Un coup de pouce

Un coup de pouce

Je dois vous faire un aveu. Je vous fais un genre de « coming out » à travers ce texte.

Chaque mois, quand je le vois arriver, je suis fébrile et j’essaie toujours de mettre la main dessus le premier.
Je vous l’avoue bien humblement, je lis le Coup de Pouce de ma blonde. Je suis lecteur d’un magazine de femme par personne interposée! C’est mon côté douillet, j’imagine. À chaque fois que j’ai fini de lire ce foutu Coup de Pouce qui appartient à ma blonde, j’ai l’impression que j’ai perdu des onces de testostérone.

J’aime particulièrement le magazine de ma blonde quand il est encore enveloppé dans son plastique. Quel beau p’tit bonheur de la vie que de déchirer le plastique d’un magazine qui n’est pas le sien! J’ai juste à y penser et j’ai un orgasme de lecteur!

Mais par-dessus tout, pendant que je le lis, j’aime mettre mon gros nez dans les pages glacées et le humer! Le sentir à plein nez, le respirer. Suis-je le seul à sentir l’odeur d’un magazine? Et je ne vous parle pas ici de ces magazines remplis d’échantillons de parfum de vieille madame.

Ce que j’aime aussi du coup de pouce de ma blonde, ce sont les articles du genre…

  • 1001 trucs pour garder son calme dans le trafic.
  • Comment survivre aux 5 à 7 familiaux.
  • Être un homme en 2019.
  • Portrait de lectrice… (À quand le portrait d’un joyeux drill comme moi, qui connaît son Coup de Pouce aussi bien que n’importe quelle bonne femme, hein?!).
  • Idées de boîtes à lunch pour vos enfants, du début du primaire jusqu’à leur entrée sur le marché du travail!
  • Ces émotions que vous mangez.
  • Les articles à saveur de psychologie de gomme balloune!
  • Sans oublier la section pratico-pratique.

Le Coup de Pouce de ma blonde est presque parfait. Il ne manquerait d’après moi qu’un article à saveur de Barbu de ville, et il deviendrait le magazine parfait!

Et peut-être aussi un genre de page centrale qu’on développe en trois parties, mais là, j’pense que je pousse ma « luck »!

Bref, ne touchez pas au Coup de Pouce de ma blonde, car le bon gars que je suis va se transformer en un ignoble personnage à la limite d’une bête sans aucune valeur!

Une angoisse existentielle me vient à l’instant même où j’écris ces lignes… Si jamais ma blonde, un jour, ne renouvelle pas son abonnement?

Ti-Guy Émond

Ti-Guy Émond

Je connais Ti-Guy comme vous depuis toujours. Une planète sans Ti-Guy ça manque d’humanité. Tout le monde connaît Ti-Guy Émond et Ti-Guy connaissait tout le monde.

Mercredi, dans le matin du 6 février à 5 h du matin est mort l’ineffable des ineffables. Le 6 février 2019 s’est éteint une époque. C’est comme si le petit peuple est mort un peu aussi. Les ruines de Blue Bonnets ont tremblé. Les vieux paris se sont envolés en fumée et on pouvait entendre la voix de Jean Desautels emporter le cerf-volant jusqu’au ciel.

Quelque part au milieu des années 90, Ti-Guy Émond restait à Lachute, sa douce était de mon coin de pays. À l’époque il y avait des maisons de paris associées à Blue Bonnets à travers la province et le Comté d’Argenteuil ne faisait pas exception!

Parfois, j’allais dépenser quelques dollars sur des courses tard le soir. Des courses de chevaux chinois comme on dit parce qu’elles avaient lieu en Chine tout simplement. J’étais à côté au bar, je faisais de l’oeil à la « waitress » qui voulait rien savoir de moi.

Un moment donné, qui rentre dans place avec son jacket d’une autre époque, une chemise blanche avec un gros collet et un genre de cravate avec un bolo, des bottes à la cheville en cuir cheap et beige? Même en 1990 notre Ti-Guy était pu à mode. Moi je le salue et l’invite à s’asseoir à côté de moi comme si nous étions de grands chums (d’habitude je fais jamais ça, je suis plutôt gêné).

