Publié dans Anecdote, Chronique, Histoire, Lachute, Nouvelle littéraire

Un été à Ayersville

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La vie dans le Bronx était pas souvent facile. 

Le monde marchait souvent la tête par en bas. 

Mes plus beaux souvenirs d’enfance sont au coeur de ce quartier de misère. Jamais je vais renier Ayersville. C’est chez-nous. C’est en moi! 

Mon père, que je déteste pour mourir, vit encore là. Il a 76 ans. Il est vieux maintenant et sans danger pour personne. 

Jamais je vais m’empêcher de vous dire la vérité sur le p’tit Canada, ou le Bronx. Pour le meilleur et pour le pire. Ayersville, comme le p’tit Canada, est profondément ancrée dans mon ADN! Je ne suis pas né de la cuisse de Jupiter! 

L’été de 1985 a été mémorable à plusieurs niveaux : j’avais douze ans et la vie devant moi! J’avais douze ans et une moustache molle! J’ai passé mon été de 1985 au complet dans le Bronx d’Ayersville! Le Bronx où il faisait bon de siphonner du gaz la nuit pendant que tout le monde dort dans les HLM! Oui, j’ai connu un gars qui siphonnait du gaz, surtout en fin de mois, question de pouvoir faire rouler son bazou! C’était la vie, le quotidien dans le Bronx d’Ayersville. Opération minoune était un gros sujet de conversation dans le coin. Tout le monde était dans sa propre douleur, tout le monde savait la douleur des autres, tout le monde se jugeait et puis pourtant..et puis pourtant! 

On pourrait penser qu’entre pauvres on s’entraide, mais c’était tout à fait le contraire! Si c’était possible de frapper sur quelqu’un à terre, inquiète-toi pas qu’on était une coupl’ à fesser dessus!

Le Bronx, c’était notre jungle à nous. Entre nous. Pour nous. Quand t’es jamais allé plus loin que le comté d’Argenteuil, c’est difficile de voir qu’ailleurs, c’est pas comme chez-vous! 

L’été de 1985, c’est l’été où j’ai ramassé mon chat Magoo sur le bord de la Rivière-du-Nord. Plus précisément à côté de chez-nous, dans une shop qui s’appelait Ming Plumbing! En 1985, c’est le dernier été durant lequel on est allés passer deux semaines chez les cousins en Abitibi, plus précisément, cette fois, à Senneterre! Un petit village au nord de Val d’Or, au coeur de la Vallée de l’Or, là où la terre gèle parfois en plein coeur du mois de juillet! On était aussi allés à Amos et Kipawa (une réserve indienne, paradis de la truite arc-en-ciel), toujours en Abitibi.

J’ai souvenir des nuits humides et froides de l’Abitibi, pays de misère. J’ai souvenir de la noirceur une fois les lumières fermées dans le parc de maisons mobiles. J’ai souvenir de la route pour se rendre jusqu’au boutte du monde. J’ai souvenir de traverser la réserve faunique de La Vérendrye. Si mes souvenirs sont bons, il me semble qu’une caisse de douze O’Keefe était bonne pour faire le trajet Lachute-Senneterre! On parle ici d’une bière ou presque à l’heure! Pas de ceinture, pas de tracas! Comme disait Richard Desjardins, j’vas monter à Val d’or “pas d’cadran pas d’capote”*! 

J’ai souvenir du lac bleu devant mes yeux, d’une beauté immense! J’ai souvenir du soleil de l’Abitibi, qui n’est comme le soleil de nulle part ailleurs! J’ai souvenir des aurores boréales! 

J’ai souvenir des sauvages. J’ai souvenir des ski-doo en avant des maisons. J’ai souvenir de la bagosse! J’ai souvenirs de la forêt à perte de vue. J’ai souvenir des petits fruits sauvages mangés en jaloux. 

Deux semaines par année, environ, qui me semblaient durer des mois! L’Abitibi c’est pas pour moi, j’suis beaucoup trop urbain pour ça. 

À part ces deux semaines-là, j’ai passé le reste de mon été de 1985 ou presque au coeur du Bronx à Lachute! 

Mon cousin Stef et moi, on était deux jeunes plutôt tranquilles…en général! Parfois, comme si une bulle montait dans nos cerveaux, on avait des “plans d’nèg’’. C’était la façon à l’époque de dire qu’on faisait des mauvais coups! Cette fois-là par contre, le plan n’était pas calculé comme tous nos autres plans. Stef avait reçu en cadeau un magnifique fusil. Un BB gun de chez Canadian Tire. On venait de louer au club vidéo Langevin le nouveau film d’Arnold, Commando! Tout pour activer notre “plan d’nèg’’! C’était une journée comme toutes les autres journées, sauf que dans ma tête, j’étais devenu un sniper comme Arnold! J’avais 12 ans et aucun biceps à l’horizon! 

