Publié dans Livre

L’improbable merveille masquée

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Chapitre 1 (avant la merveille)

Jean Beauséjour est né sur la côte de sable. Un drôle de quartier dans une drôle de petite ville. Avant Jean, il y a eu sa mère Rose-Alma. Une femme de peu de mots. Une femme d’intérieur comme la plupart des femmes de son temps...

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Publié dans Chronique, Nouvelle littéraire

Le fantôme du Chic Palace

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*Photo du groupe Facebook Lachute as we remember*

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, M. Ladouceur! C’était la jungle quotidienne du Chic Palace, chic hôtel sur la rue Lafleur à côté du Farmer supplie’s à Lachute. C’était l’époque des grosses Laurentides jusqu’à perte d’identité.

C’était l’époque des 24 heures du dix! Des films toute la nuit sur les ondes de télé métropole. C’était le début de la fin de la salle de cinéma dans notre région. Le cinéma de Lachute ne présentait à la fin que des films pornos! Des films de fesses comme disait le monde dans le temps.

Bien sûr que chaque hôtel de ce genre à son vendeur de poud’ et son shylock! Dans le temps de mémoire au Chic Palace tout le monde l’appelait ‘’le Narfé’’ ! C’était un homme occupé comme on dit!

Le Chic Palace a connu ses grosses années dans les années 60.

Moi j’ai connu les dernières années après la gloire, après les beaux souvenirs. J’ai connu le chic Palace dans le temps qu’il y avait encore à côté le stand à Taxi, pas trop loin le Farmer supplie et de l’autre bord le stand à pétaque! Moi j’ai connu l’autre côté moins glamour, plus crasse! Je me souviens des années de misère où le Palace roulait le 1er du mois.

Bidou, Omer, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou, Mr.Ladouceur, il était là chaque jour, j’aurais voulu en faire un documentaire. Un documentaire avec le respect de ce que vivent ces gens-là. J’ai mémoire de Bazou, de pas fiable, pis des autres. Je vais te l’écrire icitte en toute conscience.

Avant que le palace passe au feu, il y avait une légende urbaine de petite ville qui disait qu’un certain fantôme y traînait. J’ai entendu cette histoire de Omer Ladouceur lui-même, elle m’a été répétée par Bazou Campeau et le bonhomme untel!

Pour commencer, j’ai été conçue dans les toilettes du Palace. Ma mère au début de la vingtaine venait de rencontrer mon père, un vidangeur de la côte de sable. Ils ont fourré dans les toilettes du Palace ce soir-là, tout un one night stand…et 9 mois plus tard, je suis né à St-Justine! Le 19 novembre 1973. J’ai été créé au chic palace de Lachute entre deux ‘’set’’ de l’orchestre qui jouaient ce soir-là! Je suis définitivement rock n’ roll.

La légende part du Shylock du temps, celui qui était là d’in années 60, à chaque premier du mois il était au bar. Il attendait la meute du 1er.

Il passait de l’argent à 35%! Les clients étaient nombreux, les gamblers qui restaient collés toute la journée sur les slots machine, les tout nu de Ayersville, les alcooliques comme mon père et combien d’autres.

Démé était le boss de la place à ce moment-là!

Mais l’histoire de Démé commence vraiment le soir de sa mort! En vérité dans ce temps-là, Démé se faisait sucer par toutes les filles qui avaient faim de poud’. Pis tout le monde sait qu’une fille ça poud’ ça suce en criss! DéMé lui était gai donc les filles qui sucent n’y ‘en avaient rien à foutre. Il le faisait seulement pour cacher sa vraie nature pis jamais jusqu’au bout!

Un soir comme tous les soirs, un samedi bin occupé vers 4 dans le petit matin, Démé étaient sur la rue Robert pas loin du dock du farmer supplie’s, il a mangé une brique en arrière de la tête puis il a été battu à mort. Il a été laissé là pour mort! Une immense flaque de sang suivait sa trace. Démé comme un chien battu.