Je le regarde miser et sincèrement, intérieurement, je me dis que c’est un ostie de freak. Je comprends pas et je lui dis entre deux anecdotes de boxe. J’ai vu la légende miser, j’ai vu le mythe perdre d’une shot toute son pactole. Ce soir là, j’ai payé un verre à Ti-Guy. Il est reparti ce soir là avec les poches vides et une cravate bolo en moins qu’il avait vendu direct au bar.

Une semaine plus tard, je suis assis à la même place, je prends un petit verre de draft et j’ai peut-être des chances avec la nouvelle « waitress ». Ti-Guy arrive au bar comme un cheval su’a soupe!!! Il est comme en transe, il est certain de ramasser le moton. Ce qu’il fit avec brio. J’en étais subjugué. J’avais devant moi un vrai « gambler ». Ce soir-là il m’avait donné de bon tuyaux pour les courses et m’avait raconté l’anecdote du Garden de Boston et la passerelle. Même s’il a raconté cette anecdote mille et une fois, je garde ce moment précieux comme un trésor. De vous l’écrire, j’ai encore des frissons.

J’ai parlé de Roberto Duran, Marvin Hagler, Ray Leonard, Thomas Hearn avec passion. Il m’a parlé d’Eddy Mélo, Gérald Bouchard, Paduano, Gaétan Hart et toutes les autres de l’âge d’or de la boxe au Québec. Un beau moment pour moi. Je suis reparti la tête pleine de nostalgie comme en transe ayant l’impression d’avoir vécu un moment unique, les poches pleines de bills du Dominion et un sourire de fendu jusqu’aux oreilles.

Ti-Guy était un gars imparfait comme je les aime. Je me méfie des gens trop propres.

Oui il était un gambler fini. Non il avait pu une cenne qui l’adorait à la fin de sa vie mais au-delà du personnage, il était un sacré bon yâble qui n’aurait pas fait mal à une mouche sauf à lui-même. Une tête de cochon qui a vécu sa vie à sa façon comme dans la chanson de Frank Sinatra « My way ».

J’ai pensé aller le voir dans son mouroir au cours des dernières années mais j’étais trop gêné. J’aurais dû y aller et lui montrer notre carte de paris de chevaux chinois. Je suis sûr qu’il aurait ri.

Ti-Guy est un personnage qui mérite un film. Il était lui-même un film.

Une fois arrivé en haut, une fois arrivé aux portes du paradis l’attendait St-Pierre… d’habitude les gens donnent la main au gardien du haut côté.
Lui Ti-Guy a déposé son manteau sur le bras de St-Pierre…

Les grandes portes grinçantes se sont ouvertes devant lui et là dans le faisceau de lumière attendait celui qui aura façonné son urgence de vivre, son idole, son papa Phil qu’il n’avait pas vu depuis les 67 dernières années.

Dans un coin, il y avait Elvis Presley et Johnny Farago qui s’occupaient de la trame de fond pendant que Phil et Ti-Guy se donnaient la plus belle accolade jamais donnée au paradis. Les anges sur les nuages ont même arrêté de mettre du fromage Philadelphia sur leur toasts pour applaudir le moment.

P.S.
Ti-Guy se doit déjà le cul. Il aurait perdu quelques paris avec le yâble.

De la Vallée-de-l’or à l’hôtel Laurin

De la Vallée-de-l’or à l’hôtel Laurin

La Grande Noire est née dans la Vallée-de-l’Or! Plus précisément downtown Val-d’Or. Elle est née dans le doute et la peur, d’un père sauvage et d’une mère blanche comme un drap!

Le bon Dieu dans sa grande bonté lui a donné une paire de boules à faire rougir Marylin Monroe et un cul à faire rager l’activiste et ancienne pin-up Brigitte Bardot!

