Publié dans Anecdote

Armand a pas peur de la Covid

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Armand habite à St-Jérôme. Il est vieux, très vieux comme dans 92 ans. Armand se câlisse de la COVID pour vrai! Et moi j’ai pas peur non plus pour dire la vérité! Quand mon heure va être arrivée, elle va être arrivée un point c’est toute.  

Lundi 27 avril 2020 en plein coeur de la pandémie…

J’suis au IGA Lord de St-Jérôme! J’attends en ligne pour rentrer, comme depuis le début de la pandémie, rien de nouveau. C’est notre nouvelle façon d’exister. Nous vivons comme le monde en Russie. Moi petit Nord-Américain dans mon confort de petit Nord-Américain,  j’comprends enfin mes frères de l’autre bord!  En prime, contrairement aux Russes on me donne du gel bactérien en rentrant. 

J’suis à Moscou mais à St-Jérôme. Pour vous dire la vérité, on mérite d’avoir un peu le nez dans notre caca. Oui on le mérite!

J’suis 8e dans la ligne… pis je m’en câlisse. Je m’en câlisse parce que je suis du p’tit Canada.  Pis tous ceux qui ont vécu dans mon coin,  j’suis certain qu’ils s’en câlissent aussi. Rien ne peut m’atteindre à part ma fille qui me boude parce que j’me suis séparé de sa mère. 

Donc j’suis dans ligne pis j’attends mon tour…

Un vieux bonhomme arrive… il est en marchette et fatigué. Il plante solide avant d’arriver dans la ligne mais solide comme un certain papi Régent. Mais bon, je me perds dans mes souvenirs. Merci Francine, merci Manon.

Il saigne… comme beaucoup! Personne dans la file va l’aider. C’est comme si rien n’était arrivé. Il saigne comme un cochon qu’on vient d’égorger. 

Je vais ramasser Armand d’une shot! Je m’essuie avec mon fucking t-shirt blanc. Je l’installe en avant dans la file et je demande aux « pissous » si ça les dérange. Évidemment personne parle. Fuck you all! J’dis à Armand de m’attendre en dedans.

Il est venu acheter juste de la bière. C’est un vieux alcoolique. Un vieux alcoolique comme mon père que je déteste. Le karma est une salope. La vie n’est qu’ironique. That’s it!

Il a 92 ans et dans notre IGA nous avons suivi les lignes sur le plancher. Nous avons faite notre épicerie en même temps!  Moi de dire à Armand : « Vieux, remplis ton panier c’est l’temps! Il faut que ça déborde! » Le panier était rempli de caisses de 24. Le panier était en train de plier en deux. Je riais et lui aussi. 

Nous avons lavé nos mains au gel bactérien! Nous sommes à 46 ans et 92 ans deux citoyens exemplaires. 92 + 46 = 138 ans. C’est beaucoup d’expérience! C’est beaucoup de souvenirs, de pleurs, de joies. Mais je crois tout de même que tout reste à apprendre!

Moi qui a toujours aimé l’Armée rouge et Vladislav Tretiak! Je suis un Russe moi aussi maintenant! Un Russe de St-Jérôme! J’attends en ligne pour mon 10 lbs de pétaques. J’attends l’hymne du Choeur de l’Armée rouge! Suis-je le seul à m’ennuyer du trio KLM… pour Krutov, Larionov et Makarov?

J’offre à Armand de le reconduire chez eux, il est vraiment content. Il habite dans un 2 et demi avec un vieux chat. Son frigidaire est presque vide et ses armoires aussi. Il m’offre une bière tablette que je prends. Nous avons jasé un 15 minutes sur le temps qui passe. Il a fait la guerre de Corée en 1950. Il attend la mort. Il n’a jamais eu d’enfants. Il a trop été marqué par la Corée, il n’était pas capable d’être en relation. Il m’a dit que j’étais le premier humain avec qui il a parlé depuis des lunes. La vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

J’ai laissé mon numéro de téléphone à Armand. Il attend la mort et personne va le convaincre du contraire. Pensez-vous vraiment que la COVID-19 va le déranger? Je ne crois pas. Quand t’as égorgé des Coréens avec tes mains c’est pas un microbe qui va te déranger.

La pandémie c’est comme n’importe quoi d’autre, c’est une question de perspective. Respectons la perspective des autres dans le respect de chacun.