Personne ne sait qui l’a frappé, ça demeure dans le folklore de l’époque, mais ce que ce monde-là ne savait pas c’est que l’âme de DéMé est restée là au-dessus de la rue Robert, au-dessus de la rue Lafleur! DéMé est devenu sans le vouloir le fantôme du Chic Palace.

Quand le shylock est mort tu comprends que beaucoup du monde c’était sauver le cul, effacé leurs ‘’runnings bill’’, évaporés comme par magie dans un nuage morbide.

Démé errait maintenant dans les recoins du chic palace. Pogné dans son propre corps invisible devenu le fantôme de la place. On a retrouvé le matin même des tessons de Porter Champlain à côté de sa tête!

Pendant mon enfance, j’ai entendu plein d’histoire sur le fantôme du chic Palace, des histoires de Fernand Demers de son frère Jean-Guy, de Coco, de mon père pis de la grande Francine itou. Le fantôme serait le Narfé à ce qu’il dise. J’ai même entendu le gros Claude parler du fantôme!

Bad moon rising pareil comme dans une toune de CCR! C’était ce soir-là, la lune des loups. Le vendredi du premier du mois était rendu la grosse soirée du Palace!

Nous sommes au début des années 80, mes parents me font garder par les filles des Robitaille, donc une des filles qui avait des seins immenses dans mes beaux souvenirs!

Mes parents allaient au chic palace chaque vendredi avec leurs couples d’amis John et Louise! J’aime cette idée. Je les imagine, bien habillé dansant sur les succès du temps!

Démé, je le connais par les histoires de mon vieux père.

Mon père était le genre pissou de nature, et quand il parlait de Démé c’était pire.

J’ai su que ceux qui jouaient ‘’d’in’’ Machine priaient le fantôme de Démé pour que la criss de machine paye! C’est ici les prières de vieux bonhomme et de bonnes femmes au boutte de leurs solutions. J’ai beaucoup d’amour et de tendresse pour ces gens. Sincèrement!

Jusqu’à la fin du palace, on dit que DéMé ce faisait entendre les samedis soir qu’y avait un orchestre en ville! Le ‘’narfé’’ aimait beaucoup la musique des années 60, normal il est mort à cette époque. C’était le seul temps qu’on pouvait entendre Démé se manifester et c’était encore pire si le chanteur de l’orchestre était beau, était sexe!

Pour fin historique mesdames…quand vos hommes revenaient à la maison avec un spot de pisse sur les pantalons ce n’était pas à cause du fantôme de Démé même si vos bonhommes ont essayé de vous le faire croire.

Étant enfant, quand je revenais de l’école, je devais passer la track, mais parfois je faisais un détour vers le chic palace, j’arrêtais au stand patate à côté, prendre une pétaque sauce. Meilleure pétaque sauce que je n’ai jamais mangé, meilleure que celle de la patate Labelle. J’écoutais les vieux parler pis des fois j’entendais parler de DéMé!

Une grosse piasse de pétaque avec de la sauce dans un casseau, avant le souper de ma mère juste pour la faire sacrer, j’avais 10 ans nous étions en 1983.

La fin du palace appartient à DéMé et personne d’autre.

Bidou, le bonhomme untel, la squaw, ‘’Pas fiable’’ Loiselle, Ti-zoune, Bazou était là jusqu’à la fin par la suite ils ont transféré au Laurentien sa rue principale à côté de la caisse Desjardins!

Ce monde-là aura vécu les grosses années du club et les moins bonnes années aussi.

Certain disent avoir vu MéDé sous forme d’ombre, même que si tu dis MéDé devant un miroir en criant dans le noir tu vas le voir apparaitre de préférence avec de la musique des années 60 en trame de son!

Les samedi du premier du mois, la boucane, la ‘’boésson’’, la poud’, le orchestre de Saint-Jérôme qui joue des tounes des années 60, le gros Claude, les vieux, les vieilles pis la nostalgie. Les chèques revolaient partout surtout dans la caisse…Profiter du pauvre monde. Profiter des dépendants aux machines, des alcooliques, des poudrés pis du reste…

C’est pas mal ça la fin du chic Palace. De toute façon toute fin ne finit jamais bien.