Même que dans ses belles années la Grande Noire aurait pu remplacer au pied levé Monica Bellucci dans son rôle de Cléopâtre tellement qu’elle était splendide! Elle aurait pu faire bander un aveugle et toute les grandes folles du village auraient changé d’orientation à sa vue! Avoir été à son top en 2018, elle aurait été une influence sur Instagram avec des millions de voyeurs.

J’ai ouï dire qu’y’a ben des vieux bonhommes aux mains longues dans la Vallée-de-l’Or qui se sont payé la traite dans le plat à bonbons. C’est plate à dire de même mais la Grande Noire était devenue le bécycle du village. Tout le monde avait donné un petit coup de pédale sur elle dans la paroisse! On dit même que des gars de Loin-Noranda venaient essayer le manège!

Sculpter un si beau corps à même les mains de Dieu, c’est pas un cadeau à faire à une fille née en Abitibi dins années 50! C’est plutôt un cadeau empoisonné! Elle a appris à la dure la vie à un très bas âge comme dans « avoir les mains d’un vieux bonhomme dans ses petites culottes à 6 ans ». Elle qui était belle comme la vie, belle comme la petite Shirley Temple!

Souillée de sperme, de sang, d’odeur de cigarette, de bagosse et quoi encore! La vie qui court plus vite que vous et qui finit par vous dépasser!

Elle a pris son petit bagage avec elle et a quitté la Vallée-de-l’Or en 1973 à l’âge de 20 ans sans jamais y revenir. Un sac avec dedans une brosse à dent, des petites culottes, deux, trois t-shirts, une paire de jeans, une jupe et un pouce pour descendre dans la métropole! Elle avait beau être une pute, elle se torchait pas avec des p’lures d’oignon!

Demain matin Montréal m’attend

Comme dans la pièce du grand Michel Tremblay, la Grande Noire a mis les deux pieds su’a rue Ste-Catherine, un lundi matin froid de janvier. Ce matin-là, elle s’est trouvé une chambre à deux rues de la St-Cath! Et comme elle pense avec son cul comme un mécanisme enfoui profondément dans les neurones de son cerveau, la Grande Noire a dealé son loyer. Elle va s’écartiller une fois par mois pour payer sa quittance. Je sais, je sais, ça vous semble vulgaire mais pour elle c’était un avancement par rapport à sa vie à Val-d’Or. Au lieu de se faire fourrer violemment par un Indien saoul, elle avait choisi la douceur d’un vieux bonhomme qui lui faisait en plus le déjeuner.

Puis quelques mois plus tard, elle est tombée en amour avec un motard dans l’Est de Montréal. L’amour de sa vie. Le parfait bonheur pour les six prochains mois. Ils ont même déménagé dans une magnifique petite ville du comté d’Argenteuil à Lachute. Olive alias la Grande Noire avait trouvé son Popeye. Il en était un d’ailleurs. Son club avait passé aux mains des Hells et lui aussi en théorie. Rien n’est simple au pays de la princesse facile.

Pis un jour, le beau motard barbu tatoué jusqu’au cou est disparu sans lettre, sans petit mot. Elle a jamais revu l’amour de sa vie du jour au lendemain. Elle a pleuré pour les six mois suivants et un jour elle a compris que le beau motard ne reviendrait jamais.

Lachute Pool Room
Direct su’a rue Argenteuil, la Grande Noire a faite les belles années du Pool Room. Pour les plus jeunes, pour ceux-là qui se rasent encore à la débarbouillette, ne cherchez pas la bâtisse du Pool Room, elle n’existe plus. Le Pool Room était entre le tapis décor Mirabel et la jonction de la rue Grâce. La ville de Lachute voulait tellement démolir ce nique à feu, avec raison.

À l’époque, la Grande Noire était la reine de la place. Elle avait aussi le contrôle de la poud’ d’ins toilettes. Non elle n’était pas le genre à aller à la messe du dimanche à l’église Sainte-Anastasie. Quand tu as vécu ce que la Grande Noire a vécu tu fais avec. Tu organises les autres avant de te faire organiser. Donc ce fut les belles années pour la fille de Val-d’Or.

