Ti-Louis Pelletier

Mai 2020 en plein coeur de la pandémie, Laurent « Vieux Buck » Pelletier passe ses journées dans Lanaudière dans le bois. Il bûche seul comme un seul homme. Il bûche avec son héritage génétique celui de son père Gaspésien Ti-Louis. La même génétique qu’il a transmis à son fils Félix alias « Hammer », 5’10 », 240 lbs de puissance naturelle!

Il est loin de sa blonde qui travaille présentement à Kuujjuaq! Il est seul comme un seul homme contre la COVID. Seul avec le bois dans la forêt, les wézo de toutes sortes qui font toujours leurs nids même si la terre a arrêter de tourner! Les ratons laveurs déguisés en personnages de Cornemuse, les ours sortis de leur hibernation et pêchent sur le bord de l’eau.

Laurent Pelletier est un homme de son temps et d’une autre époque en même temps. Il est de cette race d’homme presque en voie d’extinction, de ceux pour qui le mot compromis n’existe pas!
Il a toujours la main sur le coeur comme on dit, toujours prêt à aider son prochain si tu veux bien t’aider aussi. Il fend son bois old school à la hache comme son père Ti-Louis le faisait à l’époque.

La nuit parfois, quand le ciel est clair, quand le ciel éclaire la nuit, Laurent marche en montagne  et cherche les meutes de loup. Ce n’est pas pour les tuer mais par passion, pour les regarder être une meute. La sienne est en Gaspésie pas loin de Cap-Chat!
Et à la lune des loups « Vieux Buck » hurle avec eux comme un cri du profond de son âme vers la Gaspésie, vers son Ti-Louis et son Félix. Hurler à s’arracher les poumons et devenir le loup-garou de Lanaudière!

Souvent le matin à l’aurore, il part en canot écouter les poissons. Écouter le silence au milieu du lac. Il pense à sa blonde si loin au nord du nord du Québec. Il l’imagine dans ses bras, dans son canot au rythme du courant. La pandémie est pas dans la nature mais partout ailleurs. 
Pendant ce temps son fils « Hammer » ne peut frapper comme un dix roues sur les glaces du senior AA en Gaspésie! Comme son père Félix est « drette » comme un chêne, bien enraciné dans sa Gaspésie!

Ti-Louis du haut de ses 81 ans a écrit un livre sur la prohibition dans son coin de pays et il est en train d’en écrire un autre sur le braconnage! Il n’a pas la langue de bois. Il est le patriarche, l’homme d’une autre époque. Le bonhomme a de grosses paluches tant et tellement qu’elles vous écrase quand vous lui donnez une poignée d’main sans même qu’il ait fait exprès. Il n’a aucune malice en lui. Tout ce que Laurent connaît du bois vient de son père et tout ce que Félix connaît du bois vient de Laurent. Ils sont tribus pour trois en latin! Je n’irais pas jusqu’à dire Sainte-Trinité, là j’ai l’impression que les ancêtres se tourneraient dans leurs tombes.
Ils sont Alpha c’est clair net et précis. Si demain la 3e guerre mondiale éclate, je les veux immédiatement dans mon clan. 

Laurent regarde l’horizon et pleure silencieusement, il sait que la pandémie va se terminer un jour comme tout se termine un jour, c’est le cycle de la vie. Il sait qu’il va retrouver son monde, son sang, ce qui permet à son coeur de battre. Pour l’instant à travers le bois de la Lanaudière, il se cherche, il cherche la forêt. Parfois il se trouve dans le reflet d’un ruisseau. Les nuits sont longues, l’alcool est doux dans la gorge, les souvenirs et les photos lui rappellent ce qu’il porte en lui. Il porte en lui un patrimoine sans fin « gossé » par Ti-Louis. Il rêve d’un petit cheminot pris avec la meute de Ti-Louis au coeur de janvier, les deux pieds dans la neige aux abords du Rocher Percé. Le temps semble arrêté, c’est le temps de prendre le temps de laisser la pluie tomber!

La planète a fait un « reset » à la grandeur de son territoire mais la tribu Pelletier est encore deboutte devant la vie! Le grand chef de la meute est deboutte dans ses bottines de jobber comme la légende qu’il est.

Ti-Louis deboutte comme ses ancêtres, comme les colons avant lui qui ont fabriqué ce pays de misère, deboutte devant les tempêtes, devant les j’aurais donc dû, devant  le vent de l’océan, devant une meute de loup. Ti-Louis est le folklore à lui seul, il est d’un autre temps mais bien ancré dans le présent! Ti-Louis à la hache, Laurent au « bucksaw » et Félix qui empile bûche par bûche dans une symphonie d’hier à aujourd’hui.

Même les hommes comme Ti-Louis Pelletier ne sont pas éternels mais laisse-moi dire que le jour que Ti-Louis va arriver en haut, ça va trembler en maudit dans le comté de la Côte-de-Gaspé.
Ça va trembler encore plus dans le coeur du vieux buck Laurent.

