Éric sous une roche

Éric sous une roche

Jeudi 28 mars 2019

Yves Deschamps est un humain d’exception! Le genre que tu croises une fois dans ta vie. Si la planète était gérée par Yves, je crois sincèrement que tous les humains pourraient naître égaux! Je suis fière de dire qu’Yves est un ami personnel. 

Ce soir-là, Yves avait stationné son auto au CHSLD de St-Jérôme. Son ami de toujours, Eric Levasseur, était rendu à la presque fin de sa vie à seulement 47 ans. Ou si vous aimez mieux, son chum Éric était à seulement 47 ans dans un mouroir.

Éric était maintenant incapable de parler, de bouger les jambes ou les bras, incapable de se nourrir ou d’aller chier en paix, incapable de baiser. Il se faisait gaver à même un tuyau dans la gorge et il avait un sac sur le côté pour les numéros 2 mais il avait toute sa tête. Il avait une maladie dégénérative rare du type Lou Gehrig.

Il pouvait encore bouger un peu ses gros doigts de pogo pour écrire sur sa tablette.

La vie avait perdu toute son sens, sa raison d’être. Parfois la vie peut être incompréhensible et intraitable! Un gars de 47 ans monoparental avec trois enfants sur les bras qui a une maladie dégénérative c’est pire que toute les cauchemars inimaginables. Éric avait demandé l’aide à mourir! 

Ce soir-là c’était la veille du grand départ! Celui du grand voyage! Celui de l’unique vérité dans ce bas monde, celui de la seule vraie justice peu importe t’es qui! 

Yves est arrivé dans la jolie chambre paisible d’Éric avec sa caisse de bière et un seau. Oui, un seau car son chum Éric ne peut boire de la bière mais il peut la cracher! C’est ce qu’on appelle un vrai chum. Tu peux pas la boire Big mais tu vas au moins la goûter dans ta bouche avant de la cracher.

La première période débutait. Il a ouvert une Blanche du Paradis, la magnifique bière du Dieu du ciel! Il a pris le temps de la verser dans un verre comme s’il célébrait la vie, le bonheur de regarder une dernière game du Canadien avec son chum. Il a versé doucement dans la bouche d’Éric un peu de Blanche du Paradis. Il a mis le seau à la hauteur de la bouche de son chum qui l’a regardé avec un sourire la bouche tout grande ouverte! Il avait bu la gorgée de bière. Qu’il soit écrit dans ce texte que Yves Deschamps a fait boire un homme au ¾ mort! Il a finalement bu la bière au complet. Il était complètement saoul après une bière, il avait oublié sa maladie, sa mort! Il avait un beau gros sourire niais dans la face. Et pendant ce temps-là tout était normal, le Canadien perdait 4-0 après 2 périodes de jeu!

Et pendant l’entracte, il a dit à Yves que demain lui, il verrait les vrais fantômes du Forum et qu’il pousserait fort sur eux pour une autre coupe Stanley! Obligé d’admettre que le message s’est pas encore rendu dans le vestiaire des Glorieux. Les fantômes ont sous-estimé l’effet Julien.

La troisième a commencé pis les gars était chaudailles avancés! Columbus est sans pitié même si un pauvre yâble regarde la dernière partie de sa vie! Éric était très serein avec son choix de mourir. Il était très serein avec la mort. Il a même aidé son chum Yves à apprivoiser la mort tranquillement. Il sait que demain la Grande Faucheuse va venir le chercher. Il a accepté sa propre fin au-delà de ses enfants. C’est d’une puissance et d’une sérénité que même Bouddha jalouserait. La game est terminée, 6-2 pour Columbus contre Montréal.  


L’après-dernier match

Éric est assis dans son lit, il est complètement saoul et heureux! Il envoie la main à son fidèle chum Yves qui allait le voir aux deux jours au CHSLD.

Des larmes coulent sur les joues de Yves qui sourit et lui dit : « Bonne ride mon vieux, je t’oublierai jamais. Garde-moé une frette pour le jour que j’vais arriver en haut! »

Yves l’a salué comme on salue le capitaine d’un bateau. Éric lui a fait le signe du pouce universel! Voilà. Maintenant Éric est seul dans sa chambre avec lui-même et la mort au bout de son lit. 