En face du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM, et à côté du HLM de mon cousin, il y avait un autre HLM et l’autre côté aussi!  C’était un rond-point de HLM! Dans ces HLM, il y avait plein de personnages cocasses et certains de triste mémoire! Ode à terrasse Saindon…

Patrick Cuillerier et sa face de Carême! À 12 ans j’avais peur de lui! Quand il passait à côté de moi, j’avais le goût de faire un p’tit caca nerveux! Un genre d’ado à l’époque toujours en tabarnak! De mémoire, j’ai jamais vu sourire Cuillerier, jamais! 

Demandez à ‘’Wézo’’ qui a pété tous les pneus des chars sur la rue Hamelin un certain soir? Moi je sais très bien c’est qui mais sérieusement, pensez-vous que je vais vous dire ça dans un texte? Come on.

J’étais dans la chambre de mon cousin quand j’ai eu l’idée géniale de tirer dans une fenêtre avec le BB gun! Moi, le John Wayne des pauvres. Je me suis installé comme un sniper dans sa fenêtre. J’ai miré la fenêtre de son voisin à gauche…celui qui siphonnait du gaz la nuitte pendant que tout le monde dormait sauf moi! Je me rappelle comme si c’était hier. Comme si j’avais encore le BB gun dans mes mains d’ado gêné d’être dans sa propre peau.

J’ai tiré un coup, un seul coup dans la fenêtre! En plein milieu de la fenêtre, cible parfaite! 

La balle a atterri sur la vitre comme le clou rouillé qui était entré sous mon pied deux jours auparavant! La vitre a éclaté en mille morceaux, complètement éclatée! Une symphonie en plein coeur du Bronx de Lachute! Les feux de La Ronde version pour les pauvres! Moi et mon cousin on était blancs comme des draps! On n’est pas des vrais bums! J’ai pas fait un caca nerveux mais c’est tout juste! J’aurais souhaité être partout sauf là. Même que j’aurais choisi d’être plutôt dans la Vallée de l’Or, c’est vous dire mon désarroi! 

J’ai compris ce jour-là que je n’étais pas un thug! J’ai compris que le crime organisé n’était pas pour moi! Ma carrière de bum venait de se terminer. Je préférais, à 12 ans, me concentrer sur le mystère que sont les filles et l’écriture! Anyway, même si j’avais voulu me battre, il y avait assez de bons batailleurs de mon âge dans le Bronx pour me ramollir assez vite.

Parfois les souvenirs de l’Abitibi se mélangent à ceux du Bronx et du P’tit Canada. C’est ce qu’on appelle vieillir! Je revois plein de visages dans ma mémoire. Ceux de mes cousins nomades, Stef, Marco et André. Ceux des tannants qui rôdaient autour de Ayersville et sur la glace du vieil aréna : les Drouin, les Poulin, Legault, Wilkes…et combien d’autre. Ceux aussi des Durocher qui vivaient avec leur mère…dans le temps, la monoparentale était à la mode dans mon coin.

Ça explique bien des choses, ça brasse des souvenirs! Parfois j’ai mal à mon Bronx. J’aimerais un jour faire un show dans la salle communautaire du bloc 36! J’ai l’impression que mes histoires prendraient toute leur essence! Ce texte est éparpillé comme mon Bronx et c’est voulu ainsi!

Les étés à la piscine Ayers. Le parc de balle, ou ce qu’il en restait, adjacent à la vieille usine Ayers. Les Deschamps, les Lalonde et combien d’autres. 

À 12 ans, j’ai compris qu’un jour je devrais quitter ce quartier! Ce n’était pas pour me penser au-dessus des autres mais à 12 ans, je savais que mon avenir n’était pas ici. Je savais pas comment j’allais y arriver avec mon frame de chat, mon manque de confiance en moi-même, mes mauvaises notes à l’école et ma mentalité d’être né pour un petit pain! 

La vie est un long chemin. Mais même si tu viens du fin fond de Ayersville, tu peux t’en sortir! 

La vie ne s’arrête pas au boulevard de l’Aéroparc! 