Mot dans le texte pour la tribu:

« Hammer » mon garçon tu as l’héritage des Anciens en toi, il est important que tu fasses briller ce si précieux patrimoine. Tu le portes en toi. Tu représente les Pelletier à chaque fois sur et hors glace. J’ai hâte de te voir jouer en personne. Comme dirait Denis Vanier: « Levons nos verres en l’honneur de celui qui se bat le nez cassé! »

Ti-Louis, mes hommages! Mon respect à l’infini. Chaque jour de ta vie tu tentes de donner l’exemple. De vivre ta vie sans compromis. À 81 ans, il te reste encore un bon 19 ans sur cette terre Gaspésienne. Nous aurons l’occasion de lever le coude ensemble et ce jour-là j’aimerais avoir l’honneur de recevoir ta bénédiction paternelle.

Laurent, mon ami Laurent, à travers ce texte je voulais rendre hommage à ton père à travers toi. Tu sais mon respect. De compter des personnes comme toi et ton père dans mes lecteurs est un immense honneur. Avec un p’tit cheminot dans les mains, laisse-moi hurler aux loups à mon tour. 

Au nom du fils Félix, du père Laurent et du patriarche Louis… les Pelletier de la Gaspésie font honneur à notre terroir!


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Armand a pas peur de la Covid

Micro Microscopique

Armand habite à St-Jérôme. Il est vieux, très vieux comme dans 92 ans. Armand se câlisse de la COVID pour vrai! Et moi j’ai pas peur non plus pour dire la vérité! Quand mon heure va être arrivée, elle va être arrivée un point c’est toute.  

Lundi 27 avril 2020 en plein coeur de la pandémie…

J’suis au IGA Lord de St-Jérôme! J’attends en ligne pour rentrer, comme depuis le début de la pandémie, rien de nouveau. C’est notre nouvelle façon d’exister. Nous vivons comme le monde en Russie. Moi petit Nord-Américain dans mon confort de petit Nord-Américain,  j’comprends enfin mes frères de l’autre bord!  En prime, contrairement aux Russes on me donne du gel bactérien en rentrant. 

J’suis à Moscou mais à St-Jérôme. Pour vous dire la vérité, on mérite d’avoir un peu le nez dans notre caca. Oui on le mérite!

J’suis 8e dans la ligne… pis je m’en câlisse. Je m’en câlisse parce que je suis du p’tit Canada.  Pis tous ceux qui ont vécu dans mon coin,  j’suis certain qu’ils s’en câlissent aussi. Rien ne peut m’atteindre à part ma fille qui me boude parce que j’me suis séparé de sa mère. 

Donc j’suis dans ligne pis j’attends mon tour…

Un vieux bonhomme arrive… il est en marchette et fatigué. Il plante solide avant d’arriver dans la ligne mais solide comme un certain papi Régent. Mais bon, je me perds dans mes souvenirs. Merci Francine, merci Manon.

Il saigne… comme beaucoup! Personne dans la file va l’aider. C’est comme si rien n’était arrivé. Il saigne comme un cochon qu’on vient d’égorger. 

Je vais ramasser Armand d’une shot! Je m’essuie avec mon fucking t-shirt blanc. Je l’installe en avant dans la file et je demande aux « pissous » si ça les dérange. Évidemment personne parle. Fuck you all! J’dis à Armand de m’attendre en dedans.

Il est venu acheter juste de la bière. C’est un vieux alcoolique. Un vieux alcoolique comme mon père que je déteste. Le karma est une salope. La vie n’est qu’ironique. That’s it!

Il a 92 ans et dans notre IGA nous avons suivi les lignes sur le plancher. Nous avons faite notre épicerie en même temps!  Moi de dire à Armand : « Vieux, remplis ton panier c’est l’temps! Il faut que ça déborde! » Le panier était rempli de caisses de 24. Le panier était en train de plier en deux. Je riais et lui aussi. 

Nous avons lavé nos mains au gel bactérien! Nous sommes à 46 ans et 92 ans deux citoyens exemplaires. 92 + 46 = 138 ans. C’est beaucoup d’expérience! C’est beaucoup de souvenirs, de pleurs, de joies. Mais je crois tout de même que tout reste à apprendre!

Moi qui a toujours aimé l’Armée rouge et Vladislav Tretiak! Je suis un Russe moi aussi maintenant! Un Russe de St-Jérôme! J’attends en ligne pour mon 10 lbs de pétaques. J’attends l’hymne du Choeur de l’Armée rouge! Suis-je le seul à m’ennuyer du trio KLM… pour Krutov, Larionov et Makarov?

