Publié dans Livre

L’improbable merveille masquée

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Chapitre 1 (avant la merveille)

Jean Beauséjour est né sur la côte de sable. Un drôle de quartier dans une drôle de petite ville. Avant Jean, il y a eu sa mère Rose-Alma. Une femme de peu de mots. Une femme d’intérieur comme la plupart des femmes de son temps...

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Publié dans Anecdote, Chronique

Épique Shooter

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Publié dans Anecdote, Hommage

Le chinois du dépanneur

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Su’a rue Joseph-Fortier à St-Jérôme, il y a un petit trésor caché! Il faut bien observer car c’est comme s’il n’existait pas. C’est comme s’il se fondait dans le décor. De prime abord on dirait un vieux duplex des années 70! Du genre qu’on peut retrouver seulement dans St-Léonard! Un dépanneur gelé dans la nostalgie. Un dépanneur comme dans l’temps avec son propriétaire qui vit à même la bâtisse. Dépanneur King: bière, vin, Loto-Québec et bonbons mélangés.

Il parle le mandarin et travaille de 8 heures le matin à 11 heures le soir, chaque jour de la semaine que le soleil levant apporte. Il a construit en quelque sorte sa propre Muraille de Chine à même le 688 rue Joseph-Fortier.

Il gagne sa vie à coup de cennes. Il donne un sens au mot travail. Il a une tablette électronique pour écouter des émissions de radio de son pays! Et pendant qu’on achète des cochonneries on peut entendre le son très fort de ses émissions chinoises. C’est d’une beauté sans nom. Ça donne le goût de manger des nouilles ramen en écoutant un film de Bruce Lee!

Le dépanneur à l’intérieur est mal éclairé, les planchers sont croches, les murs sont remplis de cossins inutiles. Il y a des posters de bière usés par le temps, des caisses de bière empilées en triangle pour faire marketing et un mur complet de bonbons mélangés! 

Quand j’suis rentré là, c’est comme si j’avais 7 ans! Attention quand vous ouvrez la porte du dépanneur King, en fait c’est une machine à voyager dans le temps! Pas une chaîne de dépanneur toutes pareils comme Couche-Tard machin, avec des gérants au salaire minimum pis qui vous suggèrent des produits pour accompagner des produits que vous venez d’acheter. Le dépanneur King est unique comme toutes ces dépanneurs de l’époque. Chaque dépanneur avait sa couleur, son genre. 

En quelque sorte Couche-Tard machin a tué une partie du folklore québécois. Aujourd’hui c’est un Chinois qui le tient à boutte de bras, avec ses bras frêles de Chinois mais résilient!  À côté de son mur de bonbons mélangés, il manque une tablette de cartes de baseball enveloppées avec des gommes sèches, des avions qui ne volent pas en styrofoam, des albums Panini pour mettre des collants de joueurs de hockey et des magazines de PIF avec un jouet cheap en plastique. La devanture de ce dépanneur est faite pour recevoir des milliers de bécycles stationnés en tas proprement un par-dessus l’autre. C’est comme qui dirait dans son ADN!

La semaine, des milliers d’étudiants de la polyvalente passent par chez-lui! Ils vident carrément à chaque jour son mur de bonbons mélangés comme quoi même l’évolution, même l’empire Couche-Tard machin n’a pas changé ça. La règle est simple! Sur l’heure du midi, c’est la bonne vieille règle de trois. Trois étudiants à la fois dans le dépanneur. Il y a certains midis des files de monde sur la rue pour rentrer dans ce petit trésor caché. Chacun vient chercher sa part  de « comme dans le bon vieux temps » même si la plupart n’ont pas vécu ce temps.

On peut encore acheter un sac de bonbons mélangés chez eux pour 25 cennes. J’suis certain qu’il a encore des trentes sous dans sa caisse. 

Il est le gardien de nos souvenirs en quelque sorte. C’est imparfait et croche un peu et c’est tant mieux en cette ère de Pinterest et de nos maisons parfaites, avec nos gazons vert ultra, nos légumes parfaitement pareils en épicerie, nos poitrines de poulet sans l’ombre de gras, nos photos de famille Facebook, nos vies comme des faux décors d’Hollywood. Mais la vie c’est pas une page parfaite de Pinterest comme liberté ne devrait jamais être une marque de yogourt ou de serviettes sanitaires. C’est un mot porteur d’espoir pas de publicité. 

Et chaque soir que le soleil tombe en arrière du décor, le vieux Chinois remonte en haut dans son logis avec le sentiment du devoir accompli. Je l’imagine mangeant un délicieux bol de nouilles ramen de qualité qu’il a lui-même fabriqué avec ses mains de travailleur, avec ses mains d’un autre temps, avec ses mains qui ont traversé les océans pour finir sa vie dans ce petit dépanneur de rien pour humblement gagner sa vie à coup de cennes.

Le Chinois en arrière de son petit comptoir est une ode au travail en silence. Il est pour moi gars de shop qui veut vivre de son art, un exemple dans son acharnement jour après jour après jour. Je travaille comme un Chinois sur mon projet. Je fonce comme un kamikaze tête baissée jusqu’au bout de mes idées.

