Publié dans Chronique, Nouvelle littéraire

Le fantôme du Chic Palace

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*Photo du groupe Facebook Lachute as we remember*

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, M. Ladouceur! C’était la jungle quotidienne du Chic Palace, chic hôtel sur la rue Lafleur à côté du Farmer supplie’s à Lachute. C’était l’époque des grosses Laurentides jusqu’à perte d’identité.

C’était l’époque des 24 heures du dix! Des films toute la nuit sur les ondes de télé métropole. C’était le début de la fin de la salle de cinéma dans notre région. Le cinéma de Lachute ne présentait à la fin que des films pornos! Des films de fesses comme disait le monde dans le temps.

Bien sûr que chaque hôtel de ce genre à son vendeur de poud’ et son shylock! Dans le temps de mémoire au Chic Palace tout le monde l’appelait ‘’le Narfé’’ ! C’était un homme occupé comme on dit!

Le Chic Palace a connu ses grosses années dans les années 60.

Moi j’ai connu les dernières années après la gloire, après les beaux souvenirs. J’ai connu le chic Palace dans le temps qu’il y avait encore à côté le stand à Taxi, pas trop loin le Farmer supplie et de l’autre bord le stand à pétaque! Moi j’ai connu l’autre côté moins glamour, plus crasse! Je me souviens des années de misère où le Palace roulait le 1er du mois.

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, Mr.Ladouceur, il était là chaque jour, j’aurais voulu en faire un documentaire. Un documentaire avec le respect de ce que vivent ces gens-là. J’ai mémoire de Bazou, de pas fiable, pis des autres. Je vais te l’écrire icitte en toute conscience.

Avant que le palace passe au feu, il y avait une légende urbaine de petite ville qui disait qu’un certain fantôme y traînait. J’ai entendu cette histoire de Omer Ladouceur lui-même, elle m’a été répétée par Bazou Campeau et le bonhomme untel!

Pour commencer, j’ai été conçue dans les toilettes du Palace. Ma mère au début de la vingtaine venait de rencontrer mon père, un vidangeur de la côte de sable. Ils ont fourré dans les toilettes du Palace ce soir-là, tout un one night stand…et 9 mois plus tard, je suis né à St-Justine! Le 19 novembre 1973. J’ai été créé au chic palace de Lachute entre deux ‘’set’’ de l’orchestre qui jouaient ce soir-là! Je suis définitivement rock n’ roll.

La légende part du Shylock du temps, celui qui était là d’in années 60, à chaque premier du mois il était au bar. Il attendait la meute du 1er.

Il passait de l’argent à 35%! Les clients étaient nombreux, les gamblers qui restaient collés toute la journée sur les slots machine, les tout nu de Ayersville, les alcooliques comme mon père et combien d’autres.

Démé était le boss de la place à ce moment-là!

Mais l’histoire de Démé commence vraiment le soir de sa mort! En vérité dans ce temps-là, Démé se faisait sucer par toutes les filles qui avaient faim de poud’. Pis tout le monde sait qu’une fille ça poud’ ça suce en criss! DéMé lui était gai donc les filles qui sucent n’y ‘en avaient rien à foutre. Il le faisait seulement pour cacher sa vraie nature pis jamais jusqu’au bout!

Un soir comme tous les soirs, un samedi bin occupé vers 4 dans le petit matin, Démé étaient sur la rue Robert pas loin du dock du farmer supplie’s, il a mangé une brique en arrière de la tête puis il a été battu à mort. Il a été laissé là pour mort! Une immense flaque de sang suivait sa trace. Démé comme un chien battu.

Personne ne sait qui l’a frappé, ça demeure dans le folklore de l’époque, mais ce que ce monde-là ne savait pas c’est que l’âme de DéMé est restée là au-dessus de la rue Robert, au-dessus de la rue Lafleur! DéMé est devenu sans le vouloir le fantôme du Chic Palace.

Quand le shylock est mort tu comprends que beaucoup du monde c’était sauver le cul, effacé leurs ‘’runnings bill’’, évaporés comme par magie dans un nuage morbide.

