée au Laurentien comme tout bon ivrogne de Lachute. Les chevaux stationnés en rang sur la maine street « achute ».

Une fois arrivés au vieux presbytère de l’église St-Julien, on a regardé la catastrophe de loin! M. Lachance devait aller seul porter la maudite bague. On est restés d’interminables minutes dans le station wagon de Richard! Richard est sorti blanc comme un drap après quelques minutes.

RICHARD LACHANCE N’A JAMAIS PU PARLER DE CET ÉVÈNEMENT ET MÊME QU’IL FAISAIT COMME SI C’ÉTAIT JAMAIS ARRIVÉ. 

La Bertrand est disparue par la suite sans jamais laisser de trace et laissant le presbytère vide sauf pour un gros chat noir! Elle avait même abandonné son matou. D’ailleurs nous autres aussi on a jamais reparlé de cet événement sauf le 31 octobre 2018! Le soir que la Grande Faucheuse est venue chercher le bonhomme Lachance! Après le dernier souffle de Richard, Martin son fils m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle de sa mort. Et Richard a fait une grande révélation à Martin une fois que les deux étaient seuls dans sa chambre d’hôpital! 

Richard: Mon gros bébé tu te souviens de la Bertrand? Tu te souviens de la bague?

Martin: Bin oui P’pa bin oui…

Richard: Quand je lui ai donné la bague d’ins mains, elle m’a donné deux voeux mais elle m’a dit qu’ils vont se réaliser quand je vais vraiment le désirer! J’apporte les voeux avec moi, je vais te surveiller d’en-haut! J’ai deux voeux. 

Il a fait un clin d’oeil à son fils. Comme Martin je crois dur comme fer Richard!

Six mois plus tard allait mourir sa mère Marie-Marthe qui était pourtant en pleine forme. 

Quelque part au paradis, y’a un vieux gars de scrap qui s’ennuie de sa Marie-Marthe. Quelque part au paradis y’a un vieux gars de scrap qui pleure sa femme des 50 dernières années. Un soir, un soir rempli d’étoiles, Richard a joint les mains ensemble et a crié de tout l’air dans ses poumons: LA BERTRAND JE DÉSIRE MA FEMME, LA BERTRAND JE DÉSIRE MA MARIE-MARTHE!

A t-il dit de sa voix remplie de sanglots de Lachance. Le ciel est devenu noir, noir corbeau, noir sale, noir par-dessus le noir. À la grande porte du Paradis, bras dessous, bras dessus, Belzébuth et la Bertrand devant St-Pierre, Dieu et M. Richard Lachance! Elle porte au doigt sa belle bague.

La Bertrand: Il te reste un voeu… elle arrive! 

Belzébuth: On vous laisse le bonsoir… Moé je m’en vas brasser ma bacaisse dans la boîte à bois!

Pis là vêtue de blanc comme à son mariage est arrivée la belle Marie-Marthe… Avec ses deux grands bras ouverts, Richard Lachance de la petite maison sur la rue Evelina ne pouvait pas être plus heureux. Il était maintenant au paradis. Mais l’histoire dit qu’il lui reste un voeu… Un voeu qu’il va désirer!

Mon petit doigt me dit que ce voeu va servir à la greffe de rein que Martin a de besoin pour vivre vieux auprès de sa belle Anne!

Foi de Richard, y’a pas un humain, une sorcière, un dieu qui va jouer aux bras avec un Lachance! 

Je dédie ce texte à Richard et Marie-Marthe les parents de mon ami Martin!


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Publié dans Baseball, Conte

La balle qui jamais ne retomba

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En général, l’espérance de vie d’une balle dure le temps d’une fausse balle perdue!
Voici l’épopée d’une balle hors de l’ordinaire. Une balle qui allait remettre en cause la fameuse théorie de la relativité.

Jean-Paul est dans son champ comme à tous les matins. Il prend soin de sa terre comme on prend soin d’un enfant! Le bonhomme Corbeil est d’une autre époque. Il est né avant la première Grande Dépression. Il était encore à la mode d’utiliser de l’huile à bras. Le bonhomme était aide-arpenteur le jour et le soir, après souper, il s’occupait de sa terre jusqu’à la pénombre. Ce n’était pas l’époque du »je me moi ». Le bas St-François a vu la résilience et l’acharnement de l’humble homme qui a élevé ses enfants aux abords du Parc des Tisserands.

La légende dit que la compagnie Rawlings aurait voulu acheter la terre du bonhomme Corbeil et le terrain de balle adjacent. La rumeur dit que la compagnie fondée en 1887 n’avait jamais fabriqué de balle qui ne retomba pas. Le grand Edison avait jeté les bases même de la théorie. Tout ce qui monte redescend! Alors ce n’est certainement pas une balle Rawlings qui allait défaire la fameuse théorie. Aux dires des vieux du bas St-François, Rawlings aurait voulu effacer toute trace de cette histoire. 