Le lendemain…

Éric était seul avec le docteur et une infirmière pour recevoir l’euthanasie! Il ne voulait que personne de son entourage le voit mourir. L’autre bord de la porte dans le corridor, il y a son meilleur chum Yves qui attend le dernier souffle. Il ne sait pas qu’Yves est là! 

La première seringue l’endort comme la princesse au bois dormant! Il n’a pas eu besoin de Morphée pour s’endormir. Le maître du temps n’avait pu aucun contrôle sur lui. Il dormait paisiblement.

La deuxième seringue attaque son coeur, lui donne un bon coup.

La troisième seringue… c’est la mort. Il est 13h15 le 29 mars 2019.

Éric est debout devant la grande porte, celle qui s’ouvre après notre dernier souffle!

Il a retrouvé l’usage de tous ses membres. Il regarde en bas une dernière fois vers ses trois enfants, un frisson parcourt son âme. La porte s’ouvre, il salue son chum en bas comme le font les capitaines de bateau et court par pur plaisir vers la lumière.

Les Sentiers, cimetière naturel à Prévost

Sous une roche le 13 avril 2019 repose en paix à même la nature les vieux os d’Éric Levasseur qui n’avait que 47 ans. Il travaillait au Centre Jeunesse des Laurentides. Il aimait la nature.

Samedi 28 mars 2020

Yves va accompagner les trois enfants d’Éric Levasseur pour une partie au Centre Bell contre les Islanders de New York. Éric n’a jamais amené ses enfants au Centre Bell faute d’argent d’un père monoparental! Yves lui avait promis de les amener. Comme Yves est un vrai chum, il va tenir promesse et en plus, un an jour pour jour après leur dernière soirée de boys! 

J’suis persuadé que ce soir-là, Éric va travailler fort auprès des fantômes du Forum.

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Nous sommes hockey

Nous sommes hockey

 

6 avril 2018

L’autobus des Broncos de Humboldt est sur l’autoroute 35 en direction de l’étranger pour un match en série! Nous sommes en Saskatchewan.

Ce soir-là les Broncos ont perdu…
Ils ont perdu 16 vies.

L’autobus fonçait à vive allure vers la croisée des chemins. Nous étions à l’ombre d’une catastrophe.

Au même moment…

Dans le Junior AA, Anthony Gagné du National de Rosemère avait gagné les régionaux avec son équipe et se préparait pour la fameuse coupe Dodge!
À chaque fois que le numéro 43 touche à la rondelle Lord Stanley sourit à pleines dents! Pour avoir vu Anthony jouer à quelques reprises, je soupçonne celui qui commence un certificat en administration à l’UQO de St-Jérome d’être un magicien à temps partiel.

Parfois sortie de nulle part, il vous sort une feinte magistrale à faire pâlir les Connor McDavid de ce monde. Avec ses feintes d’Houdini, il sort son adversaire de ses culottes et nous aussi dans les estrades. Morale de l’histoire: Attache ta tuque avec de la broche, attache ta ceinture après tes culottes parce qu’aux games d’Anto on sait jamais quand il va exploser.

Il est en fait sur la glace depuis toujours une bombe à retardement qui vous explose en plein coeur d’une game serrée et depuis qu’il a commencé à jouer, il provoque des ulcères d’estomac au gardien adverse.

Au même moment, le numéro 50 des Harfangs de Sainte-Anne-des-Plaines, le petit Jérôme Beauséjour, joue une millième game imaginaire dans le stationnement familial. Il marque des buts contre un Carey Price en vinyle.

Jérôme joue au hockey dans la rue comme il joue sur la glace, avec passion du haut de ses 10 ans! Il a la game dans le sang comme Anthony qui sous ses épaulettes a la game d’incrustée même jusqu’à son âme!

Les Broncos une semaine avant l’accident

Le bruit sourd d’un camion-citerne et l’autobus des Broncos s’entrechoquent et le destin de l’équipe allait changer à jamais.
Curieusement le ciel de la Saskatchewan était magnifique. Le ciel bleu faisait contraste avec le rouge écarlate qui éclaboussait l’asphalte. La terre n’avait pas arrêté de tourner. Mais depuis le 6 avril, pour les familles de 16 membres de l’équipe, la terre tourne mais d’une drôle de façon. Plutôt au ralenti et pas dans le sens du monde!