Démé errait maintenant dans les recoins du chic palace. Pogné dans son propre corps invisible devenu le fantôme de la place. On a retrouvé le matin même des tessons de Porter Champlain à côté de sa tête!

Pendant mon enfance, j’ai entendu plein d’histoire sur le fantôme du chic Palace, des histoires de Fernand Demers de son frère Jean-Guy, de Coco, de mon père pis de la grande Francine itou. Le fantôme serait le Narfé à ce qu’il dise. J’ai même entendu le gros Claude parler du fantôme!

Bad moon rising pareil comme dans une toune de CCR! C’était ce soir-là, la lune des loups. Le vendredi du premier du mois était rendu la grosse soirée du Palace!

Nous sommes au début des années 80, mes parents me font garder par les filles des Robitaille, donc une des filles qui avait des seins immenses dans mes beaux souvenirs!

Mes parents allaient au chic palace chaque vendredi avec leurs couples d’amis John et Louise! J’aime cette idée. Je les imagine, bien habillé dansant sur les succès du temps!

Démé, je le connais par les histoires de mon vieux père.

Mon père était le genre pissou de nature, et quand il parlait de Démé c’était pire.

J’ai su que ceux qui jouaient ‘’d’in’’ Machine priaient le fantôme de Démé pour que la criss de machine paye! C’est ici les prières de vieux bonhomme et de bonnes femmes au boutte de leurs solutions. J’ai beaucoup d’amour et de tendresse pour ces gens. Sincèrement!

Jusqu’à la fin du palace, on dit que DéMé ce faisait entendre les samedis soir qu’y avait un orchestre en ville! Le ‘’narfé’’ aimait beaucoup la musique des années 60, normal il est mort à cette époque. C’était le seul temps qu’on pouvait entendre Démé se manifester et c’était encore pire si le chanteur de l’orchestre était beau, était sexe!

Pour fin historique mesdames…quand vos hommes revenaient à la maison avec un spot de pisse sur les pantalons ce n’était pas à cause du fantôme de Démé même si vos bonhommes ont essayé de vous le faire croire.

Étant enfant, quand je revenais de l’école, je devais passer la track, mais parfois je faisais un détour vers le chic palace, j’arrêtais au stand patate à côté, prendre une pétaque sauce. Meilleure pétaque sauce que je n’ai jamais mangé, meilleure que celle de la patate Labelle. J’écoutais les vieux parler pis des fois j’entendais parler de DéMé!

Une grosse piasse de pétaque avec de la sauce dans un casseau, avant le souper de ma mère juste pour la faire sacrer, j’avais 10 ans nous étions en 1983.

La fin du palace appartient à DéMé et personne d’autre.

Bidou, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou était là jusqu’à la fin par la suite ils ont transféré au Laurentien sa rue principale à côté de la caisse Desjardins!

Ce monde-là aura vécu les grosses années du club et les moins bonnes années aussi.

Certain disent avoir vu MéDé sous forme d’ombre, même que si tu dis MéDé devant un miroir en criant dans le noir tu vas le voir apparaitre de préférence avec de la musique des années 60 en trame de son!

Les samedi du premier du mois, la boucane, la ‘’boésson’’, la poud’, le orchestre de Saint-Jérôme qui joue des tounes des années 60, le gros Claude, les vieux, les vieilles pis la nostalgie. Les chèques revolaient partout surtout dans la caisse…Profiter du pauvre monde. Profiter des dépendants aux machines, des alcooliques, des poudrés pis du reste…

C’est pas mal ça la fin du chic Palace. De toute façon toute fin ne finit jamais bien.

Pis un soir, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air, un je-ne-sais-quoi de différent dans l’air de la rue Lafleur. Le chic palace était à l’abandon ainsi que le fantôme de Démé.

Le feu fut spectaculaire comme les grosses années du club! Les flammes dansaient vers le ciel. Enfin que certains disaient, de toute façon c’était un nique à feu cette place-là que disaient les autres. DéMé est parti avec les flammes.

Le rock n’ roll est mort un peu ce soir-là

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