Pis un soir, il y avait un je-ne-sais-quoi dans l’air, un je-ne-sais-quoi de différent dans l’air de la rue Lafleur. Le chic palace était à l’abandon ainsi que le fantôme de Démé.

Le feu fut spectaculaire comme les grosses années du club! Les flammes dansaient vers le ciel. Enfin que certains disaient, de toute façon c’était un nique à feu cette place-là que disaient les autres. DéMé est parti avec les flammes.

Le rock n’ roll est mort un peu ce soir-là

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Publié dans Histoire, Lachute

De la Vallée de l’or à l’hôtel Laurin

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La grande Noire est née dans la Vallée-de-l’Or! Plus précisément downtown Val-d’Or. Elle est née dans le doute et la peur, d’un père sauvage et d’une mère blanche comme un drap!

Le bon Dieu dans sa grande bonté lui a donné une paire de boules à faire rougir Marylin Monroe et un cul à faire rager l’activiste et ancienne pin-up Brigitte Bardot!

Même que dans ses belles années la grande Noire aurait pu remplacer au pied levé Monica Bellucci dans son rôle de Cléopâtre tellement qu’elle était splendide! Elle aurait pu faire bander un aveugle et toutes les grandes folles du village auraient changé d’orientation à sa vue! Avoir été à son top en 2022, elle aurait été une influence sur Instagram avec des millions de voyeurs.

J’ai ouï dire qu’il y a ben de vieux bonhommes aux mains longues dans la Vallée-de-l’Or qui se sont payé la traite dans le plat à bonbons. C’est plate à dire de même, mais la grande Noire était devenue le bécycle du village. Tout le monde avait donné un petit coup de pédale sur elle dans la paroisse! On dit même que des gars de Loin-Noranda venaient essayer le manège!

Sculpter un si beau corps à même les mains de Dieu, ce n’est pas un cadeau à faire à une fille née en Abitibi «dins» années 50! C’est plutôt un cadeau empoisonné! Elle a appris à la dure la vie à un très bas âge comme dans « avoir les mains d’un vieux bonhomme dans ses petites culottes à 6 ans ». Elle qui était belle comme la vie, belle comme la petite Shirley Temple!

Souillée de sperme, de sang, d’odeur de cigarette, de bagosse et quoi encore! La vie qui court plus vite que vous et qui finit par vous dépasser!

Elle a pris son petit bagage avec elle et a quitté la Vallée-de-l’Or en 1973 à l’âge de 20 ans sans jamais y revenir. Un sac avec dedans une brosse à dents, des petites culottes, deux, trois t-shirts, une paire de jeans, une jupe et un pouce pour descendre dans la métropole! Elle avait beau être une pute, elle ne se torchait pas avec des p’lures d’oignon!

Demain matin Montréal m’attend

Comme dans la pièce du grand Michel Tremblay, la grande Noire a mis les deux pieds su’a rue Sainte-Catherine, un lundi matin froid de janvier. Ce matin-là, elle s’est trouvé une chambre à deux rues de la St-Cath! Et comme elle pense avec son cul comme un mécanisme enfoui profondément dans les neurones de son cerveau, la grande Noire a dealé son loyer. Elle va s’écartiller une fois par mois pour payer sa quittance. Je sais, je sais, ça vous semble vulgaire, mais pour elle c’était un avancement par rapport à sa vie à Val-d’Or. Au lieu de se faire fourrer violemment par un Indien saoul, elle avait choisi la douceur d’un vieux bonhomme qui lui faisait en plus le déjeuner.

Puis quelques mois plus tard, elle est tombée en amour avec un motard dans l’est de Montréal. L’amour de sa vie. Le parfait bonheur pour les six prochains mois. Ils ont même déménagé dans une magnifique petite ville du comté d’Argenteuil à Lachute. Olive alias la grande Noire avait trouvé son Popeye. Il en était un d’ailleurs. Son club avait passé aux mains des Hells et lui aussi en théorie. Rien n’est simple au pays de la princesse facile.

Pis un jour, le beau motard barbu tatoué jusqu’au cou est disparu sans lettre, sans petit mot. Elle a jamais revu l’amour de sa vie du jour au lendemain. Elle a pleuré pour les six mois suivants et un jour elle a compris que le beau motard ne reviendrait jamais.