J’offre à Armand de le reconduire chez eux, il est vraiment content. Il habite dans un 2 et demi avec un vieux chat. Son frigidaire est presque vide et ses armoires aussi. Il m’offre une bière tablette que je prends. Nous avons jasé un 15 minutes sur le temps qui passe. Il a fait la guerre de Corée en 1950. Il attend la mort. Il n’a jamais eu d’enfants. Il a trop été marqué par la Corée, il n’était pas capable d’être en relation. Il m’a dit que j’étais le premier humain avec qui il a parlé depuis des lunes. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

J’ai laissé mon numéro de téléphone à Armand. Il attend la mort et personne va le convaincre du contraire. Pensez-vous vraiment que la COVID-19 va le déranger? Je ne crois pas. Quand t’as égorgé des Coréens avec tes mains c’est pas un microbe qui va te déranger.

La pandémie c’est comme n’importe quoi d’autre, c’est une question de perspective. Respectons la perspective des autres dans le respect de chacun.

P.S. Armand pas de petite broue avant de faire l’épicerie. Mon P.S. ne sert à rien… t’es têtu comme un âne…vieux crisse!

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La sorcière de St-Julien

Il y a très longtemps avant le comté d’Argenteuil, avant le Bas-Canada, avant Abraham Lincoln, avant les États-Unis d’Amérique, avant les vieux pays, avant le feu, avant la nuit des temps, avant la clarté! Il y avait des femmes qui vivaient dans la grande noirceur. Elles voyaient comme des chats. À l’époque toute les chats étaient nécessairement noirs. Pis un jour est né le soleil. 

Les sorcières sont là depuis très longtemps! Et parmi celles-ci il y avait la Bertrand. Une vieille sorcière qui sentait l’arsenic à plein nez! Une vieille sorcière qui se rasait la moustache depuis la nuit des temps. J’ai moi-même connu la Bertrand, à l’époque j’avais à peine 14 ans. Je portais une moustache molle comme elle et j’étais bâti sur un « frame » de chat. Oui la Bertrand est une vieille sorcière. De mémoire, elle a habité longtemps à côté du presbytère de l’église St-Julien dans la petite ville de Lachute.

La paroisse de St-Julien est bordée autour d’elle par la rivière du Nord. Avant même cette rivière, les vieux badauds du coin ou si vous préférez les vieux senteux disent que la Bertrand était là! Même que le barrage de la famille Ayers appartiendrait de façon ancestrale à la vieille! Mais ici je n’oserais perpétuer cette légende de petite ville au milieu de nulle part! On a juste ça à faire se raconter des peurs entre nous autres.

Elle avait de mémoire une grosse verrue à côté de son nez qui prenait presque toute la place dans sa face laissant pas grand espace pour son bec de lièvre! Son mono sourcil était en parfaite symbiose avec sa laideur. Elle n’était pas malheureuse d’être laide c’était plutôt un avantage pour repousser la plèbe! Elle était surtout malheureuse de la naissance du soleil qui avait donné la vie à tout le reste ainsi qu’à la vie en elle-même! Même qu’il y avait de l’eau qui avait poussé dans les océans secs au plus grand malheur de la vieille!

Il faut savoir que la Bertrand se promenait en jaquette 365 jours par année que le bon Dieu amenait. Elle portait aussi une perruque car lors d’une soirée mémorable elle avait perdu toute ses cheveux jusqu’à la racine….

Un certain soir Belzébuth lui-même, le yâble en personne, celui du fin fond des ténèbres a dansé une nuitte complète avec la Bertrand! Il l’a tellement faite valser qu’elle en a perdu ses cheveux. D’où la vieille expression « Y’a brassé la bacaisse dans le fond de la boîte à bois ». Est-ce qu’ils ont seulement dansé? Après tout, ce n’est qu’un conte rural ici, il faut savoir lire entre les lignes. Pour fin de la légende la boîte à bois sentait le cul à plein nez en fin de soirée! 

Tout le monde dans la paroisse se souvient de la Bertrand! De triste mémoire surtout. Laissez-moi vous raconter une partie de l’histoire de la Bertrand dont presque personne est au courant sauf moi, Mart, Balloune et Sim! 

Ça s’passait entre chien et loup! L’hiver, la bonne femme Bertrand sortait dehors les mardis soir parce que c’était les vidanges. Elle arpentait les rues sales de St-Julien avec son gros chat noir su l’épaule comme dans une vue d’horreur de série B! Elle était dans le noir avec son chat noir dans un paysage glauque à l’ombre de la rivière du Nord. La rumeur voulait que la vieille Bertrand ramassait des vieux chats errants pour les revendre à gros prix au chinois du Lyly Garden, le même chinois qui achetait des cuisses de grenouilles de Chainsaw Pilon! J’sais pas si c’est vrai pour dire la vérité mais une chose est sûre, d’ins années 90 y’a jamais un chat qui trainait d’ins rues l’soir! C’était aussi rare qu’un 29 février! La Bertrand ramassait de la scrap dans la paroisse qu’elle revendait à Richard Lachance de la rue Evelina! Avec son petit panier à roulette, elle arpentait la rue Princesse comme si des trésors s’y cachaient. 