Comme disait dans sa chanson Michel Rivard: « C’est leur toute personnelle fin du monde. » Quinze familles venaient de perdre leur joueur préféré! À la croisée des chemins, le camion-citerne a explosé de mille feux. Ce n’était pas bucolique comme les feux d’artifice à La Ronde ou comme ces feux d’artifice partout aux États-Unis le 4 juillet! Certains joueurs ont brûlé vif, d’autres ont éclaté aux quatre coins de la Saskatchewan. Certains ont été déchiquetés par le métal écrasé! Une scène d’horreur que même l’auteur Patrick Senécal n’aurait pu imaginer.

La petite communauté de Humboldt perdait le souffle en même temps.

Comme la vie continue…

En 2019 petit Jérôme qui redéfinit encore le mot passion à chaque présence sur la glace avec son amour de la game. Il veut jouer tout simplement!

Elle, le numéro 17, ma fille Mathilde a donné ses premiers coups de patins cette année dans le Pee-Wee avec les Lions avec acharnement et passion comme elle fait au baseball. Nous avons découvert, à travers notre joueuse, des gens merveilleux. Un super milieu celui des parents d’arénas. Je le dis haut et fort sans aucun sarcasme.

Anto Gagné a terminé cette année sa carrière de joueur de hockey! Chemin faisant, il a perdu son « C » durant la saison et en plus il a subi une peine d’amour. Notre numéro 43 a été testé par la vie mais dans mon esprit je suis convaincu qu’un battant comme lui va se retrousser les coudes jusqu’aux manches et devenir une meilleure personne. Je sais que je vais faire rager mon chum Big Ben et Dany, tes deux coachs mais je ne t’aurais pas enlevé ton « C ». Et tu sais que ce maudit « C » est imprégné en toi pour la vie. Bonne continuation Capitaine Gagné!

La vie continue malgré la fin de la game. Et toi lecteur et toi lectrice auras-tu toute donné sur la glace de la vie? As-tu donné le 2e effort? As-tu passé la rondelle car la vie ne se joue pas tout seul?Et quand c’était l’temps as-tu jeté les gants pour protéger tes coéquipiers? As-tu souffert pour l’équipe ? As-tu laissé ton petit ego de merde de côté?

Une fois que les lumières de l’aréna vont se fermer à jamais, vas-tu partir la tête haute?

Les Survivants de l’accident

Je dédie ce texte aux anges de Humboldt!

Ce texte était un présentation de ⬇️

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»Iron » Mike Brault et les autres