*Richard Desjardins, Le bon gars (1990), Album : Tu m’aimes-tu, © Foukinic Editions, Foukinic Inc (les éditions)


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Cooperstown, NY

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Ce que j’ai préféré de mon voyage de balle, c’est le chemin pour se rendre dans le magnifique village de Cooperstown!

Quelle bonne idée de mon partenaire de route (Justin) de nous avoir fait passer par les p’tites routes de campagne, au lieu de prendre le « highway »!

Les villages délabrés par le temps, les maisons laissées à l’abandon, un squelette prenant une bière sur une table à pique-nique (d’où l’expression « prendre son temps ») des églises pleines faites en bois, des montagnes à perte de vue, des Hillbillies à perte de vue, des pancartes figées dans le temps. L’Amérique profonde à coups de pick-up Ford et de “tumb” remplis de feu à chaque coin de rue.

Une vraie fin de semaine signée baseball. En montant, le vendredi dans le soir, sur la route 87, nous écoutions le baseball du Boston à travers la radio officielle des Red Sox. Une route parfaitement illuminée dans le noir, avec les commentateurs américains comme « background » à travers les Adirondacks. Avec Dustin Pedroia au deuxième but, la troisième guerre mondiale pourrait éclater maintenant, que moi et « Tall Boy » Corbeil on s’en contrecrisserait sur un ostie d’temps. Retrait 5-3.

Une fois rendus à Latham nous attendait notre motel Super 8! Une autre game de balle à la télé des Yankees qui affrontaient les Rangers du Texas. Au son des bâtons et des Coors Light, nos paupières tombaient au même rythme. Nous avons ronflé doucement jusqu’au lendemain matin. Deux gars et du baseball en toute simplicité, voilà la genèse de notre voyage!

Je dois dire ici que « Tall Boy » Corbeil s’est endormi avant moi. Si jamais vous le rencontrez et qu’il vous dit le contraire, sachez que c’est de la mauvaise foi de sa part, pareil comme les partisans des Bombardiers du Bronx.

Cooperstown

Que dire de la section entièrement réservée au sport du cricket! Pour moi, simple banlieusard vivant en Amérique du Nord, un cricket c’est un insecte! Et pour moi les insectes n’ont qu’une seule fonction, être écrasés. Je conçois que ce sport est un culte au Sri-Lanka et au Pakistan et qu’il a des similitudes avec le baseball, mais de là à en faire une section importante du baseball Hall of Fame, c’est une autre idée à saveur de fausse balle!!

Par contre, la boutique du musée était tout à fait incroyable! Un genre de paradis pour adulte qui veut rester petit. Les tasses, les verres, les lunettes, les drapeaux, les tapis, les à peu près n’importe quoi que vous voulez à l’effigie de votre équipe préférée! Que dire des affiches à faire encadrer? Le magnifique cadre du numéro 4 Lou Gehrig au stade des Yankees annonçant sa retraite, celui de Babe Ruth prédisant le circuit à venir, celui de Willie Mays de dos qui attrape une balle en plein vol en série mondiale… tout simplement à vous couper le souffle. Moi en tous cas, pendant un instant, j’ai arrêté de respirer!

La section des nominés était fantastique! Aller voir tous ces anciens joueurs et leur plaque, c’était assez impressionnant pour l’amateur de balle que je suis! En entrant dans ce lieu mythique, on se sentait comme dans un salon funéraire tellement que le moment était solennel. J’avais le goût de pleurer, mais j’ai retenu mes larmes d’ancien partisan des Expos quand je suis arrivé devant la plaque de Gary Carter. Je me disais que j’aurais l’air un peu crinqué, alors j’ai opté pour la poussière dans les yeux! De voir de mes yeux les plaques de Babe Ruth, Ted Williams, Josh Gibson et tous les autres, c’était comme un rêve qui devenait réalité! Je n’ai pas touché aux plaques, par respect.

Mais notre meilleur moment de la fin de semaine au pays de Doubleday, je n’aurais pu l’inventer! Nous, fans finis des Expos avions l’idée de rentrer avec la casquette de nos amours sur la tête! On voulait rentrer par la grande porte fiers partisans des Expos!

C’est ce qu’on a fait! J’ai enlevé de sur ma tête la casquette des Dodgers de Brooklyn que je venais d’acheter en l’honneur de Jackie Robinson pour mettre solennellement celle portée par Gary Carter avec honneur! Mon chum Justin a fait la même chose. J’ai, en arrière de ma casquette des Expos, inscrit le #8 au crayon feutre pour que je puisse entrer avec mon idole à Cooperstown.