L’hôtel Lorrain
Sur la rue Hamford à l’époque il y avait en face la caisse Desjardins. Elle est à côté maintenant de la pataterie Chez Renée. En fait ce n’est plus un hôtel mais un centre de la toxicomanie qui s’appelle le Pavillon Hamford.

1991
Au Lorrain qu’on appelait aussi le coupe-gorge, il y avait des crosseurs de poules mortes, des chercheurs de trouble en tous genres, des alcooliques au dernier degré, des vieux abandonnés par la vie et eux-mêmes, des p’tits dealer de « dope », des mangeux de chips, des grandes gueules qui ont jamais rien faite sauf parler fort, de la grosse bière pis où on pouvait faire, dans un local, de la peinture sur céramique avec le bonhomme Péra! Oui, oui, peinturer des saintes vierges, des p’tits Jésus, des chevaux, des lapins, des croix, le pape, etc. Il avait mille et un modèles le bonhomme Péra. Et au-dessus du bar, il y avait des chambres à louer au mois pour souvent des petits vieux à moitié morts mais toujours capables de tenir une grosse quille. Un beau zoo de pauvre monde.

Adjacent au bar principal dans la même bâtisse, il y avait une magnifique table de snooker d’une autre époque avec au-dessus un lustre aux couleurs de Molson. Moi et mon chum l’ineffable Mike Fournier allions souvent boire une p’tite frette et jouer au pool. Mike du bloc 36 dans le Bronx qui habite maintenant, aux dernières nouvelles, dans le petit Canada à ce qu’on m’a dit. Le seul gars que je connais qui s’est défait les épaules à tapocher dans un punching-bag. Mike en jogging à semaine longue avec ses gros biceps. C’est le gars le plus drôle que je connais, il a des histoires à pisser à terre.

Donc, moi pis Mike manquions parfois, même souvent, des cours au Centre pour adultes Le Parallèle pour aller jouer au pool. J’avais à peine 18 ans et lui 25 ans.
Donc, nous deux, les clowns de service étions beaux à voir dans nos culottes de jogging, grosse quille dins mains à jouer aux professionnels de snooker. Quand tout à coup arrive la Grande Noire, fatiguée par la vie, déjà usée à la corde qui nous offre de nous sucer pour une grosse bière.

Je lui offre de lui payer une bière mais, en échange, j’aimerais qu’elle me raconte sa vie. Je lui explique que j’écris et que j’aimerais faire un documentaire sur elle pour l’envoyer à un concours (la Course destination monde à Radio-Canada). Je lui explique qu’avec son histoire et sa face à l’écran je suis certain de pouvoir participer au concours.

Elle prend une grosse Laurentide et moi aussi. Mike est en tabarnak car j’ai abandonné notre game. Tout le monde dans le bar pense que je m’en vais fourrer la Grande Noire dans sa chambre en haut, mais moi je m’en fous.

Elle, assis dans son lit et moi sur une chaise à côté de son lavabo rouillé. On boit une gorgée de Laurentide en même temps. Elle prend un grand souffle et me raconte son histoire d’une traite. Je regrette amèrement de ne pas avoir gardé cette cassette VHS. J’avais là l’histoire d’une vie racontée simplement, à vif, dans les mots de la rue. J’ai pas envoyé mon projet au concours, j’avais la chienne! Et comment un semi-agoraphobe pouvait faire le tour du monde? À l’époque c’était impensable. J’étais tellement mal dans ma propre peau.

On m’a dit que la Grande Noire est morte d’un cancer généralisé. On peut dire ce qu’on veut d’elle, elle aura survécu toute sa chienne de vie avec son cul. C’est de la survie pure et simple. Elle est finalement partie rejoindre son beau motard tatoué jusqu’au cou.