On pensait toute qu’elle n’était qu’une ramasseuse de vidanges mais en fait elle cherchait la bague offerte par Belzébuth lui-même un soir que la lune appartenait aux loups! Il y avait une entente de principe entre la Bertrand et le bonhomme Lachance. Elle lui donnait la scrap qu’elle ramassait et lui en retour s’il retrouvait la fameuse bague, il la redonnait à la Bertrand!  

Richard Lachance n’avait qu’une parole! Il était loin d’être riche. Il était un homme simple et bon. La Bertrand savait à qui elle avait affaire. Elle avait vu à travers sa poitrine son coeur bon, chaud et battant au rythme de l’honneur! Elle savait que Richard respecterait sa parole! Richard Lachance de la rue Evelina n’avait pas grand chose mais pour sûr il avait une parole! C’est comme ça qu’au début des années 90, on pouvait voir la Bertrand et le bonhomme Lachance arpenter les rues sales et transversales de Lachute de bord en bord comme des métronomes. 

Il y eut pendant un certain temps une surenchère de chats et de grenouilles entre le Lily Garden et le Lachute Holiday! Le général Tao était très populaire dans le comté d’Argenteuil! Les grenouilles valsaient dans une danse endiablée. Même qu’un soir la Bertrand était tellement en joual vert qu’elle a fait mouiller des grenouilles partout à Lachute. Tous ceux qui ont vécu à Lachute dans les années 90 s’en rappelle de triste mémoire! Sauf dans le Bronx à Ayersville, là il mouillait des crapauds sales et visqueux! Ce fut un grand chaos à la hauteur de la Bertrand! Même que le bon maire Mayer en a perdu sa grosse barbe. 

Pis un soir, le genre de soir que t’oublies jamais, Richard était à ramasser d’la cop pis y’a vu de ses yeux vu une bague scintillante rouler à côté de lui! Elle est tombée direct à ses pieds comme si elle lui était destinée! Comme si la bague savait son chemin bizarrement! Est-ce que la vie lui envoyait un signe ou une forme d’épreuve? Il a pris la fameuse bague dans ses mains, elle brillait comme jamais une bague avait brillé! Dessus il y avait des écritures en latin que seuls les vieux comme Richard Lachance pouvaient comprendre. Il a mis la bague dans sa poche et ce soir-là, je me souviens, M. Lachance nous a montré la bague quand moi, Sim et Balloune avons été chiller avec son fils Martin. Ce soir-là, le ciel est passé du bleu étoilé au noir total comme si le néant prenait place dans le comté d’Argenteuil! Des ordres de corbeaux faisaient la file devant la petite maison de la rue Evelina. Ça couaquait sur un ‘sti d’temps! Pis un moment donné, la femme de Richard, la mère de Martin la belle Marie-Marthe est sortie dehors avec son balai pour faire taire les maudits corbeaux, elle qui regardait ses programmes au canal 10!

On pouvait entendre « Riders on the Storm » des Doors en background… c’est l’apocalypse pas loin de la rue Tessier! Les éclairs, le tonnerre, les chamans sont partis se cacher derrière le catch dreamer, les autruches ont la tête dans le sable, y mouille à siaux pis nous autres les jeunes adultes on a décidé d’aller porter la fameuse bague à la Bertrand avec Richard!

En chemin croyez-moi ou pas, on a vu sur la rue Lafleur les chevaliers de l’Apocalypse, y’étaient à prendre une bière au chic Palace! Les quatres chevaliers avaient laissé leurs chevaux noirs dans la rue dans un chaos total! C’était le boutte d’la marde version Lachutoise! Les grosse quilles se sont faite aller sur un ‘sti temps. La légende dit que pour la première fois de l’histoire, y’a manqué de bière au chic Palace en fin de soirée. Ils ont fini la soirée au Laurentien comme tout bon ivrogne de Lachute. Les chevaux stationnés en rang sur la maine street « achute ».

Une fois arrivés au vieux presbytère de l’église St-Julien, on a regardé la catastrophe de loin! M. Lachance devait aller seul porter la maudite bague. On est restés d’interminables minutes dans le station wagon de Richard! Richard est sorti blanc comme un drap après quelques minutes.

RICHARD LACHANCE N’A JAMAIS PU PARLER DE CET ÉVÈNEMENT ET MÊME QU’IL FAISAIT COMME SI C’ÉTAIT JAMAIS ARRIVÉ. 

La Bertrand est disparue par la suite sans jamais laisser de trace et laissant le presbytère vide sauf pour un gros chat noir! Elle avait même abandonné son matou. D’ailleurs nous autres aussi on a jamais reparlé de cet événement sauf le 31 octobre 2018! Le soir que la Grande Faucheuse est venue chercher le bonhomme Lachance! Après le dernier souffle de Richard, Martin son fils m’a appelé pour m’annoncer la nouvelle de sa mort. Et Richard a fait une grande révélation à Martin une fois que les deux étaient seuls dans sa chambre d’hôpital! 