J’ai mis la main sur la poignée de la grande porte et une fois cette grande porte ouverte, en face de nous, dans notre chemin deux partisans des Nationals de Washington, la ville vers laquelle nos Expos sont partis. Hollywood n’aurait pu inventer ce moment, only Baseball.

J’ai regardé les deux gars drette d’in yeux au fond de l’âme! Je me sentais comme une balle qui part de la main de Steve Rogers. Je suis précis et furieux. C’était quoi les chances pour moi et Justin d’entrer à Cooperstown et faire un face à face avec d’ignobles partisans de la ville qui est partie avec notre club.

L’un des gars baisse les yeux, je ne souris pas. Et comme un désir profond, je ne peux m’empêcher de leur dire: « Les expos seront de retour! My team will be back! »

Comme si ce pauvre partisan était responsable du départ de nos amours. Ils ont baissé les yeux en forme de respect, j’imagine.

Nous sommes revenus de Cooperstown sous la neige au beau milieu du mois d’avril. Comme quoi même la neige n’arrête pas de vrais partisans des Expos.


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C’était l’été des possibles

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À l’été 1984, j’étais le roi du BMX. J’étais en train de créer ma propre légende à coups de pédale, du moins, cest ce que je pensais dans ma tête! En plus, j’étais un genre de grand champion du lancer de la balle de tennis sur un mur de ciment! Jai mille fois remporté la série mondiale du ptit Canada. Comble du ptit gars occupé dans son été trop court, j’étais aussi patrouilleur officiel de mon quartier, avec mon sous-chef en chef, le petit Marco! Nous avions même des badges de shérif achetés au Rossy deux étages de la grande rue. Au coin de la rue, nous étions les boss des quatre coins! 
Moi, du haut de mes 11 ans, et mon frère, du haut de ses 8 ans, on avait la vie devant nous et, surtout, lespoir du meilleur à venir! 
 
J’étais le propriétaire dun splendide BMX de marque Cobra, offert par mon parrain! Oui, oui, le fameux Cobra, celui avec des roues rouges, le siège rouge, les poignées du guidon rouges, la styromousse en avant de la barre rouge et les poignées des brakes rouges. À ce jour, ce bicycle est le plus beau cadeau que jai reçu. Jai usé ce Cobra jusqu’à la moelle du métal, jusqu’à ce que la rouille soit sa couleur permanente! Mon frère, lui, la journée que jai reçu mon Cobra, a pleuré toutes les larmes de son corps de ptit gros de 8 ans. Il est allé se promener avec son bicycle au « tire« balloune, avec un siège banane et des poignées Mustang! Nous étions pauvres, très pauvres, et de recevoir ce bicycle, c’était comme si j’étais lautre bord de la ligne à Disneyworld, et que mon ptit frère que jaime plus que la vie elle-même était du mauvais bord de la ligne, à me regarder faire les manèges. Même si on se battait souvent, même si on se tapait sur la yeule à tous les jours, jai fini par partager mon Walt Disney avec mon ptit frère, ma seule vraie famille. 
 
Mon frère reçoit son bicycle aussi! Voyant mon frère malheureux comme les pierres, malheureux comme jai rarement vu, ma mère avait cassé tous les cochons de la maison et même les cochons de lune de ses sœurs! Je revois encore ma mère arriver à pied à la maison avec le fameux bicycle. Je revois la face de mon frère et la mienne 
Mon frère a dans ses mains un RMX! Oui, oui, un RMX, pas un BMX, mais bien un simili-bicycle deux fois plus pesant que lui! Le sourire de ma mère valait un milliard, que dis-je, tous les milliards que peut posséder Bill Gates! Comme nous sommes des enfants venant dun milieu ultra pauvre, nous avons souri et donné plein de becs à maman, qui ne connaît rien aux BMX! Marco a apprivoisé la bête et, avec le temps, a aimé son RMX gris charbon! Par la suite, nous sommes allés à la recherche du plus gros  »jump » jamais réussi dans lhistoire des « jumps« . Ce fut notre quête du Saint Graal pour quelques années, jusqu’à la découverte de ces extraterrestres qu’étaient les filles! 
 
Le RMX était le reflet de la famille Beauséjour vivant sur la rue Filion. Il était le symbole de notre vie, de la contrefaçon. Trop pauvres pour avoir du linge de marque, on se promenait en jogging Converted pendant que les autres ptits morveux du coin se promenaient en Converse! Nous avions des t-shirts Vuarnet avec le logo imprimé tout croche, car achetés à lencan de Lachute, pendant que les ptits banlieusards se promenaient avec des Vuarnet avec un petit « r« à coté du logo! À cette époque, jaurais vendu ma mère pour avoir un vrai Vuarnet. 
 