Lachute Pool Room

Direct su’a rue Argenteuil, la grande Noire a faite les belles années du Pool Room. Pour les plus jeunes, pour ceux-là qui se rasent encore à la débarbouillette, ne cherchez pas la bâtisse du Pool Room, elle n’existe plus. Le Pool Room était entre le tapis décor Mirabel et la jonction de la rue Grâce. La ville de Lachute voulait tellement démolir ce nique à feu, avec raison.

À l’époque, la grande Noire était la reine de la place. Elle avait aussi le contrôle de la poud’ d’ins toilettes. Non elle n’était pas le genre à aller à la messe du dimanche à l’église Sainte-Anastasie. Quand tu as vécu ce que la grande Noire a vécu, tu fais avec. Tu organises les autres avant de te faire organiser. Donc ce fut les belles années pour la fille de Val-d’Or.

L’hôtel lorrain

Sur la rue Hamford à l’époque il y avait en face la caisse Desjardins. Elle est à côté maintenant de la pataterie chez Renée. En fait ce n’est plus un hôtel, mais un centre de la toxicomanie qui s’appelle le Pavillon Hamford.

1991

Au Lorrain qu’on appelait aussi le coupe-gorge, il y avait des crosseurs de poules mortes, des chercheurs de trouble en tous genres, des alcooliques au dernier degré, des vieux abandonnés par la vie et eux-mêmes, de p’tits dealer de « dope », des mangeux de chips, de grandes gueules qui n’ont jamais rien fait sauf parler fort, de la grosse bière pis où on pouvait faire, dans un local, de la peinture sur céramique avec le bonhomme Péra! Oui, oui, peinturer de Saintes Vierges, de p’tits Jésus, des chevaux, des lapins, des croix, le pape, etc. Il avait mille et un modèles le bonhomme Péra. Et au-dessus du bar, il y avait des chambres à louer au mois pour souvent des petits vieux à moitié morts, mais toujours capables de tenir une grosse quille. Un beau zoo de pauvre monde.

Adjacent au bar principal dans la même bâtisse, il y avait une magnifique table de snooker d’une autre époque avec au-dessus un lustre aux couleurs de Molson. Moi et mon chum l’ineffable Mike Fournier allions souvent boire une p’tite frette et jouer au pool. Mike du bloc 36 dans le Bronx qui habite maintenant, aux dernières nouvelles, dans le petit Canada à ce qu’on m’a dit. Le seul gars que je connais qui s’est défait les épaules à tapocher dans un punching-bag. Mike en jogging à semaine longue avec ses gros biceps. C’est le gars le plus drôle que je connais, il a des histoires à pisser à terre.

Donc, moi pis Mike manquions parfois, même souvent, des cours au Centre pour adultes Le Parallèle pour aller jouer au pool. J’avais à peine 18 ans et lui 25 ans.

Donc, nous deux, les clowns de service étions beaux à voir dans nos culottes de jogging, grosse quille dins mains à jouer aux professionnels de snooker. Quand tout à coup arrive la grande Noire, fatiguée par la vie, déjà usée à la corde qui nous offre de nous sucer pour une grosse bière.

J’offre de lui payer une bière, mais, en échange, j’aimerais qu’elle me raconte sa vie. Je lui explique que j’écris et que j’aimerais faire un documentaire sur elle pour l’envoyer à un concours (la Course destination monde à Radio-Canada). Je lui explique qu’avec son histoire et sa face à l’écran je suis certain de pouvoir participer au concours.

Elle prend une grosses Laurentides et moi aussi. Mike est en tabarnak, car j’ai abandonné notre game. Tout le monde dans le bar pense que je m’en vais fourrer la grande Noire dans sa chambre en haut, mais moi je m’en fous.