Richard: Mon gros bébé tu te souviens de la Bertrand? Tu te souviens de la bague?

Martin: Bin oui P’pa bin oui…

Richard: Quand je lui ai donné la bague d’ins mains, elle m’a donné deux voeux mais elle m’a dit qu’ils vont se réaliser quand je vais vraiment le désirer! J’apporte les voeux avec moi, je vais te surveiller d’en-haut! J’ai deux voeux. 

Il a fait un clin d’oeil à son fils. Comme Martin je crois dur comme fer Richard!

Six mois plus tard allait mourir sa mère Marie-Marthe qui était pourtant en pleine forme. 

Quelque part au paradis, y’a un vieux gars de scrap qui s’ennuie de sa Marie-Marthe. Quelque part au paradis y’a un vieux gars de scrap qui pleure sa femme des 50 dernières années. Un soir, un soir rempli d’étoiles, Richard a joint les mains ensemble et a crié de tout l’air dans ses poumons: LA BERTRAND JE DÉSIRE MA FEMME, LA BERTRAND JE DÉSIRE MA MARIE-MARTHE!

A t-il dit de sa voix remplie de sanglots de Lachance. Le ciel est devenu noir, noir corbeau, noir sale, noir par-dessus le noir. À la grande porte du Paradis, bras dessous, bras dessus, Belzébuth et la Bertrand devant St-Pierre, Dieu et M. Richard Lachance! Elle porte au doigt sa belle bague.

La Bertrand: Il te reste un voeu… elle arrive! 

Belzébuth: On vous laisse le bonsoir… Moé je m’en vas brasser ma bacaisse dans la boîte à bois!

Pis là vêtue de blanc comme à son mariage est arrivée la belle Marie-Marthe… Avec ses deux grands bras ouverts, Richard Lachance de la petite maison sur la rue Evelina ne pouvait pas être plus heureux. Il était maintenant au paradis. Mais l’histoire dit qu’il lui reste un voeu… Un voeu qu’il va désirer!

Mon petit doigt me dit que ce voeu va servir à la greffe de rein que Martin a de besoin pour vivre vieux auprès de sa belle Anne!

Foi de Richard, y’a pas un humain, une sorcière, un dieu qui va jouer aux bras avec un Lachance! 

Je dédie ce texte à Richard et Marie-Marthe les parents de mon ami Martin!

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Des Orioles, Shoeless et Carl

Des Orioles, Shoeless et Carl

Été 2017

Nous sommes au parc de balle Sophie-Masson à Ste-Sophie et on affronte les Blue jays.

Le parc est d’une beauté sans nom, les lumières juchées dans les poteaux éclairent le diamond comme les planches d’un théâtre! Le gazon est d’un vert parfait! Le monticule et la plaque attendent avec impatience leur lanceur! Et ce soir-là nous, Les Orioles de St-Jérôme, avons vécu une grande tragédie grecque! Le ciel est magnifique, la lune a le meilleur siège pour la partie. Les étoiles sont parfaitement alignées et si on observe comme il faut, si on regarde avec ses yeux d’amoureux du baseball, on peut voir de la poussière de « Shoeless » Joe Jackson dans les faisceaux de lumière qui éclairent le terrain! Lui à qui on a enlevé le droit de jouer au baseball après le scandale des White Sox de Chicago en 1919! Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui regardent les jeunes jouer du haut de son champ de rêve! Et ce soir comme moi, il est ému devant un si beau paysage!

Le petit gars du terrain a parfaitement étalé sa chaux pour en faire des lignes d’une symétrie parfaite! Je regarde les lignes et je me dis que finalement tous les chemins devraient mener à Ste-Sophie! Certains avait des petites mousses avec eux, d’autres des petites coupes de vin. C’est les joies du baseball! Il ne manquait qu’un vendeur de moutarde chou!

Chaque année amène son lot de petits singes à batterie et en 2017, j’avais, sur 11 joueurs, trois TDAH, quatre recrues qui commençaient chez les Moustiques et qui n’avaient jamais joué au baseball et un jeune avec de l’autisme, mélangé avec un TDAH et un fond d’agressivité mal géré. Pour les besoins du texte, il va s’appeler Carl! En termes de pizza, j’étais all dressed! Moi le bénévole/coach et papa de l’une des joueuses dans l’équipe, j’étais pas amanché pour autant d’adversité! En fait avec cette équipe que j’ai aimé, il aurait fallu un ou une pédagogue! Alors gagner des games était pas mal ma dernière priorité!

Pour dire la vérité Carl occupait toute mon temps! Il était difficile à aimer, à diriger, il m’aura amené dans mes derniers retranchements de coach! J’ai milles fois remis mon coaching en doute, ma façon de l’approcher, j’en rêvais la nuit! Je cherchais le bouton sur lequel peser pour allumer la passion du baseball en lui! Et ce soir-là, à notre dernier match de la saison régulière, je voulais le voir frapper son premier coup sûr de l’année, je voulais le voir partir chez eux avec l’idée qu’il pouvait pratiquer ce merveilleux sport même si je savais déjà qu’il ne serait pas de retour l’an prochain.