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Publié dans Anecdote, Hommage

Le chinois du dépanneur

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Su’a rue Joseph-Fortier à St-Jérôme, il y a un petit trésor caché! Il faut bien observer car c’est comme s’il n’existait pas. C’est comme s’il se fondait dans le décor. De prime abord on dirait un vieux duplex des années 70! Du genre qu’on peut retrouver seulement dans St-Léonard! Un dépanneur gelé dans la nostalgie. Un dépanneur comme dans l’temps avec son propriétaire qui vit à même la bâtisse. Dépanneur King: bière, vin, Loto-Québec et bonbons mélangés.

Il parle le mandarin et travaille de 8 heures le matin à 11 heures le soir, chaque jour de la semaine que le soleil levant apporte. Il a construit en quelque sorte sa propre Muraille de Chine à même le 688 rue Joseph-Fortier.

Il gagne sa vie à coup de cennes. Il donne un sens au mot travail. Il a une tablette électronique pour écouter des émissions de radio de son pays! Et pendant qu’on achète des cochonneries on peut entendre le son très fort de ses émissions chinoises. C’est d’une beauté sans nom. Ça donne le goût de manger des nouilles ramen en écoutant un film de Bruce Lee!

Le dépanneur à l’intérieur est mal éclairé, les planchers sont croches, les murs sont remplis de cossins inutiles. Il y a des posters de bière usés par le temps, des caisses de bière empilées en triangle pour faire marketing et un mur complet de bonbons mélangés! 

Quand j’suis rentré là, c’est comme si j’avais 7 ans! Attention quand vous ouvrez la porte du dépanneur King, en fait c’est une machine à voyager dans le temps! Pas une chaîne de dépanneur toutes pareils comme Couche-Tard machin, avec des gérants au salaire minimum pis qui vous suggèrent des produits pour accompagner des produits que vous venez d’acheter. Le dépanneur King est unique comme toutes ces dépanneurs de l’époque. Chaque dépanneur avait sa couleur, son genre. 

En quelque sorte Couche-Tard machin a tué une partie du folklore québécois. Aujourd’hui c’est un Chinois qui le tient à boutte de bras, avec ses bras frêles de Chinois mais résilient!  À côté de son mur de bonbons mélangés, il manque une tablette de cartes de baseball enveloppées avec des gommes sèches, des avions qui ne volent pas en styrofoam, des albums Panini pour mettre des collants de joueurs de hockey et des magazines de PIF avec un jouet cheap en plastique. La devanture de ce dépanneur est faite pour recevoir des milliers de bécycles stationnés en tas proprement un par-dessus l’autre. C’est comme qui dirait dans son ADN!

La semaine, des milliers d’étudiants de la polyvalente passent par chez-lui! Ils vident carrément à chaque jour son mur de bonbons mélangés comme quoi même l’évolution, même l’empire Couche-Tard machin n’a pas changé ça. La règle est simple! Sur l’heure du midi, c’est la bonne vieille règle de trois. Trois étudiants à la fois dans le dépanneur. Il y a certains midis des files de monde sur la rue pour rentrer dans ce petit trésor caché. Chacun vient chercher sa part  de « comme dans le bon vieux temps » même si la plupart n’ont pas vécu ce temps.

On peut encore acheter un sac de bonbons mélangés chez eux pour 25 cennes. J’suis certain qu’il a encore des trentes sous dans sa caisse. 

Il est le gardien de nos souvenirs en quelque sorte. C’est imparfait et croche un peu et c’est tant mieux en cette ère de Pinterest et de nos maisons parfaites, avec nos gazons vert ultra, nos légumes parfaitement pareils en épicerie, nos poitrines de poulet sans l’ombre de gras, nos photos de famille Facebook, nos vies comme des faux décors d’Hollywood. Mais la vie c’est pas une page parfaite de Pinterest comme liberté ne devrait jamais être une marque de yogourt ou de serviettes sanitaires. C’est un mot porteur d’espoir pas de publicité. 

Et chaque soir que le soleil tombe en arrière du décor, le vieux Chinois remonte en haut dans son logis avec le sentiment du devoir accompli. Je l’imagine mangeant un délicieux bol de nouilles ramen de qualité qu’il a lui-même fabriqué avec ses mains de travailleur, avec ses mains d’un autre temps, avec ses mains qui ont traversé les océans pour finir sa vie dans ce petit dépanneur de rien pour humblement gagner sa vie à coup de cennes.

Le Chinois en arrière de son petit comptoir est une ode au travail en silence. Il est pour moi gars de shop qui veut vivre de son art, un exemple dans son acharnement jour après jour après jour. Je travaille comme un Chinois sur mon projet. Je fonce comme un kamikaze tête baissée jusqu’au bout de mes idées.