Elle, assis dans son lit et moi sur une chaise à côté de son lavabo rouillé. On boit une gorgée de Laurentides en même temps. Elle prend un grand souffle et me raconte son histoire d’une traite. Je regrette amèrement de ne pas avoir gardé cette cassette VHS. J’avais là l’histoire d’une vie racontée simplement, à vif, dans les mots de la rue. Je n’ai pas envoyé mon projet au concours, j’avais la chienne! Et comment un semi-agoraphobe pouvait faire le tour du monde? À l’époque c’était impensable. J’étais tellement mal dans ma propre peau.

On m’a dit que la grande Noire est morte d’un cancer généralisé. On peut dire ce qu’on veut d’elle, elle aura survécu toute sa chienne de vie avec son cul. C’est de la survie pure et simple. Elle est finalement partie rejoindre son beau motard tatoué jusqu’au cou.

Je dédie ce texte à la mémoire de la plus belle princesse du monde à l’envers.


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Publié dans Anecdote

Aux 3 puces

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En plein cœur du célèbre Marché aux Puces de Lachute sur la côte de sable, il y avait un bar de danseuses qu’on nommait aux 3 Puces! Les plus vieilles danseuses de Montréal venaient finir leur carrière dans le comté ou mourir.

Je vous jure qu’aucune danseuse des 3 Puces n’était à finir son université! La seule école possible pour elles était la plus difficile, celle de la vie. J’ai moi-même de mémoire été aux 3 Puces quelquefois.

Il y avait des miroirs partout dans la bâtisse. Au plafond, sur les murs, en arrière du poteau des princesses faciles même qu’il y avait des miroirs d’in toilettes pour sniffer de la poud’. Des miroirs partout tant et tellement que je croyais être dans un château de verre. Autant de miroirs et pourtant tout le monde regardait à terre. Pour bin faire, on aurait eu d’besoin de miroirs en forme de plancher aussi.

Chaque fille a son tapis et son background de misère. La dope était nécessaire pour les filles des 3 Puces. C’était une question de survie! Ce qui m’avait frappé la première fois que je suis rentré là c’est l’odeur. Un mélange de morts, d’alcool et de culs! Nous étions ensemble à regarder des filles survivre avec leur cul. C’est poétique, mais dans la réalité c’est crasse.

La première fois que je suis rentré là, étrangement, je ne pensais qu’à mon père! Lui qui avait passé d’innombrables heures ici et honnêtement je ne comprenais pas pourquoi! Il y a très longtemps, tellement longtemps que les Expos de Montréal venaient dans ma ville avec leur caravane d’hiver, leurs tuques à pompon et youppi.

Il y a très longtemps… C’est presque dans une autre vie! Quand je le raconte, c’est comme si je parlais de quelqu’un d’autre. Dédé était en forme cette journée-là. C’est comme s’il avait eu une révélation divine des seins des 3 Puces! Il était chaudaille déjà quand il est parti dépenser le dernier 50 piasses de la famille. Un chèque d’allocation familiale pour être plus précis. Je m’en rappelle très bien. C’est encore frais dans ma mémoire, surtout les pleurs de ma mère, les pleurs de rage, de maudire sa vie avec Dédé.

Dédé donnait un sens au mot chaos. Le frigidaire sonnait vide et nous n’étions qu’à la fin de la deuxième semaine du mois. Dédé pensait qu’avec le 50 piasses il gagnerait le fameux tournoi de fer provincial des 3 Puces. Oui il était un bon joueur de fer, il pouvait lancer le cheval avec et pogner la pine. Ce dimanche-là, il voulait remporter le tournoi, remplir le frigidaire.

Il y avait ce jour-là au tournoi, des gars de la Beauce, de Québec, de l’Abitibi, de Montréal, de Sherbrooke, de la Côte-Nord et même de Pembroke en Ontario! Le propriétaire des 3 Puces avait fait venir un « shit load » de danseuses pour la circonstance. La côte de sable était en effervescence. Ça sentait la « boésson » et le cul à plein nez partout dans les rues sales et transversales de Lachute! À ce qu’on m’a dit de mémoire, Dédé était en forme cette journée-là.