Je dédie ce texte à la mémoire de la plus belle princesse du monde à l’envers. xx

Le Bronx de Lachute

Le Bronx de Lachute

Moi et mon frère allions jouer à softball dans le Bronx de Lachute malgré la peur à chaque fin de semaine! Le bloc 36 est l’emblème de la grosse misère, le château du quartier. Dans le bloc 36, il y a des rois déchus, des princesses trop faciles, des princes toujours partis su’a brosse, des reines fatiguées et surtout, il y a beaucoup trop de p’tits mongols aux becs sales et abandonnés.

À l’opposé des autres royaumes dans le 36, il y a plus de fous que de rois.
Le bonheur est présent le 1er du mois mais il s’en va assez rapidement. Les claques se donnent aussi facilement qu’une poignée de main! Dans mon Bronx, on se chicane pour passer l’temps. 

(Marcel Lalonde)
Lalonde de Terrasse Saindon n’a pas été élevé mais garroché!
Lalonde à 19 ans se promenait en 10 vitesses avec les poignées à l’envers. Du « tape » blanc autour des poignées pour avoir une meilleure « grip » dans les détours éternels du Bronx. Ode à Marcel Lalonde sur son bécycle à faire le tour du carré à l’infini avec
comme paysage des HLM à perte de vue. C’était d’une poésie sans fin. J’y voyais une scène de film réalisée par Louis Bélanger celui qui nous a donné le magistral Gaz Bar
Blues!

J’aurais donné le rôle de Marcel à Alexis Martin! Il aurait la profondeur et la folie nécessaire pour interpréter notre Lance Armstrong sans gilet jaune. Si on met tous ses coups de pédale un à la suite de l’autre, il a fait le tour de la Terre plusieurs fois, lui qui n’est jamais allé plus loin que la rue Principale à Lachute. Il est
Jules Vernes sans le savoir, il est à lui seul une peinture de Marc-Aurèle Fortin.

Il est sur l’aide sociale depuis la nuit des temps. Il dépense son chèque d’une traite et mange des nouilles « ramen » à partir du trois du mois.

Pour dire la vérité, les Marcel
Lalonde de ce monde devraient être suivis par des intervenants pour les aider dans leur quotidien. Mais comme on se câlisse des Marcel Lalonde de ce monde, il finit par pédaler à l’infini dans mon texte.

(Shoeless)
J’ai souvenir de « Shoeless » Jean-Paul, né d’un père Iroquois, d’une mère Iroquoise, d’un grand-père Iroquois, d’une grand-mère Iroquoise et d’arrières grands-parents
Iroquois. Jean-Paul était l’Indien parmi trop de Cowboys!

Il était enfermé dans les HLM mais surtout dans sa tête! Jean-Paul qu’on pouvait trouver en foetus au coin de la rue avec un p’tit sac de papier brun et une haleine de colle. Lui, les miroirs qu’il avait troqué pour des fourrures avec l’homme blanc, il s’en servait pour faire de la coke. Il était un Indien de son époque! Jean-Paul était tellement heureux, il respirait le bonheur mais surtout le diesel.

Avec toute la colle qui a sniffé, il voulait construire un avion dans sa tête pour voler comme les oiseaux au lieu d’aller voler, à toutes les semaines dans le Zeller du centre d’achat, des tubes de colle pour faire des p’tits avions en plastique.

Jean-Paul s’est suicidé à l’âge de 17 ans avec la vie devant lui en 1988! Ce soir-là, il a joué au bonhomme pendu et il a perdu.

(La petite Francine)
J’sais pas si elle est encore vivante! Si oui, alors j’suis persuadé qu’elle pleure et attend toujours les deux enfants que la DPJ et le gros bon sens lui ont enlevé! Elle marchait des ridicules de km pour aller faire « sa shop » avec son panier à roulettes. La vérité c’est qu’elle avait plein d’amour pour ses enfants mais aucune capacité pour en prendre soin. Une femme déficiente lâchée lousse dans la jungle de la vie avec un utérus capable de produire à la vitesse d’une usine à bonbons.