»Iron » Mike Brault et les autres

C’était l’époque des poubelles garrochées su’a glace après un mauvais call de l’arbitre. L’époque des chaises garrochées dans les estrades par les « Serge Labelle » de ce monde.
L’époque des oreilles molles quand Roch Isabel des Papetiers de Windsor rentrait dans place. L’époque des puissants Blizzards de St-Gabriel-de-Brandon et dans ses rangs, dans son âme, le valeureux Denis Aspirot! Il y avait avec Thetford Les Mines, le légendaire Nathan Morin qui demeure dans mon livre, le meilleur pound for pound!
Il y avait aussi un gros boeuf de l’Ouest canadien. Certains l’appelait « Le chaînon manquant » car parfois sur la glace, il était entre l’homme et le singe! À San José avec les Sharks on l’avait surnommé le « Missing Link »… le légendaire, de triste mémoire Link Gaetz! Moi je connaissais Gaetz depuis ses années junior dans la WHL. Une fois qu’il enlevait ses mitaines, il avait deux massues au boutte des bras. Alcoolique au dernier degré, mangeur de pinottes et brasseur de marde en tous genres. Il a souvent monté des gâteaux dans sa tête à force de sniffer de la poud’! Un être tourmenté. J’aimerais prendre une bière avec lui en faisant un podcast.
À Saint-Georges de Beauce, il y avait André Falardeau. Un dur de dur. J’ai mémoire de certains de ses combats contre Serge Roberge, des classiques du genre. André Falardeau comme le dernier des Mohicans, il en existe plus des comme lui.
Et pis à Pont-Rouge, il y avait Jessy Grenier, un gros taupin aux mains rapides comme Billy the Kid. Il aurait été terriblement dangereux à la tombée du jour à l’époque du Far West! Comble du ridicule, Jessy n’était pas le king de Pont-Rouge.
À tout seigneur, tout honneur, « Iron » Mike Brault a fait les joies des partisans du senior pendant tellement d’années. La bête à son meilleur déchirait la peau de ses adversaires à coup de gauche, de « drette » et à coup d’uppercut.
Il pouvait vous fendre en deux. « Iron » a dominé le monde des durs à cuire pendant de nombreuses années, c’est comme s’il était increvable. Et un certain soir, dans ce qui était son dernier combat à vie, il s’est fait knocker par un certain Samuel Lévesque. Le dernier des vrais goons était étendu face première sur la glace… comme un baiser de la mort. Il était impossible que « Iron » Mike Brault finisse sa carrière sur une bonne note. Les jointures usées, le maudit temps aura eu raison du plus grand goon de l’histoire du hockey senior québécois.
Anecdote #1: Moi et mon buddy Simon, le meilleur chum que j’ai jamais eu, avons décidé d’amener deux filles à un match de hockey senior entre Pont-Rouge et Les Chiefs de Bob Berger à Sainte-Thérèse. Oui, nous les Roméo plutôt Pérusse que Montaigu, voulions joindre l’utile à l’agréable avec nos dates de la soirée… pour un soir seulement comme on dit!
Une rumeur dans les coulisses disait que Bob Berger avait fait venir des Territoires du Nord-Ouest un Inuit à faire peur! J’ai même entendu dire qu’il se serait battu avec des aurores boréales par chez eux. Il s’appelait Mimo. Il était gros et large mais d’une lenteur à faire paraître la tortue dans la fable de Lafontaine pour une gazelle.
Le match est vieux d’une seconde… Les gants d’ « Iron » Mike Brault sont sur la glace, il a les jointures à l’air libre. Mimo notre proie a lâché ses mitaines aussi mais moins vite! Trois coups de poing sur la margoulette plus tard, notre Eskimo du Grand Nord faisait contraste avec le bleu de la glace. Il était littéralement en sang et ma date de la soirée avec qui il ne s’est rien passé par la suite a tombé dans les pommes à la vue du sang. « Iron » Mike Brault en plus de mettre KO les Premières Nations a mis KO les espoirs d’un one night stand!
Anecdote #2: Je suis avec « Tom Tom » au Colisée de Laval, un match entre les Chiefs de la place et les Dragons de Ville St-Laurent!!! Je parle fort, j’ai les baguettes en l’air et une bière de trop dans la main. Je vais aux toilettes et le gars avec qui je m’étais obstiné me suit aux toilettes avec « Tom Tom » derrière lui.
Je pisse mes bières de la 1re et 2e périodes. Et une fois fini, le gars à côté de moi à l’urinoir me dit et je cite:

Tu parles trop fort et trop toé?

mange d’la marde!
Le gars lève un peu son chandail pour me montrer un morceau qui ressemblait à un .45! J’ai soudainement le goût de pisser encore mais cette fois dans mes culottes. Je me rappelle soudainement que je ne suis pas éternel.

T’as raison man! Je parle trop fort. Tes oreilles sont pas si sensibles que ça tsé…
Il rit, moi aussi et « Tom Tom » rit de la même couleur que moi. Nous rions jaune en duo! J’ai terminé la game dans le silence total et « Tom Tom » aussi. Et j’pense que dans le char au retour, pour être sûr, on a pas parlé non plus.
Anecdote #3: J’ai mémoire de Luc « Gros Bill » Lachapelle . J’ai mémoire de Lachapelle qui arbitre au Forum de Montréal et au Maple Leafs Garden. Il est « scab » de son état pendant que les arbitres de la LNH sont en grève. Il aura arbitré 9 games dans le grand circuit. J’ai mémoire de Lachapelle au Colisée de Laval en plein coeur du House of Pain danser entre deux sifflets sur du Elvis Presley. Il est le meilleur arbitre que j’aurai vu d’ma vie. Gros Bill aimait le spectacle et le spectacle aimait Gros Bill. Aujourd’hui on ne fait que prononcer son nom et le sourire s’accroche automatiquement dans la face de chaque amateur de hockey de la Belle Province! Son nom est devenu folklorique comme lui. Et suite à un long combat contre le cancer, il est décédé en 2015.
Je vous ramène à un événement de triste mémoire qui s’est passé avec certains spectateurs de Thetford Les Mines. Une fin de match qui avait brassé et Lachapelle avait mangé une claque su’a yeule. Le lendemain, il arbitrait chez nous à Lachute. Et la rumeur disait que les gars de Thetford descendaient en ville.
Je m’organise pour avoir le numéro du Gros Bill et je lui dis de pas s’inquiéter, qu’il peut venir arbitrer chez nous sans peur, qu’il aura le respect et la protection nécessaire pour faire sa job. Je lui dis qu’on va l’escorter jusqu’à la chambre des arbitres et qu’à la fin de la game on va l’escorter jusqu’à son auto. Je lui dis aussi que je le fais par respect pour le plus grand arbitre de l’histoire de la LHJMQ. Je lui dis que j’ai une seule demande, qu’il danse sur du Elvis entre deux sifflets… Il rit et accepte.
Il a arbitré son match en paix. Mes vieux chums du Bronx dans la paroisse de Ayersville, Rick et Mike ont géré la patente comme des gentlemans. Et comme le grand arbitre qu’il est Luc Lachapelle n’était pas plus sur notre bord que celui de Thetford pendant la game.