Il a fait danser à sa table une danseuse rousse. À coup de 5 piasses jusqu’à 50 à ce qu’on m’a dit. Il n’a pas laissé une cenne pour ceux qui l’attendaient au 477 de la rue Filion. C’est probablement de la faute de son enfance, en tout cas pas de la sienne. De mémoire cet homme n’a jamais eu tort. C’est quand même exceptionnel quand on y pense. Il a aussi eu le temps pendant cette journée interminable de se chicaner avec sa queue de chemise et un autre voleur de chèques d’allocation comme lui.

Il est revenu au 477 rue Filion trois jours plus tard. C’est ce qu’on appelle partir sur une balloune. Mon père est arrivé comme un train à la maison sur deux tracks de poud’! Il avait aussi les yeux en forme de raton laveur. C’est comme s’il avait dormi dans un conteneur de vidange tellement il sentait la charogne. J’oubliais, il avait en sa possession un beau grand trophée de champion provincial des fers. Il avait même son nom de gravé sur une plaque pour vous dire le sérieux de la chose. Il a défendu son titre plusieurs fois pendant l’année, faisant même la tournée des buvettes. Une belle tournée de champion.

On raconte qu’il avait remporté la finale en 5 coups un peu beaucoup chaudaille contre un gars de Beauce-Nord probablement aussi chaudaille! L’histoire ne dit pas combien de coups il avait donnés à la danseuse rousse par contre. Ma mère, inquiète de son homme, aux limites de l’anxiété, au bout de l’inquiétude. Le chaos de Dédé avait pris tout l’air dans le logis.

Une fois revenue, ma mère a sauté dessus à califourchon comme s’il revenait de la Deuxième Guerre mondiale! Ma mère l’aimait d’amour, de folie, son chaos, mais surtout de dépendance affective. Et moi je regardais la scène incrédule du pas très haut de mes 7 ans. Je me demandais pourquoi il méritait autant d’amour.

Comme des photos de ma mémoire d’enfant qui n’a rien oublié… Une track de poud’ sur la table de cuisine pour monter un restant de gâteau dans sa tête, un portefeuille vide même s’il a gagné le tournoi, et surtout le bruit sourd partout dans le logis du frigidaire vide.


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Publié dans Conte, Histoire, Lachute

Des chaloupes et des hommes

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Avant Les Algonquins, avant même les premiers habitants du comté d’Argenteuil, la rivière du nord suivait son courant depuis longtemps. Cette rivière est arrivée avant le ciel et le soleil, avant toute forme de vie. Elle est là depuis la nuit des temps. Là depuis l’existence du temps et peut-être même avant!

De vieilles histoires amérindiennes racontent depuis longtemps l’existence d’un genre de monstre ou de dragon dans le ventre même de la rivière du nord. Les tribus de Huron, d’iroquois, de montagnais et d’Algonquins racontent la même histoire ou presque à travers leurs légendes.

Le mythe est poussiéreux, mais toujours là. On raconte que la bête apparaissait sous forme de rêve comme un mauvais présage pour la suite des choses. Comme si elle annonçait son arrivée même dans les rêves. Une bête préhistorique aux limites de l’imaginaire qui traverse les dimensions.

Parfois au printemps la rivière du nord s’emporte c’est peut-être pas à cause de la crue des eaux finalement!! C’est peut-être la fameuse bête qui a déjà emporté dans son ventre des hommes et des chaloupes. On raconte à travers les ouï-dire que la bébitte sort la tête de l’eau seulement à la noirceur, les soirs de lune pleine.

Heureusement pour les habitants du p’tit Canada, le monstre de la rivière du nord n’a pas de patte parce que les nuits du quartier auraient été silencieuses après quelque temps faute de population!

Un monstre de même ça ne mange pas des hommes, ça mange des populations. Ça génocide toute sur son passage, provoque des vagues d’océan dans une rivière. Ça tsunami les wawarons, oblige les corbeaux de malheur à rester sur place. Catastrophe plein de catastrophes!

Puis quelque part autour de 1916, un bonhomme Untel aurait aperçu un genre de dragon aux abords de la rivière du nord, un soir de lune pleine, un soir de ciel étoilé comme ça ne se peut pas. Un ciel presque aussi clair que le jour avec des aurores comme dans le Grand Nord majestueux.