Et quand nous avons quitté, le vieux Chinois frêle m’a regardé avec un sourire et je me suis penché devant lui comme un samouraï. Il s’est penché aussi… le respect c’est universel!

Il connaît très peu de mots en français mais il maîtrise le plus important: « Mici,mici! ».


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Publié dans Anecdote, Baseball, Souvenir

Des Orioles, Shoeless et Carl

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Été 2017

Nous sommes au parc de balle Sophie-Masson à Ste-Sophie et on affronte les Blue jays.

Le parc est d’une beauté sans nom, les lumières juchées dans les poteaux éclairent le diamond comme les planches d’un théâtre! Le gazon est d’un vert parfait! Le monticule et la plaque attendent avec impatience leur lanceur! Et ce soir-là nous, Les Orioles de St-Jérôme, avons vécu une grande tragédie grecque! Le ciel est magnifique, la lune a le meilleur siège pour la partie. Les étoiles sont parfaitement alignées et si on observe comme il faut, si on regarde avec ses yeux d’amoureux du baseball, on peut voir de la poussière de « Shoeless » Joe Jackson dans les faisceaux de lumière qui éclairent le terrain! Lui à qui on a enlevé le droit de jouer au baseball après le scandale des White Sox de Chicago en 1919! Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui regardent les jeunes jouer du haut de son champ de rêve! Et ce soir comme moi, il est ému devant un si beau paysage!

Le petit gars du terrain a parfaitement étalé sa chaux pour en faire des lignes d’une symétrie parfaite! Je regarde les lignes et je me dis que finalement tous les chemins devraient mener à Ste-Sophie! Certains avait des petites mousses avec eux, d’autres des petites coupes de vin. C’est les joies du baseball! Il ne manquait qu’un vendeur de moutarde chou!

Chaque année amène son lot de petits singes à batterie et en 2017, j’avais, sur 11 joueurs, trois TDAH, quatre recrues qui commençaient chez les Moustiques et qui n’avaient jamais joué au baseball et un jeune avec de l’autisme, mélangé avec un TDAH et un fond d’agressivité mal géré. Pour les besoins du texte, il va s’appeler Carl! En termes de pizza, j’étais all dressed! Moi le bénévole/coach et papa de l’une des joueuses dans l’équipe, j’étais pas amanché pour autant d’adversité! En fait avec cette équipe que j’ai aimé, il aurait fallu un ou une pédagogue! Alors gagner des games était pas mal ma dernière priorité!

Pour dire la vérité Carl occupait toute mon temps! Il était difficile à aimer, à diriger, il m’aura amené dans mes derniers retranchements de coach! J’ai milles fois remis mon coaching en doute, ma façon de l’approcher, j’en rêvais la nuit! Je cherchais le bouton sur lequel peser pour allumer la passion du baseball en lui! Et ce soir-là, à notre dernier match de la saison régulière, je voulais le voir frapper son premier coup sûr de l’année, je voulais le voir partir chez eux avec l’idée qu’il pouvait pratiquer ce merveilleux sport même si je savais déjà qu’il ne serait pas de retour l’an prochain.

Je regardais mes Orioles pratiquer sous les lumières du soir avec mes coachs Mathieu, Olivier et Benoit. C’est comme si nous étions dans un parc des ligues majeures! Il y avait une petite brise de juillet qui venait finir son chemin derrière ma nuque et le bonheur avait la forme d’une petite balle blanche avec deux lignes de corde dessus.

Il est 21h15… c’est 7 à 6 pour les Jay’s de Hugo et c’est notre dernier tour au bâton! La game est serrée! Mon as lanceur, mon Rollie Fingers version mini, Anthony Labonté du haut de ses 4’4″ et 60 lbs a lancé deux manches parfaites! Pour une première année de balle à vie c’était très impressionnant! Le moral des troupes est bon mais fragile! Le bas de l’alignement se présente au bâton. Je suis dans mon coeur de coach pas très confiant pour la suite des choses mais je joue le contraire devant mes petits monstres à batterie! Je leur conte de belles menteries avant le début de notre dernière manche…

Finalement nous avons deux retraits, une joueuse au 3e but et un joueur au 2e but! Et maintenant se présente au marbre notre Carl national avec sa moyenne de .000. Comme d’habitude, il chasse des mouches avec son bâton pour les deux premiers lancers. C’est rapidement deux prises… deux prises, deux joueurs sur les buts, deux retraits, comme on dit les deux sont frimés! Et même pendant un lancer, il regarde ailleurs que le lanceur, c’est carrément dangereux!