Après la game…
Dans le parking de l’aréna direct su’a rue Hamford, nous nous sommes fait une accolade.
Bon voyage Gros Bill!

Tonka, Lindros et moi

Tonka, Lindros et moi

Nous étions un mardi de juillet 2018…

J’étais à finir une commande de DFR pis là j’ai entendu la sonnette de la réception résonner trois fois comme d’habitude. Ce qui veut dire que je reçois d’autres commandes via un transporteur! Nous sommes tous déjà à l’ouvrage moi, les jumeaux, Stéphane, Julie, Valérie et Marie-Noël! Ce jour-là dans notre Spotify on travaille au son de Lynyrd Skynyrd! Il n’y a pas de climatisation dans l’entrepôt alors on dégoûte notre vie, c’est le supplice de la goutte chinoise version boulevard Industriel de St-Janvier!

Il faut savoir que j’ai un mâche patate level ninja! Je parle même quand je dors. Et ce que j’aime le plus c’est faire un brin de causette avec mes livreurs. Oui, c’est mes livreurs! Maurice et Mario d’UPS, Buddy de  Purolator, Michel de Postes Canada, Margarita de DHL, Abbas de Fedex, Maurice de DHL et son 53 pieds, le serbo-croate d’UPS et un plein d’autres. Je connais leur vie, leurs drames, leurs joies, j’aime parler au monde! J’aime savoir leur vie courante et je fais de même avec eux. Je partage pour partager et si vous voulez savoir, c’est la seule porte de sortie de l’humain pour la suite des choses… le partage!

Donc le gars débarque de son gros 53 pieds et c’est pas un régulier de chez Transport Bourassa! Mais ce foutu livreur je le connais sans le connaitre.

MOI: « Ta face me dit de quoi toé? »

LUI: « Charbonneau du p’tit Canada pis moé aussi ta face m’dit de quoi… »

MOI: « Bin bout de criss! Tonka sa rue Bellingham dans le HLM en face du Laurentian High School? »

LUI: « Pat? Le pire lanceur de fastball de l’histoire? C’est toé calice! »

MOI: « Lui même en chair pis en chair! »

LUI: « Tu lances tu encore dans ligue des 4AS? »

MOI: « Non fait longtemps que j’ai quitté Lachute! Ma ville c’est St-Jérôme. Mes enfants sont des Jérômiens. Pis toé? »

Lui: « J’reste à St-Philippe! »

Pour dire la vérité, j’ai 44 ans et ça fait 20 ans que j’avais pas vu Charbonneau!  Pas étonnant que notre sbire soit devenu trucker/livreur, il était toujours en train de faire des bruits de truck en se promenant dans les rues! Il jouait au livreur et avec son bécycle, n’avait que des Tonkas et des Hot Wheels dans sa chambre! D’ailleurs la première fois que j’ai vu des derby de démolition c’est avec lui et son père à Pembrook en Ontario et par la suite au mythique derby de démolition à Lachute! Son surnom c’était d’ailleurs Tonka car il était un thug dans tout ce qu’il y a de plus robuste! Tonka Charbonneau est incassable!