Et quand nous avons quitté, le vieux Chinois frêle m’a regardé avec un sourire et je me suis penché devant lui comme un samouraï. Il s’est penché aussi… le respect c’est universel!

Il connaît très peu de mots en français mais il maîtrise le plus important: « Mici,mici! ».


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Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Hommage, Souvenir

La patinoire du bonhomme Sarrazin

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Sainte-Adèle PQ n’est pas seulement le pays de Claude-Henri Grignon et de son Séraphin! C’est surtout le pays d’André Sarrazin, un homme simple et bon. 

Si le pôle Nord existait pour vrai, il pourrait ressembler à Sainte-Adèle PQ en décembre. C’est l’idée que je m’en fais. Avec ses rues comme un jeu d’échelles et de serpents, sa côte Morin qui n’en finit pas de finir, son cinéma Pine aux allures des théâtres des années 50! 

Un jour va falloir m’expliquer pourquoi le Père Noël a bâti son fucking village à Val-David!

Une petite neige au bas des portes du nord tombe doucement pendant que le bonhomme Sarrazin arrose la patinoire de son arrière-cour comme si c’était le Forum de Montréal! 

La nuit est douce. Les étoiles brillent pour éclairer la patinoire d’André. Une petite lueur qui fait contraste avec le presque bleu de la glace. L’eau coule lentement pour s’éparpiller un peu partout pour devenir la presque glace du Forum.

À l’époque le bonhomme Sarrazin faisait des programmes alimentaires pour les fermes laitières. Il faisait des heures de fou mais il trouvait toujours le temps de s’occuper de la patinoire et de jouer des games avec ses trois enfants. 

Faire une belle patinoire dans le sens du monde c’est presque du domaine de la NASA. Le verglas, les redoux et les tempêtes de neige… C’est de l’art avec un criss de grand A. Beau temps, mauvais temps, chaque soir que le petit Jésus amenait André était dehors avec la lune en background. C’est comme si lui-même s’était fondu dans le décor! 

André arrivait souvent de travailler vers 7 h le soir, il pouvait entendre son voisin crier: « André! Dépêche-toi on commence la game! ». Même pas 5 minutes après être arrivé et avoir mangé un peu, il était sur la patinoire avec les siens.

Et quand les jumeaux avaient autour de 10 ans, nous étions en 1996. À cet âge-là pendant que tard dans le soir le bonhomme arrosait leur petit Forum, eux étaient un à côté de l’autre, collés un sur l’autre comme toujours, la face dans la fenêtre à regarder leur patinoire comme un précieux. Rire aussi du bonhomme qui se gelait parce que sa maudite tuque ne se rendait pas à la moitié de ses oreilles! Pis mes espions me disent qu’il a encore la maudite tuque.

Les gars à l’époque jouaient dans une ligue de hockey extérieur pour Sainte-Adèle et André était leur coach. Ils jouaient contre Piedmont, Saint-Sauveur, Morin-Heights, Sainte-Agathe, Val-David et Mont-Tremblant. Ils jouaient sur les patinoires municipales de chaque village du Nord. Et comme dans nos parties du jeudi soir au hockey cosom maintenant, les jumeaux dominaient. 

Simon, le passeur devant l’éternel, le fabricant de jeux, le technicien. Alex la brute, le compteur, l’instinctif! Ils sont à eux deux le duo parfait! Ils sont, comme j’aime les appeler amicalement, mes jumelles Sedin (les frères Sedin ont joué toute leur carrière ensemble avec les Canucks de Vancouver). 

Simon est en train d’acheter une maison à Sainte-Adèle PQ avec sa femme, la belle Mimi, et mon petit doigt de Barbu me dit que lui aussi va bâtir un petit Forum dans sa cour comme son père. André, j’ai l’impression qu’il va falloir que tu ressortes ta tuque trop petite et que tu donnes ta connaissance de gardien de patinoire à fiston. Que dis-je? Gardien du bonheur sous une petite neige fine. 

Mot à André dans la chronique
Salut l’bonhomme Sarrazin, mes hommages et mon respect! J’aime quand tu me donnes une poignée de main avec ta grosse paluche. Ta grosse main de gars du Nord enveloppe la mienne. Te serrer la main c’est du domaine du folklore, c’est du domaine d’un autre temps même si tu as tout juste 61 ans. J’ai l’impression que nos colonisateurs avaient tes mains. Je sais que tu travailles encore dur. Je sais que tu passes tes nuits entre Sainte-Adèle et Mont-Laurier à faire des livraisons. Tu es le héros de tes fils et avec raison. Tu es ce que tout homme devrait être. Tu habites chaque lettre du mot HOMME pis toute en majuscules à part de ça.

De voir les étoiles dans les yeux de ton fils Simon quand il parle de toi et de votre patinoire c’est de la poésie. C’est précieux comme les arbres dans la forêt amazonienne. 

Enraciné comme un vieux chêne dans ses certitudes, ordinaire mais extraordinaire. Simple dans le bon terme du mot. Bon comme le pain d’un vieux boulanger. Le monde est meilleur et sera viable tant qu’il va y avoir des André Sarrazin dans ce monde de fou. 