Ce soir-là, la forêt à McKenzie tremblait de ses feuilles, le chaos était pogné au coeur de McKenzie, dame nature ne savait où donner de la tête, les écureuils mangeaient leurs provisions, les castors déménageaient leur barrage de peine et de misère.

Les loups faisaient des petits cacas nerveux même en meute, les ours allaient hiberner même si on était qu’au début de juillet, les corbeaux comme s’il regardait la scène sur YouTube croassaient de bonheur!

Le bonhomme Untel n’était pas un hurluberlu comme on dit dans le quartier. Il n’a jamais menti plein sa «yeule» de mémoire d’homme. Sur le bord du quai, il avait perdu la parole. Sous le choc, ses cheveux ont blanchi d’un coup et ses sourcils sont disparus à jamais. Je ne raconte pas des menteries ici c’est archivé dans le grand livre de la ville de Lachute à la page 37, plus précisément à la ligne 15 noir sur blanc.

Le bonhomme Untel a raconté son histoire une seule fois, il n’était que de peu de mots. Jusqu’à sa mort on a pensé que le vieux était un menteur, on le pointait du doigt dans la rue même que certains lui lançaient des roches. Lui le bonhomme a été enfermé dans son silence jusqu’à sa mort ou presque. Il aurait gagné toutes les parties de «celui qui parle en premier». Je n’en ai aucun doute.

Il aurait raconté son histoire une dernière fois sur son lit de mort à son frère Maurice, le pompier qui n’avait jamais éteint un feu. La voix chevrotante presque éteinte au bout de sa vie de supposé menteur. Maurice a laissé parler son frère comme si c’était son devoir de frère de l’écouter même s’il ne le croyait pas une seconde. Et le bonhomme Untel est mort au bout de sa dernière phrase…«Chu pas un menteur».

Un silence de mort embaume la petite chambre, les murs gris, la grisaille du temps et un spleen aussi profond que peut l’être cette maudite rivière. Le bonhomme Untel avait parlé d’un dragon à deux têtes, d’une bête aux allures mythique. Les yeux dans l’eau comprenant que même son propre frère le croyait fou.

L’eau a coulé en masse sous le pont noir, l’eau allant vers les rapides de Price Wilson, entre les roches et le temps. Puis un jour le petit fils du bonhomme Untel qui était comme son arrière grand-père, un émérite pêcheur, un gars de chaloupe, un gars qui se laisse emporter au gré du courant. Nous étions en 1971, là où il faisait bon de lancer sa sécheuse dans l’eau si elle ne fonctionnait pas.

Le coucher de soleil était magnifique, teinté de rouge devenu presque rose. À l’horizon de la rivière du nord, le temps s’était arrêté pour Théodore le temps de la partie de pêche. Au milieu de l’eau à rêvasser, à regarder le temps passer. Le petit bonheur était dans la chaloupe aussi juste à côté de la canne de ver de terre.

Un je ne sais quoi était différent, les wézo étaient agités ça volait pas haut quasiment à ras le sol.  Le temps a changé d’air assez rapidement, le temps que Théodore se penche pour enfiler un ver sur son hameçon. Le ciel est devenu noir, mais quand je dis noir, je dis noir!

C’est comme si la rivière avait disparu pour faire place au néant. La chaloupe et Théodore dans les limbes en quelque sorte sans le vouloir. Pis comme une révélation est apparu un immense dragon à deux têtes qui cachait même la lune pleine.

Des flammes sortaient de sa gueule, il a déchiré les aurores à ce qu’on raconte depuis ce jour il n’y a plus d’aurore dans le p’tit Canada. Le dragon a regardé Théodore droit dans les yeux puis une odeur de mort entre les deux faisait sa place.

Théodore s’est réveillé et son lit était trempé de pisses. Un mauvais rêve, un présage? Peut-être que le bonhomme Untel a rêvé lui aussi, un rêve ancré dans le réel qui lui a peut-être fait oublier la réalité?  Un rêve qu’il aurait voulu vrai finalement.

J’aime penser que le dragon à deux têtes est encore dans le ventre de la rivière que ce n’est pas juste une autre histoire de pêche.



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