C’était leuphorie dans les rues de Lachute. C’était soir de tombola dans le comté dArgenteuil avec, comme point culminant, la soirée de lutte dans le vieil aréna! Oui, oui, les vraies étoiles de la lutte étaient chez nous, celles de la lutte internationale. Nous attendions avec impatience les Dino Bravo, Gino Brito, Édouard Carpentier, Steve Strong, Superstars, King Tonga, Gilles « The Fish » Poisson, Tarzan « La Bottine » Tyler, Les Rougeau, Les Garvin, le gros Mad Dog Lefebvre qui est mort 6 mois plus tard dans un accident dauto à Chicoutimi à l’âge de 30 ans et linimitable Abdullah « The Butcher« . « The Butcher » était mon idole. Pendant que tout le monde le détestait, moi je ladorais, car j’étais tanné de le voir perdre contre le presque parfait Rick Martel. Même à cet âge, je naimais pas les athlètes parfaits, jaimais ceux qui tombaient pour mieux se relever. 
 
 
Nous sommes en file pour entrer dans laréna et déjà je tremble dans mes culottes courtes de ptit gars de 11 ans. Ce soir-là, javais deux objectifs soit rencontrer M. Carpentier et Abdullah « The Butcher« . Javais un sourire daccroché dans la face qui ne voulait pas décrocher! Ce soir-là, jai probablement été la personne la plus heureuse à lest de lAtlantique![Saut de retour à la ligne]Ce soir-là, je suis avec mon oncle Paul-André. Cest grâce à lui si nous sommes ici. Il y a mon cousin Pierre-Paul, mon frère et toute la ville de Lachute. La vieille grange est remplie jusquau bouchon! Les vieux se sont gardé les places debout, et nous, nous sommes sur le bord de la baie vitrée! Lambiance est carnavalesque, il ne manque que la femme à barbe et lhomme tronc pour compléter ce joyeux cirque. Je suis assis comme un enfant sage sur le banc et je porte fièrement mon Vuarnet au logo croche! Jai la bouche gommée de barbe à papa et mon frère aussi, car on se bat contre la même barbe à papa. Nous avons les doigts gommés et nous sommes heureux. Deux ptits crottés contents de vivre. Des fois, pas souvent, il y a des journées quon voudrait éternellesMoi et mon ptit frère tout gommés, ça fait partie de mon éternité! 
 
Noirceur, silence, boucane et entrée des « Head Hunters » avec leur gérant, contre qui, je me souviens pus! Je me souviens juste de leurs torches de feu dans le noir. Magie dans les yeux dun ptit cul de Lachute! La soirée défile à un train denfer. Je réussis à parler à M. Édouard Carpentier. Un en deux pour le roi du BMX, il ne reste qu’à rencontrer Abdullah. 
 
Quart de final de la soirée, Abdullah contre le pauvre « Kojak » Shelley! Le combat dure le temps de trois gorgées de notre slush Puppies. The Butcher a matraqué Kojak à coups de chaise pendant que larbitre avait le dos tourné. J’étais le seul dans laréna à applaudir Abdullah, qui ma envoyé un signe du pouce, voyant que j’étais le seul debout pour lencourager à estropier son adversaire! Mon lutteur, mon mien, a gagné! Je suis presque comblé de bonheur!
 
Entre la finale et la demi-finale, je vois le gros Abdullah assis dans un coin de laréna, et personne ne va le voir bien sûr! Mon frère reste assis avec mon oncle et mon cousin, et moi je cours littéralement vers « The Butcher« ! Je cours comme Forrest Gump, je cours comme Ben Johnson, comme Usain Bolt, mais je ne suis pas un olympien et je plante la face la première! La gueule en sang sur le béton. Ça pisse le sang comme quand on égorge un cochon! Je messuies avec ma manche de Vuarnetbof, que je me dis, cest juste un maudit faux Vuarnet, et je reprends ma course vers mon idole! 
 
Le roi du BMX vs Abdullah « The Butcher«
Nous sommes face à face. Je me sens tout seul dans mes culottes. Je me demande ce que je fais là! Je le trouve encore plus laid à 6 pouces de ma face. Je lui donne mon stylo et ma feuille. Aucun son ne sort de ma bouche, moi qui suis un verbomoteur! Je tremble et tremble encore! Et quand jai eu fini de trembler, jai recommencé. Il ne parle pas plus que moi.
 
