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Les histoires du Barbu #9

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L’histoire de cette semaine: Fidèle

Mes contes directement où ils ont pris leurs essences.



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Publié dans Anecdote, Bouffe, Foodies, Souvenir, Voyage

Nonna Tina

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Entre l’avenue Playa et l’avenue 1, il y a un petit trésor cubain que même les plus grands pirates des Caraïbes rêveraient de posséder. Un petit resto de rien sur le coin d’une rue quelconque. Un petit resto enfoui dans le fond d’une ruelle lugubre. Un trésor qu’on trouve au hasard, ce n’est pas le genre de place qu’on cherche…

Moi, c’est un chauffeur de taxi enfoui dans son silence qui m’a apporté en terre promise. Mon chauffeur Alfredo Ninna aurait trouvé la route des épices si on lui avait demandé. Il ne se serait pas trompé de bord comme ce bon vieux Christophe Colomb.

La journée est entre chien et loup. Pour dix dollars, Alfredo nous amène en ville dans sa machine. À l’origine nous devions aller au Dante ou quelque chose de même. Comme le resto était réservé pour une soirée privée, nous sommes repartis avec notre petit bonheur dans la machine d’Alfredo. Je lui demande s’il connaît une bonne place de pizza à Varadero.

Il me dit dans un anglais incertain, qu’il connaît la meilleure place de pizza au monde. Le plus grand secret de Varadero… blablabla que je me dis!

Mon chauffeur ne fait ni une ni deux, le pied dans « pan » direction Nonna Tina qu’il me dit. Gilles Villeneuve peut reposer en paix, j’ai trouvé son émule en terre cubaine. Il ne tourne pas les coins ronds mon Alfredo, juste les coins de rue. Je pointe un joli palace pensant que c’était notre resto. Nenon, c’est pas lui, c’est l’autre petite bâtisse de rien au milieu du néant.

La devanture est remplie de lumières de Noël blanches en guirlande, de style pub américain. Une jolie Cubaine nous accueille à l’entrée. Il y a 30 minutes d’attente, pas grave à notre gauche un bar de fortune pour ceux qui patientent. La musique est bruyante, c’est celle du top 40 américain. Les enfants se font faire des drôles de drinks, ma blonde prend un mojito et moi une bière (Buccanero Fuerte). Nous sommes cinq assis sur notre petit banc, moi, Mathilde, Théo, Karine et le bonheur! Despacito hurle à travers les colonnes de son du Nonna Tina. J’ai tellement faim que je suis en train de m’auto-digérer. Le monde autour de moi parle espagnol, français, allemand, russe, anglais, une belle cacophonie qui me rappelle que la terre est bien petite. Les assiettes r’volent partout, ça parle fort et vite.

La jolie hôtesse cubaine nous amène à nos places en s’assurant que le barbu que je suis ait une autre bière pleine dans les mains. Nous commandons de la pizza pour cinq, moi, Mathilde, Théo, Karine et le bonheur! En ce début de soirée, la vie est trop facile. La bière descend bien on dirait une pitoune du Trou du diable. L’immense pizza de style américain arrive à notre table grasse, mince, remplie de fromage et de pepperoni. J’ai soudain une émotion. Nous en avons commandé deux pour être sûrs de faire une indigestion.

Au final, Théo 6 ans a mangé cinq pointes. Pour ma part, ce fut la meilleure pizza jamais mangée de ma vie tout simplement. Une petite bière « on the side », des gens qui parlent fort partout, une petite brise d’été… et le bonheur peinturé partout partout dans le ciel de Varadero.

Le soleil de Varadero est parti se coucher car il a de grosses journées ici. Le ciel est plein d’étoiles, la lune est pleine et hurle aux « wild dog ». La petite ville de Varadero prend tout son sens le soir. Elle danse, elle chante, elle boit, elle brûle du gaz à travers ses chars antiques. Despacito hurle dans tous les speakers.

Varadero, c’est une Cubaine belle comme la vie un dimanche soir. Enveloppée dans une robe d’été.
Le repas est fini. Les bières et liqueurs sont vides. Nous repartons avec notre petit bonheur et on se cherche un taxi pour retourner à notre hôtel! Dans le fond d’une ruelle en face du Nonna Tina, il y a un vieux taxi, avec un vieux chauffeur et 5 passagers qui gazouillent de bonheur.

Viva Nonna Tinna!


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Publié dans Anecdote, Souvenir, Voyage

Lager Man

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J’ai entendu ces mots pendant une semaine à Cuba, Lager Man.

Ils résonnent depuis mon départ de Varadero dans mes deux oreilles comme une douce musique cubaine. J’entends ce cri au loin comme un rythme de La Havane. Ces mots ronronnent comme le moteur de ce vieux Pontiac des années 50 qu’on a pris pour aller à la foire de Varadero. Ces mots s’emmitouflent dans mon âme comme le hurlement de ce chien sauvage, un « Wild Dog » qu’on pouvait entendre hurler très tard la nuit.

Ces mots se voulant sympathiques sortent de la bouche d’un ancien militaire cubain étant au même resort que moi. Un homme d’une autre époque, celle de Castro.