(Bédine)
Il est le seul joueur de balle que j’ai vu frapper avec ses coudes.

(Robitaille)
J’ai souvenir de la première fois que j’ai vu deux hommes se battre à mains nues. Et
Robitaille était l’un des deux. J’ai vu de mes yeux vu Robitaille, un genre de nerveux comme il s’en fait rarement. Un narfé comme on dit.
Un voleur de buts mais surtout de chars! Le genre qui pouvait vous voler votre montre dans votre poignet avec le sourire.

J’ai vu le grand slaque Robitaille se battre contre un dur, un vrai, un gars qui venait de sortir de Bordeaux. Ici je parle pas de la jolie bourgade située dans le sud-ouest de la France.

Dans la rue ce soir-là, les femmes criaient de peur, les enfants pleuraient de voir leurs mères crier et les hommes eux criaient par besoin de voir du sang. Personne se mêlait
de la bataille, on laissait les deux chiens se manger entre eux! Il y avait certaines lois dans le quartier hors-la-loi. Moi du haut de mes 12 ans je me pense ben « smatte », je
m’approche pour voir le combat et sans m’en apercevoir, je fais partie du rond qui entoure les deux chiens.

J’en parle aujourd’hui et j’en ai encore des frissons de peur juste de l’écrire! Je suis curieux mais en même temps j’ai la chienne. Les deux hommes se sont tapés sur « la yeule » pendant très longtemps dans mon souvenir. Du sang a coulé, des dents ont
tombé, des yeux ont noirci et pour la première fois de ma vie, j’ai vu un homme pleurer.

J’ai entendu un cri de mort venir de sa bouche et de la bouche de sa femme aussi qui pleurait par-dessus lui. Le grand slaque, comme le grand roi du bloc 36 ce soir-là, il est parti le torse bombé. Ce fut d’ailleurs la seule fois dans sa vie qu’il remporta quelque chose! Moi ce soir-là, je suis reparti chez-nous avec un « spot » de pisse dans mes culottes vers le p’tit Canada.

(Loiselle)
« Pas fiable » Loiselle, son surnom dit tout.

(Cuillerier)
Tu voulais pas achaler Cuillerier. Pis ceux qui l’ont cherché, ils l’ont regretté, j’en suis persuadé! Il avait en lui une rage intérieure d’une densité jamais vue. Vous pouvez demander aux Drouin, Poulin, Wilkes et Legault de ce monde.

(Boule)
Il est le premier lanceur de fastball que j’ai vu à l’oeuvre de ma vie. « Boule » lançait comme d’autres jonglent avec des torches de feu! Chaque fois qu’il lançait, le Bronx
arrêtait de vivre, il était la fierté du p’tit monde! Quand il lançait les femmes arrêtaient de rouler leurs cigarettes, les vieux arrêtaient de boire leur quatrième bière du matin, les enfants arrêtaient de pleurer. Même les adolescentes oubliaient qu’elles étaient en « balloune ».

La première fois que je me suis fait frapper par une balle pendant une game dans le Bronx, je me suis dirigé vers le 1er but et « Boule » de me dire: « Hey, icitte quand on se fait frapper par une balle ça compte pas… faque r’tourne au bâton! ».

(Pilon)
L’expression « plein de marde » lui va comme un gant. Un pouilleux aux cheveux longs gras. Un « siphonneux» de gaz tout étoile! Il travaillait pour le gouvernement à temps plein. Il était rentier de son état, B.S. de père en fils. Le gros Pilon connaissait la Charte des droits sur le bout de ses doigts. J’ai souvenir du Gros Pilon qui fait un marteau-pilon à mon oncle direct dans le parking du 36. Je revois sa tête éclater sur l’asphalte, le sang coaguler à mes pieds…

(Bimbo)
5’7 et 400 lbs de haine, ça résume assez bien Bimbo. Le genre qui aimait se battre mais quand son adversaire était de dos! Le seul gars que j’ai vu courir après son ombre. Un homme de 400 lbs qui court comme « Ben Johnson » c’est étonnant.