La patinoire du bonhomme Sarrazin c’était plus qu’une patinoire. C’est finalement son patrimoine, son testament, sa portion d’éternité.


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Publié dans Histoire, Hommage, Lachute

Ti-Guy Émond

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Je connais Ti-Guy comme vous depuis toujours. Une planète sans Ti-Guy ça manque d’humanité. Tout le monde connaît Ti-Guy Émond et Ti-Guy connaissait tout le monde.

Mercredi, dans le matin du 6 février à 5 h du matin est mort l’ineffable des ineffables. Le 6 février 2019 s’est éteint une époque. C’est comme si le petit peuple est mort un peu aussi. Les ruines de Blue Bonnets ont tremblé. Les vieux paris se sont envolés en fumée et on pouvait entendre la voix de Jean Desautels emporter le cerf-volant jusqu’au ciel.

Quelque part au milieu des années 90, Ti-Guy Émond restait à Lachute, sa douce était de mon coin de pays. À l’époque il y avait des maisons de paris associées à Blue Bonnets à travers la province et le Comté d’Argenteuil ne faisait pas exception!

Parfois, j’allais dépenser quelques dollars sur des courses tard le soir. Des courses de chevaux chinois comme on dit parce qu’elles avaient lieu en Chine tout simplement. J’étais à côté au bar, je faisais de l’oeil à la « waitress » qui voulait rien savoir de moi.

Un moment donné, qui rentre dans place avec son jacket d’une autre époque, une chemise blanche avec un gros collet et un genre de cravate avec un bolo, des bottes à la cheville en cuir cheap et beige? Même en 1990 notre Ti-Guy était pu à mode. Moi je le salue et l’invite à s’asseoir à côté de moi comme si nous étions de grands chums (d’habitude je fais jamais ça, je suis plutôt gêné).

Je le regarde miser et sincèrement, intérieurement, je me dis que c’est un ostie de freak. Je comprends pas et je lui dis entre deux anecdotes de boxe. J’ai vu la légende miser, j’ai vu le mythe perdre d’une shot toute son pactole. Ce soir là, j’ai payé un verre à Ti-Guy. Il est reparti ce soir là avec les poches vides et une cravate bolo en moins qu’il avait vendu direct au bar.

Une semaine plus tard, je suis assis à la même place, je prends un petit verre de draft et j’ai peut-être des chances avec la nouvelle « waitress ». Ti-Guy arrive au bar comme un cheval su’a soupe!!! Il est comme en transe, il est certain de ramasser le moton. Ce qu’il fit avec brio. J’en étais subjugué. J’avais devant moi un vrai « gambler ». Ce soir-là il m’avait donné de bon tuyaux pour les courses et m’avait raconté l’anecdote du Garden de Boston et la passerelle. Même s’il a raconté cette anecdote mille et une fois, je garde ce moment précieux comme un trésor. De vous l’écrire, j’ai encore des frissons.

J’ai parlé de Roberto Duran, Marvin Hagler, Ray Leonard, Thomas Hearn avec passion. Il m’a parlé d’Eddy Mélo, Gérald Bouchard, Paduano, Gaétan Hart et toutes les autres de l’âge d’or de la boxe au Québec. Un beau moment pour moi. Je suis reparti la tête pleine de nostalgie comme en transe ayant l’impression d’avoir vécu un moment unique, les poches pleines de bills du Dominion et un sourire de fendu jusqu’aux oreilles.

Ti-Guy était un gars imparfait comme je les aime. Je me méfie des gens trop propres.

Oui il était un gambler fini. Non il avait pu une cenne qui l’adorait à la fin de sa vie mais au-delà du personnage, il était un sacré bon yâble qui n’aurait pas fait mal à une mouche sauf à lui-même. Une tête de cochon qui a vécu sa vie à sa façon comme dans la chanson de Frank Sinatra « My way ».

J’ai pensé aller le voir dans son mouroir au cours des dernières années mais j’étais trop gêné. J’aurais dû y aller et lui montrer notre carte de paris de chevaux chinois. Je suis sûr qu’il aurait ri.

Ti-Guy est un personnage qui mérite un film. Il était lui-même un film.

Une fois arrivé en haut, une fois arrivé aux portes du paradis l’attendait St-Pierre… d’habitude les gens donnent la main au gardien du haut côté.
Lui Ti-Guy a déposé son manteau sur le bras de St-Pierre…

Les grandes portes grinçantes se sont ouvertes devant lui et là dans le faisceau de lumière attendait celui qui aura façonné son urgence de vivre, son idole, son papa Phil qu’il n’avait pas vu depuis les 67 dernières années.

Dans un coin, il y avait Elvis Presley et Johnny Farago qui s’occupaient de la trame de fond pendant que Phil et Ti-Guy se donnaient la plus belle accolade jamais donnée au paradis. Les anges sur les nuages ont même arrêté de mettre du fromage Philadelphia sur leur toasts pour applaudir le moment.

P.S.
Ti-Guy se doit déjà le cul. Il aurait perdu quelques paris avec le yâble.


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