Il met ma feuille dans sa bouche et la mâche comme de la gomme balloune! Il la mâche sans aucune réaction dans sa grosse face de méchant. Il avale la feuille et a un ptit sourire en coin. À ce moment précis, javais le goût de faire un dégât dans mes culottes. Il met le stylo dans sa bouche et le mâche aussi. Il crache le stylo et sa langue est bleue. Il se lève et quitte. Jai le goût de pleurer. À quoi je devais mattendre, cest quand même le plus méchant des méchants. 
Je reviens massoir en pleurant. 
 
 Moi: Jai pas de signature! 
 
Et je chigne 
 
 Mon Oncle: Pourquoi tu pleures Pat? Tu las eu ta signature! Tu vas ten souvenir toute ta vie! Butcher est pas fou, il sest permis de faire ça avec toi, car il a ben vu que tu étais vraiment un de ses fans! Il a joué son rôle juste pour toi à la perfection! 
 
Le soir même, mon oncle a pris une bière avec Abdullah à la brasserie, et mon oncle lui a parlé de moi. Abdullah lui a demandé sil en avait trop mis et espérait que son fan numéro un à Lachute ne soit pas trop déçu! Mon oncle de lui dire que javais été ben impressionné, et que dans les estrades, le monde riait de me voir faire les gros yeux! Trente-trois ans plus tard, je me souviens encore de cette rencontre, ettrente-trois ans plus tard, je suis toujours le plus grand fan dAbdullah « The Butcher« . Merci encore pour lautographe! 

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PEE-WEE

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PARFOIS DES GENS ORDINAIRES FONT DES CHOSES EXTRAORDINAIRES.


Pee-Wee est né dans la grande métropole en 1944. Il a vécu les 23 premières années de sa vie à Montréal. Par la suite, il s’est engagé comme soldat dans l’armée. À l’été 1967, il a été Garde rouge et en novembre 1967, il est parti pour l’Allemagne. Il a gagné le championnat de balle-molle des Forces de l’armée canadienne en Ontario en 1969, la même année arrivait à Montréal nos Expos! En 1970, il était de retour au Canada juste à temps pour la fameuse crise du FLQ. Il a été Casque bleu en 1973 à Chypre en Allemagne. Pour finir, il a été patrouilleur dans les rues de Montréal pour les Jeux olympiques de 1976!

En 1971 avec l’un de ses compagnons d’armée, Pee-Wee s’est rendu dans un petit paradis de pêche appelé Notre-Dame-du-Rosaire qui se situe au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Son compagnon lui a présenté sa sœur Rose. Ce jour là, Pee-Wee est tombé en amour avec Notre-Dame-du-Rosaire et avec la belle Rose. Son fidèle compagnon est devenu avec le temps son beau-frère!

Le jour où Rose est tombée enceinte de son premier enfant, Pee-Wee a quitté l’armée pour travailler au moulin à bois de Notre-Dame-du-Rosaire. En 1972 est né leur premier enfant la petite Karina.

Pee-Wee aimait la vie paisible du Lac-Saint-Jean mais il s’ennuyait terriblement de la balle-molle. Son bonheur était presque parfait, il avait une femme qu’il aimait et une belle petite fille. Il ne lui manquait qu’un petit garçon et un terrain de balle!

Pee-Wee voulait désespérément jouer à la balle, mais aucun terrain n’existait à Notre-Dame-du-Rosaire. Il n’y avait que des champs de patates et des champs de roches. Un si beau pays mais une nature de misère pour celui qui veut s’attaquer à la terre. Un pays fait pour ceux qui ont l’esprit de colonisateur. Un pays où l’été il peut faire 30 degrés le jour et au matin quand on se réveille le sol est gelé!

Un pays de dur labeur, de sueur et de pleurs. Un bon matin, il s’est levé avec l’idée de bâtir un terrain de balle. Il voulait donner à Notre-Dame-du-Rosaire un lieu pour se réunir et s’amuser. Quoi de mieux qu’un beau parc de balle au cœur de l’été toujours trop court! Il a construit le parc de balle avec ses deux mains et beaucoup de cœur après ses grosses journées au moulin à scie! Il a tout fait à la mitaine comme on dit! Il a tondu le gazon du champ avec une tondeuse à main et par la suite il a étendu de la terre. Jamais on n’avait vu un terrain avec autant de roches, on aurait dit une carrière. Il a ensuite aplati la terre à l’aide d’une vieille porte accroché à un pick-up avec des chaînes… Old fashion!