Dans le Bronx, c’est là que j’ai compris qu’on naît pas tous égaux. C’est là que j’ai compris que le chemin facile n’est pas nécessairement le meilleur! C’est là que j’ai compris que le bonheur est en soi et nulle part ailleurs.

En 1973 dans le bloc 36, est sorti du ventre de la p’tite Madeleine, un p’tit gars comme tant d’autres. Aujourd’hui ce p’tit gars on l’appelle Barbu de ville.

*Je dédie ce texte à mes frères et soeurs d’infortune du Bronx d’Ayersville à Lachute.

Toi, moi et café

Toi, moi et café

Vendredi, quelque part dans le boulevard industriel de St-Janvier…

Il est 10h, le rush du matin est terminé à shop! J’enregistre en studio entre 10h45 et 11h avec le grand slaque à Jo Guay et l’inimitable Jean-Charles sur les ondes du 91.9 Sports. Oui je brise le 4e mur et je vous avoue que je ne suis pas en direct!

Je pars dans ma machine vers l’avenue Laurier Ouest! Top chrono je devrais être sur le plateau Mont-Royal vers 10h32! Je roule en répétant mon texte à tue-tête car en arrivant dans le studio, je le fais one take! Je roule roule roule comme dans la chanson de Cayouche aux limites du possible! Le pied dans pan! J’ai pas de temps à perdre, j’ai 1h30 pour aller en studio et revenir à la shop.

Pour le parking c’est jamais compliqué car les parkings dans le coin de l’avenue Laurier sont inexistants! Et comme je ne suis pas le roi du parallèle, la chose devient un mauvais sketch de Symphorien! Je déteste la grande ville et je crois qu’elle me déteste aussi! Être un montrealer, je ferais chier tout le monde en BIXI! Je me donnerais des airs d’un gars qui « boé » juste du café équitable!

Comme d’habitude, je suis stationné à trois rues et demies du studio et si vous voyez dans les alentours un tata courir avec des feuilles dans les mains, c’est moé! Et si le dit tata cherche son souffle, vous pouvez être certain que c’est le Barbu de ville!

Je monte à l’étage du 91.9 Sports et je vais faire un pipi en arrivant et en partant. Je suis un pisse-minute, tu veux pas monter avec moé en char vers la Floride! Je suis dans le hall d’entrée. Souvent l’Irlandais Jeff me salue et quand Jici est prêt, j’entends comme une cloche qui sonne le début du combat me crier: « BARBU!!! »

C’est la façon à Jo Guay de me dire qu’ils sont prêts et j’adore! Je fais ma chronique et j’arrête au bureau de « Chuck » Charles Rainville pour lui dire qu’il peut m’envoyer mon audio quand il veut car je viens d’enregistrer. Je quitte immédiatement car le temps compte. J’ai d’ailleurs jamais compté le temps comme depuis que je fais ma chronique radio. Les gars en studio sont un peu comme Dustin Hoffman dans Rain Man!

Je venais de terminer la 6e chronique et je sortais dehors quand au-delà de la porte un gars début vingtaine me fait un signe de la main! Il a une immense cicatrice qui lui traverse le crâne. Je me demande s’il s’est fait lobotomiser à la même place que Alys Robi!

  • Salut Barbu! Je m’appelle Samuel.
  • Salut Samuel! Je m’appelle Barbu.

Il rit. Je suis devant un mort encore vivant. Il est blanc comme un drap! Il est maigre et j’aurais le goût de l’emmener manger une sandwich toastée au baloney/moutarde chez Wilensky!!!

  • J’m’excuse de t’déranger mais l’autre jour j’étais assis chez Toi, Moi & Café pis j’ai vu un barbu courir avec des feuilles dans les mains vers le studio du 91.9! Je me suis dit c’est ma chance de lui parler. J’ai pu grand temps, tsé!

Pis soudain le silence embaume l’avenue Laurier au complet d’est en ouest.