Les vieux en parlaient à tous les dimanches matins au pied de l’église. En fait, ce qui restait de vieux et de croyants au milieu des années 90! La rumeur veut même que le petit-fils de Rawlings ait visité le Bas St-François un beau dimanche après-midi et que Jean-Paul l’aurait sorti de ses terres cul par dessus tête… sans en parler à son fils ou le reste de la famille. Le seul autre témoin est mort aujourd’hui, c’était son voisin d’en face Eddy Blair.

La fameuse balle fabriquée dans l’usine de Mr. Rawlings à St-Louis dans le Missouri était comme toutes les autres balles au premier abord. Elle était vêtue d’un cuir blanc, de couture parfaitement alignée qui permet aux lanceurs de fastball de faire sacrer les frappeurs.  Elle faisait des courbes, des changements de vitesse, des rapides, des balles papillon et des fausses balles.
 
La balle a voyagé dans un 53 pieds avec d’autres balles vers le Canada. Certaines seront célèbres pour avoir participé au fameux tournoi de »Pif Depatie », certaines feront de la poussière dans les comptoirs du Canadian Tire, certaines seront les premières balles d’un p’tit gars ou d’une p’tite fille et l’une d’entre elles s’est retrouvée en plein cœur du bas St-François à Laval. Elle était dans une boîte parmi d’autres balles. Les boîtes de balles étaient en possession de l’organisateur du tournoi, l’ineffable Gilles Mayer!

En ce dimanche matin, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air du bas St-François. Le soleil était au rendez-vous tant et tellement que les arbres allaient déjà se cacher sous les points d’ombres en avant-midi. Le terrain était tout simplement magnifique. Les lignes blanches était parfaitement enlignées. On aurait dit un travail d’arpenteur. La butte du lanceur aurait fait rêver Cy Young lui-même. Le gazon a même été fraîchement coupé ce matin là! Gilles Mayer à l’époque avait le bras long. 

Les vignes accrochées au backstop rappellent le vieux Wrigley Field de Chicago. Les balles vont mourir tranquillement dans le champ centre, ils n’ont même pas espoir de voir même le bout du nez de la clôture. Le Parc des Tisserands, c’est le paradis des lanceurs. C’est un genre de »Field of Dream ».

Pendant ce temps là, le héros de notre histoire, Justin, avait bamboché toute la nuit avec ses compagnons d’infortune. Il est 8 h le matin et le soleil frappe de tous ses feux la petite maison des Corbeil. Le fils du Parc des Tisserands était hangover mais il avait déjà la tête au parc. Celui qui allait faire retourner Edison dans sa tombe avait un 
je-ne-sais-quoi qui traversait son épine dorsale. 

L’équipe des loisirs de Duvernay nord était ce matin-là en demi-finale du tournoi. Par exception, deux gars de Québec faisait partie de l’équipe pour la fin de semaine. Avant cette fameuse fin de semaine, Justin n’avait jamais frappé de circuit, jamais. Ce jour-là bizarrement c’est comme s’il avait de plus gros biceps! 
Notre sbire avait des allures de Dave Parker l’ancien slugger des Pirates. Justin est un deuxième but métronome. Il cueille les balles comme les milliers de fraises qu’il a cueilli dans les champs de la famille! C’est peut-être pour ça qu’il est si habile au deuxième but, il a passé sa jeunesse dans les champs du rang.

L’intemporel catcheur est arrivé le premier au parc avec son masque, son plastron, ses pads et sa face de carême. L‘intemporel Éric crache des tournesols et met son armure de chevalier de la balle-molle! Il est fier comme un coq notre intemporel! On peut même voir son torse à travers son plastron. On dirait même qu’une crête lui pousse tranquillement sur la tête plus le match approche.  Le reste des chevaliers perdus arrivent par la suite.
Parmi les chevaliers, l’ineffable Marc »La Poule » Viau, aussi dangereux dans une épluchette de blé d’Inde que sur un terrain de balle! Éric Valentine dit « Le Beu » du Bas St-François n’était pas sur le terrain, il faisait du boudin chez eux! Lui, les gars de Québec, il n’avait pas aimé ça. 

Les estrades du parc se remplissent pour la demi-finale opposant Terrebonne contre le mythique LDN.
La balle de Mr.Rawlings avait fait son chemin jusque dans les poches de l’arbitre en chef. Les estrades du parc étaient pleines à craquer. On se serait cru à une bonne vieille soirée canadienne. Le bas et le haut St-François ne demandent qu’à célébrer ses fils. La foule rit, jase, parle fort, se conte des peurs, boit de la O’Keefe. Les vieux sont comme sur le perron de l’église de St-Vincent de Paul, ils jacassent sur un pis sur l’autre sans gêne et sans retenue. On peut même apercevoir un sourire fendu jusqu’aux oreilles en forme de nuage dans le ciel du rang St-François. Même que les fantômes des rangs étaient présents.