Je regardais mes Orioles pratiquer sous les lumières du soir avec mes coachs Mathieu, Olivier et Benoit. C’est comme si nous étions dans un parc des ligues majeures! Il y avait une petite brise de juillet qui venait finir son chemin derrière ma nuque et le bonheur avait la forme d’une petite balle blanche avec deux lignes de corde dessus.

Il est 21h15… c’est 7 à 6 pour les Jay’s de Hugo et c’est notre dernier tour au bâton! La game est serrée! Mon as lanceur, mon Rollie Fingers version mini, Anthony Labonté du haut de ses 4’4″ et 60 lbs a lancé deux manches parfaites! Pour une première année de balle à vie c’était très impressionnant! Le moral des troupes est bon mais fragile! Le bas de l’alignement se présente au bâton. Je suis dans mon coeur de coach pas très confiant pour la suite des choses mais je joue le contraire devant mes petits monstres à batterie! Je leur conte de belles menteries avant le début de notre dernière manche…

Finalement nous avons deux retraits, une joueuse au 3e but et un joueur au 2e but! Et maintenant se présente au marbre notre Carl national avec sa moyenne de .000. Comme d’habitude, il chasse des mouches avec son bâton pour les deux premiers lancers. C’est rapidement deux prises… deux prises, deux joueurs sur les buts, deux retraits, comme on dit les deux sont frimés! Et même pendant un lancer, il regarde ailleurs que le lanceur, c’est carrément dangereux!

Je demande un timeout et je m’approche de Carl pour lui conter la plus belle menterie jamais racontée dans l’histoire du baseball! C’est Doubleday qui aurait été fièr de moi! Je prend Carl par la figure intensément avec mes deux mains, je le regarde dans les yeux, il me regarde dans les yeux, j’ai son attention.

Moi le simili-coach de gomme balloune: Carl t’as un coup sûr dans ce bâton. Je le vois avec mes yeux de coach. je te le jure.

Carl: Ah ouin?

Moi le simili-coach de pacotille: Carl tu dois laisser ton bâton sur ton épaule et attendre le T-Ball! Pendant l’exercice tantôt tu frappais toutes les balles. Pis le lanceur des Jay’s ne lance aucune balle dans la zone des prises. Laisse ton bâton sur ton épaule svp pis sur le T-Ball tu va l’avoir ton coup sûr! Promis!

Carl: Oui Coach!

Je vois dans ses yeux une étincelle et au marbre je le vois se répéter comme un mantra « Garde ton bâton sur ton épaule! » Nous sommes en business.
Le lanceur des Jay’s lance 4 belles balles partout sauf dans la zone des prises. Mon assistant coach Olivier va porter le T-Ball à notre Carl! Au 3e but mon coach Mathieu est prêt à faire rentrer nos coureurs!

Je regarde Carl avec toute l’émotion que je possède dans mon corps, je crois même mes menteries. Maintenant, je crois à ce coup sûr autant qu’à la paix dans le monde, autant qu’une vie paisible entre la Palestine et Israël! Carl a dans ses mains un coup sûr, il n’a qu’une chance de frapper sur le T-Ball! Carl me regarde et me fais un signe du pouce… Tabarnak il croit au coup sûr! Il est focus.

Et dans un moment de pur bonheur, dans un moment magique comme même Steven Spielberg n’aurait pu inventer, la petite balle blanche aux cordes rouges a été touché par le bâton magique de Carl! La petite balle ne voulait pas être attrapé par aucun Blue Jays de Ste-Sophie. Elle a fait son chemin entre le 1er et le 2e but lentement pour se diriger assez loin pour faire rentrer nos deux coureurs et pour permettre à Carl de se rendre au 2e but en sautant comme une sauterelle olympique! Je pleure comme un bébé sur le banc, je pleure à chaudes larmes comme l’aurait fait mon ami Coach Benoit Pépin! Je pleure de fatigue, je pleure mon été difficile, je pleure de joie pour Carl! Tous nos joueurs sautent sur Carl comme s’il était Gary Carter en 1986 avec les Mets de New York en série mondiale! Le moment est euphorique, unique!

Après la game je remets toujours une balle du match au joueur s’étant le plus démarqué durant la game pour soit son jeu, son leadership ou son acharnement! J’ai toujours trois couleurs de balle…
Cette fois-là mes petits monstres à batterie ont frappé un grand chelem dans mon coeur de coach… câlice oui!

J’avais de la poussière de « Shoeless » Joe Jackson dans les yeux.. nous étions en rond comme une meute, mes petits loups se sont levés sans ma demande et ont scandé le nom de Carl, ils criaient son nom! Il criaient:

Balle de match à Carl! Balle de match à Carl!