Je demande un timeout et je m’approche de Carl pour lui conter la plus belle menterie jamais racontée dans l’histoire du baseball! C’est Doubleday qui aurait été fièr de moi! Je prend Carl par la figure intensément avec mes deux mains, je le regarde dans les yeux, il me regarde dans les yeux, j’ai son attention.

Moi le simili-coach de gomme balloune: Carl t’as un coup sûr dans ce bâton. Je le vois avec mes yeux de coach. je te le jure.

Carl: Ah ouin?

Moi le simili-coach de pacotille: Carl tu dois laisser ton bâton sur ton épaule et attendre le T-Ball! Pendant l’exercice tantôt tu frappais toutes les balles. Pis le lanceur des Jay’s ne lance aucune balle dans la zone des prises. Laisse ton bâton sur ton épaule svp pis sur le T-Ball tu va l’avoir ton coup sûr! Promis!

Carl: Oui Coach!

Je vois dans ses yeux une étincelle et au marbre je le vois se répéter comme un mantra « Garde ton bâton sur ton épaule! » Nous sommes en business.
Le lanceur des Jay’s lance 4 belles balles partout sauf dans la zone des prises. Mon assistant coach Olivier va porter le T-Ball à notre Carl! Au 3e but mon coach Mathieu est prêt à faire rentrer nos coureurs!

Je regarde Carl avec toute l’émotion que je possède dans mon corps, je crois même mes menteries. Maintenant, je crois à ce coup sûr autant qu’à la paix dans le monde, autant qu’une vie paisible entre la Palestine et Israël! Carl a dans ses mains un coup sûr, il n’a qu’une chance de frapper sur le T-Ball! Carl me regarde et me fais un signe du pouce… Tabarnak il croit au coup sûr! Il est focus.

Et dans un moment de pur bonheur, dans un moment magique comme même Steven Spielberg n’aurait pu inventer, la petite balle blanche aux cordes rouges a été touché par le bâton magique de Carl! La petite balle ne voulait pas être attrapé par aucun Blue Jays de Ste-Sophie. Elle a fait son chemin entre le 1er et le 2e but lentement pour se diriger assez loin pour faire rentrer nos deux coureurs et pour permettre à Carl de se rendre au 2e but en sautant comme une sauterelle olympique! Je pleure comme un bébé sur le banc, je pleure à chaudes larmes comme l’aurait fait mon ami Coach Benoit Pépin! Je pleure de fatigue, je pleure mon été difficile, je pleure de joie pour Carl! Tous nos joueurs sautent sur Carl comme s’il était Gary Carter en 1986 avec les Mets de New York en série mondiale! Le moment est euphorique, unique!

Après la game je remets toujours une balle du match au joueur s’étant le plus démarqué durant la game pour soit son jeu, son leadership ou son acharnement! J’ai toujours trois couleurs de balle…
Cette fois-là mes petits monstres à batterie ont frappé un grand chelem dans mon coeur de coach… câlice oui!

J’avais de la poussière de « Shoeless » Joe Jackson dans les yeux.. nous étions en rond comme une meute, mes petits loups se sont levés sans ma demande et ont scandé le nom de Carl, ils criaient son nom! Il criaient:

Balle de match à Carl! Balle de match à Carl!

D’habitude je fais un petit discours. Cette fois, moi, Mathieu, Benoit et Olivier étions sans mot… La magie du baseball était parmi nous. J’ai souvenir du dernier coup sûr de Carter à Montréal, j’ai souvenir de Wilfredo Cordero, j’ai souvenir de Kirk Gibson avec Detroit…le plus beau coup sûr que j’ai jamais vu y’était finalement dans ton bâton mon Carl.

Je dédie ce texte à tous les petits monstres que j’ai coaché!


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Publié dans Foodies

Johnny patate

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Pas besoin de machine à voyager dans le temps, vous n’avez qu’à entrer dans l’une des institutions de St-Jérôme, le légendaire Johnny Patate.
Et si vous demandez aux vrais de vrais Jérômiens, ils vous diront qu’ils vont Chez Johnny.
 
 
Ce qui frappe en arrivant Chez Johnny c’est le manque de parking. Ensuite c’est la bâtisse en elle-même qui est d’ordre du patrimoine. Un « drive-in » comme on en trouvait partout aux États-Unis dans les années 50!
 
