Publié dans Histoire, Nouvelle littéraire

Johnny oui oui

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Sur le dos d’un papillon
Vole, vole, vole un baiser
Sur une joue

Il aime les papillons. Il est capable d’observer des chenilles pendant d’innombrables heures. Il peut attendre avec toute la patience du monde avant de les voir éclore, et même quand elles n’éclosent pas, il reste patient. Il n’est pas Chinois, mais les ombres n’ont plus de secrets pour lui, et si elles en avaient, il le serait.

Quand il est nerveux, il chante des comptines de Passe-Partout. C’est normal, il est de la génération Passe-Partout. Il préfère Passe-Montagne, car lui aussi aime les papillons, et en plus, il les porte dans son cou sous forme de nœud.

Quand il se regarde dans le miroir, il constate qu’il ressemble à ces gens qu’on nomme trisomiques ou mongoles à batteries. Mais au fond de lui, au fond de son cœur, il souhaite n’être qu’à la chenille de sa vie, et qu’un jour son visage se transforme comme les papillons le font! Au lieu d’avoir cette horrible face de clown pas de nez de clown.

Mais personne n’est au courant, c’est un secret entre lui, les papillons, les chenilles, les grenouilles de la Rivière-du-Nord et Passe-Montagne. En fait, personne qui ne pourrait vraiment dire son grand secret. Chut!
Dans un cou
Où va-t-il se poser?

Johnny travaille au McDonald de son quartier. Il est simili-commis aux vidanges et nettoyeur de tables triple A! Le McDo de son coin est le plus propre de la chaîne, le plus propre de l’univers. Johnny lave les tables tranquillement, une à une. Passe le balai par la suite autour des tables. Il n’y a plus preuve de poussière à l’horizon, Johnny peut aller dormir tranquille. Il est l’employé parfait par son dévouement. C’est peut-être pour ça que les autres employés se moquent souvent de lui. Et pourtant, il n’a jamais été l’employé de la semaine. Et pourtant, et pourtant…

Johnny aime la vie, mais la vie ne l’aime pas souvent. Ce n’est pas grave, car Johnny l’aime pour les deux.

Johnny est laid comme dans «faire peur aux enfants sans faire de grimace». Il a des yeux qui veulent s’enfuir en permanence, toujours sortis de leur orbite! Des yeux croches comme ses doigts d’arthrite prématurée. Et si ce n’était de la malchance, il n’aurait pas de chance du tout. Sa vie est un billet de loterie à l’envers, mais lui il siffle chaque matin.
Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là…

Un vendredi soir comme tous les autres…

Le simili-gérant du McDo crie à tue-tête pour se convaincre qu’il a une certaine prestance. Il crie à ses employés habillés en clown de tourner encore plus vite la boulette de boeuf en canne.

Et quand le simili-gérant crie, Johnny Oui Oui se cache les oreilles avec ses petites mains de petit gars de 5 ans. Il tremble dans ses culottes de trisomique. Il est fragile et vulnérable. Le simili-gérant bombe le torse devant autant de pouvoir.

Le vendredi soir est un soir achalandé pour Johnny qui est tout sauf tranquille. La clientèle rentre et sort du fast-food à tue-tête comme si Mr Ronald McDonald avait décidé d’installer des portes tournantes dans ses nouveaux concepts de resto. La mère monoparentale au boutte de son rouleau avec ses deux singes à batteries au bec sale, l’ado qui vient avec sa gang d’incompris s’évacher sur les banquettes parce que c’est « chill », les retraités qui tètent un café jusqu’à la dernière goutte ainsi qu’un journal de Mourial, le monde en général qui n’a pas le goût de faire à souper en début de fin de semaine, bref, la planète en entier se retrouve au McDo de Johnny le vendredi, au grand déplaisir de Johnny.

Ce soir-là, Johnny fermait le resto avec la fille qui a la 3e clé. Une étudiante dans tout ce qu’il y a de plus générique. Elle a le dédain de Johnny, mais ne le laisse pas voir. C’est une forme de respect de l’humain en général qui l’honore. Le McDo se vide tranquillement pas vite. Pour les employés, c’est un moment presque inespéré, aux limites du possible. Le resto est désert et Johnny met la clé dans la porte. À chaque fois qu’il ferme les portes, il est comme en mission. Personne mais personne ne fait son travail aussi sérieusement que Johnny à part peut-être le proprio.

Un ancien employé est là, à la dernière porte que Johnny doit fermer. Johnny le reconnaît et le salue chaleureusement.

– Ancien employé : «Salut, Johnny. J’viens chercher Mélanne. J’peux-tu attendre en dedans?»

– Johnny : «Oui oui, Max. Oui oui. Tu es gentil, toi, hein? Oui oui tu peux. Oui oui certainement. Oui oui…»

– Ancien employé : «Dis-le pas à Mélanne, j’vais lui faire une surprise. J’vais aller la voir pendant que tu termines ton beau ménage. T’es le meilleur pour nettoyer les planchers et les tables, mon Johnny, oui oui!»