Le champ de roche et de misère, comme une chenille qui devient un papillon, est devenu un magnifique parc de balle en plein cœur de Notre-Dame-du-Rosaire! À la fin de l’été 1979, le parc de balle brillait de tout ses feux et au même moment où les Expos terminaient 2ième dans l’est de la ligue nationale avec une fiche de 95-65 et 3 millions de spectateurs pendant l’été. C’était la grande époque du baseball à Montréal et à Notre-Dame-du-Rosaire!

La première année de jeux eut lieu à l’été 1980 en même temps que l’arrivée du deuxième enfant de Marie-Rose, le p’tit Steve! Mes informations ne m’ont pas dit si le p’tit Steve a été nommé en l’honneur du meilleur lanceur des Expos à cette époque le numéro 45 Steve Roger.

La première année, il n’y avait que deux équipes qui s’affrontaient soit Notre-Dame-du-Rosaire et St-Léon. Les « games » avaient lieu le samedi, car personne ne travaillait cette journée-là dans le village. Alors tout le monde pouvait assister aux « games ». Un paquet de jeunes venaient voir Pee-Wee pour pratiquer leur jeu. Avec beaucoup d’acharnement Pee-Wee réussit à avoir 4 équipes pour le début de 1981. Pendant ce temps, nos Expos perdaient en série de championnat à cause du fameux circuit de Rick »Blue » Monday! Le fameux Blue Monday! Il y avait cette année-là dans la ligue, les villages de St-Léon, St-Nazaire, St-Ambroise, Notre-Dame-du-Rosaire et s’est rajouté 3 ans plus tard St-Cœur-de-Marie et l’Ascension!

Beaucoup de monde ont joué sur le terrain bâti par Pee-Wee. Il y eut pendant ses années deux bagarres générales entre deux villages… Des fois l’orgueil l’emporte sur le respect! Malgré cela le plaisir était presque toujours au rendez-vous! Le p’tit Steve comme tous les enfants du village a foulé le terrain de son père qui est devenu le terrain du village! Chaque jour, les enfants du village allaient voir Steve pour lui dire comment il était chanceux. Les enfants lui disaient: » Toé, Steve t’es chanceux ton père a inventé le baseball! ».

Aujourd’hui comme la plupart des terrains de balle, celui de Pee-Wee a été laissé à l’abandon. Il est redevenu un simple champ. Lui pour qui l’espace d’un certain temps était devenu l’espoir et le rêve de bien du monde comme si pour un instant tout était possible.

Pee-Wee, celui qui a réalisé un rêve fou avec ses deux mains a permis à ce champ de roche de devenir magique ! Guy »Pee-Wee » Provencher le bâtisseur de rêve!

*Message à Pee-Wee*
Je sais que vous allez lire ce texte. Votre fils m’a dit que mes textes se sont rendus jusqu’à Notre-Dame-du-Rosaire. Je veux juste vous dire que si vous voyez un Barbu dans le cadre de votre porte avec une casquette des Expos sur la tête et deux grosses bières froides dans les mains, vous saurez que c’est moi! On ira ensemble prendre ces deux bières sur le bord de votre parc, parler de balle et du temps qui passe! 


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Les anciens samedis

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J’aimais…
Chris Nilan, Wayne Gretzky, Sportmag, Bagatelle, Gary Carter, Jacques Doucet, mon frère, ma mère, la LNI, Les Beaux dimanches, les télé-théâtre de Radio-Canada, le Garden de Boston, Bugs Bunny, Rollie Fingers, Rocky, les Expos, le Canadien, Gaétan Hart, Woody Woodpecker, les cheveux de Ron Duguay, la division Adams et Dino Bravo.

Je détestais…
Jay Miller, Dale Hunter, Mike Schmidt et ses Phillies, mon père, Clubber Lang, le casque de Butch Goring, Eddy Creatchman et surtout Rick Middleton.

 
Il fait -30 au soleil, j’ai passé la journée dehors. J’ai joué au hockey bottine en gang ou seul à gagner la coupe Stanley. J’ai construit des bonhommes de neige, j’ai glissé sur les buttes en avant de la maison avec ma « crazy carpet », j’ai tenté de patiner sur la glace, j’ai marché jusqu’au Perrette pour acheter des collants de joueurs de hockey pour mettre dans les livres à collants Panini. J’ai eu le temps de me geler les mains, les pieds et de me dégeler les mains, les pieds avant de rentrer vers 4 h de l’après-midi.
 