 
On entre chez Johnny comme on entre chez soi. On entre chez Johnny comme dans une église en communion avec le bonheur. On entre chez Johnny comme on entre dans la maison de nos grands-parents.
 
 
Ce que j’aime par dessus tout c’est m’asseoir sur les petits stools rouges en face du comptoir, regarder l’envers du décor et les serveuses/serveurs opérer leur magie. Le plus sérieusement du monde, la serveuse vient me voir et me demande ma commande sans rien pour prendre des notes, rien. Je lui donne ma commande, celle de ma blonde, de mon fils et de ma fille. Elle crie en arrière d’elle, je comprends rien mais les autres en arrière semblent avoir compris.
 
 
Ça rentre et ça sort de Chez Johnny à une vitesse folle pour des »take out ». Je suis observateur de ce chaos contrôlé. Il y a ceux qui mangent en arrière dans la salle à manger et les vrais comme moi sur leur stool rouge. J’attends mon demi club sandwich/poutine et mon petit coke en bouteille de vitre avec la patience d’un maître Bouddha, car en face du comptoir, j’ai un spectacle du Cirque du Soleil ou presque. En arrière du comptoir, ça marche vite et tout le temps, ça parle fort à deux trois personnes à la fois, ça donne des commandes, ça beurre des toasts, ça flippe des burgers et tout ça dans la même minute avec un sourire monsieur!
 
 
Ma serveuse arrive avec nos commandes…festin des dieux! C’est la décadence, je me sens comme un romain invité à un festin. Le bonheur me sort par les pores de la peau. Je suis persuadé qu’avant d’aller faire son chiffre de nuitte, le bon dieu va se chercher un take out chez Johnny!
 
 
Chez les Beauséjour ça parle fort et tout le temps mais là, pus un son, rien. Nous sommes les quatres en symbiose avec Johnny, le bonheur et nos estomacs. Bizarrement c’est comme si le temps avait arrêté. Même l’évolution ne peut nous déranger Chez Johnny! La bombe nucléaire? Bof, après mon moutarde-chou…
 
 
Je suis persuadé que chez Coke, ils gardent les meilleures batchs de liqueurs pour les petites bouteilles en vitre de chez Johnny!
Pendant qu’on se remplit comme des cochons sauvages, les serveuses continuent de marcher vite, de parler fort, de beurrer des toasts, de flipper des burgers encore et toujours avec le sourire.
Il y a les deux gars aux patates, dans leur coin, eux épluchent des patates, font des frites qui goûtent un mot qui n’est pas encore inventé pour parler de leurs frites, des poutines avec la fameuse sauce à Johnny et ils parlent fort avec les serveuses des mots que je comprends pas. Mais chaque personne en arrière du comptoir semble comprendre leur langage c’est comme un code ou un dialecte.
 
 
Y a rien de mystérieux dans un club sandwich! À la base c’est quand même bin juste deux tranches de pain avec du poulet, des tomates, du bacon, de la mayo, pis de la laitue. Mais Chez Johnny on réussit à me faire à chaque fois le meilleur club de l’histoire des clubs. Après, j’arrête de réfléchir et je me dis que c’est pour ça que c’est une institution.
Depuis 1945 que Johnny fait du »comfort food » comme on dit, l’expérience ne s’achète pas. Il mérite depuis longtemps toutes les lettres de son nom et en majuscules à part de ça.
 
 
Je ne marcherai pas en me levant de mon stool, je vais rouler jusqu’à mon auto. Ce n’est pas gênant tout le monde roule en sortant d’ici! Ça fait partie de la tradition!
Il y a dans le monde deux genres de personnes, ceux qui adorent les hamburgers steak et les autres.
Si vous êtes de ceux qui adorez l’hamburger steak, vous vous devez avant de mourir d’aller en manger un chez Johnny. Sinon ne jamais vous proclamer pseudo-expert du hamburger steak, jamais.
 
 
Arrive la fin du repas, notre serveuse me dicte le détail de notre commande de mémoire. Il ne manque rien. 45 minutes après notre arrivée, elle nous donne le détail de notre commande comme si de rien n’était comme ces serveuses des années 50!
 
 
À chaque fois que j’emmène mes enfants manger Chez Johnny Patate, j’ai l’impression de leur fabriquer des souvenirs d’enfance qui resteront gravés à jamais dans leur mémoire. Johnny Patate, fabriqueur de souvenirs…
 
 
Le repas est terminé et nous roulons jusqu’à l’auto en famille.

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