D’habitude je fais un petit discours. Cette fois, moi, Mathieu, Benoit et Olivier étions sans mot… La magie du baseball était parmi nous. J’ai souvenir du dernier coup sûr de Carter à Montréal, j’ai souvenir de Wilfredo Cordero, j’ai souvenir de Kirk Gibson avec Detroit…le plus beau coup sûr que j’ai jamais vu y’était finalement dans ton bâton mon Carl.

Je dédie ce texte à tous les petits monstres que j’ai coaché!


Johnny oui oui

Johnny oui oui

Sur le dos d’un papillon
Vole, vole, vole un baiser
Sur une joue

Il aime les papillons. Il est capable d’observer des chenilles pendant d’innombrables heures. Il peut attendre avec toute la patience du monde avant de les voir éclore, et même quand elles n’éclosent pas, il reste patient. Il n’est pas Chinois, mais les ombres n’ont plus de secrets pour lui, et si elles en avaient, il le serait.

Quand il est nerveux, il chante des comptines de Passe-Partout. C’est normal, il est de la génération Passe-Partout. Il préfère Passe-Montagne, car lui aussi aime les papillons, et en plus, il les porte dans son cou sous forme de nœud.

Quand il se regarde dans le miroir, il constate qu’il ressemble à ces gens qu’on nomme trisomiques ou mongoles à batteries. Mais au fond de lui, au fond de son cœur, il souhaite n’être qu’à la chenille de sa vie, et qu’un jour son visage se transforme comme les papillons le font! Au lieu d’avoir cette horrible face de clown pas de nez de clown.

Mais personne n’est au courant, c’est un secret entre lui, les papillons, les chenilles, les grenouilles de la Rivière-du-Nord et Passe-Montagne. En fait, personne qui ne pourrait vraiment dire son grand secret. Chut!
Dans un cou
Où va-t-il se poser?

Johnny travaille au McDonald de son quartier. Il est simili-commis aux vidanges et nettoyeur de tables triple A! Le McDo de son coin est le plus propre de la chaîne, le plus propre de l’univers. Johnny lave les tables tranquillement, une à une. Passe le balai par la suite autour des tables. Il n’y a plus preuve de poussière à l’horizon, Johnny peut aller dormir tranquille. Il est l’employé parfait par son dévouement. C’est peut-être pour ça que les autres employés se moquent souvent de lui. Et pourtant, il n’a jamais été l’employé de la semaine. Et pourtant, et pourtant…

Johnny aime la vie, mais la vie ne l’aime pas souvent. Ce n’est pas grave, car Johnny l’aime pour les deux.

Johnny est laid comme dans «faire peur aux enfants sans faire de grimace». Il a des yeux qui veulent s’enfuir en permanence, toujours sortis de leur orbite! Des yeux croches comme ses doigts d’arthrite prématurée. Et si ce n’était de la malchance, il n’aurait pas de chance du tout. Sa vie est un billet de loterie à l’envers, mais lui il siffle chaque matin.
Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là…

Un vendredi soir comme tous les autres…

Le simili-gérant du McDo crie à tue-tête pour se convaincre qu’il a une certaine prestance. Il crie à ses employés habillés en clown de tourner encore plus vite la boulette de boeuf en canne.

Et quand le simili-gérant crie, Johnny Oui Oui se cache les oreilles avec ses petites mains de petit gars de 5 ans. Il tremble dans ses culottes de trisomique. Il est fragile et vulnérable. Le simili-gérant bombe le torse devant autant de pouvoir.

Le vendredi soir est un soir achalandé pour Johnny qui est tout sauf tranquille. La clientèle rentre et sort du fast-food à tue-tête comme si Mr Ronald McDonald avait décidé d’installer des portes tournantes dans ses nouveaux concepts de resto. La mère monoparentale au boutte de son rouleau avec ses deux singes à batteries au bec sale, l’ado qui vient avec sa gang d’incompris s’évacher sur les banquettes parce que c’est « chill », les retraités qui tètent un café jusqu’à la dernière goutte ainsi qu’un journal de Mourial, le monde en général qui n’a pas le goût de faire à souper en début de fin de semaine, bref, la planète en entier se retrouve au McDo de Johnny le vendredi, au grand déplaisir de Johnny.

Ce soir-là, Johnny fermait le resto avec la fille qui a la 3e clé. Une étudiante dans tout ce qu’il y a de plus générique. Elle a le dédain de Johnny, mais ne le laisse pas voir. C’est une forme de respect de l’humain en général qui l’honore. Le McDo se vide tranquillement pas vite. Pour les employés, c’est un moment presque inespéré, aux limites du possible. Le resto est désert et Johnny met la clé dans la porte. À chaque fois qu’il ferme les portes, il est comme en mission. Personne mais personne ne fait son travail aussi sérieusement que Johnny à part peut-être le proprio.

Un ancien employé est là, à la dernière porte que Johnny doit fermer. Johnny le reconnaît et le salue chaleureusement.