L’homme qui me crie après est Jorge. Je vais le voir en souriant. Il me dit en espagnol que je suis comme ce canadien, Terry Fox, que je ne fais que marcher toute la journée. Il me dit que la différence entre nous deux c’est que moi je marche pour de la Lager (bière) et Fox lui marchait pour une cause noble. Et il rit! Jorge aime l’humour noir. Je ris aussi. OKAY.

Je lui demande ce qu’il boit et il me répond qu’il boit de la Cristal.

Il met son verre de plastique à coté de sa figure et sourit à pleines dents. Il dit sur un ton radiophonique « La bière préférée des cubains / Cerveza prefieren cubana« , comme il est écrit sur la “can”. Je comprends que le vieux bonhomme est sarcastique et j’adore ça. Je suis surpris de voir que certains Cubains ont le même sens de l’humour que moi. Je l’aime déjà. J’ai un coup de foudre.

Alors, du tac au tac je lui dis que la Cristal c’est de la bière de femme. Que dans les clubs cubains les gais boivent de la Cristal. Et je lui montre ma bière une Buccanero Fuerte (bière micro de Cuba). Et je lui dis: «Tu vois, moi je bois de la bière d’homme.»

Il me montre son poing et rit aux éclats! il me regarde et dit: « Patrick (1) – Jorge (0). » C’est comme ça qu’a commencé notre histoire.

Voici l’histoire d’un Cubain de 70 ans Jorge Cueto…

Il est un ancien militaire. Il a été au service de Fidel Castro pendant 35 ans. Il est un homme de famille comme moi. Il aime sa femme comme j’aime la mienne. Il aime ses enfants et petits-enfants comme j’aime mes enfants. Il est une grande gueule comme je suis. Il partage le même amour pour la bière que moi. Il aime et connaît le baseball autant que moi. Il est aussi folklorique que peut l’être Cuba. Il est Cuba à lui seul. Il est une brise d’été par un beau dimanche après-midi.

Jorge reçoit une pension du gouvernement pour service militaire rendu. Sa pension est l’équivalent du prix de 18 bières en monnaie cubaine (pesos cubains) pour le mois, donc il doit travailler 5 jours semaine pour faire vivre le reste de la famille dans son humble demeure. Il vie à La Havane avec sa femme Rosa-Maria, sa fille Nova et son petit fils Diego. Il a un fils qui vit à Berlin Yona, il a obligé son fils à partir de Cuba, l’un de ses grands drames. Mais avant de partir, il lui avait fait apprendre l’anglais jusqu’à la perfection. Il m’a présenté sa fille qui vit à Seattle et travaille chez Microsoft. L’autre drame de sa vie, envoyer sa fille ailleurs qu’à Cuba. Il peut se permettre ce resort d’ailleurs à cause de sa fille.

Il a une humble demeure à 5 minutes de la plage/playa.

Mais comme il me l’a si bien dit en me prenant par la face pour que je le regarde profondément dans les yeux:

Jorge Cueto: The day Lager Man you come in my home in Havana. You can eat on the floor OKAY ?/ Le jour que tu vas venir chez-nous Lager Man à la Havane, tu vas pouvoir manger par terre OKAY? Il me dit ça avec ses grosses mains de militaire et moi je suis là devant lui. Je le regarde avec sa vie presque derrière lui. Je suis béat. Les mots sont inutiles.

Un matin au déjeuner Jorge m’a accroché par le bras pour me montrer les machines de liqueurs, jus et cafés. Et lui de dire sur un ton solennel:

Jorge Cueto: Hey Lager Man! Ils ont rempli toutes les machines de bière juste pour toi!

Et il fait un salut militaire devant les machines et me demande de faire la même chose. Les touristes nous regardent comme on regarde des orang-outangs dans un zoo. Ils sont amusés par le vieux Cubain et le barbu Canadien. Nous sommes à nous deux un cirque. Il est la fête. Il est la vie. J’ai l’impression qu’il va rire jusqu’à son dernier souffle. OKAY. Il aime mon je m’en foutisme du ridicule. OKAY.

À son départ on s’est fait la bise. Nous nous sommes fait une accolade franche et remplie de vérité. Par la suite il m’a pris le bras et lancé par en avant pour que je parte car ses yeux de vieux Cubain était pleins d’eau. De l’eau saline, lui qui est fils de l’océan.

Il y a Cueto le clown et derrière ce clown, il y a un homme et derrière cet homme, il y a un clown. Il est heureux sans fin malgré la vie, malgré les océans qui le séparent de ses enfants tant aimés. Et à chaque fois qu’il se déguisait en bonheur sur le resort, j’ai embarqué dans le costume aussi. Au creux du don de soi il y a Jorge, le dernier des vrais humains.

Jorge Cueto, tu es le père que j’ai jamais eu. ADIOS!

Hier soir Jorge m’a appelé! Pour me dire que La Havane, son club de baseball avait battu Varadero facilement.

Il voulait savoir si tout le monde était arrivé sain et sauf.

Et il ma dit: « Je lève mon verre de bière de femme en ton honneur Lager Man! »

Et m’a dit:  « Prochaine game, peux-tu jouer au 1er but pour nous? », en riant


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