J’ai compris Charbonneau à la dure… un certain janvier de 1983! On jouait au hockey bottine sur la rivière du Nord de notre enfance! Et pendant la game Tonka m’a donné du Sherwood dans les côtes… j’ai laissé mes mitaines de hockey sur notre glace à ciel ouvert comme l’aurait fait Chris Nilan sauf que je n’ai pas l’ADN de Nilan et surtout pas ses jointures! Charbonneau laisse tomber ses gants et me dit: « T’es sûr Pat? »

Je lui laisse pas de chance. J’accroche ses manches de chandail et lui mitraille 6 coups de poing sur la margoulette non-stop, dont un sur son gros nez!

Il ne bronche pas. Il n’a pas bougé. Il n’a pas pleuré. Il saigne de la bouche abondamment et me retient les bras! Il s’élance et je me souviens pu de rien par la suite! Je me suis réveillé, étendu sur la glace les idées tout croches! Sur le coup je me souvenais pu de mon nom, ni pourquoi j’étais étendu, gelé, sur la rivière du Nord. Charbonneau est venu me porter chez nous car je me souvenais pu où j’habitais! Charbonneau en chemin s’est excusé plusieurs fois! J’ai après surnommé Charbonneau Tonka et le surnom est resté!

Je sors du 53 pieds les 3 palettes que Charbonneau vient me livrer et nous nous faisons une belle accolade sincère! Au moment de partir il me dit:

Tonka Charbonneau: « Hey le gros abonne-toi à mon Facebook y’a un gars de notre coin qui écrit sur nous, le p’tit Canada, la côte de sable, le Bronx pis toute là! Je vais te partager ses textes! C’est un gars de Lachute!

Moi: « Ah ouin? Pour vrai? C’est bin cool! C’est qui?

Tonka Charbonneau: « J’sais pas maudit! Mais c’est un gars de notre coin y nous connaît en tabarnak! Ça doit être Larocque!

Nous rions de bon coeur.

Il faut savoir que Larocque était notre ami mais on aimait rire de lui sans cesse sur son patin artistique… Nous avions des jokes à l’infini, jusqu’au jour que le fils à Bonnie Lindros nous a faite dans les mains! Oui, oui le fameux next one, le numéro 88 des Generals d’Oshawa, celui qui a dit non à la plus belle ville de la ligue nationale à l’époque, la ville de Québec! Celui là même qui jouait avec les non-moins maudits Flyers sur la ligne des Legion of Doom. Éric Lindros nous a privé de jokes à l’infini sur Larocque et son tutu rose!

Car un soir bien arrosé dans la ville reine, le gros 88 Eric Lindros a lancé son verre de boisson à ce qu’on dit en pleine face de Elvis Stojko le légendaire patineur artistique et idole de notre sbire Larocque. Un soir de 5 à 7.  Sans fanfare ni trompette, Elvis du haut de ses 5’7 n’a pas fait de double piqué ou de triple axel, il a simplement mis son poing su’a gueule du fils à Bonnie. Lindros s’est retrouvé au sol comme notre sarcasme à l’infini envers Larocque! Des années de jokes plates sur le patin artistique venait de disparaître! Lindros au sol comme son frère Brett qui faisait des commotions cérébrales à répétition! La vie est ainsi faite car une fois que tu la prend pour acquis, elle se charge elle-même de te remettre à ta place. Personne est assez gros pour jouer aux bras avec elle! Ni Lindros, ni Tonka ni le Barbu de ville ni même Bonnie ni personne.

Message à Charbonneau dans le texte:

Mon chum Tonka, c’est moi le Barbu de ville… oui oui c’est ton Pat celui du fin fond de la rue Filion, celui du logis d’en haut, ton ancien lanceur de balle, celui qui n’a jamais lancé des balles de feu, celui qui n’avait jamais un backstop assez haut quand il perdait le contrôle sur la butte.

En passant, j’ai rencontré Larocque au Costco de St-Jérôme l’autre jour et avant même de me saluer, il m’a parlé du coup de poing d’Elvis à Lindros! Notre calvaire est à l’infini mon Tonka.

Prochaine fois que tu viens livrer avec ton gros 53’ amène ta mite de catcheur, j’ai toujours mon gant dans mon char pis des balles! Nous passerons ma pause à se lancer, tu feras le crapaud pour moi comme dans le temps au Parc Richelieu! Ça me manque!