J’me sens comme James Caan dans Misery! Le hamster dans ma tête roule sur un esti d’temps! Je suis pressé par le temps et lui n’a plus de temps. Je regarde au fond de ses yeux et je prends le temps de prendre le temps.

  • Sammy j’te paye un café au bistro!

Il sort de sa poche une feuille froissée et un stylo! Il me la montre et coche un carré à côté de mon nom d’auteur ✔ Barbu de ville.

Je vois qu’en haut de la feuille c’est inscrit « Bucket list »! Je fais partie de sa « bucket list ». Je comprends pour lui que le moment est solennel et dans mon coeur de Barbu, je vais m’appliquer à être à la hauteur de ce moment complètement unique et fou. J’essaie de passer au delà de mon malaise et de la lourdeur de son regard!

J’adore c’que tu fais! Pendant mes scanners de toutes sortes, j’écoute tes chroniques avec Jici et tes podcasts. C’est vraiment le seul temps que j’oublie ma douleur, ma mort ! Tu me fais oublier mon cancer du cerveau!

  •  Tu l’prends comment ton café mon Sammy?
  • J’aimerais un Cappuccino SVP!
  • Tu me payes le café?
  • J’espère mon gars, j’suis sur ta bucket list!!! T’es théâtral mon Sammy avec ta liste sur une feuille.

Ben en faite non, il voulait juste m’impressionner! Il voulait que je me souvienne de notre rencontre. Nous sommes assis au bistro Toi, Moi & Café et je fixe sa cicatrice comme un cercle psychédélique sans fin! Je suis emporté par cette fente vers la mort! Je suis hypnotisé par la mort si proche à environ 6 pouces de bras de moi.

D’ailleurs je suis dubitatif devant sa « bucket list »… aucun signe d’avoir fait la chose? Vous savez la chose? Il faut que je lui pose la question c’est plus fort que moi.

  • Tu as quel âge Sammy?
  • J’ai 22 ans mais je suis pas mal certain que je me rends pas à 23 ans.
  • Je vois pas sur ta liste « la chose ».
  • La chose Barbu???
  • Dis-moi qu’il n’est pas sur ta liste parce que tu l’a fait!

Il me regarde d’un air honteux et je suis gêné de provoquer la honte chez lui! Je suis sur sa « bucket list » et je réussis à le gêner!

Je prends sa feuille, j’inscris « Fourrer » et je fais un carré à côté du mot. Je tourne la feuille vers lui.

Il rit de bon coeur. C’est comme si à chaque fois qu’il rit, il repousse la venue de la Grande Faucheuse. Je le connais pas vraiment mais j’aurais le goût de le faire rire à l’infini et peut-être que la Grande Faucheuse se tannerait de l’attendre.

  • J’ai pas assez d’temps pour tomber en amour.
  • Je parle pas d’amour Roméo. Je parle du plus vieux métier du monde pour ton problème de « bucket list »!!!

Il s’étouffe avec son cappuccino et en crache un peu par terre. Je ris aussi de bon coeur.

  • C’est vraiment drôle et vulgaire Barbu!
  • Bon! Notre Sammy c’est le genre à pas se torcher avec des p’lures d’oignon!!!

Il rit de nouveau comme s’il n’avait pas de lendemain. Je suis fier de moi. Je suis heureux, j’ai un public. Il a oublié pour un instant sa mort. Il est littéralement mort de rire, n’est-ce pas ironique?

Je termine notre rencontre unique à la façon du regretté Robert Gravel, mon improvisateur de la LNI préféré. Je veux que le moment soit théâtral. Je le prends doucement par la tête et embrasse sa cicatrice comme pour lui donner le baiser de la vie! Il est ému et moi aussi.

Message à Samuel dans le texte

J’sais pas si t’es encore vivant.

Je souhaite que tu aies fait la chose avec un grand F et que tu vas entendre ce texte à ton poste de radio préféré.

Tu voulais que j’écrive sur toi? C’est faite!

Tu peux cocher une autre case sur ta liste froissée.