– Johnny : «Merci Max, merci. Oui oui, je suis le meilleur. Oui oui, les tables sont propres avec Johnny. Oui oui…»
Le baiser, papillon doux. C’est toi qui l’auras!

Max avance à pas de loup comme dans un poulailler vers la cuisine. Mélanne l’étudiante générique est au fond de la cuisine à nettoyer le plancher graisseux. Elle tord sa moppe pour une xième fois pendant que Johnny commence tranquillement le plancher de la salle à manger principale.

Elle reçoit un coup de barre de métal en arrière de la tête qui lui fait perdre conscience. Le coup vient de son ancien petit ami plutôt jaloux/possessif que générique. Évidemment, Johnny n’était pas au courant que Mélanne n’était plus avec Max depuis un bon bout de temps. Il n’était pas au courant que Max était plus hypocrite que gentil. Que Max était violent comme dans « Toé ma tabarnak, tu joueras pas aux bras avec moé ». Max aimait dire que les « chicks », c’étaient des « sperm bag », c’est-à-dire des sacs à sperme, et Mélanne, c’était son sac à sperme préféré!

Johnny siffle et nettoie les tables en écoutant sa musique préférée dans ses écouteurs. Il n’a pas entendu le bruit sourd de la barre de métal sur le derrière de la tête de Mélanne. Elle est étendue au sol. Le sang se mélange au « Pine-Sol » fraîchement étendu sur le plancher.

Max se sauve par la petite porte d’en arrière, réservée aux employés et enlève les gants qu’il avait soigneusement enfilé pour frapper le « sperm bag ».

Johnny a fini son nettoyage. Il a le sentiment du devoir accompli. Il a pleinement mérité son 10,15$ de l’heure. Il revient à l’arrière du magasin pour mettre son manteau et dire bonsoir à Mélanne.

Il a devant ses yeux de trisomique un chaos inexplicable. Il ne comprend pas. Il pleure et ne sait pas pourquoi. Le sang, le corps de Mélanie gisant au sol, ce n’est pas comme à l’habitude, ce n’est pas comme le vendredi de la semaine passée et tous les autres. Il met ses petites mains sur ses oreilles, se couche en boule par terre et chante:
Sur le dos d’un papillon, vole, vole, vole un baiser. Sur une joue. Dans un cou. Où va-t-il se poser? Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là… Le baiser, papillon doux. C’est toi…

Johnny reste aux côtés du corps mort de Mélanne toute la nuit et a jeté la barre de métal dans la poubelle. Il ne ferme pas l’oeil. Il attend son gérant qui rentre tous les samedis matin vers 4:30. L’apocalypse est partout dans la cuisine. Le temps n’a plus d’importance et les papillons non plus. Johnny a complètement oublié Max dans sa mémoire.

– Johnny : «Oui oui, Mélanne va se réveiller… oui oui. Elle est fatiguée, oui oui. Je vais dire à monsieur Trudel que Mélanne est fatiguée, oui oui. Johnny est gentil, oui oui. Gentil.»

Ce qui devait arriver arriva : le gérant, en apercevant la scène, a quitté les lieux immédiatement sans parler à Johnny et a appelé la police en panique. La police a embarqué Johnny, croyant qu’il était le coupable.

Menottes aux mains, Johnny de dire : «Johnny gentil oui oui. Gentil. Comme les papillons. Oui oui…»

– Police : «Bin oui. Gentil gentil. Oui oui. »

Sous la loi des hommes, Johnny a été reconnu coupable du meurtre de Mélanie Poissant. Il a reçu une sentence à vie d’internat. Il n’y avait rien de juste dans ce que la justice avait décidé. Mais comment la justice peut être toujours juste, quand la vie elle-même est tout sauf juste?

À vie enfermé avec des fous, bourrés de pilules dont il n’a pas besoin. Il va éventuellement devenir un zombie comme les autres. Assis dans sa chaise berçante à se bercer à longueur de journée, n’attendre après rien et contempler le vide. Et même à en venir à croire qu’il avait vraiment fait mal à Mélanne.

Et chaque vendredi soir que le bon Dieu amène, Johnny se mutile doucement dans sa petite chambre. Dans les corridors de l’institut, on peut entendre…

– Johnny : «Méchant Johnny. Oui oui. Méchant oui oui avec Mélanne. Oui oui. Ne pas ouvrir la porte à Max. Oui oui.»

*Photo http://www.actusoins.com


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Publié dans Anecdote, Baseball, Lachute, Souvenir

Au parc Richelieu

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Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un petit gars de 8ans…

Chaque été, le petit gars de 8 ans tentait d’améliorer son jeu, ses connaissances et sa collection de cartes de baseball! Plus tard, il voulait remplacer Garry Carter au marbre ou être journaliste et remplacer Serge Touchette du journal de Montréal.

Souvent, il traînait son petit frère de 4 ans avec lui. Chemin faisant, il s’arrêtait au dépanneur Gibeault dans le Petit-Canada sur la Filion. Il achetait des jus en sac qu’il fallait transpercer avec une paille en biseau. Ainsi, ils avaient assez de carburant pour faire le 10 minutes de marche qui les séparait du fameux parc Richelieu dans le temps de la piscine municipale!