À 4 h de l’après-midi, parfois avec un chocolat chaud, mon frère et moi on s’installait devant notre émission de « bonhommes » préférée, c’est-à-dire « BAGATELLE ».
À l’époque, il n’y avait pas de Télétoon, Vrak.tv et Télétoon classique. Nous avions des « bonhommes » seulement la fin de semaine, et Bagatelle avec Yogi l’ours, Grand Galop et les fameux Barbapapa! 
 
Après Bagatelle, j’allais préparer la game de 8 h du soir! Je sortais les cartes des deux équipes qui seraient à La Soirée du Hockey. J’avais déjà, à 5 h, des papillons dans l’estomac, que ce soit en saison régulière ou en séries. J’étalais les cartes sur mon lit bordé d’une magnifique couverture de la NHL. À ce jour, c’est le plus beau cadeau que je n’ai jamais reçu. Une couverture avec tous les logos de la ligue, dont les Rockies du Colorado, les Whalers d’Hartford, les Jets de Winnipeg et les inoubliables Nordiques de Québec!

Je pouvais me rendre malade avant une game au Garden de Boston! J’ai souvenir qu’après une élimination du Canadien contre Boston en plein Garden, j’ai pleuré comme un veau! La première fois que j’ai détesté quelqu’un, c’était Rick Middleton des Bruins, avec son maudit sourire fendu jusqu’aux oreilles! 
 
Le Garden de Boston, lieu mythique, est devenu aujourd’hui le soporifique « TD Banknorth Garden », un aréna comme tous les nouveaux arénas de la Ligue nationale de hockey, c’est-à-dire sans âme, beiges et identiques. C’est comme si les Red Sox décidaient de démolir le « Fenway Park »! L’évolution n’est pas toujours un pas vers l’avant!

Il est 7 h du soir et une heure avant La Soirée du Hockey. C’est l’heure du bain chaud et de Walt-Disney à Radio-Canada!!! Après le bain, j’allais mettre mon fameux pyjama en « flanalette » de la ligue nationale de hockey, que j’ai usé comme jamais un vêtement n’a été usé! Les cheveux mouillés par en arrière comme l’arbitre Ron Fournier, un verre de Quick aux fraises dans les mains et mes pantoufles tricolores dans les pieds, j’étais prêt pour La Soirée.
 
Encore aujourd’hui, quand j’entends cette musique, des frissons me parcourent le corps! Chaque game qui se jouait contre les équipes de la division Adams devenait un évènement à ne pas manquer, surtout celles contre les Nordiques! La bonne vieille division Adams était composée de Buffalo, Hartford, Boston, Québec et Montréal.


Ces beaux matchs de hockey, commentés par le maître de cérémonie René Lecavalier et son acolyte, le non moins célèbre Gilles Tremblay, sans oublier Lionel Duval aux entrevues. Des piliers, des légendes, des inimitables, du monde qui restera gravé à jamais dans ma mémoire de sportif de salon!


Entre la première et deuxième période, j’allais tourner la roulette de la TV comme une roulette russe au canal 13, pour voir les Maple Leafs à CBC dans leur vieux mythique Maple Leafs Garden, là où les Leafs ont perdu de toutes les façons possibles pendant des décennies!
Entre la deuxième et la troisième, c’était parfois l’heure des beignes aux patates que ma mère préparait avec amour! Elle roulait sa pâte avec une bouteille de liqueur en vitre. J’avais aussi droit à une petite bouteille de liqueur Fiesta que le marchand de liqueur venait livrer à notre porte tous les jeudis soirs que le bon dieu amenait. Les saveurs étaient infinies: fraise, crème soda, bière d’épinette, orangeade, raisin, root beer, etc.
 
Arrivait déjà trop vite la dernière minute de jeu…
J’écoutais l’émission jusqu’à la fin, jusqu’à la fin du thème de La Soirée du Hockey, jusqu’à la dernière note! Finalement, Nilan s’était encore battu.
 
Et si aujourd’hui un petit génie dans une bouteille me donnait le choix entre un million et la possibilité de revivre une de ces soirées d’autrefois sur la rue Fillion, je choisirais sans hésiter la soirée d’autrefois. 
 

Et si ce même génie m’offrait un samedi, je choisirais une game dans laquelle on avait éliminé les Bruins en plein »Garden » de Boston et le gros Rick Middleton!


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