Ce fut un dimanche parfait. Ce fut une game de tous les diables. C’est normal, même lui était présent, il surveillait les descendants de Valiquet du coin de l’œil. Belzébuth a la mémoire longue!  

Ce fut une game chaudement disputée, chaude comme un rond de poêle à bois. Les gars de Québec ont été d’une grande aide pendant cette game mais c’est Justin qui allait s’amuser à jouer au héros en ce dimanche, celui qui a grandi aux abords du parc. Celui qui avait le parc dans sa cour.

Le numéro onze se présente à la plaque en fin de la 6e manche. La marque est de 2-1 pour Terrebonne.  Un homme est au deuxième but et on indique deux retraits au tableau. Justin s’avance vers le marbre…
 
(Johanne Archambeault, la voix du Parc des Tisserands)
– Au bâton, le deuxième but, le numéro 11Justin Corbeil.

Applaudissements des estrades…
Une belle bataille entre le lanceur de Terrebonne et le fils du cultivateur/arpenteur. Trois balles, deux prises… le compte est complet. Soudain, le ciel du bas St-François est devenu noir. Un ordre de corbeaux sont arrivés au abords du terrain.
Il venaient voir la catastrophe de près! Ils venaient voir celui qui plantait des épouvantails dans ses champs ainsi que son fils! Les Wézos jacassaient en taboire! L’arbitre call un time-out. Wézo noir, Wézo noir…

Tout à coup… Mario « Pico » Bisson fait l’erreur de demander à Michel « Pinceau » Gascon:
– Hey Pinceau! Ça se casse-tu ça un corrrrbeau?

Pauvre ordre de Wézo noir…
La légende dit que Pinceau avec ses deux grosses mains de cultivateur de pétaques a brisé le coup du Wézo qui cacassait le plus. Il a fait peur aux autres qui sont devenus blancs comme des draps…Un ordre de corbeau déguisé en colombe est parti avec son p’tit bonheur. Ça couaquait pas fort chemin faisant. 

L’arbitre était au milieu d’un chaos signé les rangs. Donc nous avions un compte complet. Justin s’est débattu jusqu’au point de non-retour. L’arbitre est encore ébranlé en remettant son masque et plastron.

– Play Ball, dit-il la voix chevrotante.
 
L’arbitre ne le savait pas, mais il venait de sortir de sa poche la balle de Mr. Rawlings, celle qui avait quitté le Missouri pour se rendre jusqu’ici.  
Le destin de Justin et de la p’tite balle allait s’entrechoquer dans quelques secondes. Cette p’tite balle de rien du tout était née pour un grand destin de balle! Notre sbire allait se transformer en Dave Parker, l’ancien des Pirates, l’instant d’un lancer.
 
Le numéro onze se replace en position de frapper. Il prend un grand respire et dans les estrades on respire au même rythme que le p’tit Corbeil.  Une balle tombante qui ne tombe pas, elle reste suspendue en plein coeur du marbre… une simple balle.
Justin transfère parfaitement son poids et son bâton éclate sur le cuir de la balle de Mr. Rawlings. Justin n’avait pas des airs de Parker, je me suis trompé, son élan rappelait Willie Stargel. Décidément, il était destiné aux Pirates.
À ce moment précis, la p’tite balle sent que des ailes lui poussent entre les deux coutures.  Elle est maintenant une balle oiseau qui voltige par-dessus la clôture du champ droit en direction de la petite maison des Corbeil.
Lui, Justin, est trop nerveux pour s’apercevoir que la balle est sortie du parc.  Autour des sentiers, il court comme si sa vie en dépendait.  Les gars de LDN lui crient de ralentir, de profiter du moment. La foule est en liesse. Le bas comme le haut St-François célèbre son fils.
 
Justin contourne le deuxième but comme au ralenti, pendant que la balle finit son voyage sur un arbre dans sa propre cour. En contournant le deuxième but, Justin peut voir les amis, Papa Jean-Paul et maman Rose, ses sœurs,  et toutes les autres l’applaudir. Il est accueilli comme un héros de guerre au marbre, même l’intemporel catcheur sourit!
 
À la fin de la journée, Justin est allé cueillir la fameuse balle dans l’arbre de son père en rentrant à la maison. Elle n’avait pas touché le sol.  Il a déposé la balle dans son sac de balle. Elle n’avait pas encore touché le sol.  La petite balle de Mr. Rawlings a passé l’hiver dans le sac. Tout l’hiver, elle n’a pas touché le sol.  Le printemps d’après, Justin a sorti ses balles pour le besoin d’une pratique, mais la petite balle de Mr.Rawlings avait disparu… Il a regardé autour de lui et évidement la balle n’était pas au sol. Elle avait disparu.

Si vous allez au musée Rawlings à St-Louis dans l’État du Missouri, vous pourrez apercevoir une balle de softball 105L en exposition dans un cube de verre. Elle ne touche pas au sol.

Hey Pinceau! Ça se casse-tu un cube de verre?

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