Ils traînaient avec eux une balle de tennis, une balle de baseball, un vieux bâton de baseball Louiseville, deux gants aussi usés sinon plus que le bâton et beaucoup de bonheur à aller jouer au »FLY PIS AU ROULANT ».

Le petit gars de 8 ans avait aussi dans les pieds de magnifiques souliers trois couleurs des expos! Avec ses souliers, il était persuadé qu’il était la réincarnation de Tim Raines. Il était persuadé qu’il courait aussi vite que lui du moins, les souliers lui donnaient un avantage certain sur les autres petits joueurs de balle!

Dans ses 8 ans de vie, le petit gars vous dirait lui-même que c’est le plus beau cadeau qu’il n’a jamais reçu.

Son petit frère de 4 ans lui était plutôt un pêcheur. Il pêchait »toute la maudite été », il n’arrêtait que pour faire du bicycle et quand son frère l’achalait suffisamment pour aller jouer au »FLY PIS AU ROULANT ». Si aujourd’hui, il n’y a presque plus de poisson dans la rivière du Nord, aux abords de Lachute c’est un peu de sa faute. Aucune espèce ne lui a résisté: barbotte, perchaude, carpe, crapet soleil, brochet, doré et la barbu remplie de mercure.

Du haut de ses 4 ans, il avait la patience des plus grands joueurs d’échecs russes et pouvait rester à la même place des heures et des heures sans rien pogner.

Ils pouvaient jouer des heures à se lancer des balles, à se faire des bleus partout sur le corps, à se chicaner pour avoir un tour au bâton, à pogner des fly, à savoir qui court le plus vite autour des buts, à se faire des relais du 2e but au 1er but etc…

Bref, il en a joué des parties de balle au Richelieu. Il a vu avec ses yeux de petit gars de 8 ans, les 4 chevaliers O’Keefe et le gros Claude Potvin faire de la magie. Que d’émerveillement! Seul au parc, comme un grand, assis dans les estrades avec un casseau de patates au vinaigre et un coke à regarder les grands jouer à la fastball et à la softball.

En plus de ses parties improvisées, le petit gars de 8 ans a joué des centaines de games de balle au mur. Il était une sommité dans le domaine. Si un jour on donne un prix pour ce jeu, il en sera le premier récipiendaire! Comme Picasso il maîtrisait son art!

Vers 7h PM, il rentrait à la maison prendre un bain, mettre son pyjama rempli de balles, manger un peu et il allait s’enfermer dans sa chambre jouer avec ses cartes dont sa préférée, celle du lanceur à la moustache »Rollie Fingers ». Il mettait sa radio transistor à CKAC, la cachait sous ses couvertures, tenait son gant de baseball comme une doudou et se laissait bercer les soirs d’été par la voix rassurante de Jacques Doucet.

S’il y avait une certitude dans le monde de ce petit gars de 8 ans c’était que chaque soir d’été, Jacques Doucet serait au rendez-vous comme un bon père de famille. Certains avaient comme héros Superman, Spiderman, Batman… lui il préférait de loin les Gary Carter, Raines, Mike Schimdt et Babe Ruth!

Il y avait à chaque printemps dans le gymnase de la polyvalente Lavigne, un camp d’évaluation pour former les équipes de la ville. Ils avaient besoin de 4 clubs pour la ligue inter-paroissiale de niveau plus faible: ses équipes étaient St-Anastasie (2), St-Julien (1) et Immaculée-Conception (1).

Par la suite, il y avait les »yankees » de cette ville, l’équipe qui allait représenter la ville partout dans les Laurentides. Les fameux Rotary, club de niveau (A). Ils avaient un bel uniforme jaune serin avec une casquette brune.

À chaque évaluation, le petit gars de 8 ans était choisi pour jouer avec les fameux Rotary. Il a appris les fondements de la balle à ses camps d’évaluation, il a appris à bloquer avec un genou à terre, à lancer par-dessus l’épaule, à raccourcir son bâton, à voler des buts même s’il n’a jamais été un marchand de vitesse, à faire le court et frappe, à ne pas attraper la balle comme »Willie Mays ». Mais au camp il a appris aussi le sens du mot pauvreté car ses parents ne pouvaient lui payer l’inscription et l’uniforme. Il a été au camp quand même pendant des années dans l’espoir que ses parents, que quelqu’un lui aurait payé l’inscription et l’uniforme.

Si vous êtes attentifs chers lecteurs et lectrices… vous pourrez le voir coacher dans l’uniforme Orange avec le numéro 8 sur les terrains de St-Jérome . Si vous regardez attentivement, vous pourrez apercevoir à travers ses souliers de balle noirs Wilson, les souliers trois couleurs des Expos du petit gars de 8 ans. Et si vous savez lire entre les lignes de ce texte, le petit gars de 8 ans de Lachute est maintenant un barbu de ville.

*Message au petit gars de 4 ans*                                                                                              

J’étais tellement content cet été quand le petit pêcheur est venu me voir coacher les Orioles B2 contre les Jets de Mirabel… il a même pas fallu que je le traîne. 


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