– Ancien employé : «Salut, Johnny. J’viens chercher Mélanne. J’peux-tu attendre en dedans?»

– Johnny : «Oui oui, Max. Oui oui. Tu es gentil, toi, hein? Oui oui tu peux. Oui oui certainement. Oui oui…»

– Ancien employé : «Dis-le pas à Mélanne, j’vais lui faire une surprise. J’vais aller la voir pendant que tu termines ton beau ménage. T’es le meilleur pour nettoyer les planchers et les tables, mon Johnny, oui oui!»

– Johnny : «Merci Max, merci. Oui oui, je suis le meilleur. Oui oui, les tables sont propres avec Johnny. Oui oui…»
Le baiser, papillon doux. C’est toi qui l’auras!

Max avance à pas de loup comme dans un poulailler vers la cuisine. Mélanne l’étudiante générique est au fond de la cuisine à nettoyer le plancher graisseux. Elle tord sa moppe pour une xième fois pendant que Johnny commence tranquillement le plancher de la salle à manger principale.

Elle reçoit un coup de barre de métal en arrière de la tête qui lui fait perdre conscience. Le coup vient de son ancien petit ami plutôt jaloux/possessif que générique. Évidemment, Johnny n’était pas au courant que Mélanne n’était plus avec Max depuis un bon bout de temps. Il n’était pas au courant que Max était plus hypocrite que gentil. Que Max était violent comme dans « Toé ma tabarnak, tu joueras pas aux bras avec moé ». Max aimait dire que les « chicks », c’étaient des « sperm bag », c’est-à-dire des sacs à sperme, et Mélanne, c’était son sac à sperme préféré!

Johnny siffle et nettoie les tables en écoutant sa musique préférée dans ses écouteurs. Il n’a pas entendu le bruit sourd de la barre de métal sur le derrière de la tête de Mélanne. Elle est étendue au sol. Le sang se mélange au « Pine-Sol » fraîchement étendu sur le plancher.

Max se sauve par la petite porte d’en arrière, réservée aux employés et enlève les gants qu’il avait soigneusement enfilé pour frapper le « sperm bag ».

Johnny a fini son nettoyage. Il a le sentiment du devoir accompli. Il a pleinement mérité son 10,15$ de l’heure. Il revient à l’arrière du magasin pour mettre son manteau et dire bonsoir à Mélanne.

Il a devant ses yeux de trisomique un chaos inexplicable. Il ne comprend pas. Il pleure et ne sait pas pourquoi. Le sang, le corps de Mélanie gisant au sol, ce n’est pas comme à l’habitude, ce n’est pas comme le vendredi de la semaine passée et tous les autres. Il met ses petites mains sur ses oreilles, se couche en boule par terre et chante:
Sur le dos d’un papillon, vole, vole, vole un baiser. Sur une joue. Dans un cou. Où va-t-il se poser? Vole, vole, papillon doux. Viens par ici. Va par là… Le baiser, papillon doux. C’est toi…

Johnny reste aux côtés du corps mort de Mélanne toute la nuit et a jeté la barre de métal dans la poubelle. Il ne ferme pas l’oeil. Il attend son gérant qui rentre tous les samedis matin vers 4:30. L’apocalypse est partout dans la cuisine. Le temps n’a plus d’importance et les papillons non plus. Johnny a complètement oublié Max dans sa mémoire.

– Johnny : «Oui oui, Mélanne va se réveiller… oui oui. Elle est fatiguée, oui oui. Je vais dire à monsieur Trudel que Mélanne est fatiguée, oui oui. Johnny est gentil, oui oui. Gentil.»

Ce qui devait arriver arriva : le gérant, en apercevant la scène, a quitté les lieux immédiatement sans parler à Johnny et a appelé la police en panique. La police a embarqué Johnny, croyant qu’il était le coupable.

Menottes aux mains, Johnny de dire : «Johnny gentil oui oui. Gentil. Comme les papillons. Oui oui…»

– Police : «Bin oui. Gentil gentil. Oui oui. »

Sous la loi des hommes, Johnny a été reconnu coupable du meurtre de Mélanie Poissant. Il a reçu une sentence à vie d’internat. Il n’y avait rien de juste dans ce que la justice avait décidé. Mais comment la justice peut être toujours juste, quand la vie elle-même est tout sauf juste?

À vie enfermé avec des fous, bourrés de pilules dont il n’a pas besoin. Il va éventuellement devenir un zombie comme les autres. Assis dans sa chaise berçante à se bercer à longueur de journée, n’attendre après rien et contempler le vide. Et même à en venir à croire qu’il avait vraiment fait mal à Mélanne.

Et chaque vendredi soir que le bon Dieu amène, Johnny se mutile doucement dans sa petite chambre. Dans les corridors de l’institut, on peut entendre…

– Johnny : «Méchant Johnny. Oui oui. Méchant oui oui avec Mélanne. Oui oui. Ne pas ouvrir la porte à Max. Oui oui.»